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View Full Version : Hamas : Son histoire de l’intérieur: intro (1)


NOURA125
30-11-08, 16:51
Salam 3aleykoum wr wb,

7ayakom Allah , mes frères et sœurs,


Voici un ouvrage que je tenais à vous faire partager, sa va vous permettre de mieux comprendre la résistance , et le combat du peuple palestiniens.

Qu' Allah les récompenses, fasse qui leur donne la victoire dans cette vie et dans l'au-delà amine ya rab


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Un livre d’Azzam Tamimi

Une grande partie du monde connaît superficiellement l’histoire du Hamas telle qu’elle est présentée par les média occidentaux, l’histoire des kamikazes, les résultats d’élections qui sont supposés être un vote contre l’OLP/ Fatah mais pas favorable au Hamas, le déni de ce vote démocratique par les gouvernements occidentaux et plus récemment, la prise de pouvoir du Hamas sur le dysfonctionnement gouvernemental de la Bande de Gaza. Le livre d'Azzam Tamimi présente une perspective beaucoup plus large et juste sur ce groupe qui a beaucoup plus d’importance pour le peuple palestinien que le fait d’être simplement un groupe terroriste suicidaire.


En cohérence avec le titre du livre, Tamimi présente une histoire qui montre le développement du Hamas de ses racines à l’intérieur des Frères Musulmans, avec ses aspects de coopération internationale puis le déni vu de l’intérieur : le développement des idées, de la politique et de la mise en œuvre d’idées rarement vues dans les sources des media occidentaux. Ce n’est pas une revue adulatrice et flatteuse étant donné qu’elle révèle aussi les luttes internes au Hamas entre les différentes personnes et institutions impliquées dans son histoire et son développement et elle révèle aussi la lutte précaire pour sa survie, survie qui na été assurée que par l’apparition des atrocités israéliennes sérieuses lors de la première Intifada.

Des arguments ont été avancés disant que le Hamas avait été aidé dans sa mise en place par Israël afin de contrecarrer le pouvoir de l’organisation de l’OLP/Fatah. Tamimi est beaucoup plus nuancé sur ce sujet, en argumentant que l’ignorance israélienne sur ce que personnifiait le Hamas et sur sa signification pour les plus pauvres et les réfugiés palestiniens lui a permis de survivre sans complicité directe. En commençant avec le Sheikh Yassin à Gaza et en réaction à la défaite du Nassérisme pan arabe après la guerre de 1967, les Frères Musulmans ont concentré leur entreprise non pas sur le militantisme mais « avant tout en instillant les valeurs et l’éthique islamiques dans les cœurs et l’esprit des jeunes ». A l’époque, Israël ne soutenait pas la Fraternité Islamique (Ikhwan) mais les « autorités d’occupation ne s’opposaient pas à ce qui semblait n’être qu’une activité bénigne religieuse ».



Tamimi argumente : « A l’époque, l’ Ikhwan palestinien était principalement concerné par l’éducation et la formation de ses membres et sympathisants afin de les protéger de ce qui leur semblait être des idéologies étrangères et hostiles ainsi que des tendances sociopolitiques... sauver l’individu, la famille et la communauté dans son ensemble de l’assaut des idées occidentales qu’elles aient été libérales ou marxistes ». Une éducation islamique et une renaissance de la société islamique et non pas le terrorisme militant, étaient les forces initiales derrière les activités de l’ Ikhwan.

A partir de là et avec une preuve irréfutable à travers les années, l’ Ikhwan s’est principalement concentré sur les étudiants et les jeunes, en se focalisant sur la mise à disposition de services sociaux, récréatifs et éducatifs. A nouveau : « Les Israéliens ne considéraient pas cette association [la Société Islamique] comme une menace et elle a donné à l’Ikhwan le consentement pour s’établir ». Les activités de la société « comprenaient le sport, les voyages de loisirs, des activités de scoutisme et des conférences publiques autour de questions religieuses et sociales ».

Il y a certainement matière à tourner ces activités en un subterfuge israélien visant l’OLP et il est plus que probable qu’à l’intérieur de la grande variété des opinions habituelles dans toutes les motivations politiques possibles que ce point de vue pouvait se produire chez certains individus, mais le développement historique de Tamimi dans son ensemble indique comme ci-dessus, qu’Israël, à cette époque, n’a simplement pas vu cela comme une menace pour elle-même. De même, au sein de l’ Ikhwan, certain individus étaient probablement plus tournés vers le militantisme que d’autres, mais le principe de base semble solide et bien argumenté : que les services éducatifs et sociaux étaient le but principal de l’établissement original de l' Ikhwan.

Cela a abouti au développement de mosquées, d’écoles, de jardins d’enfants, d’universités, de cliniques de jour, de centres médicalisés, d’hôpitaux et d’autres organisations sociales. Ces organisations ont manifestement profité aux pauvres et aux réfugiés à l’intérieur de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza. En contraste, l’OLP/Fatah (comme cela est démontré dans ce travail et à travers d’autres histoires récentes), était plus préoccupé à soutenir ses propres structures internes et à maintenir son pouvoir et sa prédominance politiqué et économique sur les territoires palestiniens.

Tamimi, dans son histoire de « l’intérieur » concentre la plus grande partie de sa présentation sur les personnalités et les politiciens qui ont influencé le développement de l’ Ikhwan en ce qui est devenu plus connu sous le nom de Hamas. Le Sheikh Ahmad Yassin, le plus important d’entre eux, était un dirigeant spirituel et moral qui dirigeait les développements majeurs du groupe et qui servait de leader spirituel pendant son absence pendant les longues années dans les prisons israéliennes. D’autres noms moins connus jouent un rôle majeur dans beaucoup de développements pour ou contre le Hamas : Khalid Mishal, Abu Marzuq, Samih al-Battikhi, Ibrahim Ghosheh, Isma’il Haniyah, le roi Abdullah de Jordanie et beaucoup d’autres illustrent l’agitation politique subi par le Hamas au fil des années.

NOURA125
30-11-08, 16:52
Hamas : Son histoire de l’intérieur : intro (2), suite


Tamimi revient aussi sur le rôle international joué à « l’intérieur » du Hamas, et sa relation intermittente avec ce que je ne peux qu’étiqueter comme étant la monarchie conspiratrice de la Jordanie qui est exposée de façon significative. Les relations du Hamas avec les autres états arabes dont beaucoup semblent intéressés que par leurs propres états, est bien décrit avec le soutien final arrivant avec la libération du Sheikh Yassin en 1997 après la désastreuse (pour les Jordaniens) tentative d’assassinat de Mishal ; La tournée arabe de Yassin l’année d’après a montré le haut niveau de soutien de ses voisins arabes (sauf pour ceux trop influencés par son rival politique Arafat) ainsi que le soutien fort et continue des populations arabes. Le soutien venait de « la constance des années récentes face à la campagne contre lui dirigé par les américains. Face aux coups qui étaient supposés l’écraser, le Hamas avait refusé de modifier sa position et de se soumettre. »

En Palestine, les dirigeants du Hamas sont connus pour leur « ascétisme, altruisme, dévouement et leur honnêteté », parce qu’ils vivent avec et au milieu des gens comme ils l’ont toujours fait étant donné que « personne n’a rejoint le Hamas pour faire de l’argent ni n’est devenu riche à la suite de leur position à l’intérieur... Finalement les donateurs étaient conscients que seule une petite fraction de l’argent recueilli par le Hamas serait utilisé pour des buts militaires ».

Cela contrastait avec les activités de l’ OLP/Fatah. Les relations internes du Hamas avec l’OLP/Fatah étaient devenues plus tendues avec le développement des évènements, la comparaison entre les deux entrainant un soutien significatif au Hamas. Tamimi, comme dans d’autres histoires palestiniennes récentes, critique assez directement l’ OLP/Fatah qui dominait l’ Autorité Palestinienne dont les « officiels recevaient des sommes d’argent excessivement élevés » ainsi que le fait d’être employés « dans le domaine sécuritaire en extension, dont le travail était de contrôler au nom d’Israël les Palestiniens occupés ». Cette « vaste bureaucratie...s’assurait la loyauté de ses employés...et servait à accroitre la disparité des moyens économiques entre les Palestiniens ». Le Fatah souffrait du « fléau d’une corruption rampante » et était « ruinée par les rivalités acerbes qui dégoutaient beaucoup de Palestiniens ».

Le passage d’une section des Frères Musulmans (l’Ikhwan) au Hamas a commencé avant le début de la première Intifada. Des discussions internes avaient eu lieu au sujet de la résistance armée, l’ Ikhwan soutenant que la construction islamique de l’individu et de la communauté était d’importance primordiale. A partir de ces discussions s’est développé le mouvement pour des actions de protestation et un point de vue plus militant s’est exprimé avec l’Intifada le 8 décembre 1987. L’ Intifada « a été un cadeau du ciel » pour le Hamas, l’ OLP et Israël ayant été pris au dépourvu. Les Israéliens l’ont mal jugée sur deux aspects : 1) que ce n’était « qu’une expression de colère qui se calmerait dans un ou deux jours » ; 2) et qu’ils « n’étaient pas sûrs de qui orchestrait cette agitation ». Le bilan de l’Intifada a été contreproductif pour Israël étant donné que les Israéliens « oubliaient qu’à chaque fois qu’ils frappaient le Hamas, peu importe avec quelle dureté, celui-ci gagnait en sympathie et en soutien populaire ». Les dirigeants de l’ OLP toujours établis à Tunis, ce sont ces actions que Tamimi attribue « à l’émergence du Hamas en tant qu’alternative crédible à l’ OLP ». A travers tout cela, l’aile militaire du Hamas s’est développé avec les Brigades al-Qassam, « un produit de l’Intifada même ». Avec leur organisation impliquant un leadership « interne » et « externe » et en sachant bien qu’Israël essaierait de décapiter ce leadership, « le Hamas... semblait faire des profits de ses pertes ».

NOURA125
30-11-08, 16:59
Hamas : Son histoire de l’intérieur : intro (3) suite


A partir de ce moment là, l’histoire du Hamas est devenue publique, les média occidentaux mettant l’accent sur le militantisme islamique des Brigades al-Qassam qui avaient la prééminence sur l’organisation politique du Hamas dans son ensemble. Et comme cela est bien connu, à partir de là, le Hamas a été déclaré comme une organisation terroriste par beaucoup de pays malgré le fait qu’il s’apparente beaucoup plus à toutes les autres insurrections mondiales contre une occupation étrangère. En fin de compte, à travers toutes les actions intervenantes résume Tamimi, « du retrait israélien unilatéral et inconditionnel du Liban jusqu’au retrait unilatéral et inconditionnel de la Bande de Gaza, c’est le Hamas qui a récolté les bénéfices et qui est sorti vainqueur malgré les pertes. L’échec des négociations de paix, que ce soit les accords d’Oslo, la feuille de route ou la politique de désengagement de Sharon, semblait, aux yeux de beaucoup de Palestiniens, justifier l’approche du Hamas ».

L’histoire semble alors prendre une nouvelle direction quand le Hamas entre dans le processus politique. Cette partie de l’histoire est bien mieux connue en occident, bien que pareillement partiale dans sa présentation du Hamas en tant que groupe terroriste. Malgré le fait d’avoir gagné une majorité claire de sièges législatifs palestiniens, une réussite que Tamimi ne considère pas comme étant un vote contre l’ OLP étant donné « qu’en réalité seule une fraction des votes étaient des votes de protestation », l’élection a été disqualifiée universellement et a eu pour résultat une division interne permanente dans les territoires palestiniens, avec le dirigeant actuel de l’ OLP, Abbas, devenu l’actuel « homme de paix » israélo/américain tout en étant alternativement tourné en dérision comme étant un autre pion de l’ OLP dans leurs mains. L’ OLP, Israël, les États-Unis et l’occident en général ont fait tout leur possible pour discréditer et détruire le succès politique du Hamas.

Tout en dé battant sur ces évènements récents, Tamimi parle aussi des fondements plus philosophiques du mouvement Hamas et du débat qui prend place à l’intérieur même du Hamas en ce qui concerne ses objectifs et ses moyens. La charte du Hamas « se lit plus comme une circulaire interne » et il y a des discussions permanentes autour de l’écriture d’une nouvelle charte. En annexe II, Tamimi présente un memo préparé en 2000 par le bureau politique du Hamas qui est un document beaucoup plus nuancé et qui appelle encore (naturellement) à la libération de la Palestine et soutient son droit à la résistance militaire (droit reconnu aussi par la loi internationale).

Dans le chapitre « L’idéologie de libération du Hamas », Tamimi développe ces discussions internes en ajoutant aussi plus de définition aux autres idées présentées quand ils passent dans les média occidentaux. L’idée de « hudna » ou trêve est solidement traitée (y compris les déclarations précédentes que seul le Hamas a initiées en maintenant une trêve unilatérale pendant les différents conflits) ainsi que « tahdi’ah » ou apaisement, soit une « hudna » temporaire. Le résultat de ces trêves a néanmoins été « le refus d’Israël d’en faire autant et ce refus a amené beaucoup de Palestiniens à perdre confiance dans l’utilité de déclarer une trêve unilatérale ». Le concept de suicide et d’attaques suicide dans le contexte islamique ainsi que dans la perception occidentale est débattu en même temps que les discussions islamiques en rapport avec le jihad et ses positions secondaires sur le « qital » et le martyr.

Pour ceux en occident qui veulent vraiment comprendre le Hamas, lire le livre « Hamas : a history from within » est une nécessité. L’écriture est claire, le livre présente des arguments bien structurés et, bien que cela soit de l’histoire, cela va bien au-delà des dates, noms et évènements. C’est une discussion suivie sur les changements d’idées et de structures d’organisation à l’intérieur du Hamas. Malgré le fait que les Israéliens et les Américains utilisent leur « propre théologie terroriste » pour dénoncer le Hamas, la réalité telle qu’elle est perçue par les Palestiniens est celle d’une occupation coloniale et un assujettissement dont le but final israélien est une subjugation des territoires palestiniens ainsi que du Grand Moyen Orient, soutenu en cela par les intérêts commerciaux et militaires américains. Azzam Tamimi a présenté un travail très instructif, qui apporte une nouvelle perspective significative à l’occident sur ce qui se passe en Palestine et dans le Moyen Orient.

* « Hamas : A History from Within » By Azzam Tamimi,
Editor : Olive Branch Press, Northampton, Massachusetts, 2007.

4 septembre 2007 - Al Bawaba - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.albawaba.com/en/countrie...
Traduction : Ana Cléja

NOURA125
30-11-08, 17:04
Hamas : Son histoire de l’intérieur (1)

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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Préface

Beyrouth, le 13 aout 2006

Alors que j’écris, la résolution de l’ONU prévue pour résoudre le conflit au Liban doit encore entrer en vigueur. Mais alors que le destin du sud Liban attend encore d’être fixé, il est évident que ces évènements-là auront un impact de grande portée. L’impact est déjà manifeste dans la façon dont des mouvements comme le Hezbollah et le Hamas ont partout pris le contrôle de l’imagination des musulmans. Il est aussi certain que les vagues du Liban vont s’étendre bien au-delà de la sphère de l’opinion publique, et il se peut que nous soyons à la limite de changements plus profonds – même si nous ne pouvons êtres certains de ce que ces changements vont entrainer.

Il est aussi clair du langage employé en occident et notamment aux États-Unis vis-à-vis de ce conflit qu’il existe une profonde méprise concernant ce que des mouvements comme le Hezbollah et le Hamas représentent. Ceci est similaire à la mauvaise lecture de la base qui a donné lieu à la terrible “Guerre totale contre le terrorisme”, qui a cherché à mélanger des mouvements comme le Hamas avec al-Qaïda, une union qui viole gravement la vérité – alors qu’il se pourrait qu’elle convienne à quelques politiques qui ne sont intéressés que par la promotion des “modérés” pro-occidentaux partageant leurs opinions.

En propageant délibérément et en perpétuant le mensonge selon lequel des mouvements islamiques modérés comme le Hamas ne sont pas différents des révolutionnaires d’ al-Qaïda, qui croient qu’il faut d’abord brûler une société pour en construire une nouvelle, l’occident renforce la perspective d’un conflit plus vaste entre lui et les courants politiques dominants dans la région. L’amalgame risque de produire un réel conflit, avec la possibilité de conséquences désastreuses, en plaçant l’occident en mauvais termes avec des mouvements comme le Hamas qui symbolisent pour de nombreux musulmans l’espoir d’une réelle réforme et d’une société meilleure. Dans cette condition de profonde méprise, un livre qui aide à présenter le Hamas et à répondre à ces défauts de l’analyse occidentale est plus qu’important : il est vital. La connaissance profonde de Dr. Tamimi de l’islam politique dans son étendue lui permet de parler du Hamas avec une vision plus large ainsi que d’écrire un essai qui fera autorité sur un sujet avec lequel il a une grande familiarité. Non pas comme de nombreux “experts”, il s’agit ici d’un véritable expert.

Le Hamas se tient dans la tête d’avant-garde des mouvements reflétant un sens de profond mécontentement musulman avec l’ordre mondial actuel et son impact direct sur leurs sociétés. De nombreux musulmans ressentent aussi l’hégémonie qui cherche à imposer le modèle culturel occidental comme unique, en présentant les valeurs universelles de liberté, de justice et de bonne administration. Les islamistes épouses et proclament ces valeurs, mais ils rejettent l’idée que l’occident jouit d’une certaine sorte de copyright culturel sur la façon dont ces valeurs sont appliquées, sur la façon dont elles devraient faire partie de la vie quotidienne. En outre, le Hamas doute que l’occident, dans sa configuration actuelle, ait grand-chose à enseigner aux musulmans pour ce qui est des valeurs de justice (dans son sens large), d’administration éthique ou de respect des autres. Le Hamas ainsi que le Hezbollah soutiennent des élections libres, mais sont d’avis que l’occident est hautement sélectif dans son enthousiasme pour la “liberté”.


Bien entendu, le Hamas défend la résistance armée. Pour l’occident, ceci est gênant : les occidentaux peuvent comprendre que l’islamisme soit la politisation du mécontentement musulman face à l’actuel ordre mondial, mais l’utilisation de la violence par un acteur non-étatique semble ment particulièrement menaçant pour nos susceptibilités. Pour nous, l’emploi de la violence menace d’une descente aux enfers ; cela frappe les certitudes européennes formées depuis que notre “califat chrétien” a pris fin avec le Traité de Westphalie. A ce moment, notre califat du saint empire romain se déchira en plusieurs nations-états séparés ; l’ Église a été séparée de l’ État, et la religion, au moins en théorie, est devenue du domaine de la propriété personnelle seulement. Cela a été un tournant dans l’histoire européenne, que nous percevons comme un élément fondamental nécessaire pour les Lumières ainsi que pour le développement de la raison et de la laïcité et pour le progrès de la science. Cette idée a dominé la pensée européenne au cours des deux cents dernières années. Elle est finalement devenue synonyme de modernité pour la plupart des occidentaux.

Il n’est pas vrai que les gouvernements occidentaux rejettent avec force la violence en soi : l’Irak, l’Afghanistan et maintenant le Liban témoignent de cela ; mais nous voyons la structure westphalienne de nations-états comme seul cadre pour l’utilisation “légitime” de la violence. Les États peuvent pratiquer la violence ; mais lorsque des mouvements l’utilisent, cela semble menacer des certitudes traditionnelles, ces mêmes certitudes traditionnelles servent de base aux Lumières. Dans le fond, les mouvements comme le Hamas semblent défier nos certitudes westphalienne. Bien sûr, pour les islamiques, la récente histoire porte un message différent. Les nations-états n’ont rien des idées bienveillantes que nous attribuons aux Lumières. Pour la plupart des Arabes, le dessin des frontières nationales s’est fait récemment et a été imposé, avec quelques idées bienveillantes et peu de “lumière”.

NOURA125
30-11-08, 17:42
Hamas : Son histoire de l’intérieur(1) suite

Lorsque l’occident observe un mouvement comme le Hamas, qui semble contredire nos certitudes fondamentales des Lumières, sa première exigence est qu’il renonce à la violence, qui se désarme et qu’il se joigne à un parti politique.

Ce qui est implicite dans cette condition, c’est que les mouvements comme le Hamas doivent accepter nos certitudes. Notre pré-condition invariable, avant même toute discussion, est qu’ils doivent s’engager dans nos termes. La violence “légitime”, nous insistons, doit rester seulement entre les mains des acteurs de l’ État, aussi douteux qu’il puisse être. Notre exigence implique aussi que ces mouvements reconnaissent les déclarations concernant l’ordre mondial qui positionne à jamais l’occident comme propriétaire du modèle pour la réalisation de la modernité. Ceci est le point crucial, car l’adoption par le Hamas de notre modèle équivaut à son acceptation de l’ordre mondial prédominant qui cherche à imposer les termes pour un Etat palestinien sur une base que les Palestiniens considèrent comme étant manifestement injuste. Le Hamas constate aussi que la demande de jouer seulement selon les règles occidentales est un exercice de pouvoir destiné à les “domestiquer”, et à forcer un soutien à l’hégémonie occidentale. Le consentement nie au mouvement son autorité ainsi que sa légitimité : son accord n’est donc pas une option, d’où le besoin de rester une force armée face à l’hostilité occidentale et israélienne.

Le défi envers l’hégémonie occidentale et israélienne ne doit pas être considéré comme anti-occidental. Le Hamas n’est pas anti-occidental. Le défi du Hamas envers notre soi-disant copyright pour l’organisation socio-économique de la modernité n’implique non plus aucun anti-modernisme virulent. Le Hamas cherche plutôt à former un ordre social et politique juste en Palestine, opposé à un environnement d’oppression et d’exploitation basé sur l’hégémonie de l’occident. Il croit qu’il a de meilleures réponses pour la formation d’un avenir politique palestinien que celles que peuvent présenter l’occident. En agissant de la sorte, le Hamas, comme d’autres mouvements islamiques, croient qu’une nouvelle réflexion politique islamique peut être prise uniquement en se désengageant des perspectives historiques et philosophiques reçues de l’occident.

Le défi posé par un mouvement comme le Hamas devrait être compris comme étant aussi bien intellectuel que militaire. Le Hamas prend l’action armée comme un seul outil qui peut être utilisé pour accomplir ses objectifs, et son avantage n’est pas perçu comme un ingrédient essentiel de sa philosophie, mais comme une nécessité face à l’hostilité quasi-universelle et à une occupation vouée à mourir. Je crois que l’ouvrage de Dr. Tamimi nous accompagnera pour nous aider à gagner le courage d’examiner ce défi présenté à certaines de nos certitudes et icônes culturelles et à répondre intelligemment plutôt qu’avec notre défensive habituelle.
Préface rédigée par
Alastair Crooke
Conflicts Forum

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

NOURA125
30-11-08, 17:44
Hamas : Son histoire de l’intérieur (2)

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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Introduction (1)

Lorsque ce livre fut lancé en 2003, il y avait peu à parier que moins de trois ans plus tard, le Mouvement de Résistance Islamique en Palestine (Hamas) réaliserait une victoire écrasante dans un des exercices démocratiques les plus inhabituels qui n’aient jamais pu avoir lieu dans le monde arabophone. En dépit de ces derniers développements, de nombreux observateurs voyaient déjà à l’époque le Hamas, qui avait été formé en décembre 1987, comme un acteur majeur dans l’arène palestinienne. Alors que le processus de paix entre les Palestiniens et les Israéliens s’effondrait, la lente mais pénible guerre d’usure sévissant entre eux deux semblerait avoir de plus en plus influé le rôle du Hamas et son impact sur la politique au Moyen-Orient, aux niveaux local, régional et global.

Il apparut donc qu’un ouvrage était nécessaire pour présenter un rapport sur ce mouvement qui se développe rapidement et sur les phases de son évolution. Quelques livres avaient déjà été publiés en anglais au sujet du Hamas. La plupart d’entre ceux-ci, toutefois, à part l’ouvrage Hamas:Political Thought and Practice de Khalid Hroub, avaient été écrits d’un point de vue israélien, se basant essentiellement sur des données obtenues des dossiers des services de sécurité et de renseignements. Il semblait donc nécessaire d’offrir un récit aussi authentique que possible des évènements qui permirent la montée et la prédominance du Hamas, qui permettrait à un lecteur anglais1 de comprendre comment le mouvement se voit et observe le monde autour de lui. Une telle vision est rarement communiquée au monde non-arabophone.

Nous trouvons une bonne illustration de la manière dont le Hamas est présenté aux lecteurs occidentaux dans le récent livre de Matthew Levitt, qui, au moment de la publication en 2006, était sous-secrétaire adjoint des renseignements et de l’analyse au Département du Trésor Public des Etats-Unis. Hamas: Politics, Charity, and Terrorism in the Service of Jihad décrit le Hamas comme une organisation terroriste qui emploie “son œuvre charitable et éducatif vaste pour promouvoir son objectif principal : plonger Israël dans la mer”. Les activités de charité réputées du Hamas sont condamnées, considérées comme un simple dispositif visant à recruter de nouveaux soldats pour sa “guerre sainte” contre Israël. Les mosquées, écoles, orphelinats et organisations sportives sponsorisés par le mouvement sont décrits comme des “parties intégrales d’un appareil complet de terreur”. Tout regard sur le Hamas qui entre en conflit avec cette image stéréotypée est écarté, considéré comme mal informé ou influencé. Un examen critique de l’ouvrage de Levitt par Steven Erlanger, le chef du bureau du New York Times à Jérusalem, fut dénoncé sans vergogne par Barry Rubin, directeur du Centre de Recherche Générale dans les Affaires Internationales à Israël, estimé comme “une diatribe anti-israélienne choquante”. Rubin déclara qu’ Erlanger était un reporter influencé, avec une mauvaise compréhension des questions contemporaines qu’il couvrait. Il insista à dire que le Hamas lui-même et ses principaux supporter gardaient leur opinion en raison de leur désir d’effacer Israël de la carte, plutôt qu’en colère contre la présence d’Israël en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Le propre avis affirmé par Rubin était que « le Hamas croit que continuer à combattre Israël, ignorant les concession israélienne et assurer que la paix échoue, est la meilleure façon de développer un soutien pour une révolution islamique au sein des Palestiniens ». Dans un jugement entièrement représentatif de l’image dominante du Hamas maintenue en Israël et aux États-Unis, Rubin caractérise le Hamas comme un groupe raciste et terroriste ayant des intentions génocides contre le peuple israélien.

Hamas : Son histoire de l’intérieur est une tentative de redresser le déséquilibre dans la littérature contemporaine au sujet du Hamas. Un compte-rendu précis sur les origines du Hamas sera fourni. Une analyse des croyances et valeurs du Hamas fera la distinction entre ce qui est essentiel dans sa position et ce qui est marginal, avec un examen de la manière dont la pensée de ses leaders et idéologues évolua au cours des années. La réaction du Hamas aux défis sera discutée, ainsi que la façon dont il traite avec ses amis et ses rivaux, et sa capacité à se remettre de revers qui pouvaient paraitre fatals. Enfin, une explication sera présentée sur la manière dont le Hamas s’est développé pour constituer une alternative convaincante, dans les esprits de nombreux Palestiniens, aux anciens symboles de leur lutte, l’ Organisation de la Libération de la Palestine (l’ OLP) et le mouvement du Fatah. Le Fatah, la faction dirigée par le défunt Yasser Arafat, est l’épine dorsale de l’ OLP, qui maintint un monopole sur la lutte et l’activisme palestiniens pendant plusieurs décennies avant la naissance du Hamas.

1 A un lecteur français, avec cette présente traduction.

Traduction réalisée par le Centre Palestinien d' Information (CPI)

NOURA125
30-11-08, 17:46
Hamas : Son histoire de l’intérieur (3)

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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.



Introduction (2)


La différence entre ce livre et la plupart des autres écrits sur le Hamas est qu’il parle du Hamas dans un contexte général plutôt qu’en le plaçant exclusivement dans le contexte d’Israël. Le Hamas est une organisation d’ Arabes et de musulmans qui se trouvent être palestiniens, et qui se voient comme étant les victimes immédiates d’un complot tramé par un ordre mondial injuste qui crut bon de créer un État juif au cœur même des territoires arabes et musulmans. Ils voient les Israéliens comme étant les oppresseurs directs qui les dépossédèrent et qui les persécutèrent pendant des générations. Alors qu’elles s’occupent d’abord de soucis locaux, les activités du Hamas ont des conséquences et des implications régionales ainsi que mondiales. La lutte contre Israël est un des divers éléments qui renseigne sur la pensée du mouvement et qui fait connaitre son activisme, mais ce n’est en aucun cas le seul. Le Hamas, qui prit ses origines chez al-Ikhwan al-Muslimun (les Frères Musulmans), partit d’un projet social motivé par la philanthropie et dédié à la charité.

Les Frères Musulmans sont un mouvement détesté et craint dans certaines régions, mais aimé et soutenu par des millions d’ Arabes et admiré par plusieurs millions de musulmans autour du monde. Il est respecté par de nombreux non-musulmans qui l’étudièrent ou qui vinrent à le connaitre correctement, soit à travers les écrits de ses leaders, soit en leur ayant parlé directement. Plutôt caractérisés par leurs adhérents comme un mouvement de réforme global, les Frères Musulmans étaient à l’origine des Égyptiens, mais ils se développèrent depuis en un réseau mondial. L’organisation mère fut fondée en 1928 par Hassan al-Banna (1906-1949) dans la ville égyptienne al-Isma’iliyah, où il enseignait dans une école primaire, non loin des quartiers généraux des forces occupantes britanniques. Combinant des éléments de spiritualité acquis de l’association d’ al-Banna avec l’ordre soufi Hassafiyah avec les enseignements monothéistes anciens de l’islam qu’il apprit de l’école salafiste de Mohammed Rashid Rida (1865-1935) – un disciple et proche associé de Muhammad Abduh (1849-1905) – le projet reçut un grand accueil populaire. Peu après sa naissance, le mouvement des Frères Musulmans se développa rapidement en Egypte et au-delà. A l’intérieur de l’Egypte, il avait quatre branches en 1929, quinze en 1932, trois cents vers 1938 et plus de deux mille en 1948. Vers 1945, il avait un demi million de membres actifs en Egypte seulement. Entre 1946 et 1948, des branches des Frères Musulmans furent ouvertes en Palestine, au Soudan, en Irak et en Syrie.

Le talent d’ al-Banna était manifeste dans son habileté à présenter aux masses les entreprises des intellectuels de son temps et à transformer en un mouvement populaire les projets élitistes des réformistes qui le précédèrent. Il ne travaillait pas dans les mosquées, car ceux qui fréquentaient les mosquées n’étaient pas sa cible. Il ne travaillait pas non plus dans des cercles culturels ou d’autres lieux de rencontres de la classe supérieure. Son domaine d’activité se trouvait dans les cafés populaires et dans les lieux de rencontres, où il réitérait en des termes plus simples, plus directs, les appels à la réforme effectués par des réformateurs du dix-neuvième siècle. Sur le colonialisme, il transmettait la pensée de Jamal al-Din al-Afghani (1838-1897) et de Mustafa Kamil (1874-1908). Sur l’usure, il prenait son exemple de Muhammad Abduh et de Muhammad Rashid Rida. Mustafa Kamil forma son opinion sur l’influence du commerce étranger, alors que Abduh et Rida formèrent ses idées sur le chaos intellectuel et la perte des valeurs morales. Jamal al-Din al-Afhani et Shakib Arsalan (1869-1946) l’inspirèrent pour sa condamnation de l’imitation aveugle de l’occident, et Shakib Arsalan éveilla sa critique des lois instaurées par l’homme qui échouaient à freiner le crime ou à décourager les criminels. Muhammad Abdul était l’origine de ses pensées sur la mauvaise gestion de l’éducation. Enfin, sur les signes de désespoir et de perte de volonté manifestes dans la communauté musulmane, il prit son inspiration de Arsalan et de Kamil.

Al-Banna condamna les divisions partisanes pour l’intensification des problèmes dont souffrait déjà la communauté en conséquence du sous-développement et du colonialisme. Sa priorité était d’alerter le peuple d’ Égypte sur l’importance de l’unité et de la cohésion. Il avertit que tant que la communauté était fragmentée et noyée dans les disputes, elle ne pourrait jamais affronter la menace de l’hégémonie coloniale. Son message n’était pas limité à l’ Égypte, mais la transcendait pour qu’il soit diffusé dans tout le monde musulman, dont la plus grande partie était sous une occupation étrangère à l’époque. Il tint les forces européennes pour responsables du « démembrement de l’empire islamique et l’annihilation de l’ État islamique et sa suppression de la liste des nations actives et puissantes ». Les objectifs à long terme de son mouvement étaient d’abord de libérer le territoire islamique de toute autorité étrangère, et d’établir ensuite un État islamique sur cette terre islamique. Toutefois, aucun objectif ne pouvait être atteint si l’on ne s’occupait pas en premier lieu des besoins immédiats de la société. Le projet d’ al-Banna était, au-dessus de tout, un effort visant à “réhabiliter” la communauté, en commençant par l’individu, puis la famille, pour arriver jusqu’à la société dans son ensemble, tout cela à travers un processus de réforme graduel.

Ces deux mêmes objectifs furent poursuivis, employant la même méthodologie de réforme graduelle, par des branches des Frères Musulmans à travers la région arabe, dont la Palestine, où les Frères Musulmans palestiniens prirent racines immédiatement après la fin de la seconde guerre mondiale. Les Frères Musulmans palestiniens ouvrirent d’abord quelques branches locales à Gaza. Toutefois, le 6 mai 1946, leur structure s’approcha de son achèvement avec l’inauguration officielle du bureau central du mouvement à Jérusalem, en la présence de dignitaires locaux, ainsi que d’invités qui vinrent du Caire pour représenter le mouvement mère en Égypte. La création d’Israël sur deux tiers de la Palestine en 1948 fit séparer les Frères Musulmans palestiniens en deux organisations. L’une était à Gaza, qui se retrouva sous la direction militaire égyptienne, et l’autre en Cisjordanie, qui fut annexée à la Transjordanie et devint en temps voulu une partie du royaume hachémite de Jordanie. Ce livre commence du moment en 1967 où l’occupation israélienne du tiers restant de la Palestine créa une opportunité aux Frères Musulmans de renaître et de se réunifier.

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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Hamas : Son histoire de l’intérieur (4)


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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.guar

Introduction (3)


Ce livre commence du moment en 1967 où l’occupation israélienne du tiers restant de la Palestine créa une opportunité aux Frères Musulmans de renaître et de se réunifier.
Le premier chapitre, “Les débuts”, commence avec une brève description de l’incident qui causa l’Intifada du 8 décembre 1987 et des circonstances qui amenèrent à la naissance du Hamas peu après. Le chapitre observe ensuite les deux décennies précédentes pour donner à cet évènement un contexte approprié. De 1967 à 1977, les Frères Musulmans de Palestine étaient occupés à mettre de l’ordre chez eux, à unir leurs rangs et à regagner certaines bases qu’ils avaient perdu au profit de mouvements nationalistes laïcs qui avaient remporté leur popularité en montrant de la résistance à l’occupation israélienne. A l’intérieur de la Palestine, la direction des Frères Musulmans avait été défiée de prendre une position contre l’occupation israélienne. A l’extérieur de la Palestine, les communautés estudiantines palestiniennes, notamment en Égypte et au Koweït, jouèrent un rôle significatif dans la révolution de la pensée à l’intérieur du mouvement en général.

Le deuxième chapitre, “Du prêche au djihad”, s’occupe de l’histoire de 1977, date à laquelle les Frères Musulmans en Palestine commencèrent à projeter de lancer leur propre projet de résistance, qui vit la lumière dix ans plus tard avec la révolte de l’Intifada. Cette décennie vit la création d’institutions majeurs, comme al-Mujamma’ al-Islami et l’Université Islamique, qui fournirent à la société palestinienne des services essentiels dans les sphères sociales, médicales et éducationnelles et aidèrent véritablement à élever la position du mouvement et à accroitre sa popularité.

Le chapitre trois, “Une guerre totale”, raconte certains des évènements majeurs qui affectèrent le Hamas entre le résultat immédiat du début de l’Intifada dans les premiers jours de 1988 et l’annonce de l’accord d’Oslo entre l’ OLP et Israël en 1993. C’était la période pendant laquelle Israël sévit considérablement contre le Hamas, lançant plusieurs vagues d’arrestation contre ses leaders et activistes et déportant des centaines d’entre eux au Liban. La campagne israélienne sans merci contre le mouvement poussa sa direction à transférer toutes ses forces exécutives aux Frères Musulmans palestiniens à l’extérieur de la Palestine. Ce mouvement avait essentiellement pour objectif de protéger l’organisation d’un effondrement total sous l’impact de l’assaut israélien. C’est dans ces circonstances que la branche militaire du Hamas, les brigades du martyr Ezzedine al-Qassam, fut créée en réponse à la brutalité des soldats de l’occupation israélienne.

Le chapitre quatre, intitulé “En Jordanie”, dit comment la direction du Hamas fut transférée en Jordanie suite à l’invasion du Koweït par Saddam Hussein en 1990. Au début, les Jordaniens toléraient l’opération clandestine du Hamas, mais le climat de mobilisation populaire de la guerre du Golfe en réponse à la menace perçue d’une imminente invasion israélienne prit vit fin, et les activistes du Hamas furent arrêtés ou contraints à la clandestinité ou à sortir du pays. Les Jordaniens reconsidérèrent l’importance qu’ils avaient placée sur le soutien du Hamas dans leur rivalité avec l’ OLP. L’accord de paix Wadi Araba entre la Jordanie et Israël, ainsi que l’escalade des pressions sur les autorités jordaniennes, eurent pour résultat la réduction de l’action du Hamas et le retrait du pays de ses leaders non-jordaniens. Deux autres développements sont discutés avec quelques détails dans ce chapitre. Le premier est l’arrestation de la figure majeure du Hamas Moussa Abu Marzouq à l’aéroport Kennedy à New York et sa détention conséquence. La Jordanie, toutefois, n’eut pas le choix de reprendre Marzouq deux ans plus tard. La seconde question est le désaccord croissant entre la direction du Hamas en Jordanie et les Frères Musulmans jordaniens.

Le chapitre cinq, “L’affaire Meshaal”, raconte l’histoire de la tentative d’assassinat israélienne manquée à l’encontre de la vie du leader du Hamas Khalid Meshaal. L’aventure israélienne dans cet évènement apporta des dividendes imprévus au Hamas. Pour sauver leur relation particulière avec la Jordanie, les Israéliens acceptèrent non seulement d’épargner la vie de Meshaal, mais aussi de libérer le fondateur du Hamas Sheikh Ahmed Yassine, qui se trouvait en détention. Sheikh Yassine eut l’occasion de faire un tour dans plusieurs pays arabes et musulmans, rameutant un soutien pour le mouvement. En dépit d’un bref gel dans les relations entre le Hamas et la Jordanie, la crise s’approfondit toutefois par la suite en raison d’une pression croissante sur la Jordanie de la part des États-Unis, d’Israël et de l’autorité nationale palestinienne.

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Le chapitre six, intitulé “Hors de la Jordanie”, raconte les évènements qui amenèrent au retrait complet du Hamas de la Jordanie. Suite au décès du roi Hussein en janvier 1999, le régime jordanien sembla totalement perdre de l’intérêt pour le Hamas. L’hostilité jordanienne envers le Hamas commença alors que la haute direction de l’organisation était en visite à Téhéran durant l’été de 1999. La relation qui se détériorait entre le Hamas et les Frères Musulmans en Jordanie accéléra la disparition de l’action du Hamas en Jordanie, avec la fermeture de ses bureaux et l’expulsion de ses leaders. Le bureau politique du Hamas se retrouva à Damas, où les autorités syriennes lui accordèrent une place et une protection.

Le chapitre sept de l’ouvrage, “L’idéologie de libération du Hamas”, traite de la position du Hamas vis-à-vis des Juifs et de l’ État d’Israël, ainsi que des tactiques militaires appropriés pour le combat, dont l’utilisation des bombardements suicides ou “opérations martyres”. Le chapitre montre comment le discours politique du Hamas sur ces questions et d’autres encore évolua considérablement depuis que sa charte fut publiée pour la première fois durant l’été de 1988. La charte fut aussi bien problématique qu’ embarrassante et fut plus citée par ceux qui critiquèrent le mouvement que par ses porte-parole. Ce que ce chapitre cherche à montrer est que depuis le début, la charte ne reflète précisément ni la philosophie du mouvement, ni son point de vue politique. Après avoir soumis la charte à une critique, le chapitre discute avec quelques détails du concept de la hudna, un accord de trêve ou de cessez-le-feu présenté par le Hamas aux Israéliens pas plus tard qu’en 1994.

Le chapitre huit, “Le djihad et le martyre”, concerne le débat de la question du martyre dans la pensée politique islamique contemporaine. Ce sujet touche directement le Hamas, dont la branche armée employa les “opérations martyres” comme une arme dans la lutte contre l’occupation israélienne. Le chapitre commence avec une explication des concepts du djihad et de la mise à mort (qital), les plaçant tous deux dans un contexte historique avant de discuter de leur rapport à la vie musulmane contemporaine. Comme le chapitre le montre, le débat sur le martyre est plus une affaire de politique que de jurisprudence. Il y a un certain nombre de controverses. Tout d’abord, il y a la question de savoir si l’acte est un suicide immoral ou un noble sacrifice de soi ; ensuite, il y a la question de savoir ce qui est une cible légitime et ce qui ne l’est pas ; et enfin, il y a le débat sur la tactique, à savoir si elle sert ou si elle cause du tort à la cause.

Le chapitre neuf, “Le Hamas, l’ OLP et l’autorité palestinienne”, discute de l’attitude envers le Hamas de son principal rival dans l’arène palestinienne, le mouvement du Fatah. Le Hamas était dès le début perçu comme un sérieux danger, et la direction du Fatah, qui avait aussi dirigé l’ OLP et qui était ensuite devenu la direction de l’autorité palestinienne, chercha de diverses façons de le détruire. Parfois, les leaders du Fatah se comportèrent presque comme si le Hamas n’existait pas, alors qu’à d’autres moments, ils prirent des actions contre lui, soit pour le retenir, soit pour se débarrasser de lui.

Le chapitre dix, qui a pour titre “Le Hamas dans le gouvernement”, commence avec la conséquence de la mort de Arafat en novembre 2004. Il donne un récit des développements qui amenèrent aux élections législatives de janvier 2006 et aux conséquences de la victoire écrasante du Hamas. Le chapitre fournit aux lecteurs un aperçu des mesures entreprises par des opposants du Hamas, dont les Israéliens, les Américains et quelques leaders du Fatah, pour tenter de l’obliger à abandonner la direction de l’autorité palestinienne, dont il avait démocratiquement hérité du Fatah.

Le chapitre onze, intitulé “Vers la prochaine Intifada ?”, couvre la lutte du pouvoir encours entre le Fatah et le Hamas suite à la victoire électorale du Hamas, qui résultat en fin de compte à la formation d’un gouvernement d’unité nationale le 17 mars 2007, après des négociations à la Mecque. Il ne fut finalement pas requis du Hamas qu’il cède aux conditions internationales en formant un gouvernement d’unité nationale, et continua ainsi de refuser à reconnaître Israël ; néanmoins, immédiatement suite à l’accord, le leader du Hamas Khaled Meshaal effectua la première déclaration claire du mouvement concernant sa bonne volonté à accepter un État palestinien restreint aux territoires capturés par Israël en 1967. Cette série d’ évènements de repère ne mirent toutefois pas fin aux sanctions internationales et ne donna lieu à rien de plus qu’un répit temporaire dans le conflit entre les factions. La violence croissante dans la bande de Gaza finit par donner le contrôle militaire totale au Hamas en juin 2007 ; en réponse, le président Abbas dissout le gouvernement d’unité nationale, et la division entre le Fatah et le Hamas sembla quasiment insurmontable. Dans le monde, tous les yeux se tournèrent vers Gaza alors qu’elle faisait face à une crise humanitaire qui devenait de plus en plus dangereux à travers les années de siège.

L’ouvrage conclut avec six annexes, qui peuvent éclaircir davantage certaines questions soulevées par ces onze chapitres. La première est un document intitulé “Ceci est pour quoi nous combattons”. C’est le texte d’un rapport préparé par le bureau politique du Hamas en anglais à la fin des années 1990, à la demande de diplomates occidentaux dans la capitale jordanienne Amman. La seconde, intitulé “Le mouvement de la résistance islamique (Hamas)”, est un autre rapport, cette fois préparé à l’origine en arabe par le bureau politique du Hamas en 2000, juste avant l’éruption de la seconde Intifada, pour expliquer la position du mouvement sur les diverses questions. La troisième annexe est le texte d’un article de Khalid Meshaal, le chef du bureau politique du Hamas. Sous le titre “Nous ne vendrons pas notre peuple ou nos principes à l’aide étrangère”, il fut publié dans The Guardian le 31 janvier 2006.

La quatrième annexe est un autre article qui parut le même jour dans The Washington Post. Rédigé par le chef adjoint du bureau politique du Hamas, Moussa Abu Marzouq, l’article est intitulé “Ce que le Hamas cherche”. La cinquième annexe est un article du premier ministre palestinien Ismaël Haniyeh. Intitulé “Une paix juste ou aucune paix”, il parut dans The Guardian le 31 mars 2006. La sixième et dernière annexe est le texte du manifeste électoral de la liste “Changement et réforme” du Hamas pour les élections législatives tenues le 25 janvier 2006.

Dans le monde anglophone1, l’histoire que cet ouvrage cherche à raconte a jusqu’ici été peu entendu. C’est l’espoir sincère de l’auteur que ce livre fournisse au public une description plus précise de ce que le Hamas est, et de ce dont il est le symbole. On peut espérer que ceux qui se trouvent dans le milieu universitaire, dans les médias ou dans une autorité politique et qui souhaitent voir une fin du conflit au Moyen-Orient, ou qui travaillent pour ce résultat, trouveront ici une précieuse contribution à cette entreprise.
Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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Hamas : Son histoire de l’intérieur (5)

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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Les débuts (1)


Nos préparations se sont poursuivies, avec nos efforts et les efforts de nos frères, pendant des années et des années. Tout au long de cette période, nous nous sommes rassemblés, nous avons observé et nous avons attendu jusqu’à ce que le moment d’agir est arrivé.
- Sheikh Ahmed Yassine

Travaillant à partir de la bande de Gaza, mercredi 9 décembre 1987, un reporter de l’ Associated Press décrivit la manière dont les soldats israéliens ouvraient le feu « sur des manifestants arabes lançant des bouteilles dans une vague de violence éveillée par un accident de la route ». Ce que l’agence décrivait d’accident de la route était pour les Palestiniens rien de moins qu’un acte criminel délibéré. L’incident avait eu lieu le soir d’avant, lorsque trois travailleurs palestiniens furent tués et sept autres blessés lorsque le conducteur d’un enfin militaire israélien rentra dans deux camionnettes transportant les travailleurs, alors qu’ils rentraient chez eux d’Israël. Cet “accident de la route” fut le véritable évènement duquel découlèrent tous les changements significatifs qui se produirent en Palestine dans les années ultérieures.

La nuit du 9 décembre, après une journée mouvementée, les sept hommes qui composaient la direction supérieure de al-Ikhwan al-Muslimin (les Frères Musulmans, dorénavant évoqués par le terme “Ikhwan”) à Gaza tinrent un meeting d’urgence. Ils étaient Sheikh Ahmed Yassine, Dr. Abd al-Aziz al-Rantissi, Salah Shihadah, Abd al-Fattah Dukhan, Mohammed Sjam’ah, Ibrahim al-Yazuri et ‘Issa al-Nashar. Plus tôt dans la journée, ils avaient demandé au personnel et aux étudiants de l’Université Islamique, une de leurs institutions les plus importantes dans la bande de Gaza, de fermer à midi et de lancer une grève générale. En réponse, les gens se réunirent autour de l’hôpital al-Shifa dans ce qui devint un rassemblement massif. Jusqu’au soir, on pouvait encore voir de nombreuses personnes en rang à l’extérieur de l’hôpital, pour donner du sang à leur tour. Lors de leur meeting, le soir, les sept leaders des Ikhwan prirent la décision historique de transformer l’organisation Ikhwan en Palestine en un mouvement de résistance qui allait être connu comme étant Harat al-Muqawwamah al-Islamiyah (le Mouvement de Résistance Islamique) [HAMAS].

Dr. Abd al-Aziz al-Rantissi prépara immédiatement le premier communiqué. Il fut remis à la presse le 14 décembre, qui devint alors le jour où le Hamas fut officiellement créé. Pendant dix ans, Sheikh Yassine et ses “frères” s’étaient préparés pour ce monde, même s’ils ne savaient pas à l’avance que ce qu’ils avaient projeté pendant si longtemps allait se produire à ce moment précis ou de cette façon particulière.

La vie dans la bande de Gaza était devenue de plus en plus insupportable depuis 1977, lorsqu’en juin, le partie de droite Likoud en Israël vint au pouvoir pour la première fois. En novembre, cette même année, le président égyptien Anwar al-Sadat visita Jérusalem pour s’adresser à la Knesset (le parlement d’Israël), donnant ainsi un coup majeur aux espoirs palestiniens selon lesquels leur grande sœur, l’ Égypte, pouvait jouer un rôle pour les secourir de l’oppression et libérer leur terre de l’occupation. Bien avant que la monté au pouvoir de Sadat, la plupart des Palestiniens avaient anticipé que l’ Égypte allait les libérer. Ceci avait été la promesse du prédécesseur de Sadat, Gamal Abd al-Nasser : une promesse soudainement rompue par un régime qui était seulement intéressé par la reprise du Sinaï d’Israël, qui l’avait occupé dix ans plus tôt.

De manière paradoxale, depuis qu’ils se retrouvèrent sous l’occupation israélienne en 1967, les Palestiniens de Gaza avaient joui d’une certaine croissance économique. Les travailleurs palestiniens pouvaient assez facilement passer en Israël et gagner un bon montant d’argent pour une journée de travail, travail qui ne manquait pas. Entre-temps, les Israéliens venaient dans la bande de Gaza pour faire des emplettes : dans cette zone de libre échange non déclarée, non sujette aux différentes taxes, les prix étaient attractifs. Incontestablement, la défaite des armées arabes en 1967, qui mena à la capture de ce qui restait de la Palestine par les Israéliens, était une bénédiction déguisée dans bien des aspects. En outre, Gaza devint accessible de la Cisjordanie et les deux régions étaient ouvertes aux citoyens israéliens d’origine arabe, qui virent cela comme une opportunité pour la “réunion familiale”.

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Ce qui graduellement altéra la prospérité que l’occupation israélienne semblait apporter aux territoires occupés en 1967 était l’humiliation auxquels les travailleurs palestiniens étaient sujets. Les travailleurs palestiniens qui traversaient la “Ligne Verte” pour se rendre en Israël laissaient derrière eux leur dignité et leur amour-propre. La société israélienne avait besoin des ouvriers, mais elle les méprisait, car ils étaient “les autres” ; ils étaient vus comme différents, sous-humains, et ils n’étaient pas dignes de respect. En même temps, la simple présence de ces travailleurs parmi eux était un rappel quotidien atroce pour les Israéliens du fait qu’ils vécussent sur une terre volée quelques décennies auparavant des parents ou grands-parents de ces misérables palestiniens. L’indignation et la frustration des Palestiniens étaient alimentées par l’éveil du nationalisme palestinien ainsi que par la brise d’une revivification islamique qui commençait à être sentie. Les leaders nationaux et islamiques décourageaient les Palestiniens de la “cohabitation” avec leurs oppresseurs, encourageant, si ce n’est la résistance, au moins le boycott. Au-dessus de tout, les leaders islamiques s’inquiétaient de l’influence que pouvait avoir sur les travailleurs ce qu’ils voyaient comme étant les coutumes négligées et confuses de la société israélienne. Entre-temps, toutefois, des activités de résistance sporadiques lancées par des membres de groupes de résistance palestiniens, comme le Fatah et le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP), à partir des “territoires” ou de l’autre côté des frontières, attirèrent des mesures punitives sévères et souvent collectives. Les autorités de l’occupation israélienne mirent en place des opérations de sécurité draconiennes et effectuèrent des arrestations arbitraires, notamment contre les populations des camps de réfugiés en Cisjordanie et à Gaza. Alors qu’ils étaient en détention et sous une interrogation, les Palestiniens étaient sujets aussi bien à la torture physique qu’à la torture psychologique, ce qui laissait souvent des cicatrices physiques et mentales permanentes.

Telle était l’atmosphère en Palestine lorsque le président égyptien Anwar al-Sadar bouleversa le monde avec son voyage de 1977 à Jérusalem, qui prépara le chemin pour les Accords de Camp David. La signature de ceux-ci aboutit au traité de paix entre Israël et l’ Égypte, qui fut signé le 26 mars 1979 en la présence du président Jimmy Carter, sur le gazon de la Maison Blanche à Washington D.C. Ironiquement, cette paix fut réalisée entre l’ Égypte, historiquement considérée par Israël comme son principal adversaire dans le monde arabe, et le premier gouvernement de la droite israélienne Likoud sous la direction de Menachem Begin. Les supporters du Likoud en général soutenaient l’avis que les frontières de l’ État d’Israël devaient être celles supposées avoir été offertes aux juifs par le droit divin, c’est-à-dire du Nil à l’ Euphrate. Alors que l’opération de paix avec l’ Égypte fut célébrée, la question palestinienne fut reléguée au second plan. Pendant ce temps, Israël continuait à lancer des coups destructeurs, les uns après les autres, à l’encontre de la résistance nationaliste palestinienne, affaiblissant ainsi les factions comprises dans l’ OLP.

La venue au pouvoir du gouvernement du Likoud signala un changement majeur pour les gens de Gaza. C’était ce gouvernement qui autorisa l’établissement des premières colonies juives dans la bande de Gaza, déjà l’une des régions les plus densément peuplées du monde. En plus de la frustration ressentie par les Palestiniens suite à la neutralisation de l’ Égypte dans le conflit arabo-israélien, il apparut que le peuple de Gaza fut choisi pour payer le prix du processus de paix. Ayant retiré leurs troupes et colons du Sinaï, les Israéliens déployèrent plus de soldats dans la bande de Gaza. En dépit de la paix avec l’ Égypte, les Israéliens ne modifièrent pas leur politique de conscription et il n’y avait nulle par ailleurs que les territoires occupés pour déployer les nouveaux conscrits. Avant la réalisation du processus de paix entre Israël et l’ Égypte, la frontière de facto d’Israël avec l’ Égypte était bien loin de Gaza. Cependant, dans la nouvelle ère de paix israélo-égyptienne, Gaza devint la frontière, et c’était là que les forces frontalières d’Israël furent massivement déployées.

Graduellement, l’humiliation à laquelle les travailleurs palestiniens étaient sujets dans le marché de l’emploi israélien s’étendit aux résidents de Gaza de manière générale. Dans une politique initiée par Ariel Sharon, qui devint ministre de la défense d’Israël dans le cabinet du Likoud en 1981, des parachutistes israéliens, connus pour les Palestiniens comme les “bérets rouges”, furent déployés avec pour instructions d’intimider et d’humilier les Arabes suspectés de donner une assistance à la résistance. Il devint une pratique commune pour les troupes israéliennes sur les points de contrôle à l’intérieur des territoires occupés d’arrêter des passants arabes, notamment des étudiants à l’université et au lycée, les menaçant avec leur arme et les soumettant à des abus verbaux et physiques pour aucune raison manifeste autre que de montrer qui est le chef. En fin de compte, Gaza devint en pratique une énorme prison. Il n’était plus question qu’un résident de Gaza puisse voyager facilement vers l’ Égypte, et peu de temps après, les habitants de la bande de Gaza se virent même interdits de voyager vers la Jordanie. Les restrictions israéliennes imposées aux travailleurs étaient destinées à permettre à moins d’hommes et des femmes de gagner leur vie dans le marché du travail lucratif israélien. Une alternative humiliante était de gagner son pain en travaillant dans la construction des colonies juives bâties sur des terres illégalement saisies des Arabes eux-mêmes. La vie devenait de plus en plus insupportable, et une explosion allait venir.




Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Les débuts (2)
La liste des facteurs qui précipitèrent l’Intifada (soulèvement) de décembre 1987 est longue, mais ce n’étaient pas forcément les mêmes facteurs qui permirent l’émergence du Hamas, en dépit de la simultanéité des deux événements. Les leaders des Ikhwan à Gaza employèrent simplement le mouvement de frustration et de colère des habitants de la Bande pour effectuer la transformation de leur organisation en un mouvement de résistance. Quelques membres de l’organisation savaient que la décision de réaliser une telle transformation avait été prise il y a bien dix ans plus tôt. Moins de personnes encore durent être conscients que la décision avait été prise en coordination par les nombreuses branches des Ikhwan palestiniens, à Gaza et en Cisjordanie ainsi qu’en Jordanie et dans la diaspora.

La guerre de juin 1967 déshonora les Arabes et donna plus de territoires à Israël, dont la bande de Gaza, la Cisjordanie, le Sinaï et la haute Galilée. A travers la décennie suivante, les Ikhwan d’à travers le monde arabe récoltèrent les fruits de ce qui était vu comme l’échec scandaleux du nationalisme arabe. Après le décès d’Abd al-Nassir en 1970, des leaders et des membres des Ikhwan, qui avaient été retenus depuis longtemps dans les prisons égyptiennes, furent libérés. Cela donna aux Ikhwan un avantage sur d’autres organisations concourant avec eux pour recruter de nouveaux membres, dans un climat rendu favorable par la résurgence islamique éveillée par la défaite de 1967. En Palestine, de jeunes hommes, parmi eux de jeunes adolescents, affluèrent pour rejoindre les rangs des Ikhwan. La plupart des recrues venaient de la communauté estudiantine.

La réactivation des Ikhwan à Gaza résultait des efforts de quelques hommes dévoués. Ceux-ci voyaient l’ignorance et le manque d’engagement à l’égard de l’islam comme la plus grande menace pour leur communauté. Du point de vue des leaders des Ikhwan, la suppression systématique de l’activisme islamique sous la direction égyptienne était une erreur, et Israël en était le véritable bénéficiaire. L’incapacité du peuple de Gaza à résister aux politiques dépravantes des autorités d’occupation israéliennes alarma les leaders islamistes. Seule une moralité basée sur l’islam pouvait munir un habitant sans travail ou pauvre de Gaza de la capacité de dire non à un officier israélien lui présentant, à lui ou elle, une vie confortable, un bon travail, ou un permis de voyager à l’étranger pour un emploi ou une formation en échange d’une collaboration avec les autorités. En même temps, Israël était simplement incapable de contrôler les territoires occupés sans la collaboration de quelques Palestiniens. Les Israéliens avaient une politique délibérée visant à convertir autant de Palestiniens que possibles en informateurs, en espions contre leur propre peuple, ou au moins en bénéficiaires de l’occupation, afin qu’ils fassent tout ce qu’ils peuvent pour préserver le statu quo. Les outils employés par Israël pour recruter ou faire chanter des collaborateurs étaient l’argent, les drogues, le sexe et l’intimidation, ainsi que la tentation de bénéfices matériels pour atténuer les privations qu’endurait une population assiégée. Les islamistes s’engagèrent dans un projet à long terme pour protéger le peuple de Gaza de ces menaces, avec à la tête un enseignant quadriplégique du nom de Ahmed Yassine.

Ahmed Yassine était né en juin 1936 dans le village d’al-Jurah, près de la ville moderne d’Ashkelon, moins d’un an après que Sheikh Ezzedine al-Qassam dirigea la première révolution armée contre des troupes de l’occupation étrangère en Palestine. C’était la première année de la Grande Grève réalisée en protestation contre les politiques britanniques pro-sionistes, qui dura six mois, de mai à octobre 1936. Yassine n’était alors qu’un garçon de douze ans lorsque la Nakba (la catastrophe) de 1948 obligea sa mère à fuir avec ses enfants, lors de l’exode général. Des Palestiniens du village d’al-Jurah, comme de nombreux autres villages et villes, fuirent de ce qu’ils craignaient être une mort imminente de la part des miliciens armés sionistes qui cherchaient à créer un Etat exclusivement juif en Palestine.

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06-12-08, 10:28
Hamas : Son histoire de l’intérieur (6) suite


Le père d’ Ahmed Yassine, Ismaïl, mourut alors qu’ Ahmed était âgé de trois ans. Il était destiné à grandir sans père et sans foyer, dans un camp de réfugiés de la bande de Gaza. A quelques pas seulement, dans son ancienne maison d’al-Jurah, des immigrants juifs d’Europe s’étaient installés, prétendant être retournés à la terre que leurs ancêtres avaient quittée deux mille ans plus tôt. Comme des centaines de milliers d’autres Palestiniens, la famille Yassine devait souffrir, apparemment à cause d’un pacte divin accordé aux Israéliens par leur Dieu. Il en viendra plus tard à croire que son pays avait été volé de son peuple pour des raisons purement politiques et mondaines : la religion n’avait rien à voir dans cette histoire. Jusqu’à ce que sa famille ait été forcée de quitter al-Jurah, Ahmed Yassine avait pris plaisir à s’amuser simplement sur le bord de mer, à deux cents mètres à peine de chez lui. Il observa du haut d’une proche colline les soldats britanniques puis les soldats égyptiens alors qu’ils se déplaçaient au-delà d’al-Jurah. Des développements très tragiques allaient se produire, et les nouvelles de massacres sionistes de Palestiniens commencèrent bientôt à arriver, instillant la terreur dans les cœurs et les esprits des villageois. Sa famille rejoint d’autres groupes dans l’expression de leur colère envers les armées arabes. Elles étaient venues avec la promesse de combattre les Sionistes, de sauver la Palestine et de venir au secours des Palestiniens. Toutefois, ils ne firent que désarmer le peuple, déclarant qu’ils étaient les seuls capables de prendre l’action requise. Leur promesse ne fut jamais remplie ; en effet, ils prirent part à la venue de la catastrophe.

La peine du manque d’abri était exacerbée par la pauvreté. Les dons de nourritures des soldats égyptiens positionnés à Gaza aidaient parfois. Néanmoins, le jeune Yassine fut obligé d’abandonner l’école pendant une année, de 1949 à 1950, pour travailler en tant que serveur dans un restaurant, afin de nourrir les sept membres de sa famille sans père. Puis une catastrophe frappa. A l’âge de seize ans, il tomba sur le dos dans un accident alors qu’il faisait du sport, se blessant gravement à la vertèbre du cou. Par la suite, son état continua de se détériorer, jusqu’à ce qu’il ait perdu la capacité de marcher. Cependant, son immobilité ne l’empêcha pas de poursuivre une carrière dans l’éducation, qui l’amena au contact direct des gens, notamment de la jeune génération.

Après avoir terminé son éducation en juin 1958, il lui fut offert une place pour étudier pour un diplôme au Caire, mais il n’avait pas les moyens d’y aller. Il travailla en tant qu’enseignant, espérant un jour pouvoir se rendre à l’université, et il visita le Caire plusieurs fois, recherchant un traitement pour sa blessure. Il réalisa presque son rêve lorsqu’il fut accepté en 1964 par l’Université de ‘Ain Shams au Caire. Il se rendit brièvement en Egypte pour compléter ses formations d’inscription, et apparemment après avoir étudié à Gaza en tant qu’étudiant externe, il retourna pour se présenter à un examen en 1965. Plus tard en 1965, toutefois, ses espoirs furent brisés après son retour chez soi par les services de sécurité égyptiennes, alors en charge du contrôle de Gaza. Le 18 décembre 1965, il fut détenu, suspecté d’être affilié aux Ikhwan, qui avaient été sujets d’une campagne de persécution pendant plus d’une décennie par le régime d’Abd al-Nassir. Après un mois de confinement solitaire dans la Prison Centrale de Gaza, auquel il fut sujet en dépit de son incapacité physique, il fut libéré après des investigations qui prouvèrent qu’il était innocent de ce “crime”. On lui interdit tout de même de voyager pour se rendre au Caire. Cette expérience eut un impact durable sur lui. Il n’avait jamais été affilié aux Ikhwan en Egypte, mais s’était retrouvé sous leur influence. En 1966 ou 1967, il rejoignit officiellement les Ikhwan, auxquels ils fut dévoué, détestant l’injustice qui leur était faite. Il rappela plus tard : « Cette expérience d’un mois approfondit ma haine envers l’injustice et m’apprit que la légitimité de toute autorité doit être basée sur la justice et sur la sanctification du droit d’un être humain à vivre avec dignité et liberté ».

L’adhérence de Yassine aux Ikhwan était un geste de défi. Un monde de différence distinguait le début des années 1960 de la précédente décennie. Au début des années 1950, rejoindre les Ikhwan était à la mode, c’était tendance de le faire. La bravoure et les sacrifices du groupe durant la lutte de 1948 pour empêcher les Sionistes de prendre contrôle de la Palestine et de la transformer en un Etat juif étaient encore vifs dans les esprits des résidents de Gaza comme de la Cisjordanie. Toutefois, de 1954 à au-delà, comme le régime d’Abd al-Nassir en Egypte se tourna contre eux et commença à les réprimer, de moins en moins de personnes souhaitaient avoir un lien quelconque avec les Ikhwan. Au lieu de cela, le nationalisme arabe prit du terrain. Aidé par la machine de propagande grande et puissante d’Abd al-Nassir, l’ arabisme se présenta comme une alternative au mouvement détérioré et réactionnaire des Ikhwan, qui était blâme pour toutes les misères du passé et du présent. Vers la fin des années 1960, presque aucune des figures distinguées d’autorité ou de crédibilité ne s’identifiait publiquement comme faisant partie des Ikhwan en Palestine. Nombre de ces figures étaient déjà partis vers d’autres pays, à la recherche de meilleures conditions de vie ou à la poursuite d’une sécurité personnelle. En outre, les Ikhwan avaient commencé à perdre certains de leurs meilleurs membres qui rejoignaient le mouvement du Fatah, dédié à la libération nationale de la Palestine, qui avait été fondé en 1957. L’ambition des leaders du Fatah à ce moment était d’intégrer l’ensemble de l’organisation des Ikhwan palestiniens dans leur mouvement nouvellement fondé. Ils croyaient que les Ikhwan ne servaient plus aucun objectif et que leur incorporation pouvait fournir au projet naissant du Fatah une impulsion majeure à un moment où il faisait aussi face à quelque hostilité de la part d’Abd al-Nassir.

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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08-12-08, 22:35
Hamas : Son histoire de l’intérieur (7)



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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Les débuts (3)


Peu de personnes allaient prédire qu’un jeune homme quadriplégique comme Ahmed Yassine allait vivre pour guider une transformation massive dans les vies des Palestiniens, non seulement dans la bande de Gaza, mais aussi dans toute la Palestine et au-delà. Depuis le début, ses yeux étaient rivés sur la résistance à l’occupation. Il savait toutefois qu’il ne pouvait guère y avoir de résistance sans endurance et organisation. Comme il le dit lui-même, il soutint pendant de nombreuses années la croyance selon laquelle la résistance à l’occupation nécessitait des préparations ardues. Il fut approché en 1965 par le mouvement du Fatah lorsque ce dernier lança sa lutte contre Israël dans l’espoir d’ entrainer les pays arabes dans une guerre contre l’ État sioniste. Il fut invité à le rejoindre, mais il refusa, insistant à dire que les pays arabes n’étaient pas prêts à combattre et qu’ils n’en avaient pas non plus la volonté. Il ne voyait pas l’intérêt de les attirer dans un duel qui allait très certainement se terminer en leur défaite, et qui pouvait par conséquence faire perdre plus de territoires au profit des Israéliens.

Peu de temps s’écoula avant que sa réflexion se prouve être juste, à plusieurs occasions. La première fois fut lorsque le Fatah mit en place une attaque de la bande de Gaza contre un bus israéliens à l’est de Deir al-Balah. Les autorités égyptiennes, qui contrôlaient Gaza, répondirent en arrêtant et emprisonnant ces personnes suspectées d’avoir préparé l’attaque. L’ Égypte ne souhaitait pas être attirée dans une guerre qu’elle savait qu’elle ne pouvait gagner. A ce moment, le gouvernement égyptien accusa les Ikhwan de chercher à causer des soucis à l’ Égypte et de forcer une internationalisation de la bande de Gaza. Bien que les Ikhwan n’avaient aucun lien avec l’attaque, ceux qui l’avaient préparée était à l’origine des membres des Ikhwan qui avaient été amenés à rejoindre le Fatah, dont les fondateurs, à l’exception de Yasser Arafat, avaient tous été d’anciens membres des Ikhwan.

La seconde occasion où il se révéla qu’ Ahmed Yassine avait juste était lors de la guerre de juin 1967. C’était une confrontation avec Israël qui n’était pas désirée par les États arabes, dont l’ Égypte, qui perdirent de façon lamentable. Le scepticisme exprimé par Ahmed Yassine au cours des jours qui ont conduit à la guerre surprit nombre de ses contemporains. L’ Égypte, de son point de vue, n’était tout simplement pas prête à la guerre, et le stratagème d’ Abd al-Nasser d’ordonner l’évacuation des gardiens de la paix de l’ONU du Sinaï allait lui couter très cher. Il put voir de l’état des troupes égyptiennes déployées à Gaza qu’ils étaient vraiment mal préparés. Elles n’avaient pas d’instructions précises et n’avaient pas d’objectif clair. Il craignait aussi qu’Israël puisse donner un coup mortel à la force aérienne égyptienne, laissant l’armée égyptienne délaissée comme un homme solitaire dans le désert du Sinaï.

C’est exactement ce qui se produisit. Alors que les troupes égyptiennes se faisaient lourdement battre par les Israéliens, la machine de propagande d’ Abd al-Nasser déclarait que l’ Égypte avait l’avantage et se dirigeait vers une victoire concluante. Finalement les soldats israéliens sont non seulement entrés à Gaza et en Cisjordanie, mais ils ont aussi avancé jusqu’au Canal de Suez, s’emparant aussi de la haute Galilée syrienne, tout cela en quelque six jours. La défaite était des plus choquantes pour ceux qui avaient une foi aveugle en l’autorité égyptienne : ils avaient espéré que la Palestine soit libérée par Gamal Abd al-Nasser, le héros du nationalisme arabe. Ce n’est qu’après que nombre de personnes se rappelèrent avec grande consternation l’annonce qu’ Abd al-Nasser avait fait deux ans plus tôt, dans un discours devant le Conseil National de la Palestine au Caire : « Si je vous disais que j’avais un plan pour libérer la Palestine, je vous mentirais ».

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08-12-08, 22:38
Hamas : Son histoire de l’intérieur: (7) (suite 1)


Après la guerre de 1967, Sheikh Yassine, comme il fut alors connu, vit les gens de Gaza se réveiller graduellement de leur choc pour comprendre enfin la nouvelle réalité. Ils semblaient n’avoir de choix que d’accepter le statu quo. Nombre d’entre eux cherchèrent à satisfaire leurs besoins quotidiens en faisant des affaires avec l’autorité d’occupation plutôt qu’à lui résister. Ils sentaient ne plus avoir de choix que de retourner à leur travail et d’être payés en conséquence par les nouvelles autorités. Sheikh Yassine déplora la situation, mais la comprit : « Les gens n’ont pas de quoi manger. Jour après jour, ils commencèrent à accepter la réalité et décidèrent de retourner à leur travail. Si seulement nous avions une bonne organisation, alors nous nous serions organisés et nous aurions boycotté l’occupation. Mais nous n’avions pas d’organisation, il n’y avait pas de garantie que le peuple soit protégé, et les gens ne savaient pas que faire ».

Il devait lui-même soupeser ses options. Avant l’occupation de Gaza, il avait travaillé en tant qu’enseignant. Lorsqu’il fut annoncé que des écoles allaient rouvrir et que les enseignants devaient se signaler pour travailler, il se demanda : « Supporterais-je l’occupation en enseignant ou servirais-je mon peuple ? ». La raison des doutes de Sheikh Yassine étaient qu’il était supposé que l’autorité de l’occupation devait être boycottée, et non pas servie. Il décida qu’il allait servir son peuple, et il décida donc, avec ses collègues, de retourner au travail. C’est à travers sa profession d’enseignant qu’il entreprit le projet de transformer la société palestinienne de Gaza. En effet, certains de ses étudiants grandirent pour devenir des leaders du mouvement islamique dans la bande de Gaza ; ils étaient les produits du renouveau islamique, mentionnée parfois comme étant la résurgence islamique, un processus qui prit racine dans la société au début des années 1970 et qui était dirigé par Sheikh Yassine.

L’occupation d’Israël de la bande de Gaza et de la Cisjordanie après la naksa fournit paradoxalement une fenêtre d’opportunité à Sheikh Yassine, qui put pour la première fois voyager à travers l’ensemble de la Palestine historique. Cela lui permit de communiquer sa sagesse et son savoir aux Arabes oubliés d’Israël, ces Palestiniens qui s’étaient vus autorisés à rester dans les territoires occupés en 1948 sur lesquels Israël s’était établie. Des liens furent aussi forgés avec les Palestiniens de la Cisjordanie, et même avec les Palestiniens de la diaspora peu de temps après. Cependant, sa tâche formidable était de persuader une population extrêmement sceptique que les Ikhwan était un mouvement louable. Sa réputation était ternie et sa crédibilité sévèrement touchée par les médias égyptiens d’ Abd al-Nasser ; la conséquence en était que le mouvement n’intéressait pas le peuple de Palestine. Une combinaison de propagande, d’intimidation et de répression décourageait les gens de s’associer avec lui.

L’image que les gens se faisaient en général des Ikhwan de la Cisjordanie étaient encore moins favorable que celle de leurs frères de Gaza. La Cisjordanie était une partie de la Jordanie, et donc sujette à l’autorité directe des Hashémites, depuis la création d’Israël en 1948. Les Ikhwan semblaient être entrés dans un pacte non-déclaré avec le régime hashémite. En échange d’un statut légal, ils contribuaient apparemment au maintien de la stabilité du régime jordanien en préservant la société contre des influences indésirables jugées nuisibles, dont le communisme, prôné par l’Union Soviétique, et le nationalisme arabe, promu à l’époque par le président de l’ Égypte Abd al-Nasser. Alors que ce dernier était perçu comme un personnage patriotique et anti-impérialiste, de nombreux Palestiniens voyaient le régime hashémite comme un laquais des États-Unis et un collaborateur avec Israël. Ainsi, alors que les Ikhwan de la Cisjordanie avaient des bureaux inscrits et travaillaient ouvertement, ils avaient des difficultés à attirer un grand soutien populaire ou une sympathie. Dans les années 1950 et 1960, les Ikhwan de la Cisjordanie étaient perçus comme une organisation élitiste et non-démocratique. C’était une image très différente de celle des Ikhwan en Egypte lors des années de la formation du mouvement dans les années 1930 et 1940. En tant que force de critique principale contre le régime égyptien, ils défendaient les pauvres et les opprimés, parlaient ouvertement contre l’influence étrangère, et brandissaient la bannière de la libération du colonialisme.

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08-12-08, 22:43
Hamas : Son histoire de l’intérieur: (7) (suite 2)

A Gaza, Sheikh Yassine était une de ses quelques figures seulement à s’identifier publiquement aux Ikhwan. Pour cette raison, lorsqu’il dirigeait les prières du vendredi à la mosquée du Camp Nord, de jeunes hommes dans la congrégation commencèrent à se rendre à d’autres mosquées, de crainte d’être accusés de sympathie à son égard ou envers son groupe. Pour atteindre son objectif, le sheikh avait besoin de reconstruire le mouvement, qui était devenu clandestin après des années de persécution. A la suite du nettoyage d’ Abd al-Nasser de 1965, de nombreuses figures clés avaient soit été détenues, soit elles avaient déjà fui Gaza pour retrouver d’autres pays arabes pour échapper au tourment et mener une vie digne et confortable. Sheikh Yassine identifia dix Frères (cadres des Ikhwan) de Gaza et de Jérusalem et les invita à un meeting pour discuter du nouveau lancement des Ikhwan. Tous n’étaient pas enthousiastes ou optimistes : en réalité, peu après, certains quittèrent les territoires pour chercher du travail ailleurs dans la “patrie arabe”.

Néanmoins, le processus se mit en court, commençant dans les mosquées. La plupart de ceux qui étaient attirés par l’activité des Ikhwan étaient de jeunes hommes, essentiellement des étudiants en fin d’adolescence. C’était la génération qui avait grandi au moment de la défaite de 1967 ; nombre d’entre eux avaient été désillusionnés du mouvement d’ Abd al-Nasser et des revendications de nationalisme arabe. D’autre part, d’autres qui avaient été des partisans d’ Abd al-Nasser continuèrent à l’ idolâtrer jusqu’à ce qu’il soit mort et même après. Pendant plus ou moins une décennie, le mouvement ranimé par Sheikh Yassine se focalisa principalement sur l’introduction des valeurs et de l’étique islamique dans le cœur et l’esprit des jeunes. Non pas comme l’ancienne administration d’ Abd al-Nasser à Gaza, les autorités de l’occupation israélienne ne protestèrent pas contre cette activité religieuse apparemment bénigne. L’inquiétude d’Israël reposait ailleurs, elle poursuivait les éléments de la résistance nationaliste qui posaient une menace directe à leur autorité. Sheikh Yassin et son groupe, qui incluait d’anciennes figures des Ikhwan comme Abd al-Fattah Dukhan et Hassan Sham’ah, qui étaient eux aussi des enseignants, n’avaient ni la capacité ni la volonté à ce moment-là de s’engager dans la résistance.

L’avis de Sheikh Yassine était qu’il restait encore beaucoup à faire avant que la résistance ne puisse être lancée. A travers ses discours publics et son enseignement dans les écoles, il réussit à rallier autour de lui un ensemble de partisans engagés, tirés d’entre les étudiants d’établissements supérieurs qui avaient d’abord été attirés par le mouvement d’ Abd al-Nasser avant de le déserter suite à la guerre de juin 1967. Leur réponse initiale à la défaite était de rechercher une consolation dans la religion, qui semblait présenter une alternative au nationalisme échoué. Les Ikhwan fournirent simplement le véhicule. Le tout premier groupe de jeunes hommes à se regrouper autour du sheikh et à rechercher ses instructions comportait Ibrahim al-Maqadmah, Isma’il Abu Shanab, Abd al-Aziz Awdah, Fathi al-Shiqaqi et Moussa Abu Marzouq. Tous ceux-ci étudièrent en Égypte et y jouèrent un rôle actif dans l’organisation de la communauté estudiantine islamique palestinienne. A divers degrés, ils lancèrent ou prirent part au débat des priorités du mouvement islamique au regard de la question palestinienne.

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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15-12-08, 09:14
Hamas : Son histoire de l’intérieur (8)




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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Les débuts (4)
La relation égyptienne
Avant l’occupation d’Israël de la bande de Gaza et de la Cisjordanie en 1967, des étudiants qui avaient terminé avec succès leur études au lycée s’en allèrent à l’étranger pour poursuivre leurs études. Il n’y avait pas d’universités locales, et la plupart des très bons élèves lors des études secondaires s’ inscrivent dans des universités d’Égypte pour étudier la médecine, l’ingénierie, ou des sujets scientifiques. Un quota précis fut donné pour les étudiants de la bande de Gaza, un autre pour ceux de la Cisjordanie, et un troisième pour ceux qui résidaient à l’extérieur de la Palestine, dans ce qui est devenu connu sous le nom de diaspora palestinienne.


Pendant plusieurs années après l’occupation de Gaza et de la Cisjordanie, toutefois, l’entrée des étudiants palestiniens a été suspendue, car leur retour chez eux ne pouvait être garanti. Les autorités égyptiennes, ainsi que les autorités palestiniennes, avaient peur qu’Israël ne permette pas aux étudiants de rentrer après avoir terminé leurs études. Au cours de l’année scolaire 1970-1971, l’entrée d’étudiants palestiniens dans les universités égyptiennes fut reprise, grâce à un accord négocié par la Croix-Rouge Internationale. L’ Égypte accepta les étudiants, à condition qu’Israël leur permette de rentrer chez eux ; la Croix-Rouge garantit leur retour chez eux, en sécurité, lors des vacances d’été et lorsqu’ils avaient finalement terminé leurs études. Apparemment, cet arrangement était encouragé par Israël, comme faisant partie de ce qui prit le nom de politique des “ponts ouverts”. C’était le plan pour maintenir un flux contrôlé de gens et de marchandises à travers le Jourdain de la Cisjordanie à la Jordanie. Pour la bande de Gaza, la politique servait essentiellement à diminuer la pression qui avait augmenté en conséquence de l’accumulation de ceux qui quittaient le lycée par milliers chaque année, mais qui ne pouvaient être absorbés localement par l’éducation ou le marché du travail. Ces diplômés du secondaire posaient une menace sérieuse à Israël, car ils étaient des recrues possibles pour la résistance.

Sheikh Ahmed Yassine avait plus tôt pensé envoyer certains de ses étudiants en Égypte pour étudier à l’académie militaire égyptienne. L’ Égypte permettait aux étudiants palestiniens de Gaza de rejoindre l’académie, mais avec la suspension de l’admission des étudiants palestiniens, seuls ceux qui avaient terminé leurs études secondaires en Égypte même pouvaient bénéficier de ce service. Une jeune recrue des Ikhwan du nom de Moussa Abu Marzouq fut choisi par Sheikh Ahmed Yassine pour quitter la bande de Gaza et s’installer en Égypte un an avant la fin de ses études secondaires, afin de les y terminer et d’être ainsi éligible à l’entrée dans l’académie militaire. Tout se passa comme prévu jusqu’à peu de temps avant que Abu Marzouq termine ses études secondaires en Égypte, lorsque le gouvernement égyptien annonça une nouvelle régulation permettant à nouveau aux étudiants de Gaza de voyager en Égypte et décernant des bourses d’études aussi bien pour l’éducation de premier et de second cycles. En même temps, cependant, l’ Égypte cessa de permettre aux étudiants palestiniens de rejoindre l’académie militaire. Il fut dit à Abu Marzouq qu’il pouvait toujours entrer dans l’académie s’il en faisait la demande à travers l’ OLP, une option qu’il préféra ne pas prendre. Au lieu de cela, il rejoignit la faculté d’ingénierie.

NOURA125
15-12-08, 09:15
Hamas : Son histoire de l’intérieur (8) suite



Comme ses pairs des Ikhwan, Moussa Abu Marzouq naquit et fut élevé dans un camp de réfugiés. Il naquit en 1951, dans une tente fournie par les Nations Unies, dans un camp de réfugiés à Rafah. C’était le sixième enfant de sa mère, et le premier à être né en exil, dans une famille qui compta cinq garçons et cinq filles. Après que la Palestine fut de nouveau unie après l’expansion d’Israël à la suite de la guerre de 1967, il visita Yubnah, le village duquel ses parents furent chassés en 1948. Dans le village, à mi-chemin entre Jaffa et Gaza, son frère ainé Mahmoud lui montra les restes de la demeure familiale où ses cinq grands frères étaient nés. Le bâtiment qui avait servi d’école était toujours là, mais il avait été saisi par une association de bienfaisance juive, fournissant des services sociaux aux femmes juives sans-abri. Avant qu’elle ne soit vidée de ses habitants palestiniens, Yubnah avait une population de quinze mille personnes et était l’un des plus grands villages dans la région de Jaffa.

Lors de son arrivée en Égypte, Abu Marzouq rejoignit un petit cercle des Ikhwan palestiniens sans lien officiel avec l’organisation égyptienne locale des Ikhwan, qui était de toute façon toujours clandestine après la répression de Nasser. Il maintient ses liens avec ce cercle jusqu’à ce que ses autres membres plus âgés aient quitté l’ Égypte après avoir terminé leurs études. Ceci coïncida avec l’arrivée en Égypte du premier lot d’étudiants palestiniens des Ikhwan, suite à la reprise de l’admission des étudiants palestiniens par les universités égyptiennes. Le leader du groupe était Abd Al-Aziz Awdah, une des anciennes recrues des Ikhwan et un proche associé de Sheikh Ahmed Yassine. Au début, les étudiants des Ikhwan n’étaient qu’une petite minorité parmi la population totale des étudiants palestiniens. La plupart des sept ou huit cents étudiants arrivant en Égypte chaque année étaient affiliés, ou au moins sympathisaient, avec le camp nationaliste, dirigé par l’ OLP. Petit à petit, toutefois, la balance commença à pencher de l’autre côté. Alors que les étudiants des Ikhwan s’accrurent rapidement en ombre, ils avaient besoin d’être organisés. Ils formèrent un comité pour assumer l’administration des affaires des étudiants et pour entretenir la liaison avec la direction à Gaza. Parmi les membres de ce comité se trouvaient Abu Marzouq, Awdah, et un troisième étudiant du nom de Ali Shakshak.

Les étudiants des Ikhwan palestiniens arrivèrent en Égypte au moment où l’un des chapitres les plus douloureux de l’histoire palestinienne moderne s’ouvrait en Jordanie : ce à quoi les Palestiniens renvoient comme étant le Septembre noir. Ceci était le sommet de la tension grandissante entre le régime hashémite et l’ OLP. Pendant plus de trois ans, l’ OLP avait augmenté sa présence militaire en Jordanie et l’utilisation du territoire jordanien pour lancer des attaques contre Israël. La pression s’était élevée sur le roi Hussein, non pas seulement des Etats-Unis et d’Israël, mais aussi de cercles au sein de son propre régime, pour agir contre l’ OLP, qui était vue comme construisant un État dans l’ État et qui était ainsi perçue comme une menace pour le trône hashémite. Les évènements ont atteint leur point d’ébullition le 6 septembre 1970 avec le détournement de quatre avions de passagers par des membres du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP), un membre constituant de gauche de l’ OLP. Ceux qui détournèrent les avions firent atterrir trois des avions sur le terrain de Dawson en Jordanie, un aérodrome abandonné contrôlé par l’ OLP non loin de la capitale jordanienne Amman, et un au Caire. Alors que les passagers et l’équipage s’échappèrent sans blessés, les avions furent explosé. Au cours de septembre, l’armée jordanienne continua ses opérations pour pousser l’ OLP à l’extérieur de la Jordanie. Des milliers de combattants de la résistance de l’ OLP, des soldats jordaniens et des civils furent tués, bien que les véritables chiffres soient encore contestés. Les forces de l’ OLP se retirèrent au début au nord de la Jordanie, mais en dix mois, ils furent complètement chassés du pays. N’ayant nulle part où aller, ils se réinstallèrent au Liban. Cet épisode noir et couteux prouva une fois encore que la vision de Sheikh Yassine était précise. Il avait toujours redouté les conséquences si l’on forçait les régimes faibles, non préparés et non volontaires, à une confrontation avec Israël. Le simple fait de la présence de l’ OLP en Jordanie, sans même regarder les excès qu’elle commit et ses violations de la souveraineté jordanienne, plaçait inévitablement le régime hashémite sur une voie de conflit avec Israël.

Le destin de l’ OLP en Jordanie domina les discussions au sein des étudiants palestiniens en Égypte. Les évènements de septembre approfondirent la division parmi les Palestiniens, en deux camps distincts. Les nationalistes, qui étaient affiliés à l’ OLP, dénonçaient totalement la Jordanie pour le problème. Pendant ce temps, les islamistes, qui étaient pour la plupart affiliés aux Ikhwan, étaient plus philosophiques dans leur analyse, distribuant le blâme de manière équitable entre le régime jordanien et l’ OLP. Il semble que les évènements renforcèrent la conviction des islamistes que leur priorité devait être la réforme du système politique arabe et l’établissement d’un État islamique fort et indépendant capable de diriger le combat de libération contre Israël.

Simultanément, l’ Égypte était aussi en crise. Gamal Abd Al-Nasser, l’image de père de la nation auto proclamé, mourut le 29 décembre 1970. Son administration autocratique avait persévéré depuis que lui et ses camarades Officiers Libres firent tomber la monarchie en juillet 1952. Bien que l’écrasante défaite que son régime subit lors de la guerre avec Israël en 1967 l’avait affaibli, le poussant à faire un certain nombre de concessions aux mouvements étudiants et travaillistes d’ Égypte, ce n’est pas avant sa mort que des formes tangibles d’opposition firent leur apparition. L’ère post-Nasser vit des forces laïques communistes et socialistes céder le pas pour une tendance islamique se répandant rapidement, qui se manifesta tout d’abord dans des campus universitaires. Les politiques adoptées par le collègue et successeur de Nasser, Anwar Al-Sadar, ont pu aider cette tendance. Se nommant “Le Président Croyant”, Sadat écarta la position laïque, socialiste et nationaliste de son prédécesseur, se jetant au lieu de cela dans le bercail de l’islam, sur lequel il construisit son image et basa sa revendication à une légitimité politique. L’arrivée des étudiants palestiniens en Égypte coïncidait avec ces changements significatifs, qui entrainèrent entre autres le retrait de certaines restrictions sur l’activisme estudiantin.

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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22-12-08, 10:31
Hamas : Son histoire de l’intérieur (9)



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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Les débuts (5)


Nombre des étudiants islamiques avaient eu une grande réussite dans leur établissement d’études secondaires et avaient remporté une bourse pour étudier des sujets prestigieux comme la médecine et l’ingénierie. A un moment, ils se retrouvèrent au nombre de trois cents, répartis en un certain nombre d’universités à travers l'Égypte. Sous la direction d’Abd Al-Aziz Awdah, ils s’organisèrent en plusieurs cercles dont plusieurs au Caire, deux à Mansurah, un à Shbin El-Kum, un à Zaqaziq, et quatre en Alexandrie. Durant l’automne 1971, un nouvel arrivant se joignit aux étudiants des Ikhwan palestiniens. C’était Bashir Nafi, qui vint en Égypte pour étudier la médecine vétérinaire. Bien que né et élevé dans le camp de réfugiés de Rafah à Gaza, il arriva de Jordanie, où il se trouvait depuis le résultat de la guerre de 1967. Sa famille l’envoya ensuite à Amman pour rester avec son oncle, un médecin aussi appelé Bashir Nafi, où il termina son éducation secondaire. Bashir Nafi rejoignit bientôt les Ikhwan et devint une éminente figure estudiantine au sein de l’organisation. Alors qu’en Jordanie, il fut recruté par le Fatah, il changea cependant son allégeance peu de temps après son arrivée en Égypte. Ayant été désillusionné par l’ OLP à la suite de la tragédie de septembre 1970, il pensa que les Ikhwan offrait une meilleure alternative. Ce qui poussa Nafi à rejoindre les Ikhwan était le livre de Sayyid Qutb, Ma’alim al-tariq (Les étapes importantes), dont il fut informé grâce à Ali Shakshak. Shakshak avait apporté quelques présents à Nafi de sa famille après avoir rendu une visite à sa propre demeure familiale à Rafah, et leur rencontre permit une longue et sérieuse discussion entre les deux aux sujets des Ikhwan et du futur de la question palestinienne. A cette occasion, Shakshak donna à Nafi un exemplaire du livre de Qutb, qui le fascina et changea ses idées.

En même temps, les groupes estudiantins égyptiens connus sous le nom Al-Jama’at Al-Islamiyyah (les associations islamiques) commencèrent à émerger dans les universités d’ Égypte. Une décennie plus tard, certains des membres de ces groupes d’étudiants devinrent des figures dominantes de la seconde génération des Ikhwan égyptiens. Ils comportaient des noms comme Abdul Mu’min Abul-Futuh et Issam Al-Iryan, qui avait créé des liens avec les Ikhwan palestiniens, purement en tant qu’activistes islamiques, bien avant qu’ils ne soient eux-mêmes devenus des membres des Ikhwan égyptiens. A cette époque, plusieurs membres des Ikhwan jordaniens poursuivaient aussi leurs études supérieures en Egypte. Ceux-ci incluaient des noms comme Abdullah Azzam, Fadl Abbas et Ahmad Nawfal, qui étaient aussi en contact avec le groupe des Ikhwan palestiniens. C’était aussi l’époque où les prisonniers des Ikhwan commencèrent à être libérés des prisons égyptiennes. Ils comportaient des Palestiniens, dont notamment Abd Al-Rahman Barud, qui avait été emprisonné en 1965 alors qu’il était un étudiant en doctorat en Égypte.

En 1973, l’ Égypte vit l’arrivée d’un certain nombre de figures qui allaient plus tard être éminents dans le mouvement palestinien, comme Fathi Al-Shiqaqi, qui comme Awdah était très proche de Sheikh Ahmed Yassine et était une de ses premières recrues. Plus tard arrivèrent Ibrahim Al-Maqadmah et Salah Shehadah. Environ un an plus tard, Abd Al-Aziz Awdah fut évincé des Ikhwan pour mauvaise conduite, après une enquête et un débat internes présidés par Al-Maqadmah, son junior. Bashir Nafi, qui avait été un proche associé d’Awdah, quitta aussi les Ikhwan, vraisemblablement par sympathie pour lui. Officiellement, toutefois, les Ikhwan n’évincèrent jamais Nafi ni n’eurent l’intention de le faire. Ils soutiennent qu’il s’en alla de son propre choix.

Une des questions qui préoccupaient en ce temps les étudiants islamiques en Égypte était le besoin d’améliorer la façon dont les Ikhwan étaient organisés et administrés. Certains d’entre eux protestèrent contre la façon dont ils étaient sujets à la discipline des cercles locaux des Ikhwan lorsqu’ils rentrèrent chez eux lors des vacances d’été. Ils sentaient que les questions discutées dans ces groupes locaux ne s’élevaient pas au niveau intellectuel atteint par les étudiants en Égypte, et qu’elles n’étaient pas appropriées par rapport au défi auxquels faisaient face les Palestiniens sous l’occupation. Une des questions soulevées concernaient le statut de l’organisation des étudiants en Égypte, pour savoir si elle était autonome ou simplement une extension de celle de Gaza. De plus, les étudiants sentirent un besoin de définir leurs positions vis-à-vis de la question palestinienne, qui jusqu’à ce moment ne semblait pas être très largement décrite dans la réflexion de la direction des Ikhwan à Gaza. Été après été, alors que les étudiants, une fois chez eux pour les vacances, passaient les nuits sous la chaleur, assis sur la place à discuter de ces questions, une faction mécontente commença à se distinguer du reste du groupe.

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22-12-08, 10:33
Hamas : Son histoire de l’intérieur (9) suite


Fathi Al-Shiqaqi, très fidèle aux Ikhwan, émergea en tant que leader de cette tendance, qui tirait son inspiration d’un article rédigé par un étudiant universitaire syrien du nom de Tawfiq Al-Tayyib. Sous le titre “Al-Hal al-Islami ma ba’da al-nakbatayn” (La solution islamique après les deux catastrophes), il parvint aux étudiants en Egypte, d’Allemagne, où Al-Tayyib préparait son doctorat en philosophie. Dans ses vingt-et-une pages, notes de bas de pages comprises, il y était inscrit une révolution dans la pensée islamique. Dans son introduction, l’auteur commence avec la question du sens du 5 juin 1967 dans l’histoire de l’islam. A cette date, Israël captura la Cisjordanie de la Jordanie, dont Jérusalem est, où se trouve Al-Aqsa, la troisième mosquée la plus sainte de l’islam. La guerre de 1967 donna un coup fatal au nationalisme arabe et déclencha une résurgence islamique. Al-Tayyib continue en considérant la perte de Jérusalem comme une conséquence de la défaite arabe. Doit-elle être comparée avec la tombée de Jérusalem aux mains des Croisés en 1099, ou avec la perte de Cordoba au profit des Espagnols en 1237, ou au pillage de Bagdad par les Mongoles en 1285 ? Aucun de ces évènements majeurs passés n’est vu par Al-Tayyib comme ayant eu un impact significatif sur le monde de l’islam. A l’opposé, la tombée de Jérusalem en 1967 représentait le sommet d’un assaut intense et prolongé à l’encontre des musulmans et de la civilisation islamique, de telle sorte que cet évènements dût être vu comme plus catastrophique que tous les précédentes catastrophes. Selon Al-Tayyib, le cours des évènements le 5 juin 1967 « apporta notre communauté et notre foi face à face avec leur destin, qui sera soit l’existence, soit l’extinction. Cette communauté vivra, ou mourra ; notre culture vivra, ou alors elle disparaitra. L’islam en tant que foi et les Arabes en tant que peuple font face à leur destin, et le facteur décisif est la Palestine ». Sa conclusion était que la Palestine était en effet la plus grande cause de l’islam et qu’elle devait donc être la première priorité du mouvement islamique. Le sort de l’islam et celui du mouvement islamique, affirmait l’auteur, sont inséparables du destin de la Palestine.

Entre-temps, la pensée politique islamique était devenue dominée par une insistance excessive sur l’ État islamique, dont le rétablissement était vu comme la principale priorité. Les Ikhwan souscrivaient à cette conviction et disaient que la Palestine ne pouvait être libéré des Sionistes qu’avec un État islamique fort, mais ils insistaient aussi à dire que cela dépendait d’une société islamique forte, qui à son tour doit consister en des individus musulmans consciencieux, cultivés, attentifs et bien formés. La perte de la Palestine était vue comme un symptôme, ou une conséquence, de la perte du califat islamique, qui à son tour avait été la victime du déclin musulman et de la déviation des musulmans de la vraie voie de l’islam. Le califat, par conséquent, devait être rétabli pour que les symptômes de la maladie de l’islam disparaissent, mais ceci ne pouvait être réalisé qu’à travers un processus graduel de réforme, à long terme, de l’individu, de la famille et de toute la communauté.

Ironiquement, ce point de vue sur la Palestine n’était pas la position originale des Ikhwan. Dans les mois précédant la création de l’ État d’Israël en Palestine en 1948, les Ikhwan envoyèrent des centaines de volontaires d’ Égypte, de la Syrie, du Liban, du Yémen, de la Jordanie et d’autres lieux pour combattre les forces sionistes en Palestine. La nouvelle façon de penser s’était développée de par la crise qui affligeait les Ikhwan à travers le monde arabe en conséquence de la persécution qu’ils subissaient sous les régimes nationalistes laïcs et despotes, qui s’emparaient de l’autorité et cherchaient à baser leur légitimité sur la question palestinienne. Durant les années 1950 et 1960, les tendances islamiques et nationalistes se concurrencèrent et se disputèrent largement, avec la Palestine au centre de leurs débats continus. Le plus forts de ces débats eurent lieu dans les universités, entre des étudiants qui épousaient les deux tendances opposées. Le débat se focalisait surtout sur la manière dont les Arabes pouvaient résister au mieux au projet sioniste, tous s’accordant à dire que c’était la plus grande menace. Les islamistes affirmaient que la libération de la Palestine n’allait se produire qu’après que l’islam soit adopté comme un mode de vie, et que la participation dans tout effort de libération de la Palestine entreprise par un régime non-islamique était donc impensable. Ils doutaient notamment de la légitimité du djihad sous la direction de régimes nationalistes laïcs comme celui d’Abd Al-Nassir en Égypte et des Ba’th en Syrie. Ces régimes étaient perçus comme ayant lancé une guerre contre l’islam et ils étaient ainsi considérés comme étant au service des Sionistes eux-mêmes. Il n’est pas étonnant que lorsque certains des Ikhwan étaient motivés pour rejoindre la résistance palestinienne contre Israël à la fin des années 1960, ils insistaient à installer leurs propres bases séparées dans la Vallée du Jourdain. Dans la pratique, toutefois, ils n’avaient pas d’option, pour des raisons politiques et logistiques, que de combattre sous la couverture du Fatah, la principale faction de l’ OLP.

Une controverse au sein des étudiants des Ikhwan palestiniens en Égypte fut davantage ravitaillée lorsque certaines d’entre eux furent approchées au milieu des années 1970 par des membres du Fatah pour les persuader de joindre la “branche islamique” de l’organisation, connue sous le nom de Fatah Al-Islami (le Fatah islamique). Un membre du Fatah de la famille Khizindar vint au Caire de Beyrouth pour défier la position des étudiants des Ikhwan sur la base de leur propre philosophie. Les Ikhwan avaient toujours affirmé que le djihad et l’ istishad (la recherche du martyre) étaient leurs plus grands souhaits. Lorsqu’il leur fut demandé pourquoi ils ne prenaient pas part au combat pour ainsi accomplir leurs souhaits, leur réponse était qu’ils n’allaient jamais combattre sous une bannière nationaliste laïque. De plus, ils affirmaient que l’émergence d’une branche islamique au sein du Fatah était seulement destinée à absorber les islamistes et à les assimiler plutôt qu’à les reconnaître en tant qu’ entité autonome.
Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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30-12-08, 22:12
Hamas : Son histoire de l’intérieur (9)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Les débuts (5)


Le lien avec le Koweït

Pendant la même période, les Ikhwan palestiniens au Koweït avaient leurs propres problèmes. L’émergence du Fatah et d’autres factions de l’ OLP en tant que défenseurs des droits palestiniens et que leaders pour la libération constituèrent un sérieux défi aux islamistes palestiniens. Le Koweït avait depuis la fin des années 1950 joué le rôle d’hôte pour un nombre croissant de Palestiniens qui, comme de nombreux Arabes et Asiatiques, étaient attirés par son économie à forte croissance et son développement rapide. Comparé à son voisin beaucoup plus grand et plus riche qu’est l’Arabie Saoudite, le Koweït était plus ouvert et un lieu bien plus confortable pour vivre. Après la guerre de 1967, il vit une entrée massive de professionnels et de travailleurs palestiniens, la plupart du temps accompagnés de leurs familles, de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et de la Jordanie. Certains des premiers professionnels palestiniens qui arrivèrent au Koweït à la fin des années 1950 étaient des membres des Ikhwan. Certains fuyaient la persécution d’ Abd Al-Nassir à Gaza et en Égypte ; d’autres étaient de jeunes diplômés qui venaient juste de finir leurs études dans des universités égyptiennes et qui recherchaient de bons travaux afin de subvenir aux besoins de leurs familles chez eux.

A la fin des années 1950, le Koweït fut aussi là où le noyau fut formé qui donna une décennie plus tard naissance au Fatah. De la même façon, à la fin des années 1970, il fournit un abri sûr à la fondation du mouvement étudiant des Ikhwan palestiniens, qui joua un rôle fondamental dans la préparation du terrain pour l’émergence du Hamas vers la fin des années 1980. Le début des années 1970 fut les années du renouveau islamique, lorsque de jeunes hommes et femmes furent de plus en plus attirés par les idées de la religion. Au Koweït, comme dans d’autres endroits, la défaite du mouvement d’ Abd Al-Nassir redonna de l’énergie aux Ikhwan. Le groupe vit une occasion dans la disposition du public de questionner le nationalisme arabe et ses revendications. Il tira profit de l’arrivée au Koweït d’un certain nombre d’érudits et d’activistes égyptiens qui venaient d’être libérés de prison suite au décès du président d’ Égypte Gamal Abd Al-nassir en 1970. Un de ces érudits était Hassan Ayyub, qui rassembla à lui des centaines d’admirateurs ayant une soif et une faim de savoir et de spiritualité islamiques, et il en fit des disciples loyaux. Ses discours hebdomadaires attirèrent de grandes foules et étaient enregistrées sur des cassettes audio qui étaient ensuite distribuées à travers le pays et au-delà. Il semblait ne pas y avoir de question dans laquelle il n’y était pas connaisseur. Il faisait des conférences sur l’histoire, la théologie, la jurisprudence et la philosophie. Peu après, il commença à publier une série d’ouvrages sur des questions théologiques et jurisprudentielles islamiques ainsi que sur des questions contemporaines d’une nature sociopolitique.

Alors qu’il était à l’origine un membre des Ikhwan et qu’il avait été emprisonné pendant des années en Égypte pour cette raison, Sheikh Ayyub ne se montra pas comme approuvant l’idée de l’existence d’une organisation des Ikhwan au Koweït. Il pensait que l’ère des Ikhwan était terminée et qu’il était temps de réfléchir à une autre façon d’avancer, et qu’il fallait construire une nouvelle plateforme. Son groupe de sympathisants se développa en une faction indépendante, et il encouragea les Palestiniens qui s’y trouvaient à s’engager dans l’effort de libération de leur pays. Plusieurs organisations palestiniennes au Koweït recherchèrent son approbation, alors que des délégations du Fatah et même du mouvement davantage de gauche qu’est le FPLP (le Front Populaire pour la Libération de la Palestine) lui rendirent visite, souhaitant d’une certaine façon tirer profit de son enthousiasme pour le djihad en Palestine.

A ce moment, les Ikhwan palestiniens au Koweït, comme ailleurs, étaient surtout soucieux de l’éducation et de la formation de leurs membres et supporters afin de les protéger de ce qu’ils considéraient être des idéologies et tendances sociopolitiques étranges et hostiles. La question qui importait le plus pour eux était de délivrer l’individu, la famille et la communauté dans son ensemble de l’assaut d’idées occidentales, qu’elles soient libérales ou marxistes. La réhabilitation islamique de l’individu musulman, de la famille musulmane, et par conséquent de la société musulmane était considérée comme étant la réponse à tous les problèmes, notamment pour ce qui est de l’occupation de la Palestine par les juifs.

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

NOURA125
04-01-09, 20:49
Hamas : Son histoire de l’intérieur (11)




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L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Les débuts (7)
Deux facteurs empêchèrent finalement les Ikhwan palestiniens de s’engager dans l’effort national pour la Palestine. D’une part, ils craignaient l’idée de perdre leur identité islamique. Ils virent ceci se produire aux fondateurs du Fatah qui tous, à part Yasser Arafat, étaient des membres des Ikhwan, mais qui finirent par se détacher de leur idéologie islamique en faveur d’un nationalisme laïc. D’autre part, les Ikhwan perdirent l’assurance, et peut-être même la capacité de faire la distinction entre les questions plus importantes et les questions moins importantes. La persécution qu’ils subirent, ou celle éprouvée par leurs frères en Égypte et dans d’autres pays de la région, les conduire à diriger leur attention à l’intérieur, vers eux-mêmes. En raison de cela, ils devinrent incapables de reconnaître les questions nationales importantes des questions islamiques qui méritaient leur attention. Leur souci premier était d’établir, de préserver et d’exprimer une identité islamique comme un moyen vers la mise en place du projet panislamique. Il se peut que cette tendance ait été assistée par le fait que dans la plupart des pays arabes, le mouvement avait forcé à la clandestinité. Les membres des Ikhwan déclarèrent que rien ne pouvait être accompli sans l’établissement d’un ordre islamique. C’était une idée qui n’était pas très éloignée de celle adoptée par les membres de Hizb Al-Tahrir. Ils notèrent de précédents échecs, citant notamment l’expérience des Ikhwan égyptiens avant leur conflit avec Nassir.

Il était ironique que les Ikhwan, qui envoyèrent des centaines de volontaires pour empêcher la tombée de la Palestine entre des mains sionistes en 1948, commencent à justifier leur abstention du djihad en Palestine vers le début des années 1970. Ce qui se passait en Palestine, disaient-ils, n’étaient rien d’autre qu’un symptôme de la maladie qui affligeait la communauté, qui avait été affaiblie par le manque d’observance religieuse. La conséquence la plus drastique de l’éloignement de la voie de l’islam, expliquaient-ils, était l’effondrement du projet visant à consolider une civilisation islamique, ce qui permit alors aux ennemis de l’islam d’occuper des territoires musulmans, dont la Palestine. La solution, selon leur explication, était de retourner à l’islam et d’appliquer sa loi et ses règles. Ce n’est qu’alors que la communauté serait en position d’affronter ses ennemis externes, que ce soit en Palestine ou ailleurs.

Sheikh Hassan Ayyub rejetait cette logique et se moquait de ceux qui la défendaient. Sa capacité à rassembler de nombreux Palestiniens autour de lui alerta les Ikhwan palestiniens, les poussant à repenser leur discours et leur stratégie. Agissant ainsi, ils découvrirent combien leurs déclarations étaient incorrectes et même dangereuses. Le phénomène du renouveau islamique avait brisé le monopole de groupes organisés sur les activités qui appelaient à prendre conscience de l’islam. A ce moment, toutefois, il fournit à ces groupes une dose de confiance qui détruisit les barrières de la peur et de l’anxiété. Les jours où seuls les adhérents aux Ikhwan montraient des signes de conscience religieuse étaient partis : la société dans son ensemble devenait de plus en plus religieuse et l’observance des valeurs et des règles islamiques devenait de plus en plus la norme plutôt que l’exception. Les Ikhwan palestiniens remarquèrent que tout ajournement dans l’adoption de la cause de la libération de leur patrie de l’occupation israélienne pouvait probablement leur couter leur crédibilité et annuler leurs accomplissements.

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04-01-09, 20:51
Hamas : Son histoire de l’intérieur (11) suite


Les étudiants et les jeunes gens en général composaient la section de la population la plus influencée par le renouveau islamique. C’était la génération dans laquelle le potentiel de recrutement était le plus élevé, et c’était chez elle que la compétition était la plus intense entre les diverses factions idéologiques et politiques. Dans les années 1970, les Ikhwan, comme d’autres groupes, commencèrent à viser des étudiants de l’établissement supérieur, les recrutant et leur demandant de former des associations étudiantes islamiques qui à leur tour faisaient de la publicité et encourageaient à davantage de recrutements. Cependant, leur plus grand succès était dans les mosquées, où des comités de mosquée allaient être mis en place pour veiller sur les jeunes et pour leur fournir des services sociaux, récréatifs et éducationnels. L’établissement d’une section estudiantine à l’intérieur de l’organisation des Ikhwan palestiniens au Koweït au milieu des années 1970 était un tournent historique. C’était un moment opportun, qui coïncidait avec l’entrée à l’Université du Koweït du premier groupe de jeunes membres des Ikhwan qui avaient été recrutés avant même qu’ils aient quitté leurs établissements supérieurs. Une de ces jeunes recrues était Khaled Meshaal, qui est aujourd’hui le chef du bureau politique du Hamas.

Khaled Meshaal naquit en 1956, dans le village Cisjordanie de Silwan, près de Ramallah. Il vécut ici pendant onze ans, jusqu’en 1967, lorsqu’il fut contraint de quitter sa maison et de s’installer en Jordanie. Peu de temps après, le jeune Khaled quitta la Jordanie pour le Koweït, où son père avait vécu et travaillé avant 1967. En 1970, après avoir terminé son éducation primaire, il alla à la prestigieuse École Secondaire Abdullah Al-Salim, qui n’était ouverte qu’aux élèves de hauts niveaux, et qui était au début des années 1970 une serre d’activités politiques et idéologiques intenses. Dans sa deuxième année à l’école Al-Salim, il fut recruté par les Ikhwan, chez qui il devint un membre sérieux et dévoué. Après avoir terminé son éducation à l’école, il fut admis à l’Université du Koweït, où il étudia pour obtenir une licence en physique.

L’ Université du Koweït avait une branche active de l’Union général des étudiants de Palestine (GUPS), qui était sous le contrôle absolu du mouvement du Fatah. Bien que les islamistes aient d’abord évité la GUPS, ils décidèrent en 1977 de la rejoindre et de participer à l’élection de sa direction. Ceci coïncida avec la visite à Jérusalem du président égyptien Anwar Al-Sadat, pour appeler à une fin du conflit palestinien. Khaled Meshaal et ses collègues formèrent une liste pour l’élection de la GUPS sous le nom Al-Haqq (vérité), qui lança une campagne qui se focalisait essentiellement sur deux questions : la guerre au Liban et son impact sur la cause palestinienne ; et la visite de Sadat à la Knesset israélienne à Jérusalem et ses répercussions.

Toutefois, il s’avéra impossible de travailler de l’intérieur de la GUPS. Les islamistes se sentirent constamment freinés et ils conclurent qu’ils ne pourraient jamais mettre leurs idées en pratique. Vers 1980, deux années après l’obtention du diplôme de Khaled Meshaal de l’Université du Koweït, ses cadets décidèrent de quitter la GUPS et de former leur propre association palestinienne à l’université. L’ Association Islamique d’ Étudiants Palestiniens au Koweït était une des diverses associations estudiantines fondées par les Ikhwan palestiniens à travers le monde comme des plates-formes pour les étudiants palestiniens qui ne voulaient pas se joindre à la GUPS dominées par l’ OLP. Parmi les plus actives d’entre ces associations, il y avait celles mises en place au début des années 1980 aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et dans d’autres pays européens où des Palestiniens poursuivaient leurs études. Nombre de ces étudiants avaient déjà perdu leur confiance en l’ OLP. Ils étaient désillusionnés de la direction de l’ OLP, dont l’intention semblait se contenter de bien moins que le rêve avec lequel la jeunesse palestinienne avait grandi, à savoir la libération de la Palestine du fleuve jusqu’à la mer, et le retour chez eux de tous les réfugiés.

Fin du premier chapitre

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

NOURA125
11-01-09, 15:20
Hamas : Son histoire de l’intérieur (12)


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Du prêche au djihad (1)
J’avais pour désir personnel, et j’étais motivé, de lancer la bataille aussi tôt qu’en 1967. Toutefois, lorsque nous avons étudié les circonstances et évalué les ressources, nous les avons trouvées insuffisantes et devions l’ajourner. Puis nous avons étudié la question une nouvelle fois et l’avons ajournée de nouveau.
- Sheikh Ahmed Yassine


Le début des années 1970 était des années difficiles pour Sheikh Yassine et ses collègues des Ikhwan dans la bande de Gaza. Ils étaient obligés de travailler dans un environnement hostile, caractérisé par la prédominance d’un sentiment nationaliste arabe fort et la popularité croissante de groupes de gauche engagés dans la lutte de guérilla contre les forces d’occupation israéliennes. La foi dans le nationalisme arabe commença toutefois à fléchir lorsqu’Israël sévit contre les groupes combattant contre elle, tuant, déportant ou emprisonnant des activités. Le résultat fut que l’insistance des Ikhwan sur le travail de da’wah (prêche) pacifique semblait avoir de plus en plus de sens pour la population.

Depuis le début, Sheikh Yassine suspecta la guerre d’octobre 1973 entre l’ Égypte et Israël d’être simplement une manœuvre pour préparer la voie à une réconciliation avec Israël. Il fut prouvé une fois encore que le sheikh avait raison dans son évaluation de la préparation, ou du manque de préparation, des pays arabes avoisinants pour libérer la Palestine. Cependant, les Palestiniens n’étaient pas non plus préparés. Ils manquaient du soutien logistique et financier nécessaire de leurs frères à travers le monde arabe. De plus, Israël avait été capable d’infiltrer de nombreux collaborateurs dans leurs rangs, rendant ainsi la résistance quasi-impossible. Le principe des Ikhwan était que la maladie de la société palestinienne était telle qu’elle devait être soignée avant qu’elle ne puisse résister, et qu’il n’y avait pas de meilleur remède qu’un retour à l’islam.

L’association islamique

En 1967, après avoir travaillé pendant environ une décennie depuis leurs propres maisons et mosquées, les Ikhwan considérèrent la situation appropriée pour lancer leur première plate-forme publique. C’était al-Jam’iyah al-Islamiya (l’ Association Islamique), dont l’objectif était de conduire des programmes éducationnels, récréatifs et sportifs pour les jeunes. Les Israéliens ne virent pas cette association comme une quelconque menace, et accordèrent aux Ikhwan une licence pour son établissement. Dirigé à partir d’une salle dans la mosquée al-Shati’ (bord de mer), les activités de l’association incluaient des sports, des excursions récréatives, des activités de scoutisme, et des conférences publiques sur des questions religieuses et sociales.

Entre-temps, depuis sa base à la mosquée al-Abbas, Sheikh Yassine réussit à collecter assez d’argent de donateurs pour réimprimer le dernier volume de l’exégèse coranique de Sayyed Qutb, intitulé Fi dhilal al-Qur’an (A l’ombre du Coran). Pour s’assurer qu’il soit diffusé le plus largement possible, et notamment pour encourager les étudiants à le lire, il le divisa en cinq sections séparées, imprimant deux mille copies de chacune d’entre elles. Ce projet aida à changer la façon dont les Ikhwan étaient perçus à Gaza. Qutb, en tant que figure majeure des Ikwan égyptiens et lui-même victime du régime oppressif de Nasser, était introduit aux lecteurs comme un révolutionnaire combattant pour la justice et un érudit du plus haut rang.

Encouragés par ce qu’ils avaient accompli jusque-là, les Ikhwan décidèrent de mettre en place une nouvelle institution qui fut connu comme al-Mujamma’ al-Islami (le Centre Islamique). Lancé vers les 1976, ce projet, lié à une mosquée, avait d’abord pour but de fournir des services sociaux, médicaux et éducationnels pour la communauté à Jawrat al-Shams, au sud de la ville de Gaza. Le bâtiment fut financé par des donations collectées par les plus riches Palestiniens de la Cisjordanie, et une fois la construction achevée, une demande pour une licence pour fonctionner fut déposée aux autorités d’occupation israéliennes. Les Israéliens émirent la licence nécessaire, qu’ils révoquèrent cependant quelques jours plus tard. Il apparut plus tard qu’une éminente figure palestinienne à Gaza avait conseillé aux autorités israéliennes de retirer la licence à cause d’une dispute personnelle avec le comité du projet sur son propre rôle en son sein. Cet éminent Palestinien, que l’on croit avoir eu des liens avec les Israéliens, fut froissé du choix du comité de placer Sheikh Yassine comme secrétaire général du Centre au lieu de lui. Après des appels répétés, et avec l’aide d’une autre grande figure palestinienne, qui avait apparemment lui aussi des liens avec Israël, les autorités israélienne délivrèrent de nouveau la licence et le Centre fut ouvert. Al-Mujamma’ (le Centre) eut une portée plus grande que al-Jam’iyah (l’ Association), et ses objectifs incluaient la mise en place d’une variété de services sociaux et l’établissement de mosquée, de garderies, d’écoles et de cliniques à travers la bande de Gaza. Les services et aménagements fournis par le Centre se prouvèrent être si populaires qu’une branche fut bientôt ouverte à Khan Younes.

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Les islamistes palestiniens peuvent être considérés comme des pionniers dans la façon dont ils transformèrent leur discours intellectuel et idéologique en des programmes pratiques fournissant des services au public à travers des institutions volontaires. Leurs frères ailleurs dans le monde arabe s’étaient vus refuser, pendant des décennies, de telles opportunités car la majorité des pays arabes avaient imposé des restrictions sur toute forme d’activité non-gouvernementale joignant la religion et l’éducation ou d’une nature volontaire et charitable. Les gouvernements post-coloniaux à travers la région avaient un intérêt existentiel dans la suppression des institutions civiles afin de garder leur contrôle strict sur la population et leur monopole sur la disposition des ressources. Malheureusement, ils cherchèrent à justifier leurs pratiques oppressives principalement au nom de l’affrontement de l’impérialisme et du sionisme et de la libération de la Palestine. L’incompétence des institutions de service public possédées et dirigées par le gouvernement était invariablement reprochée sur le besoin d’observer une austérité à cause du financement public qui allait vers l’effort de guerre contre Israël. Les Palestiniens étaient eux-mêmes les victimes du même climat oppressif lorsque Gaza était sous le contrôle égyptien et la Cisjordanie sous la direction jordanienne.


L’ironie était que la situation changea suite à la guerre de 1967 et l’occupation israélienne. Israël décida de redonner vie à certains aspects de la loi ottomane archaïque dans son administration des affaires des populations arabes en Cisjordanie et à Gaza. Ceci permit la création d’organisations volontaires ou non-gouvernementales comme des institutions de service charitables, éducationnels et d’autres formes d’institutions recevant un financement privé. C’était un développement propice pour les Palestiniens sous l’occupation. Pour les dix premières années d’occupation, de 1967 à 1977, les autorités d’occupation israéliennes poursuivirent une politique de “non-intervention” formulée et supervisée par Moshe Dayan, alors ministre de la défense dans le gouvernement travailliste. L’intention était d’être sensible aux désirs palestiniens, leur accordant la liberté de jouir de leurs institutions non-politiques tant que ces institutions restaient en accord avec le pouvoir israélien et qu’elles ne lui posaient aucune menace. Bien que cette atmosphère permissive ait profité à tous les groupes qui avaient mis en place et dirigeaient des institutions de la société civile, des groupes basés sur la religion en profitèrent particulièrement. L’expérience montre que dans la société musulmane, dans un tel climat de liberté, même si des limites lui sont placées, aucun groupe politique, intellectuel ou idéologique ne peut concurrencer l’aptitude potentielle d’ONG basées sur la religion pour servir la communauté. Fournir des services au public et rassembler les fonds nécessaires sont en eux-mêmes des actes d’adoration centraux de la foi islamique, et une application pratique des exigences du troisième pilier le plus important de l’islam, la zakat, le don de l’aumône.


Sur la base de l’ Association et du Centre, les Ikhwan réussirent à plus que doubler le nombre de mosquées sous leur autorité. En général, chaque mosquée présentait une garderie et une école coranique, alors que quelques mosquées avaient aussi leurs propres cliniques médicales. Des unités mobiles fournissaient des services médicaux gratuits au public, qui visitaient des zones rurales régulièrement. Dans chaque région, un jour particulier, des spécialistes des Ikhwan dans les différentes branches de la médecine allaient fournir des consultations médicales gratuites sur une base volontaire. Entre-temps, des pharmaciens des Ikhwan allaient distribuer des médicaments au prix coutant ou même moins. Il y avait aussi un jour où les garçons pouvaient être circoncis sans charge, et les Ikhwan organisaient et payaient pour les célébrations habituelles. Les activités se développèrent rapidement, limités seulement par la disponibilité de fonds. Il était donc nécessaire de faire des collectes de fonds systématiques pour maintenir un flux régulier, avec des comptes montrant ce qui avait été collecté, et ce qui avait été dépensé, par qui, comment, et où. Ceci amena à la multiplication des comités de zakat à travers les territoires, avec chaque comité travaillant à partir ou dans une association avec la mosquée avoisinante. Ces mêmes comités de zakat devinrent ensuite les bénéficiaires principaux et distributeurs de donations envoyées de l’étranger par des branches des Ikhwan qui avaient mis en place leurs propres réseaux de collectes de fonds pour soutenir les Palestiniens sous l’occupation.

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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18-01-09, 19:38
Hamas : Son histoire de l’intérieur (13)




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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Du prêche au djihad (2)


L’ Université Islamique

Vers 1978, comme un nombre croissant de diplômés des Ikhwan très qualifiés retournaient de l’étranger après avoir terminé leurs études en Égypte et ailleurs, l’idée de mettre en place une université à Gaza fut débattu. Depuis le début des années 1970, la Cisjordanie avait vu l’établissement d’universités, certaines d’entre elles créées à travers la transformation d’écoles et de lycées particuliers. La première initiative fut prise en 1972 par l’ École de Birzeit, qui annonça un plan pour s’élever au rang d’université avec le lancement d’un programme en quatre ans menant à des diplômes de licence en littératures et en sciences. En 1975, l’ Recole de Birzeit changea son nom en l’“Université de Birzeit”, tenant sa première cérémonie de remise de diplômes le 11 juillet 1976. La seconde institution à se mettre totalement au rang d’université était l’Université de Bethléem de la Terre Sainte, une institution mixte chrétienne catholique d’éducation supérieure. Fondée en 1973, cette institution prend ses racines en 18893, lorsque les Frères Chrétiens De La Salle ouvrirent des écoles à Bethléem, à Jérusalem, à Jaffa et à Nazareth, ainsi qu’en Jordanie, au Liban, en Égypte et en Turquie. L’ Université Al-Najah à Naplouse, qui avait à la base été établie comme l’Ecole Al-Najah en 1918, fut fondée en 1977. L’ Université d’Al-Khalil (Hébron) se mit en place en 1980 en conséquence d’une mise à niveau de l’ École de la Shari’ah, qui avait été mise en place en 1971. En plus des études islamiques, l’université élargit rapidement sa portée pour inclure diverses disciplines scientifiques et littéraires.

La première université à être établie dans la bande de Gaza fut l’Université Islamique. Ses membres du conseil fondateur étaient principalement des membres des Ikhwan qui étaient aussi impliqués dans Al-Mujamma’ Al-Islami (le Centre Islamique), alors présidé par Sheikh Yassine. La naissance de l’université eut le droit à quelques difficultés. L’organisation locale du Fatah, qui était déjà tourmentée par l’inquiétude de voir l’influence croissante des Ikhwan à Gaza, était prête à tout pour empêcher la réalisation du projet, sauf si le Fatah pouvait complètement le contrôler. Pour éviter la menace potentielle envers leur projet, les Ikhwan demandèrent au président de l’ OLP et leader du Fatah Yasser Arafat de soutenir le document fondateur de l’université et de publier un décret désignant un comité fondateur. Il se pouvait qu’il n’ait pas été averti qu’au moins la moitié des membres du comité étaient des figures majeures des Ikhwan de la Palestine et de la Jordanie, alors que l’autre moitié était composée d’officiels du Hamas choisis pour leur sympathie envers les Ikhwan. D’autre part, il se peut que le président de l’ OLP ait souhaité remporter la confiance et le soutien des Ikhwan en leur offrant une concession. Il avait toujours nourri l’idée qu’il était le père de la nation et le leader de tout le peuple palestinien, dont les islamistes. Ces derniers, toutefois, n’acceptèrent jamais son commandement, en dépit de son insistance, lorsqu’il les rencontrait, à dire qu’il avait lui-même été pendant un temps un membre des Ikhwan.

Les quelques premières années de l’université furent accompagnées de sérieuses disputes, au début à l’intérieur du comité fondateur, puis au sein du conseil d’administration. Un des points majeurs de désaccord était sur qui allait remplir la position de président de l’université. Les Ikhwan voulaient un des leurs, alors qu’ Arafat n’aurait permis qu’un de ses propres supporters. Parfois, les disputes se diffusaient dans les rues de Gaza sous la forme de violence entre les partisans du Fatah et les membres des Ikhwan. La direction des Ikhwan, toutefois, était déterminée à imposer son entière autorité et à maintenir le contrôle total de l’université, même si son seul recours était de répondre de la sorte à l’intimidation et à la violence. La fondation de l’Université Islamique à Gaza était un repère important dans l’histoire du mouvement islamique en Palestine. Il éleva à de nouvelles hauteurs la capacité du mouvement à tendre la main à la communauté et fournit bien plus de services nécessaires dans l’emploi, la formation et l’éducation. Le résultat allait apporter un énorme prestige aux Ikhwan et renforcer leur rôle en tant qu’influence majeure dans la bande de Gaza. En même temps, elle accorda au mouvement islamique une opportunité unique pour célébrer ses dates importantes en les concrétisant dans un calendrier universitaire auquel tous les étudiants devaient adhérer. L’université attira des milliers d’étudiants, aussi bien des hommes que des femmes, de toute la bande de Gaza et de la Cisjordanie, et dans les années qui suivirent, elle fournit une éducation de haute qualité combinée à une orientation islamique. Ceci donna à la société palestinienne une préparation sans précédent pour son soulèvement populaire massif contre l’occupation israélienne.

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18-01-09, 19:39
Hamas : Son histoire de l’intérieur (13) suite


A l’extérieur de la Palestine, l’effort de mener le projet de l’Université Islamique à bien généra un sens de responsabilité pour lui fournir le soutien financier, politique et moral nécessaire. Les Ikhwan d’entre la diaspora palestinienne, en Jordanie, au Koweït, en Arabie Saoudite et dans le reste du Golfe, resserrèrent leurs rangs pour une nouvelle unité. Jusqu’en 1978, tout membre palestinien des Ikhwan provenant de la Cisjordanie, qui était bien sûr sous l’autorité jordanienne jusqu’en 1967, était affilié avec l’organisation basée en Jordanie. Ceux de la bande de Gaza était des membres de l’organisation dirigée par les Palestiniens. En 1978, le produit de l’unification était une organisation appelée Tanzim Bilad Al-Sham (l’organisation de la terre de la grande Syrie) sous la direction du leader des Ikhwan jordaniens Abd Ar-Rahman Khalifah, basé à Amman. Le nom impliquait que l’organisation recouvre toutes les terres faisant partie de la grande Syrie historique, à savoir la Syrie, le Liban, la Jordanie et la Palestine. On sentit cependant que l’unification, bien qu’étant une étape dans la bonne direction, était insuffisante toute seule en réponse aux développements rapides et surprenants dans et autour de la Palestine. Les membres palestiniens de la nouvelle organisation pressèrent donc pour la création d’un corps au sein de Tanzim Bilad Al-Sham spécialement pour soutenir les besoins des Ikhwan palestiniens à l’intérieur des territoires. Un “Comité de la Palestine” fut créé dans cette intention par le premier meeting de la shura (conseil) de Tanzim à s’être réuni après l’unification des diverses branches des Ikhwan.

L’année 1979 vit un élargissement significatif du soutien aux Ikhwan, avec le recrutement de nouveaux membres à travers la région. L’appel et la popularité des Ikhwan étaient encouragés par la réactivation de leur organisation mère en Égypte. Les leaders emprisonnés des Ikhwan égyptiens avaient été libérés dans le début des années 1970, et certains d’entre eux s’étaient mis à voyager, à l’intérieur du monde arabe et au-delà. Les leaders libérés des Ikhwan égyptiens étaient perçus comme des héros qui avaient supporté des années de persécution, résistant à toute pression pour qu’ils renoncent à leurs principes ou à leur affiliation. Aux yeux de nombres de jeunes hommes et femmes dans le monde musulmans, ils étaient les reflets contemporains de la toute première génération de musulmans dans les années après le décès du prophète Mohammed, qui avaient persévéré dans leurs efforts afin que l’islam puisse réussir et se répandre. Les étudiants des Ikhwan palestiniens, que ce soit au Koweït ou en occident, avaient lu les écrits de figures majeures des Ikhwan comme Hassan Al-Banni, Abd Al-Qadir Awdah et Sayyid Qutb. Ces Palestiniens étaient particulièrement émus de rencontrer des hommes qui avaient connu ces figures presque légendaires, afin d’entendre directement d’eux des histoires des Ikhwan et de leurs fondateurs.

1979 fut aussi une année d’ évènements significatifs sur la scène internationale. L’ayatollah Khomeyni dirigea une révolution en Iran qui fit tomber le régime pro-américain et pro-israélien du Shah. Khomeyni abolit la monarchie, installant une république islamique qui s’exprima en une rhétorique anti-israélienne et anti-américaine qui était une musique aux oreilles du public palestinien. La même année vit le commencement du djihad pour libérer l’Afghanistan de l’occupation soviétique. Le défi de l’Iran islamique au “Grand Satan”, comme elle qualifiait les Etats-Unis, ainsi que les histoires encourageantes des victoires du djihad en Afghanistan, attisèrent des sentiments dans les rues de Gaza et de Cisjordanie, tout comme ailleurs dans le monde musulman. Entre-temps, cependant, le propre projet de résistance nationale des Palestiniens trébuchait. Le long des années 1970, l’ OLP avait montré des signes de fatigue sous la pression de la politique régionale et internationale, et avait été de plus en plus touchée par la corruption et la mauvaise gestion. L’ OLP avait commencé à montrer une tendance à plonger dans des jeux politiques mortels, et une inclination vers des compromis coûteux qui ne répondaient vraiment pas aux aspirations nationales déclarées du peuple palestinien. En 1982, Israël envahit le Liban, suite à sept années de guerre civil intermittente dans ce pays. Les forces israéliennes avancèrent jusqu’à la capitale même du Liban, Beyrouth, avec pour résultat l’éviction de l’OLP du Liban. Alors que Beyrouth était assiégée par les forces israéliennes, commandées par le ministre de la défense d’Israël d’alors, Ariel Sharon, entre deux mille et trois mille civils palestiniens non protégés et non armés dans les camps de Sabra et Shatila furent massacrés par l’allié d’Israël, les Forces Libanaises Chrétiennes. Les populations palestiniennes à travers le monde ressentirent un sens étouffant de colère, d’impuissance et de frustration.

Parmi tous ces évènements dramatiques, la pression montait sur les Ikhwan en Palestine pour qu’ils agissent au nom de leur cause. Leur programme de réforme sociale avait semblé absorber tous leurs efforts à un moment où les développements à l’intérieur et autour de la Palestine appelaient à une réponse plus drastique. Ayant pris avec succès le dessus sur les forces nationalistes et de gauche au sein de la société palestinienne, les islamistes se firent alors critiqués, car pendant que d’autres faisaient des sacrifices en résistance à l’occupation, ils s’étaient restreints à des services sociaux et éducationnels. Leurs détracteurs allaient si loin qu’ils les accusaient d’avoir un accord avec les autorités de l’occupation, ce pourquoi leurs activités étaient tolérées et leurs projets autorisés. Les ennemis des islamistes s’embarquèrent dans une propagande démodée du style de Nassir, disant que les Ikhwan sont une invention de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis, ou les qualifiant de laquais des Sionistes.

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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26-01-09, 10:11
Hamas : Son histoire de l’intérieur (14)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Du prêche au djihad (3)
Le Jihad Islamique

La situation fâcheuse des Ikhwan s’approfondit davantage avec la fondation du Jihad Islamique, une organisation formée dans le début des années 1980 à Gaza par Fathi Al-Shiqaqi. Al-Shiqaqi avait été exclu des Ikhwan alors qu’il étudiait au Caire en 1979, apparemment pour avoir écrit et publié un dépliant intitulé Al-Khomayni : al-hal al-islami wal-badil (Khomeyni : la solution islamique et l’alternative), en dépit d’un ordre de la direction des Ikhwan l’interdisant de le faire. Il semble possible que son exclusion était plus liées à sa critique du manque de stratégie des Ikhwan pour la lutte armée pour libérer la Palestine que pour son livre pro-Khomeyni. Le discours officiel des Ikhwan, à l’époque, ne donnait pas la priorité à la Palestine devant les autres questions islamiques. Al-Shiqaqi, d’autre part, croyait que la Palestine était la “mère” de toutes les causes, et qu’elle devait ainsi être la cause centrale du mouvement islamique, une position qui commença à prendre place dans le discours officiel des Ikhwan qu’une décennie plus tard. Il s’avéra toutefois qu’Al-Shiqaqi se mit en fait à mettre en place une nouvelle organisation islamique, dont les membres étaient recrutés des Ikhwan ainsi que de l’extérieur. Ceci semblerait présenter une meilleure explication de la raison pour laquelle les Ikhwan évitèrent d’être tenus responsables de lui. L’une de ses premières recrues de l’extérieur des Ikhwan était Abdallah Ramadan Shallah, qui allait plus tard réussir à diriger le mouvement du Jihad Islamique après son assassinat en 1995. D’autres recrues des premiers temps comportaient certains des actuels leaders du Jihad Islamique en Palestine, comme Khadr Habib, Nafidh Azzam et Abdullah Al-Shami. Pendant des années, le mouvement d’Al-Shiqaqi fut appelé Al-Tal’i’ Al-Islamiyah (Les troupes islamiques d’avant-garde) : le nom du Jihad Islamique ne fut pas adopté avant le milieu des années 1980.

Après être retourné à Gaza en 1981, Al-Shiqaqi continua à rechercher des recrues pour son projet et il s’opposa vite aux Ikhwan, qui s’étaient alors développés en un formidable réseau de mosquées et d’institutions civils, dirigées ou supervisées par une nouvelle génération d’activistes. Certains d’entre eux étaient aussi de récents diplômés d’Égypte, comme Salah Shahadah, Isma’il Abu Shanab, Ibrahim Al-Maqadmah et Issa Al-Nashar. Al-Shiqaqi savait qu’il ne pouvait concurrencer le programme des Ikhwan. En vérité, il n’était pas particulièrement intéressé pour les concurrencer dans les domaines de l’éducation et le bien-être social, dans lesquels ils excellaient. Là où il voulait présenter une concurrencer, c’était dans le domaine où ils avaient selon lui toujours abandonné une de leurs responsabilités majeures : le djihad pour libérer la Palestine. Il eut vie un groupe de sympathisants considérable, et ceci poussa les Israéliens à l’identifier comme une menace potentielle. Son premier passage bref en prison en 1983 lui fit connaître un certain nombre d’individus de divers passés dans différentes organisations qui avaient été emprisonnés pour leurs activités de résistance. De tels hommes, qui avaient de l’expérience dans la lutte et avaient reçu quelque entraînement, étaient des recrues potentielles pour le projet d’Al-Shiqaqi.

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26-01-09, 10:12
Hamas : Son histoire de l’intérieur (14) suite


Entre-temps, un groupe de membres du Fatah orientés vers l’islam s’étaient lancés de manière indépendante dans une campagne de résistance contre l’occupation israélienne. Travaillant à partir de refuges en Cisjordanie, cette organisation, Saraya Al-Jihad Al-Islami, cherchait à redonner vie à la résistance armée contre les forces d’occupation israéliennes et contre les colons juifs à l’intérieur des territoires. La direction de l’ OLP, qui était de plus en plus convaincue qu’il pouvait y avoir un accord de paix, et qui se trouvait au milieu d’hostilités arabes internes, ne prêtait que peu d’attention à ce projet, bien que parfois, elle louait les opérations effectuées par le groupe. Saraya Al-Jihad reçut de la notoriété le vendredi 2 mai 1980, lorsque plusieurs de ses combattants armés ouvrirent le feu, placés sur des toits, sur une rangés de colons juifs de la proche colonie juive de Kiryat Arba, alors qu’ils entraient dans la ville d’Hébron, tuant six d’entre eux et en blessant dix-sept. Al-Shiqaqi réussit à créer une alliance avec Saraya Al-Jihad, dont les leaders avaient de nombreux contacts avec d’autres groupes palestiniens à l’intérieur de la Palestine et à l’extérieur. Ceux-ci incluaient Abdullah Azzam, un membre des Ikhwan, qui dirigea le contingent arabe dans le djihad afghan de sa base dans la ville pakistanaise de Peshawar. L’attaque audacieuse de Saraya Al-Jihad contre des cibles israéliennes surprit les Arabes ainsi que les Israéliens. Une de ses opérations les plus célèbres était l’opération d’Al-Bouraq (le mur des lamentations) réalisée le 15 octobre 1986 contre du personnel israélien visitant le site, qui tua un Israélien et en blessa environ soixante-dix.

De 1979 à 1981, à travers le réseau de l’organisation des Ikhwan à l’intérieur de Gaza et de la Cisjordanie, les plus jeunes membres, qui étaient électrifiés par les opérations de résistance de Saraya Al-Jihad, exprimaient une question persistante : « Pourquoi ne sommes-nous pas engagés dans la résistance armée à l’occupation ? ». On ne savait que peu de choses à l’époque d’un projet visant à s’engager dans une action militaire qui avait déjà été préparé, durant cette même période de recherche d’âme, par Sheikh Ahmad Yassine, en tant que leader des Ikhwan à Gaza. Clairement, les Ikhwan, ou au moins quelques-uns de leurs leaders, ne pouvaient plus supporter la pression de l’intérieur de leurs propres rangs et le scepticisme grimpant de la société palestinienne en général. Ils avaient aussi commencé à souffrir, peut-être, d’un sens croissant de culpabilité de leur propre part envers leur inaction. Le projet, qui avait été gardé secret au point que nombre de leaders des Ikhwan à Gaza et en Cisjordanie furent pris de court lorsque ses nouvelles apparurent, semble avoir été conçu au début en 1980, lorsque le discours officiel des Ikhwan favorisait encore l’attente pour que quelque pouvoir extérieur vienne à la rescousse des Palestiniens. Les Ikhwan voyaient toujours leur tâche principale comme étant de s’occuper de l’individu et de la communauté à l’intérieur de la Palestine, mettant en place toutes les institutions civiques qui pouvaient aider à l’accomplissement de la mission. Il était soutenu que la libération de la Palestine était une trop grande tâche, que seule la force d’un État islamique pouvait entreprendre. Il était prévu que l’établissement de cet État islamique était le projet sur lequel d’autres mouvements des Ikhwan travaillaient, ailleurs dans le monde islamique.

On sait maintenant que des membres des Ikhwan palestiniens dans la diaspora avaient aussi mis la pression pour une action militaire. Leurs efforts étaient assistés par l’unification de leurs organisations à la fin des années 1970, un projet qui atteignit son sommet lors de la conférence historique réunie en secret à Amman en 1983. Des représentants des Ikhwan palestiniens étaient présents, de Palestine, de la bande de Gaza ainsi que de la Cisjordanie, et de la Jordanie, du Koweït, d’Arabie Saoudite, des autres pays du Golfe, d’Europe et des Etats-Unis. L’objectif du meeting était de poser la pierre angulaire de ce qui devint connu comme étant le “projet global pour la Palestine”, un projet islamique proposé à la conférence par les délégués du Koweït. Dans cette conférence, une décision unanime fut prise pour donner un soutien financier et logistique à l’effort des Ikhwan en Palestine pour faire le djihad. Entre-temps, plutôt indépendamment, le Comité de la Palestine, parfois nommé le “Comité de l’Intérieur”, dirigé par le secrétaire basé à Amman du bureau exécutif de Tanzim Bilad Al-Sham, reçut une somme de 70 mille dollars, collectés par la branche koweïtienne. Cette somme était destinée aux Ikhwan à Gaza, pour financer leur premier projet de djihad, auquel le comité avait donné secrètement son soutien. L’argent devait être utilisé pour l’achat d’armes et de munitions et pour envoyer plusieurs individus à Amman pour recevoir un entraînement militaire.

Seul Sheikh Ahmad Yassine et un cercle très proche de ses associés étaient au courant de ce projet, pour lequel les plans furent finalisés en 1982. Les autres membres du comité exécutif de Gaza des Ikhwan n’étaient pas informés. A l’extérieur de la Palestine, personne ne connaissait le projet à part ceux qui étaient directement impliqués dans le Comité de la Palestine, dont le rôle était de fournir les fonds et les équipements pour entraîner les gens de Gaza en Jordanie. Un groupe de membres des Ikhwan de Gaza se rendit en Jordanie, reçut l’entraînement nécessaire, et retourna à Gaza pour former la première cellule de l’appareil militaire des Ikhwan. Sheikh Yassine mit en place deux systèmes séparés pour l’achat d’armes, qui étaient volontairement mis en vente en Israël et provenaient généralement de l’armée israélienne. Des officiers et des soldats israéliens volaient des armes et les vendaient dans le marché au noir. Ceux qui faisaient cela agissaient en général de la sorte pour donner raison à leur addiction à la drogue. Cependant, les membres des Ikhwan qui avaient pour tâche de se procurer les armes en prenant une de ces deux voies manquaient d’expérience et ne prirent pas assez de précaution. Par conséquent, ils tombèrent dans un piège placé pour eux par des collaborateurs, et on les trompa pour qu’ils achètent des armes à des agents israéliens. Le projet fut découvert, et ceux qui étaient interrogés par les Israéliens, sous une sévère torture, divulguèrent les noms de leurs supérieurs. Au début, Sheikh Yassine pensait que les arrestations étaient le résultat de quelque accident, mais il comprit vite que ceux qui étaient visés étaient progressivement plus élevés dans l’échelle des responsabilités. Si l’on permettait au processus de continuer, conclut-il, les Israéliens allaient en fin de compte l’atteindre. Seules deux personnes connaissaient son implication : ceux qui dirigeaient les deux réseaux d’achat d’armes. Il ordonna immédiatement à ceux deux hommes de quitter le pays. L’un d’entre eux, Dr. Ahmad Al-Milh, put s’en aller au Yémen, où il resta depuis. L’autre, Dr. Ibrahim Al-Maqadmah, ne trouva pas méthode pour s’en aller. Il fut arrêté et avoua sous la torture que Sheikh Yassine était le meneur.

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02-02-09, 22:48
Hamas : Son histoire de l’intérieur (15)




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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Du prêche au djihad (4)


A ce moment, des rumeurs circulaient à Gaza disant que les Ikhwan achetaient des armes afin de les utiliser contre leurs opposants dans les autres factions palestiniennes. Les Ikhwan s’étaient déjà faits des ennemis puissants dans les rangs du Fatah et dans la gauche du mouvement nationaliste palestinien. Ces rumeurs trouvèrent rapidement une crédibilité, à la base d’une tension qui se saisit alors de Gaza, suite à la dispute pour l’Université Islamique. Toutefois, le 15 avril 1984, une cour militaire israélienne trouva Sheikh Yassine coupable d’avoir comploté pour détruire l’ État d’Israël et le condamna à treize ans d’emprisonnement. Ibrahim al-Maqadmah fut condamné à huit ans, qu’il passa en prison. Une figure-clé dans ce complot était Salah Shehadah, que la cour ne réussissait pas à accuser, car il ne voulait avouer. Néanmoins, les Israéliens continuèrent à suspecter son implication et il passa deux ans en détention administrative. Les autorités israéliennes purent se saisir de la moitié des armes que les Ikhwan avaient achetées et stockées. Cependant, l’autre moitié, achetée à travers le second réseau, qui n’avait pas été brisé, resta caché. Les armes furent en partie utilisées deux ans plus tard lorsque des actions militaires furent entreprises contre des collaborateurs d’Israël avant l’éruption de l’Intifada en 1987.

Moins d’un an plus tard, le 20 mai 1985, Sheikh Ahmad Yassine fut relâché de prison dans un échange de prisonniers négocié entre Israël et Ahmad Jibril, le leader du Front Populaire pour la Libération de la Palestine–Commandement Général (FPLP-CG). L’échange permit la libération de 1.150 Palestiniens en échange de trois soldats israéliens retenus par le FPLP. A l’époque, la perception générale était que ceci était le résultat d’une initiative personnelle prise par le sheikh, sans le consentement des autres leaders des Ikhwan. Dans des cercles des Ikhwan à travers la Palestine, le débat sur la valeur du combat armée continua. De nombreux leaders des Ikhwan, notamment en Cisjordanie, déclaraient que l’échec de la tentative de Sheikh Ahmad Yassine de monter une action militaire soutenait leur position maintenue depuis longtemps qu’il était futile de poursuivre cette voie. Il était tout simplement impossible de vaincre Israël par un effort de résistance locale, soutenaient-ils. Ceux qui s’opposaient à l’action indiquaient qu’Israël reçoit un soutien extensif des Etats-Unis et de l’Europe occidentale, et que les pays arabes frontaliers à la Palestine s’étaient révélés totalement inefficaces. Par conséquent, argumentaient-ils, un djihad contre Israël n’aurait pour résultat que la destruction des accomplissements du mouvement islamiste, sans la libération d’un seul pouce du territoire occupé.

Toutefois, à partir de 1982, comme un nombre croissant de jeunes recrues vinrent d’entre ceux qui poursuivaient leur éducation dans des universités Cisjordaniennes locales, deux groupes devinrent graduellement distincts. Le premier consistait en la génération de ceux qui avaient étudié en Jordanie dans les années 1970. Vers les années 1980, ceux-ci étaient devenus les leaders du mouvement et étaient toujours influencés par l’école de pensée qui prévalait en Jordanie, qui croyait en l’attente avec un genre de fatalisme messianique pour l’émergence de l’ État islamique qui mènerait le djihad pour libérer la Palestine. Ceux qui étaient affiliés à l’école de pensée jordanienne étaient principalement les membres les plus âgés des Ikhwan. Le facteur âge, combiné au manque de contact avec les évènements sur le terrain, les poussait à rester retranchés dans leur position d’attente pour voir ce qui se passera. Ils furent lents à reconnaître la menace qu’ils allaient perdre leur crédibilité en raison de leur inaction, et qu’ils allaient perdre des recrues en raison de l’énorme pression subie par les membres plus jeunes des Ikhwan. Alors que la plupart de ces disputes se faisaient pour l’exercice de l’autorité sur les campus, les étudiants nationalistes et de gauche profitaient de l’occasion pour provoquer les islamistes pour leur attitude considérée comme non-patriotique.

La seconde tendance comprenait les membres plus jeunes des Ikhwan, qui avaient reçu une éducation locale. Enflammés par la révolution iranienne et le djihad en Afghanistan, c’étaient ceux qui avaient été obligés d’interagir sur les campus avec les étudiants des tendances nationalistes et de gauche, débattent et se disputant même parfois avec eux. Les membres de ce groupe n’étaient pas contents d’attendre et leur patience s’était épuisée. Plus que toute autre chose, ces jeunes étaient consternés par l’écart entre la théorie et la pratique. Chez les Ikhwan, ils avaient appris que la mission du mouvement, du moment de son établissement par Hassan al-Banna en Égypte en 1928, était de combattre l’injustice, de résister à l’impérialisme, et de lancer le djihad pour libérer la Palestine. Devant leurs yeux, cependant, ils voyaient seulement le spectacle de l’inaction de leur mouvement. En même temps, le Jihad Islamique d’al-Shiqaqi prenait l’initiative d’accomplir le devoir du djihad, et remportait donc de la crédibilité et du respect, remportant aussi davantage de terrain à l’intérieur et à l’extérieur des universités. Il apparaissait à ces jeunes membres des Ikhwan que chaque groupe politique en Palestine avait épousé la cause du djihad, sauf la leur. Alors que le temps passait, la position des Ikhwan, qui continuait de décourager la participation à toute forme d’activités de protestation, devenait indéfendable. Les étudiants des Ikhwan ne pouvaient trouver de réponse à donner lorsqu’ils étaient brutalisés ou ridiculisés par leurs collègues des organisations nationalistes ou de gauche pour l’inaction du mouvement islamique. Pire encore était le sentiment qu’alors que les nationalistes et les hommes de gauche se battaient contre les Israéliens dans les rues des villes et camps de la Palestine, les islamistes « prenaient la route la plus sûre pour rentrez chez eux, où ils restaient à l’intérieur comme le harem ».

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Hamas : Son histoire de l’intérieur (15) suite



En dépit de son échec, toutefois, la tentative de Sheikh Yassine d’entreprendre une action militaire contre l’occupation réussit à stimuler le moral de la jeune génération des Ikhwan, et força un changement dans l’attitude et dans la politique. Certains des jeunes leaders émergeant des Ikhwan en Cisjordanie étaient devenus convaincus du besoin de changement, et mirent fortement la pression pour cela. En plus d’être motivés par des facteurs locaux, ils étaient influencés par certains de leurs collègues qui étaient venus de la bande de Gaza pour étudier en Cisjordanie. Ceux-ci comportaient Isma’il Abu Shanab, qui étudiait à l’Université al-Najah. Les Ikhwan de Gaza avaient plus de volonté de lancer un combat contre les Israéliens : ils souffraient davantage de l’occupation et avaient moins été influencés par l’école de pensée jordanienne. La direction des Ikhwan donna finalement la permission d’affronter les Israéliens. En juin 1986, la faction islamique de l’Université de Birzeit annonça à partir des haut-parleurs du campus qu’un rassemblement pour protester contre les atrocités israéliennes avaient été organisé et que tous les étudiants étaient appelés à s’y joindre. Le rassemblement fut réprimé par des soldats israéliens, avec vingt-deux victimes dont deux morts, donnant au mouvement islamique des martyrs dont il pouvait être fier et qu’il pouvait revendiquer.

Ceci n’était que le début du déluge. Dès lors, les membres des Ikhwan n’étaient plus qu’ autorisés, mais aussi encouragés à prendre part ou à organiser des manifestations contre l’occupation. Quelques années plus tard, les leaders estudiantins qui avaient réussi à forcer ce changement de politique furent diplômés, assumant diverses responsabilités dans la direction au sein du mouvement islamique à partir de la fin des années 1980.

En application des résolutions de la conférence d’Amman de 1983, les Ikhwan palestiniens du Koweït, de Jordanie et d’Arabie Saoudite dessinèrent un plan global pour un soutien financier, politique et logistique. A cette époque, des islamistes palestiniens de la Palestine, de la Jordanie, du Koweït, d’Arabie Saoudite et d’autres Etats du Golfe qui étudiaient au Royaume-Uni et aux Etats-Unis avaient mis en place diverses associations islamiques en aide à la Palestine. Les tâches volontaires de ces associations incluaient le don d’une assistance aux étudiants palestiniens, rendant toute ressource possible à laquelle ils avaient accès disponible à leurs frères en Palestine. Ils établirent des réseaux de communications sûr, efficaces et en état de fonctionner, entre la Palestine et le monde extérieur, mirent en place des associations caritatives, publièrent des journaux et des livres, et formèrent des équipes de spécialistes. Tous fournirent une assistance de valeur inestimable au mouvement islamique palestinien. A la fin de l’an 1985, le Comité de la Palestine établit un corps spécialisé, appelé Jihaz Filastin (l’appareil de la Palestine), responsable de la coordination des activités des diverses institutions fondées à travers le monde par les Ikhwan palestiniens et surveillant la création d’autres institutions qui pourraient être nécessaires. Ce “Jihaz” était le noyau duquel se développa le réseau global qui fournit plus tard le soutien logistique au Hamas. Trois des figures centrales du Jihaz allaient devenir d’éminents leaders du Hamas dans les années 1990. Le premier était Khaled Meshaal, qui vivait au Koweït. Moussa Abu Marzouq s’était déplacé aux Etats-Unis pour poursuivre ses études supérieures avant de retourner dans la bande de Gaza pour travailler à l’Université Islamique, dont il était un membre fondateur du conseil. Le troisième, Ibrahim Ghosheh, devint le premier porte-parole officiel du Hamas à l’extérieur de la Palestine, faisant des allers-retours entre le Koweït et la Jordanie jusqu’à l’invasion du Koweït par Saddam Hussein en aout 1990.

Entre-temps, Sheikh Ahmad Yassine et son proche groupe continuaient leurs activités. En plus, le sheikh disait à ce stade qu’il avait appris de la récente expérience du mouvement qu’il était trop tôt pour penser à une action militaire et que davantage de travail était encore nécessaire dans le domaine de la tarbiyah (éducation et formation). En privé, il poussait à la reconstruction de l’appareil militaire qui avait été inauguré avant son emprisonnement, fixant le 17 novembre 1987 comme date de lancement de la campagne de djihad. Il chargea Salah Shehadah de former une nouvelle organisation, connue sous le nom d’al-Mujahidun al-Filastiniyun (les moudjahidines palestiniens). La principale mission de cette organisation militaire était d’attaquer les soldats israéliens et les colons juifs dans la bande de Gaza. Il chargea aussi Yahya al-Sinwar et Rawhi Mushtaha de former une organisation sécuritaire qui allait s’appeler Majd (gloire), dont la tâche majeure était d’attraper, de poursuivre et d’exécuter les collaborateurs palestiniens travaillant avec Israël. Aucune organisation n’accomplit grand-chose avant l’éruption de l’Intifada, en dépit de quelques tentatives qui se terminèrent en échec ou qui ne firent pas remarqués.

Dans ce temps précédant l’Intifada, le Jihad Islamique captiva l’imagination des Palestiniens et attira l’attention des observateurs extérieurs avec une succession d’actions audacieuses contre les Israéliens. Le 15 mai 1987, six de ses membres s’échappèrent de la Prison Centrale de Gaza. Le 2 aout 1987, un membre du Jihad Islamique assassina le capitaine Ron Tal, commandant de la police militaire dans la bande de Gaza, dans sa voiture, dans la route principale de la ville de Gaza. Le 6 octobre 1987, quatre membres du Jihad Islamique ouvrirent le feu sur une patrouille de l’armée israélienne dans le quartier d’al-Shuja’iyah de la ville de Gaza, tuant un soldat israélien avec la perte d’un de leurs combattants. De manière générale, toutefois, bien qu’il y ait eu des moments de défi courageux, il y avait aussi des moments de terrible désespoir, alors qu’un nuage de profonde tension planait au-dessus de la bande de Gaza et de la Cisjordanie. La population sous occupation se sentait abandonnée et assiégée, plus que jamais auparavant. Les sentiments d’anxiété étaient mélangés avec les sentiments d’espoir. On ressentait de l’inquiétude dans l’atmosphère, comme si quelque changement était en cours, bien que personne ne sût ce que c’était ou ne pût dire si cela allait être bien ou mauvais. Certains se résignaient à leur destin, ressentant que rien de pire ne pouvait arriver que ce qui se qui avait déjà lieu. D’autres anticipaient une énorme explosion. Il ne fallut pas longtemps avant qu’il fût prouvé que ces derniers avaient raison.

Fin du second chapitre


Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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08-02-09, 23:08
Hamas : Son histoire de l’intérieur (16)



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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Une guerre totale (1)
Nous devrions leur briser les mains et les jambes.
Ce gouvernement combattra toute manifestation de violence et de terreur, et ne permettra ni n’autorisera que le Hamas ou le Jihad Islamique fasse du mal aux citoyens de l’ État d’Israël – et il prendra toutes les mesures légales à sa disposition, pour combattre les organisations terroristes meurtrières.


- Yitzhak Rabin


L’ Intifada avancera et la souffrance du peuple palestinien continuera. Mais continuera aussi notre détermination absolue de poursuivre la lutte.


- Sheikh Ahmad Yassine


Personne ne prit la décision de lancer l’Intifada le 8 décembre 1987 ; elle fut provoquée par un accident, qui à son tour alluma l’explosion de colère spontanée par les masses. Cependant, c’était une explosion anticipée par les Ikhwan palestiniens, pour laquelle ils s’étaient préparés au moins depuis 1983. Le jour où l’Intifada commença, les institutions créées par les Ikhwan à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine se mirent en action, chacune accomplissant les tâches qui lui étaient assignées. Les Ikhwan n’avaient d’autre option que de saisir l’occasion. Ils avaient besoin de l’exploiter jusqu’à la limite de leur capacité, afin de se rétablir en tant que leaders du djihad pour libérer la Palestine. S’ils n’avaient pas agi ainsi, cela aurait signifié le décès de leur mouvement. En outre, seuls les Ikhwan avaient l’intention, la volonté, l’infrastructure et le support logistique global pour garder en vie la flamme de l’Intifada aussi longtemps qu’elle pouvait être maintenue.

Pour les Ikhwan, agissant maintenant sous le nom du Hamas, l’Intifada était un présent pour les cieux. Ils étaient déterminés à mettre fin à l’occupation et à s’assurer que ce ne soit que le début d’un djihad à long terme. Ils mobilisèrent leurs membres, employant le réseau de mosquées et d’autres institutions sous leur contrôle, dont surtout l’Université Islamique. Ils appelèrent à une désobéissance civile et organisèrent des rassemblements, qui se terminaient invariablement par des lancers de pierres sur des soldats israéliens ; le drapeau israélien était brûlé et on improvisait le blocage de routes avec des pneus en feu. L’ Intifada était une explosion de colère au visage de l’occupation, causée par les conditions terribles et inhumaines qu’enduraient les Palestiniens depuis plusieurs années et par l’humiliation et la dégradation auxquelles ils avaient été sujets. Toutefois, les slogans des Ikhwan n’étaient pas limités à exiger la fin de l’occupation. Ils allèrent de l’avant, exigeant aussi l’abolition de l’ État d’Israël. La plupart des manifestants avaient été réfugiés, et leurs véritables demeures n’étaient pas les camps sordides et misérables de l’ONU de Gaza ou de la Cisjordanie, mais les centaines de villes et villages qui se tenaient un jour là où existe Israël aujourd’hui.

Ces Palestiniens étaient devenus des réfugiés lorsque les Sionistes avaient envahi leurs villes et villages. Ce que les Palestiniens appelaient la Nakba (la catastrophe) fait référence aux évènements de 1948, qui avaient mené à leur expropriation et à la création de l’ État juif sur leur terre. Entre 1947 et 1949, quelque sept cent cinquante mille Palestiniens devinrent réfugiés ; la plupart furent expulsés selon un plan sioniste de nettoyage du pays des non-juifs. La position officielle israélienne soutient que les réfugiés s’enfuirent sous les ordres de leaders politiques et militaires arabes. Toutefois, selon les renseignements militaires israéliens, au moins 75 pour-cent des réfugiés partirent en conséquence d’actions militaires et de campagnes psychologiques sionistes ou israéliennes ayant pour but d’effrayer les Palestiniens pour qu’ils s’en aillent, et en conséquence d’expulsions directes. Des affaires d’expulsions massives durant et après les opérations militaires de 1948-49 sont bien documentées, ainsi que des massacres et des atrocités qui causèrent une fuite de Palestiniens à grande échelle.

Lorsque l’Intifada commença, la direction de l’ OLP à Tunis fut prise de court. Yasser Arafat et ses conseilleurs étaient engagés dans la promotion de leur image à travers le monde en tant que pacificateurs. Entre-temps, la puissance dominante du monde, les Etats-Unis, insistait qu’en pré-condition à la paix, l’ OLP devait d’abord reconnaître le droit d’Israël à exister et renoncer à toutes formes de violence. Les leaders de l’ OLP avaient de très bonnes raisons de miser sur l’Intifada, qui semblait fournir à l’ OLP une opportunité. Leur objectif depuis le début était de prendre contrôle de l’Intifada et de récolter tout dividende que le soulèvement populaire pouvait leur rapporter pour aider à promouvoir leur propre projet. Ils désespéraient, au-dessus de tout, d’obtenir une reconnaissance des Etats-Unis du statut de l’ OLP en tant que “seul représentant légitime” du peuple palestinien, pour qu’une paix ne puisse être négociée qu’avec elle. De là provint la décision de mobiliser les membres et supporters de l’ OLP à l’intérieur de la Palestine pour concurrencer les Ikhwan dans l’alimentation de l’Intifada et dans l’entreprise de faire de l’occupation de Gaza et de la Cisjordanie un cauchemar pour les Israéliens.

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08-02-09, 23:16
Hamas : Son histoire de l’intérieur (16) (suite)


Israël fut elle aussi prise de surprise. Croyant tout d’abord que l’Intifada n’était qu’une expression de colère qui allait diminuer dans un jour ou deux, comme bien d’autres éruptions du genre qui l’avaient précédée, ils s’aperçurent rapidement qu’il en était autrement. Ils se retrouvèrent à combattre toute une population non-armée dans les rues et allées étroites de la bande de Gaza, le morceau de terre le plus densément peuplé de la surface de la terre. Clairement pris de panique et bouleversés, ils ordonnèrent la fermeture de l’Université Islamique à Gaza. Cependant, ils n’avaient pas compris que cela n’allait qu’enflammer davantage l’Intifada, étant donné que cela libéra plus de jeunes hommes, maintenant disponibles dans les rues pour lancer des pierres et s’engager dans d’autres formes de protestation. Pour les Israéliens, aucune tactique ne semblait fonctionner. Les actes de brutalité contre les manifestants, dont nombre étaient des femmes et des enfants, n’avaient pour effet que l’élargissement du cercle de colère et cela n’attirait que plus de manifestants. De nombreux ouvriers palestiniens travaillant dans des usines et fermes israéliennes commencèrent à répondre aux appels au boycott. En conséquence, soit ils restaient chez eux, soit ils rejoignaient les manifestants. Les haut-parleurs des minarets de mosquées remplissaient les airs de récitations coraniques et de anashid (une forme de chant patriotique sans accompagnement de musique), ainsi que d’annonces données pour alerter le public de l’existence d’activités ou de confrontations, et d’appels à l’aide d’une façon ou d’un autre. Après plusieurs jours, l’Intifada fut répandue de Jabaliya à Khan Younis, puis au camp Al-Shati’ (plage) à Gaza, et puis aux autres camps, tout le long jusqu’à Rafah tout au sud. Rapidement, l’Intifada prit aussi place dans les camps de réfugiés de la Cisjordanie. Le premier camp de la Cisjordanie à se soulever était le camp de Balatah à Naplouse.

A ce moment, les Ikhwan purent récolter les dividendes de sa décision dans le début des années 1980 d’unifier ses organisations tout autour du monde. Depuis les années 1980, les Ikhwan de la bande de Gaza et de la Cisjordanie avaient été localement sous le commandement d’un conseil de représentants élus provenant de la bande de Gaza et des régions nord, centre et sud de la Cisjordanie. Le conseil de la direction supérieure se réunit immédiatement après l’éruption de l’Intifada pour s’assurer de la gestion et de la coordination efficaces de ses activités à travers les territoires. L’état de siège imposé par les Israéliens sur les camps de réfugiés, où une grande partie de l’action avait lieu, poussa Sheikh Yassine à proposer des mesures pour restaurer un degré de calme, poussé par le sentiment que les gens ne pourraient pas endurer davantage de punition collective. Cependant, les mesures adoptées par les forces d’occupation israéliennes, dont une politique de tirs à mort contre des manifestants non-armés et les coups brutaux portés aux adolescents pris en train de lancer des pierres, ne firent qu’aggraver la colère des gens, les poussant à vouloir plus de confrontations avec les soldats de l’occupation israélienne plutôt que moins. L’ Intifada commença avec des manifestations pacifiques dont les armes étaient symboliques : pas plus que des pierres et des poitrines exposées. Le spectacle de civils non-armés, dont des enfants et des femmes, se faisant tirer dessus, et le niveau de la brutalité israélienne croissante, apportèrent sur la scène les premiers cocktails Molotov et d’autres formes de réactions plus violentes.

Au départ, les Israéliens ne savaient pas bien qui orchestrait l’agitation. Cependant, ils suspectaient que Sheikh Yassine et son organisation y étaient pour quelque chose. Israël lui donna un avertissement, et il fut menacé d’être déporté au sud du Liban. Il insista à dire qu’il ne portait aucune responsabilité pour ce qui se passait. Lorsqu’il fut convoqué à la Saraya (les quartiers généraux de l’autorité d’occupation israélienne à Gaza) pour être interrogé sur le rôle que les mosquées s’étaient mises à jouer dans l’agitation, il continua à maintenir sa totale innocence. Lorsque le premier communiqué du Hamas fut distribué le 14 décembre 1987, il n’était pas signé, portant seulement le nom de “Le Mouvement de Résistance Islamique”, réduit aux lettres arabes “h”, “m” et “s”. Les Israéliens prirent alors en cible des figures publiques et des personnes critiquant directement Israël au sein des Ikhwan. La première éminente personnalité des Ikhwan à être arrêtée, moins d’un moins après le début de l’Intifada, était Khalil Al-Quqa, directeur de l’ Association Islamique du camp Al-Shati’ (plage). Dr. Abd Al-Aziz Al-Rantissi, un membre fondateur du Hamas, fut détenu le 15 janvier 1988. Les leaders de l’appareil de sécurité du Hamas, Majd, furent tous deux arrêtés peu après : Yahya Al-Sinwar le 20 janvier 1988 et Rawhi Mushtaha le 13 février 1988.

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Hamas : Son histoire de l’intérieur (16) (suite & fin)


Les Israéliens cherchaient une occasion pour imputer le blâme pour l’Intifada à la direction du Hamas. Une fenêtre d’opportunité semblait se présenter en août 1988, lorsque le Hamas publia sa charte, dans laquelle il déclarait un djihad qui allait continuer jusqu’à ce que la Palestine soit libérée dans sa totalité et que l’ État d’Israël soit éliminé. Entre-temps, un individu de Jérusalem, détenu par rapport à une affaire sans lien aucun, avoua sous la torture qu’il avait envoyé de l’argent à Ibrahim Al-Yazuri, un co-fondateur du Hamas, pour financer les activités de l’Intifada. Al-Yazuri fut arrêté et il divulgua, sous davantage de torture, les noms des hauts leaders dans les diverses régions de la bande de Gaza qui recevaient des fonds. Comme l’image devenait plus claire, les Israéliens se préparèrent à agir. En août 1988, ils lancèrent leur première campagne massive de détention contre les leaders et activités du Hamas. La direction du mouvement avait anticipé qu’un tel enchaînement d’ évènements pouvait avoir lieu et elle avait pris certaines précautions. Une direction secrète avait été mise en place, afin qu’il n’y ait pas de vide au niveau de la direction si les Israéliens se mettaient à faire de nombreuses arrestations. En mois de deux mois, cent vingt figures clés étaient arrêtées, dont tous les membres fondateurs du Hamas, sauf Sheikh Yassine. Al-Rantissi fut maintenant rejoint en détention par ses collègues co-fondateurs du Hamas Salah Shehadah, Ibrahim Al-Yazuri, Muhammad Sham’ah, Abd Al-Fattah Dukhan, et ‘Issa Al-Nashar. En dépit d’aveux de la part de certains de ces détenus disant que Sheikh Yassine était le fondateur et le chef du mouvement, les Israéliens décidèrent de lui permettre de rester en liberté ; ils désiraient absolument en savoir plus sur ses activités et contrôler ses mouvements et communications. Ils le mirent sous surveillance, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, dans l’espoir de défaire le réseau qu’il avait construit avec succès dans les trois ans qui suivirent sa libération de prison.

Par chance, ces arrestations massives coïncidèrent avec l’arrestation des membres de deux cellules militaires du Hamas qui avaient opéré à Jabaliya et à Beit Hanoun. Ces deux cellules avaient visé quelques collaborateurs. Mais parmi eux, il y avait aussi des responsables de cinq attaques menées contre des patrouilles israéliennes en Cisjordanie et à Gaza, employant des engins explosifs de fabrication artisanale. Comme si cela venait en célébration, les opérations avaient été accomplies le jour de l’ aïd Al-Adha, qui tombait cette année le 24 juillet 1988. Les membres des deux cellules furent identifiés, arrêtés et poursuivis, mais apparemment, aucun lien ne fut immédiatement fait entre eux et les leaders du Hamas détenus environ en même temps. Plus tard, Salah Shehadah semble avoir été suspecté d’avoir été responsable de l’organisation de ces cellules.



Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

NOURA125
17-02-09, 11:55
Hamas : Son histoire de l’intérieur (17)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Une guerre totale (2)
Un coup presque fatal

La direction de l’ombre du Hamas prit la tâche de diriger les activités quotidiennes de l’Intifada, alors que Sheikh Yassine et ses proches assistants dans la branche militaire commencèrent à construire une nouvelle cellule militaire à laquelle il fut donné le nom “Cellule 101”. Cette cellule fut dirigée par Muhammad al-Sharatiha, qui fut choisi en partie en raison de sa véritable expérience, mais surtout en raison de sa force réputée sous de sévères interrogations. La direction inventa un moyen de communiquer avec lui qui gardait leur confidentialité. C’était la technique du “terrain mort”, avec laquelle des messages anonymes étaient laissés à un endroit duquel le receveur était informé juste avant de passer le prendre. Al-Sharatiha reçut pour ordre d’identifier des individus appropriés qui pourraient être recrutés et de reporter leurs identités à son contact via le terrain mort afin qu’ils puissent être débarrassés de tout soupçon avant qu’un contact ne soit établi avec eux, par mesure de sécurité. L’intention était d’éviter de recruter des collaborateurs.

Non pas comme les activistes du mouvement nationaliste, ces recrues islamiques n’apportaient avec elles que peu de choses autre que le zèle, la détermination et le désir de martyre ; ils n’avaient ni de l’ entraînement ni de l’expérience. Une grande partie de ce qu’ils avaient tenté à ce stade avaient soit complètement échoué, soit eu un effet très limité, mais ils pouvaient apparemment apprendre rapidement. Leur première cible était un entrepreneur israélien qui forait un puits dans la région d’Al-Shaykh Radwan à Gaza. L’homme était bien entraîné en arts martiaux et réussit à se sauver sain et sauf de ses attaquants. La deuxième mission était de tirer sur une colonie juive en utilisant un fusil désuet, ce qui, semblerait-il, eut peu d’effet. Toutefois, leurs troisième et quatrième opérations étaient assez sérieuses pour provoquer une réaction majeure en Israël. Ces opérations poussèrent Israël à décider de déclarer une guerre totale contre le Hamas.

NOURA125
17-02-09, 11:57
Hamas : Son histoire de l’intérieur (17) (suite)


Le 16 février 1989, des membres de la nouvelle cellule militaire se rendirent en Israël et kidnappèrent le sergent Avi Sasportas, qui faisait de l’auto-stop de sa base jusqu’à chez lui à Ashdod. Ne sachant pas que faire avec lui, ils le tuèrent et enterrèrent son corps. Ensuite, le 3 mai 1989, ils kidnappèrent le sergent Ilan Sa’adon, qui faisait de l’auto-stop près d’Ashkelon. Il fut aussi tué et enterré. Au cours de la recherche de Sa’adon, les Israéliens trouvèrent le corps de Sasportas, non loin de l’endroit où il avait été kidnappé. Le corps de Sa’adon ne fut pas découvert avant que sept ans ne se soient écoulés, après qu’Israël reçut des rapports des renseignements concernant sa localisation. La voiture utilisée dans la dernière opération avait une plaque d’immatriculation israélienne car c’était une voiture volée achetée sur le marché noir en Israël. Les autorités israéliennes identifièrent la voiture et la tracèrent jusqu’à un endroit proche de là où le leader de la cellule avait vécu. Plutôt que de s’en débarrasser, les membres de la cellule avaient gardé la voiture sans trop réfléchir, au cas où ils avaient à nouveau besoin de se rendre en Israël pour quelque occasion future. Après que les autorités israéliennes découvrirent que les soldats israéliens avaient été kidnappés, les membres de la cellule militaire s’étaient enfuis et on les avait finalement fait sortir en fraude de la Palestine, sains et saufs, excepté Al-Sharatiha, qui fut arrêté. Sous l’interrogation et la torture, il divulgua le nom d’une connaissance qu’il suspectait être son homme de contact du “terrain mort”. Cet individu fut à son tour arrêté et torturé jusqu’à ce qu’il avoua avoir reçu de l’argent et des instructions de Sheikh Ahmad Yassine lui-même. Sheikh Yassine fut immédiatement arrêté. Ce fut lorsque les Israéliens lancèrent leur seconde et plus grande campagne d’arrestation massive contre le Hamas, dans laquelle ils arrêtèrent quelque mille cinq cents membres de l’organisation à travers la bande de Gaza et la Cisjordanie.

Voici comment Sheikh Yassine décrivit son arrestation le 18 mai 1989 et son interrogation qui s’ensuivit :

« J’étais chez moi. Le couvre-feu, qui était imposé quotidiennement de 21h jusqu’aux alentours de l’aube, juste à temps pour que les travailleurs aillent au travail, venait juste de commencer. J’avais quelques invités à la maison qui s’étaient précipités à rentrer chez eux avant le début du couvre-feu. L’armée israélienne entoura la maison à neuf heures cinq du soir. Parmi les soldats, quelques-uns sautèrent sur le mur alors que d’autres restèrent dans leurs véhicules. C’était comme si tout un bataillon avait été déployé juste pour m’arrêter. Quelques officiers des renseignements vinrent vers moi et dirent : “Nous avons besoin de vous pendant un petit moment”. Je dis : “Oui, mais laissez-moi porter quelques vêtements”. Je portai donc quelques vêtements et fut emmené à l’extérieur dans ma chaise roulante. Ils dirent : “Où est votre fils ?”. Je dis : “Il est là”. Ils dirent : “Qu’il vienne avec vous, pour vous aider”. C’était mon fils Abdulhamid, qui venait d’avoir seize ans et qui venait de recevoir une carte d’identité. Ils l’emmenèrent et me mirent dans une cellule où ils me firent assoir. Ils commencèrent immédiatement à me crier dessus et à m’injurier, à jurer, à me cracher sur le visage et à me frapper. Ils apportèrent un plateau et commencèrent à le cogner sur ma tête ; ils serrèrent les veines de mon cou et firent des pressions vers le haut pour causer un maximum de douleur. Ils commencèrent ensuite à marteler ma poitrine et continuèrent à la frapper jusqu’à ce qu’elle se changea en bleu. Puis ils firent entrer mon fils, qui était là soi-disant pour me servir ; ils le jetèrent au sol devant moi et quatre d’entre eux lui sautèrent dessus. L’un d’entre eux serra son cou comme s’il voulait l’étrangler, un autre le battit, un troisième lui hurla dessus et l’insulta. Pendant tout ce temps, mon fils criait au-dessous d’eux. Ils continuèrent à le battre devant moi, disant : “Aie pitié de ton enfant ; avoue et ce sera la fin de l’histoire. Le Hamas est fini, c’est terminé ; cela ne sert à rien d’y nier ton rôle”. Je leur dis : “Je n’ai rien à dire”. Ils partirent pendant quelques heures, puis revinrent avec mon fils, et ils recommencèrent à le battre. A nouveau, ils s’assirent sur lui et lui firent sévèrement mal. La torture était si sévère qu’il faillit mourir. Ils le firent ensuite sortir. Pendant quatre jours, je fus privé de sommeil et fus forcé de rester dans ma chaise alors que des interrogateurs se relayaient toutes les deux ou trois heures pour me questionner. Finalement, je perdis conscience et tombai de ma chaise. Lorsque je me réveillai, ils m’amenèrent les frères qui furent arrêtés en raison de leur implication dans l’affaire militaire. Salah [Shehadah] vint en premier et dit : “Je suis venu à toi et je t’ai pris 2.500 dollars, et c’est tout ce que j’ai à dire”. Puis me furent amenés les autres frères qui avaient été responsables de l’interrogation de collaborateurs. Ils dirent : “Nous sommes venus à toi et avons obtenu une fatwa de toi disant qu’il est autorisé de tuer les collaborateurs”. Ils semblaient vouloir me faire savoir que c’était tout ce qu’ils avaient avoué. Les Israéliens se tenaient debout et écoutaient pendant tout ce temps. Ils voulaient absolument savoir qui allait diriger le mouvement après moi. Je leur ai dit que c’était une organisation qui tenait sa base dans le peuple ; on en retire le bout et un nouveau bout croît de la base. J’en conclus qu’il n’y avait pas besoin de nier ma part de responsabilité : les déclarations m’impliquant étaient suffisantes pour que je sois poursuivi quoi qu’il en soit. J’avouai que j’avais émis une fatwa légalisant l’exécution de collaborateurs et que j’avais le droit en tant que Palestinien de me soulever contre l’occupation ».


Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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22-02-09, 21:00
Hamas : Son histoire de l’intérieur (18)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Une guerre totale (3)


Les détentions en masses décapitèrent le Hamas : tous ses officiels de premier et de deuxième rang étaient détenus. La campagne israélienne réussit presque à anéantir le mouvement. Toutefois, la prise de mesures d’Israël révéla pour la première fois la capacité militaire du Hamas, indiquant que le mouvement s’était préparé pendant des années. L’action d’Israël causa de l’inquiétude au sein de ces Palestiniens qui dirigeaient le Jihaz à l’extérieur de la Palestine. L’année précédente avait vu la transformation du Jihaz en la structure organisationnelle hiérarchique qu’elle a maintenant. Au sommet de cela se trouve un conseil représentatif, appelé en arabe l’Istishari (le conseil consultatif). En dessous se trouve un comité exécutif élu, le Tanfidhi (le comité exécutif) en arabe, qui à son tour supervisait plusieurs comités spécialisés dont la charge était de fournir le soutien logistique requis par Le Hamas. En dépit de sa capacité représentative, les membres de l’Istishari ne sont pas directement élus. L’idée est pour les Ikhwan palestiniens à l’intérieur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza d’être représentés, ainsi que ceux dans les divers endroits où ils se trouvent en nombres considérables dans la diaspora.

A la suite de ce coupe porté au mouvement en 1989, le Tanfidhi se tourna vers Moussa Abu Marzouq, qui étudiait pour son doctorat aux Etats-Unis, lui demandant de retourner de suite à Gaza, où il était déjà un visiteur habitué. Sa tâche était de récupérer ce qu’il pouvait de l’organisation sévèrement touchée. C’était un proche associé de Sheikh Ahmed Yassine et il était donc considéré par les membres du Hamas non pas comme un intrus, mais comme un des loyaux fils de l’organisation. Une fois de retour à Gaza, Abu Marzouq, connu sous le nom de Abu Omar, trouva quelques personnes avec qui travailler. La plupart des anciens membres sur qui il aurait pu compter, ou qu’il avait connus personnellement, avaient été arrêtés. Sayyid Abu Musamih était une des quelques anciennes figures laissées en liberté et Abu Marzouq était obligé de compter sur lui. La plupart des autres qu’il put contacter n’avaient pas joué plus qu’un rôle marginal dans le mouvement avant que la crise n’ait frappé. Néanmoins, il devait réussir ce qu’il pouvait avec ce qui lui était disponible, avec la disette d’anciennes figures membres laissées en liberté. S’attendant à ce que la plupart de ceux actuellement détenus soient libérés dans quelques mois, Abu Marzouq mit n place une nouvelle structure provisoire pour le mouvement et s’en alla. En effet, la plupart des 1.500 personnes arrêtées en mai furent libérées six mois plus tard ou environ, car les Israéliens les crurent sans danger.

Ce fut un tournant important dans l’histoire du Hamas. Une nouvelle caractéristique était que, sous la nouvelle structure, l’“intérieur” s’était maintenant retrouvé sous le contrôle de l’“extérieur”, dont le rôle n’était plus restreint à fournir un soutien. Jusqu’à la mi-1989, l’“extérieur” fournissait un financement, de la logistique et des conseils. Dorénavant, toutefois, il devint le commandement central et le point de référence. En plus d’avoir reconstruit l’organisation, un élément supplémentaire dans la mission d’ Abu Marzouq était d’imaginer une formuler pour s’assurer que le mouvement ne s’effondre par totalement s’il est sujet à une future attaque similaire à celle par laquelle il venait juste d’être dévasté. Si la direction du mouvement avait continué à être à l’intérieur de la Palestine, Israël aurait pu facilement briser son dos, effectuant des arrestations massives et prenant d’autres mesures répressives pour infliger des dommages irréparables sur sa capacité à opérer. Travaillant dans une relative sécurité dans les capitales du monde où se situaient maintenant divers centres de décisions du Hamas, comme Koweït, Amman, Londres et Washington, la direction avait le temps et l’espace pour répondre calmement à toutes éventualités. La présence d’anciens leaders du Hamas à l’extérieur de la Palestine protégea le mouvement, non seulement contre des mesures potentiellement fatales de la part des Israéliens, mais aussi contre des mesures de l’ OLP. L’ OLP tentait constamment de compromettre des membres de bas rangs du Hamas, à travers l’intimidation ou en présentant des stimulants, lorsque les anciens leaders du Hamas étaient en détention, comme cela était souvent le cas.

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22-02-09, 21:01
Hamas : Son histoire de l’intérieur (18) (suite)



A la suite de la mission d’ Abu Marzouq et du système qui établit, la restructuration du mouvement après chaque revers devint une question de routine. Les Israéliens lancèrent des compagnes d’arrestations en masse quasiment annuellement. Les campagnes de 1990, 1991 et 1992 se firent à grande échelle, mais les effets ne furent pas aussi dévastateurs qu’elles auraient pu l’être, et la reconstruction pas aussi difficile, en raison de l’efficacité de la stratégie conçue par Abu Marzouq. Avec une nouvelle structure plus flexible et avec un approvisionnement apparemment intarissable en recrues, le Hamas était capable de récupérer facilement après chaque coup qui semblait terminal. Les Israéliens ne voyaient pas que chaque fois qu’ils frappaient le Hamas, quelle que soit la force du coup porté, ils ne lui faisaient que gagner plus de sympathie et de soutien populaires. Ils ne réussirent apparemment pas à remarquer que leurs actions contribuèrent à l’émergence du Hamas en tant qu’alternative crédible à l’ OLP. Les campagnes les plus intenses contre le mouvement eurent lieu juste au moment où l’ OLP faisait l’histoire en rejetant sa propre Charte et en abandonnant son corps représentatif. En décembre 1988, Yasser Arafat déclara au monde que « l’ OLP a accepté le droit d’Israël à exister, il participera dans une conférence de paix internationale sur la base des résolutions 242 et 338 de l’ OLP, et il rejette le terrorisme dans toutes ses formes ». L’implication explicite de cette concession de la part de la direction de l’ OLP était la confiscation du retour au retour des réfugiés palestiniens. En confisquant ce droit, l’ OLP remporta immédiatement la reconnaissance des Etats-Unis et de leurs alliés occidentaux, mais il perdit sa crédibilité aux yeux de millions de réfugiés palestiniens à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine, qui attendaient de rentrer chez eux depuis une moitié de siècle. La perte de l’ OLP fut clairement au profit du Hamas.

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

NOURA125
02-03-09, 22:29
Hamas : Son histoire de l’intérieur (19)




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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Une guerre totale (4)
La guerre des couteaux

Plus qu’une simple restructuration était nécessaire pour ressusciter la capacité militaire du Hamas, toutefois. Israël apporta ici, inconsciemment, une contribution majeure. Les conditions s’ empirait pour les Palestiniens tous les jours. Le 8 octobre 1990, vingt-deux Palestiniens furent tués et plus de deux cents furent blessés lorsque des soldats israéliens prirent d’assaut Al-Haram Al-Sharif (l’esplanade de la mosquée d’Al-Aqsa à Jérusalem), tirant sur des fidèles musulmans. Les musulmans s’étaient rassemblés à l’intérieur du Haram pour contrecarrer le complot d’un groupe d’extrémistes juifs connu sous le nom des “Fidèles du Mont du Temple”, pour poser ce qu’ils disaient être la pierre angulaire du Troisième Temple. Ce même jour, irrités par les nouvelles du massacre, ‘Amir Sa’ud Abu Sarhan, que l’on disait proche du Hamas, poignarda à mort trois soldats israéliens à Jérusalem, et en blessa un quatrième. Ce fut le départ de ce qui devint connu comme étant la “guerre des couteaux”. La dernière goutte pour les Israéliens eut lieu le 14 décembre 1990, avec une autre attaque au couteau contre un groupe d’ Israéliens travaillant dans une usine d’aluminium à Jaffa par deux Arabes de Gaza qui avaient traversé la Ligne Verte plus tôt dans la journée. Les attaquants, Marwan Al-Zayigh et Ashraf Al-Ba’luji, laissèrent sur le mur de l’usine une revendication de la responsabilité au nom du Hamas, déclarant que l’action venait pour commémorer le second anniversaire de la naissance du mouvement. Ils réussirent à s’échapper et allèrent se cacher, devenant ainsi les premiers mutaradun (fugitifs). Ils furent vite rejoints par des centaines de jeunes hommes palestiniens, recherchés par les Israéliens pour diverses accusations de terrorisme allant du lancement de pierres jusqu’à des mises à mort.

Le 4 décembre 1990, le jour de l’attaque au poignard de Jaffa, les Israéliens lancèrent une campagne massive contre ce qui restait du Hamas. A travers la Cisjordanie et Gaza, ils n’arrêtèrent pas moins de mille sept cents personnes suspectées d’appartenir ou d’être affiliées d’une façon ou d’une autre au mouvement. Parmi ces personnes arrêtées, il y avait les membres de la nouvelle direction mise en place par Moussa Abu Marzouq durant sa visite en 1989. La Cisjordanie fut plus durement touchée cette fois que la précédente, car l’on pensait que les deux attaquants de l’usine d’aluminium avaient été abrités par des membres du Hamas qui se trouvaient là. En dépit de l’étendue de la campagne israélienne, le Hamas prit cette fois moins de temps pour se relever. Avec le contrôle total du mouvement maintenant entre les mains de ses leaders à l’étranger, il y eut peu d’interruption. De plus, la direction à l’extérieur fut relancée par l’arrivée de quatre figures majeures du Hamas de l’intérieur. Après une brève période de détention, Imad Al-Alami, Fadl Al-Zahhar, Mustapha Al-Qanu’ et Mustafa Al-Liddawi furent déportés au Liban. Ils assumèrent rapidement de hautes positions de responsabilité à l’intérieur des institutions du Hamas à l’étranger.

Entre-temps, Sheikh Ahmad Yassine subit des procès dans une cour militaire israélienne. Après une série d’auditions qui commença au début de 1990, il fut finalement condamné le 16 octobre 1991 à une condamnation à vie plus quinze ans. La cour décida qu’il était coupable de toutes les charges de l’acte d’inculpation soumis par le procureur. Il soutient son innocence dans les kidnappings et mises à mort de deux soldats israéliens, mais déclara sa responsabilité dans la fondation du Hamas. Deux semaines plus tôt, Muhammad Al-Sharatiha, qui était alors âgé de 34 ans, fut condamné à trois fois la perpétuité plus trente ans pour son rôle dans le kidnapping et la mise à mort des deux soldats. Un des résultats imprévus de l’attaque israélienne contre le Hamas fut le grossissement des rangs des mutaradun, les fugitifs qui étaient obligés de fuir le pays s’ils le pouvaient, et s’ils ne pouvaient pas, de se cacher aussi longtemps qu’ils le pouvaient. Ce qui se cachaient ressentaient généralement que comme ils avaient déjà perdu leur liberté, ils n’avaient plus rien de plus à perdre. Leur pratique générale était de former de petits groupes pour monter des attaques contre des cibles israéliennes, ou d’improviser des attaques, quelles qu’elles soient, sur une base individuelle. C’est à partir de ce phénomène que la branche militaire du Hamas, Kata’ib Al-Shahid Izzadin Al-Qassam (les brigades du martyr Ezzeddine Al-Qassam) naquit. Les brigades n’étaient pas une extension d’Al-Mujahidun Al-Filastiniyun, mais une toute nouvelle création, mise en place et dirigée par une génération bien plus jeune d’activistes du Hamas dont le motif était de se venger de la répression impitoyable d’Israël contre le Hamas. Les Israéliens avaient déjà arrêté les membres fondateurs des Mujahidun, et certains d’entre eux avaient reçu des peines très longues. Entre-temps, l’inspiration des Mujahidun précéda de loin l’Intifada et on vit le mouvement comme le résultat des plans présentés dans le début même des années 1980. Ils furent conçus comme une version islamique du combat lancé depuis des décennies par le mouvement nationaliste palestinien. En comparaison, les brigades d’Al-Qassam étaient un produit même de l’Intifada, et elles virent le jour en réaction à la répression croissante d’Israël contre ce qui avait commencé comme une manifestation pacifique. A la base, l’Intifada n’avait été qu’une série d’exercices de désobéissance civile, ayant pour intention d’obliger les autorités d’occupation israéliennes à traiter les Palestiniens avec plus d’humanité. Cependant, la mesure disproportionnée de la réponse israélienne à l’Intifada fut ce qui provoqua les jeunes victimes de la brutalité israélienne à mener des actions de répliques d’une nature plus violente.

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02-03-09, 22:32
Hamas : Son histoire de l’intérieur (19) (suite)



La “guerre des couteaux”, lancée sous la bannière des brigades du martyr Ezzeddine Al-Qassam, continua inchangée jusqu’en décembre 1992, lorsque les brigades inaugurèrent ce que le Hamas qualifia de “guerre des sept jours”. Le 7 décembre 1992, une cellule armée agissant à Gaza tendit une embuscade à une patrouille de l’armée israélienne sur la route d’Al-Shuja’iyah à Beit Lahia, tuant trois soldats. Le 12 décembre, une autre cellule armée agissant à Hébron tendit une embuscade à une patrouille israélienne, tuant trois autres soldats. Tôt le 13 décembre, une troisième cellule kidnappa le sergent-major Nassim Toledano de la police de frontière israélienne, âgé de 29 ans, alors qu’il se déplaçait de chez lui à Lod jusqu’à son lieu d’affectation dans la ville cisjordanienne de Ramallah. La cellule du Hamas emmena son otage dans un lieu sûr, alors que deux hommes masqués diffusèrent un message au bureau de la Croix-Rouge Internationale à Ramallah à environ 11h du matin, exigeant les concessions suivantes en échange du retour sauf de l’otage :

1. L’adhésion stricte par les autorités israéliennes à la date limite spécifiée (le même jour à 21h) ; sinon, l’otage serait exécuté.

2. La libération de Sheikh Ahmad Yassine en la présence d’un représentant de la Croix-Rouge Internationale et en la présence des ambassadeurs de l’ Égypte, de la France, de la Suède et de la Turquie, devant qui les autorités israéliennes s’engageraient à ne plus arrêter de nouveau le sheikh.


3. La couverture directe par la télévision israélienne de la libération de Sheikh Ahmad Yassine et de l’engagement israélien effectué devant les ambassadeurs en échange de la liberté du soldat kidnappé.


Au cours des dix heures qui précédèrent l’heure limite de l’ultimatum, les Israéliens mirent en place un état d’urgence sans précédent depuis la guerre avec l’ Égypte en octobre 1973. Ils tentèrent de gagner du temps dans l’espoir que les kidnappeurs puissent être identifiés, ou que le refuge où était gardé l’otage soit découvert. Pour la première fois depuis toujours, le Hamas reçut une couverture médiatique globale et une attention mondiale. Dans une tentative de la dernière chance d’influencer les kidnappeurs, les autorités israéliennes interviewèrent Sheikh Ahmad Yassine à la télévision israélienne, dans l’espoir qu’il appelle à la libération de l’otage.


Cette interview donna au Hamas une grande publicité qu’il n’avait pas anticipée. Le sheikh, qui était apparemment malade en raison de ses infirmités, appela les kidnappeurs à garder le soldat en vie, mais mit la pression sur les Israéliens pour qu’ils répondent à leurs exigences. Pour la première fois dans sa vie, et dans la vie du Hamas, Sheikh Yassine eut la possibilité de parler directement au public israélien et plus généralement au monde, même si ce n’était que brièvement, de la position de son mouvement vis-à-vis du conflit entre Israël et les Palestiniens.

Voici des extraits de la transcription de l’interview télévisée israélienne :

Intervieweur : Un groupe armé a kidnappé un policier et exige votre libération ; quelle est votre opinion à cet égard ?
Sheikh Yassine : Aucun homme ne refuserait la liberté et aucun homme ne demande d’être enchaîné. Je crois que toute personne incarcérée, notamment dans ces circonstances politiques que son les nôtres, a le droit d’être libérée.
Intervieweur : Et s’ils tuaient le policier ?
Sheikh Yassine : Je conseillerais qu’ils ne le fassent pas, afin qu’il soit donné une chance aux autorités pour qu’ils répondent aux exigences de ces gens.
Intervieweur : En principe, quelle serait votre position concernant la mise à mort de ce policier ?
Sheikh Yassine : La mise à mort du policier, la mise à mort du Palestinien et la mise à mort du soldat font tous partie d’un cycle créé par l’occupation. Lorsque les causes seront retirées, tous ces problèmes seront résolus.
Intervieweur : Et qu’en est-il de l’incident du kidnapping de ce policier ?
Sheikh Yassine : Est-ce que cet incident est isolé ? Cela fait partie de ce cycle ; tous les jours, des gens des deux côtés sont tués. Lorsque nous changerons la situation de l’occupation, automatiquement, tout ceci prendra fin.
Intervieweur : Et s’ils tuaient le policier ?
Sheikh Yassine : Je ne m’accorde pas à ce qu’ils le tuent. Un kidnappeur a des objectifs et demandera, naturellement, à ce que ses objectifs soient remplis. Les autorités devraient observer ces objectifs et les accomplir.
Intervieweur : Comment voyez-vous le pouvoir du Hamas, aujourd’hui, dans les territoires occupés ?
Sheikh Yassine : De là, je ne vois rien : comment puis-je observer lorsque je suis enfermé ?
Intervieweur : A partir de ce que vous entendez des visiteurs et des prisonniers ?
Sheikh Yassine : Ce que j’entends des médias est que le mouvement du Hamas devient de plus en plus grand.
Intervieweur : Qu’est-ce que cela indique ?
Sheikh Yassine : Cela indique que la solution islamique est l’alternative.
Intervieweur : Qu’en est-il du processus du paix et des discussions de Washington ?
Sheikh Yassine : Pas un seul Palestinien ne rejette la paix. Tout Palestinien aime la paix. Cependant, la paix que vous désirez est différente de celle que je désire. Chacun a un moyen et une voie pour la paix.
Intervieweur : Comment vouez-vous les négociations qui se tiennent aujourd’hui ?
Sheikh Yassine : Jusque-là, elles n’ont rien atteint. Je m’attendais dès le début à ce qu’elles ne puissent parvenir à rien, car elles manquent d’équilibre.

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02-03-09, 22:35
Hamas : Son histoire de l’intérieur (19) (suite & fin)


Les Israéliens refusèrent de répondre à toute exigence, et Toledano fut exécuté. Son corps fut retrouvé le 15 décembre 1992, abandonné dans un fossé près de la colonie juive cisjordanienne de Maaleh Adumim le long de la route de Jéricho. Le premier ministre israélien Yitzhak Rabin convoqua un meeting urgent du cabinet, et le 16 décembre, il annonça que de dures mesures allaient être immédiatement prises contre le Hamas. Le 17 décembre, environ deux mille Palestiniens furent arrêtés, ainsi que quatre cent quinze leaders du Hamas et du Jihad Islamique. Certains d’entre eux avaient récemment été détenus, d’autres furent amenés de prisons où ils se trouvaient en détention depuis un certain temps, et d’autres encore furent retirés directement de chez eux. Tous furent placés dans des bus et emmenés directement à la frontière avec le Liban, où ils furent déchargés dans un no man’s land glacé à l’extérieur de la zone de sécurité auto-déclarée israélienne. Ironiquement, le lieu était appelé Marj Al-Zuhur : “Pré de fleurs”.



Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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10-03-09, 23:44
Hamas : Son histoire de l’intérieur (20)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Une guerre totale (5)

Publicité internationale

Le monde entier vit à la télévision comment les déportés, les yeux bandés et enchaînés, les mains attachées derrière le dos, restèrent serrés sur leurs sièges dans les bus, qui restèrent stationnés jusqu’à vingt-quatre heures sur la frontière directe avec le Liban. Leur agonie fut prolongée par les efforts de gens de bonne intention en Israël qui cherchaient un décret de la Haute Cour israélienne dans l’espoir de forcer le gouvernement israélien à arrêter la déportation. L’audition commença à 5h du matin devant trois juges, pour ne conclure qu’après quatorze heures une approbation de la décision du gouvernement. Les déportés furent transportés au point de passage de Zumriyeh au point le plus au nord de ce qui était alors la zone de sécurité imposée par Israël au sud du Liban. L’armée libanaise empêcha les déportés de continuer plus au nord. Entre-temps, Israël les poussa au-delà de la frontière, insistant qu’elle n’était plus responsable d’eux, étant dans le territoire contrôlé par le Liban. Dans une nuit glacée de décembre, quatre cent quinze Palestiniens furent laissés en plein air dans un terrain inhospitalier couvert de neige. La plupart d’entre eux, si ce n’est tous, avaient déjà subi de sévères contusions aux mains à cause des chaînes et souffraient de divers désordres gastro-intestinaux provoqués par le temps froid et la terrible attente.

Peu de temps s’en fallut certainement pour que les institutions israéliennes commencent à regretter cette erreur magistrale. Les Israéliens voulaient punir le Hamas, mais ils finirent par le récompenser. A peine quelques jours plus tôt, Israël était dépeinte comme la victime du terrorisme palestinien. Maintenant, elle était condamnée pour avoir violer la loi internationale, notamment les articles 33 et 49 de la quatrième Convention de Genève. Même les fidèles alliés d’Israël que sont les Etats-Unis furent obligés d’exprimer leur désapprobation. Le 18 décembre 1992, le Conseil de Sécurité de l’ONU adopta unanimement la résolution 799, dans laquelle le conseil condamnait fermement « l’action entreprise par Israël, le pouvoir occupant, de déportation de centaines de civils palestiniens ». La résolution exprimait aussi « sa ferme opposition à toute déportation par Israël », et exigeait « qu’Israël, le pouvoir occupant, assure la sécurité et le retour immédiat aux territoires occupés de tous ceux qui furent déportés ».

Marj Al-Zuhur, une parcelle de terrain infertile où probablement personne n’habita jamais dans le passé, devint en quelques jours le lieu d’un camp qui attirait la sympathie du monde et une grande attention médiatique. Des journalistes et des équipes de télévision venant de partout s’attroupèrent autour de la scène. Avec des âges allant de 16 à 67 ans, les déportés étaient la crème de leur société. Dix-sept d’entre eux étaient des conférenciers ayant un doctorat ; onze étaient des docteurs en médecine, dont certains étaient des spécialistes de longue date ; quatorze étaient des ingénieurs ; trente-six étaient des hommes d’affaires ; et cinq étaient des journalistes. Cent neuf personnes étaient des étudiants universitaires, nombre d’entre eux étaient des étudiants de troisième cycle. Et enfin, deux cent huit étaient des imams de diverses mosquées. Bien sûr, au niveau individuel, chacun des déportés avait subi une souffrance physique et psychologique. Ils furent déracinés de leurs propres communautés et expulsés de chez leurs familles et leurs proches. Il était aussi vrai qu’après chaque détention massive ou campagne de déportation massive, un vide de leadership s’ensuivait et le mouvement du Hamas était sévèrement secoué. Mais ne se produisait que pour un moment : à chaque fois, le résultat inévitable était l’ascension d’une nouvelle génération de leaders qui, en dépit de leur manque d’expérience, apprenaient rapidement et excellaient même. Dans un sens, ceci était un facteur qui distinguait le Hamas des autres factions palestiniennes dans les territoires. Le Hamas, en tant que mouvement, semblait faire des profits de ses pertes, comme cela se produisit avec chacun de ses précédents revers. A cette occasion, il tourna l’exil temporaire de centaines de ses hauts leaders et activistes à son avantage.

Sous la direction de Dr. Abd Al-Aziz Al-Rantissi, les déportés refusèrent d’avancer du point où ils avaient été abandonnés. Ils essayèrent même de retourner vers Israël, mais les Israéliens leur tirèrent dessus. Ils établirent un camp et l’appelèrent Mukhayyam Al-Awdah (le camp du retour). S’ils avaient accepté de se rendre à Beyrouth, et de là vers différentes autres parties du monde arabe, leur destin aurait été scellé : ils ne seraient jamais retournés. C’est ce que les Israéliens souhaitaient. Au lieu de cela, ils défièrent le gouvernement israélien et ne donnèrent au monde aucune option que d’être conscient jour après jour de leur sort. Avec tous les érudits et étudiants qu’ils comportaient, les déportés mirent en place une université qu’ils nommèrent d’après le savant islamique de renom Ibn Taymiyah. En peu de temps, le camp devint un lieu de constante activité.

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10-03-09, 23:48
Hamas : Son histoire de l’intérieur (20) (suite)


A Marj Al-Zuhur, les leaders du Hamas de l’intérieur et de l’extérieur purent pour la première fois se rencontrer librement, se saisissant de l’occasion pour travailler ensemble pour mettre de l’ordre dans la demeure du mouvement. L’exil temporaire fut finalement une bénédiction masquée. Non seulement l’intérieur rencontra l’extérieur, mais même certains de l’intérieur qui ne s’étaient pas vus depuis des années purent se rencontrer. Ils n’avaient pas pu se voir à l’intérieur des territoires à cause de la punition collective israélienne qui imposait habituellement un état de siège sur des villes, villages et camps, isolant des communautés entières. En outre, nombre des déportés s’étaient vus refuser la liberté absolue de mouvement, non seulement à travers la Palestine, mais à l’intérieur de leur propre lieu d’habitation. Les figures clés de l’intérieur et de l’extérieur saisirent l’occasion pour discuter et raffiner leurs idées et conclusion. Pour une fois, ils avaient largement le temps de surmonter quels que désaccords qu’ils aient pu avoir dans leurs philosophies et politiques. Si les barrières de l’occupation les avaient auparavant empêchés de communiquer entre eux, ils pouvaient maintenant échanger leurs idées avec clarté et confiance. Le séjour dans le sud du Liban était aussi une opportunité pour examiner les ressources humaines disponibles pour le mouvement dans les territoires, et ainsi pour restructurer la direction de l’intérieur à la suite de la série de crises qui avaient marqué les deux dernières années. Ce fut aussi une occasion d’établir une coopération entre les associations de l’intérieur et de l’extérieur de la Palestine. Enfin, la plus grande opportunité de toutes concerna l’entrainement militaire. Le Hamas fut inondé de propositions pour entraîner ses jeunes déportés dans diverses techniques de combat, dont la fabrication d’explosifs à partir de vieilles mines et de produits chimiques facilement accessibles.

Avant cette crise, qui avait commencé avec le kidnapping des deux soldats israéliens, le nom du Hamas avait rarement été mentionné où que ce soit dans les médias internationaux. Il y avait eu peu d’intérêt pour ce qu’il soutenait ou ce qu’il cherchait à accomplir. Maintenant, des journalistes et des chercheurs de nombreux pays du monde remplissaient des rapports, écrivaient des histoires ou filmaient des documentaires pour diffuser des informations sur le mouvement, qui était rapidement passé sur le devant de la scène internationale, de manière très inattendue. Certains déportés, comme Dr. Abd Al-Aziz Al-Rantissi, Dr. Mahmoud Al-Zahhar et le professeur Aziz Duwaik apparaissaient régulièrement sur les chaînes de télévision d’informations. Le professeur Duwaik fut invité la nuit de Noël au programme Larry King Live de CNN, une occasion qu’il saisit pour transmettre ses meilleurs vœux de Noël au monde chrétien. En même temps, toutefois, il attira l’attention sur le fait que lui et ses frères fussent obligés de passer Noël dans un camp provisoire, dans des températures en dessous de zéro, loin de la famille et des êtres chers. Pour la première fois, le Hamas put transmettre son message au loin, aux individus, organisations et gouvernements de par le monde. Dans le contexte palestinien, le mouvement créa de nouveaux liens avec diverses organisations et factions palestiniennes. Au niveau arabe, il établit des contacts à travers le monde arabe, aussi bien aux niveaux gouvernemental que non-gouvernemental. Et dans la sphère internationale, il put communiquer avec des individus et des institutions à l’intérieur ou associés aux Nations Unies et à l’Union Européenne.

Le 15 août 1993, après huit mois d’exil, les déportés acceptèrent une proposition israélienne qui permettait le retour immédiat d’environ la moitié d’entre eux dans les territoires palestiniens occupés, avec le reste retournant en décembre. Au début de septembre, cent quatre-vingt-un d’entre eux retournèrent. La plupart rentrèrent chez eux, mais certains furent retenus dans des prisons israéliennes ou dans des centres de détention. Le 14 décembre 1993, suite à la signature de la Déclaration de Principes par Israël et l’ OLP le 13 septembre 1993, le reste des déportés furent retournés au territoire palestinien occupé. A nouveau, cependant, certains furent emprisonnés ou détenus.

Fin du troisième chapitre.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

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15-03-09, 21:42
Hamas : Son histoire de l’intérieur (21)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

En Jordanie (1)


Non pas une relation saine : une relation avec apathie.
- Khaled Mechaal

La perte du Koweït

Lorsque Saddam Hussein envoya ses soldats au Koweït le 2 août 1990, de nombreux résidents du Koweït étaient à l’extérieur du pays, cherchant refuge de sa chaleur étouffante dans des lieux ayant des climats plus frais et plus appréciables. Parmi ceux qui s’étaient rendus à la capitale jordanienne Amman cet été, pour jouir du temps modéré et rencontrer des amis et des parents de partout dans le monde, il y avait des figures clés du mouvement palestinien naissant du Hamas. Le Koweït avait été jusqu’ici leur base principale d’opération. Les nombreux comités de soutien mis en place depuis le début de l’Intifada en 1987 étaient soit situés au Koweït, soit supervisés de là. Peu de temps s’en fallut pour que ces Palestiniens réalisent que l’entreprise de Saddam avait donné un coup très dur à leur projet.

Le Koweït avait été un refuge sûr et un lieu confortable pour vivre et travailler. C’était de loin le pays arabe le plus favorable à une capacité d’un mouvement politique à conduire ses affaires dans la sécurité et la confiance. Ses habitants jouissaient de plus de liberté que dans tout autre pays dans la région et l’élite intellectuelle au sein de sa population était très compréhensive des causes nationales arabes, notamment celle de la Palestine. En outre, le Koweït avait une des populations palestiniennes les plus larges et les plus prospères à l’extérieur de la Palestine et de la Jordanie. Environ un demi million de Palestiniens vivaient là, de nombreux avaient des emplois prestigieux, sûr et bien rémunérés. Des milliers de familles en Palestine et dans les camps de réfugiés de la Jordanie, de la Syrie et du Liban dépendaient réellement des transferts de leurs fils et filles travaillant au Koweït. A travers les années 1980, les Ikhwan palestiniens étaient devenus si populaires qu’une grande partie des fonds soulevés par des ONG du Koweït pour la Palestine étaient envoyés par les associations qu’ils avaient mises en place. La population très religieuse du Koweït voyait dans le Hamas, lorsqu’il émergea, la réelle alternative à une OLP corrompue et ruinée.

Après l’invasion, toutefois, nombreux sont ceux qui perdirent leurs emplois, et des Palestiniens qui avaient été à l’extérieur du pays lors de l’invasion se virent refusés d’y retourner. Le Koweït suspectait plusieurs de ses résidents palestiniens d’avoir collaboré avec Saddam Hussein, et la vie au Koweït devint de plus en plus difficile. Face à la nouvelle réalité, les leaders du Hamas n’avaient d’autre option que de mettre en place une nouvelle opération en Jordanie. Là, la monarchie hachémite avait opté pour le soutien à Saddam Hussein, dans une position qui n’était pas du tout en contradiction avec le sentiment populaire en Jordanie. Le peuple jordanien ne voyait pas Saddam Hussein comme un agresseur qui avait occupé un pays voisin et l’avait déchiré, mais comme quelqu’un qui avait défié les Etats-Unis et Israël. Les Ikhwan de Jordanie, renforcés par le nombre de sièges considérable qu’ils avaient remportés au parlement jordanien lors des élections de novembre 1989, menèrent des manifestations contre les menaces d’intervention des Etats-Unis contre l’Irak. Ils jouèrent aussi un rôle majeur dans l’établissement d’une délégation panislamique dont la mission était de servir d’intermédiaire entre l’Arabie Saoudite et l’Irak dans l’espoir de résoudre la crise de manière pacifique.

Les Ikhwan en Jordanie offrirent leur soutien total à leurs frères expropriés du Hamas, mettant leurs propres bureaux à la disposition du Hamas jusqu’à ce que le Hamas puisse installer leurs propres nouveaux quartiers généraux. Il y avait des avantages en Jordanie pour le Hamas. Bientôt, il sembla que la perte du Koweït fut compensée par l’acquisition d’un nouvel emplacement, logistiquement et démographiquement plus favorable pour les objectifs du Hamas. En Jordanie, les employés du Hamas étaient à quelque pas de la véritable scène des opérations en Palestine. Une majorité de Jordaniens étaient eux-mêmes à l’origine de Palestine, d’origine palestinienne, ou avaient des liens directs avec la Palestine. Il n’allait y avoir de manque de recrues si le mouvement avait besoin de plus d’employés. Les Jordaniens soutenaient avec force la cause palestinienne, la considérant comme leur. De plus, la Jordanie était un des quelques pays arabes où se trouvait un personnel qualifié et expérimenté dans tous les domaines, dont la première priorité serait de servir la cause palestinienne.

NOURA125
15-03-09, 21:43
Hamas : Son histoire de l’intérieur (21) (suite)

Les membres du Tanfidhi, le bureau exécutif du Hamas qui conduisait les opérations à l’extérieur de la Palestine, avaient principalement vécu et travaillé au Koweït jusqu’à l’invasion irakienne. Après le déplacement vers Amman, leur première tâche fut de rassembleur leur ancienne équipe, ou de recruter un nouveau personnel d’entre les rangs des Ikhwan jordaniens. Le Hamas n’employait que des employés qui étaient déjà des membres des Ikhwan, et seulement après avoir passé son propre processus de contrôle. La figure clé du Tanfidhi était Moussa Abu Marzouq, qui résidait toujours aux Etats-Unis. Il se déplaça pour Amman en septembre 1990 pour être avec le reste du groupe. Après son retour d’un bref voyage à l’étranger environ un mois plus tard, les autorités jordaniennes lui refusèrent l’entrée, car il n’était pas un ressortissant jordanien et il n’avait pas de permis de résidence. Lui et ses collègues avaient l’intention de tirer profit des circonstances prédominantes en Jordanie pour rassembler en un endroit tous les officiels en charge des comités de soutien attachés au Tanfidhi, et il ne pouvait y avoir de meilleur endroit que de l’autre côté du fleuve de la Palestine. L’exclusion d’ Abu Marzouq indiquait que les autorités en Jordanie avaient commencé à contrôler les activités du Hamas dans leur capitale. Abu Marzouq n’est eu d’autre choix que de retourner aux Etats-Unis.

Cependant, le climat en Jordanie était en général très convenable pour le genre d’opération que le Hamas souhaitait entreprendre. Comme la construction de la coalition dirigée par les Etats-Unis était presque terminée et que l’attaque contre l’Irak semblait imminente, l’atmosphère en Jordanie devint plus favorable à l’idée du djihad. De fait, il y avait un état d’urgence en raison de la menace perçue pour la Jordanie et d’Israël. La population était encouragée à acquérir des armes pour s’ auto-défendre dans le cas où la guerre anticipée se retrouvait en Israël, ce qui impliquerait alors la Jordanie, prise en tenaille entre Israël et l’Irak. L’armée jordanienne ouvrit ses camps d’ entraînement au public et déploya ses missiles sol-air le long de ses frontières occidentales. En dépit du danger se dessinant à l’horizon, il y avait une sensation de joie et une excitation, car peut-être le pays allait-il enfin s’engager dans un affrontement réel avec les Israéliens. Il était difficile de trouver un Jordanien qui ne brûlait d’envie de combattre Israël.

Travaillant clandestinement à partir des bureaux des Ikhwan jordaniens à Amman, et avec la connaissance d’une poignée de hauts leaders locaux des Ikhwan tout au plus, le Hamas mit en place un comité pour l’acquisition d’armes. La tâche du comité était d’acheter des armes et de les stocker jusqu’à ce que les circonstances leur permettent de les passer en contrebande en Palestine pour que le Hamas s’en serve. La logique était simple : comme les gens tout autour s’armaient et poursuivaient un entraînement militaire, une telle occasion en or devait être exploitée au mieux. Toutefois, la lune de miel entre le Hamas et la Jordanie allait vite venir à son terme. Dans les premières heures du 17 janvier 1991, l’alliance dirigée par les Etats-Unis de près de trente pays lança des attaques aériennes, lançant l’“Opération Tempête du Désert”, dont l’objectif était de libérer le Koweït des soldats irakiens. L’attaque terrestre commença le 24 février. Vers le 28 février, les soldats irakiens étaient repoussés en Irak et étaient en déroute totale lorsqu’un cessez-le-feu fut déclaré par les Etats-Unis. Le 3 mars, la guerre prit fin avec un accord entre les commandants irakiens et alliés. Une atmosphère de tristesse et de perte remplaça le sentiment de joie et l’excitation. La défaite humiliante de l’Irak donna un coup douloureux aux Jordaniens, ainsi qu’aux Palestiniens. Ce n’était pas que Saddam ait cru lorsqu’il déclarait qu’il pouvait remporter une guerre avec les Etats-Unis. Toutefois, nombreux étaient ceux qui, à l’instar bien sûr de Saddam lui-même ainsi que du roi Hussein de Jordanie, continuèrent jusqu’à la dernière minute de se permettre de penser et de désirer que les Américains n’allaient peut-être jamais attaqués.

La situation revint vite à la normale. La marge de liberté permise par les autorités lorsque le peuple était mobilisé se réduisit petit à petit. Les services de renseignements jordaniens poursuivirent leurs activités, qui avaient apparemment été suspendus alors que l’esprit de guerre qui avait dominé les quelques mois précédents persistait. Dès que la guerre prit fin dans le Golfe, les autorités en Jordanie découvrirent le réseau de membres du Hamas qui achetaient et stockaient des armes. Onze employés du Hamas furent arrêtés et détenus. Sentant le danger, certaines des figures majeures dans le Tanfidhi quittèrent immédiatement le pays. Suite à la suggestion de Moussa Abu Marzouq, certains de ceux qui travaillaient étroitement avec le comité politique se rendirent à Washington DC pour le rejoindre. Son député Khaled Mechaal, qui était en charge du soutien logistique pour le Hamas à l’intérieur de la Palestine, se rendit à Londres, dont il fit sa base d’opérations pendant plusieurs mois.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
24-03-09, 13:34
Hamas : Son histoire de l’intérieur (22)




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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


En Jordanie (2)


Héberger le Hamas

Entre-temps, les Ikhwan jordaniens, qui tenaient cinq ministères dans le cabinet jordanien et étaient dans leur deuxième année de partage de pouvoir, s’efforcèrent d’assurer la libération des membres du Hamas arrêtés, dont nombre d’entre eux avaient en fait été recrutés de l’organisation locale des Ikhwan. Leur objectif était de décharger la crise qui s’était produit entre eux et le régime hachémite à cause de la confrontation entre le Hamas et les autorités jordaniennes. L’ancien leader du groupe parlementaire des Ikhwan feu Ahmad Qutaysh Al-Azaydah, une des figures le plus hautement respectées et les plus populaires en Jordanie, fit en sorte qu’ Ibrahim Ghosheh, le représentant du Hamas à Amman, rencontre le premier ministre Zayb bin Shakir. Lors de la rencontre, Ghosheh requit la libération des détenus. Une semaine plus tard, Ghosheh discuta du sujet avec Mustafa Al-Qaysi, le directeur du Directorat des Renseignements Généraux Jordaniens (DRG). Al-Qaysi souleva la question de la découverte de réserves d’armes, indiquant que c’était une affaire sérieuse. Ghosheh expliqua que c’étaient des armes obtenues en 1991, lorsque l’ancien premier ministre Mudar Badran appela chaque citoyen jordanien à être armé pour défendre le pays dans le cas où il se retrouvait attaqué ou s’il était envahi. Il assura Al-Qaysi qu’il n’y avait jamais eu d’intention quelle qu’elle soit de toucher à la Jordanie, que le Hamas n’interviendrait jamais dans les affaires jordaniennes internes, et que les armes étaient destinées à être utilisées à l’intérieur de la Palestine seulement. En conséquence, une amnistie royale fut publiée en 1992 et les onze détenus furent libérés.

Vers la fin de l’année 1992, la direction de l’ OLP ainsi que les autorités jordaniennes avaient conclu que le Hamas était devenu une force qui devait être prise au sérieux. Ce fut à un moment où Israël avait déclaré en pratique la guerre au mouvement. L’ OLP demanda la tenue d’une rencontre avec la direction du Hamas à l’extérieur de la Palestine, alors que les Jordaniens accueillirent les bons offices d’un politicien arabe proche du Hamas pour commencer des contacts et ouvrir des discussions avec le mouvement, notamment au sujet de sa présence dans le pays. L’approche de l’ OLP, qui suggérait que Yasser Arafat lui-même dirige leur partie dans les discussions, poussèrent le Tanfidhi à créer une nouvelle structure, Al-Maktab Al-Siyasi (le bureau politique), avec Abu Marzouq à sa tête, afin de correspondre à la structure de la direction de l’ OLP. Il est à noter que ces développements auraient pu ne pas se produire s’il n’y avait pas eu la crise des déportés au sud du Liban, qui commença à la fin de décembre 1992 et augmenta la popularité et l’autorité du Hamas à l’intérieur de la Palestine et de part en part de la région.

Au début de 1993, une rencontre fut arrangée entre Al-Qaysi et Muhammad Nazzal, une figure nationale jordanienne dominante dans le Tanfidhi, qui s’était installée en Jordanie suite à la perte du Koweït. Les Jordaniens se mirent d’accord qu’ils allaient maintenant accepter que l’achat et le stockage d’armes par le Hamas durant la période de crise qui précéda la guerre du Golfe étaient innocents, et que les armes étaient destinées à des opérations à l’intérieur des territoires occupés seulement. Al-Qaysi confirma que la Jordanie était confiante qu’elle n’avait pas été la cible visée, et, parlant au nom des autorités, il exprima le désir d’ouvrir une nouvelle phase de relations avec le Hamas. Il ajouta que la Jordanie allait permettre au bureau politique du Hamas récemment créé d’établir ses quartiers généraux à Amman. Nazzal demanda s’il allait alors être possible à Moussa Abu Marzouq, le chef du bureau, et son collègue membre du bureau Imad Al-Alami, qui avait jusque-là était le représentant du Hamas en Iran, de résider en Jordanie. Les Jordaniens acceptèrent que les deux hommes, dont aucun n’était de nationalité jordanienne, soient les bienvenus. Nazzal fut informé que le Hamas allait être autorisé à se lancer dans des activités politiques et médiatiques, mais qu’aucune activité militaire ne serait permise, que ce soit à l’intérieur de la Jordanie ou à travers ses frontières contre Israël. Selon l’avis du Hamas, cela semblait être un accord raisonnable.

Lorsque Moussa Abu Marzouq et Imad Al-Alami arrivèrent dans le pays, un meeting pour ratifier l’accord fut tenu dans le bureau d’Al-Qaysi dans les quartiers généraux du DRG à Abdali au centre d’Amman. Abu Marzouq, Al-Alami, Nazzal et Ghosheh représentaient le Hamas, alors qu’ Al-Qaysi et son représentant Samih Al-Battikhi parlaient pour la Jordanie. Il fut dit à l’équipe du Hamas qu’une rencontre serait bientôt arrangée pour eux avec le premier ministre Zayd bin Shakir. Les Jordaniens semblaient enthousiastes à donner une dimension politique à la relation, plutôt que de la limiter au domaine de la sécurité. En temps voulu, le premier ministre, avec son représentant Dhawqan Al-Hindawi, reçut les quatre représentants du Hamas dans son bureau. Le premier ministre souhaita la bienvenue à ses invités et exprima sa satisfaction pour l’accord qui venait d’être conclu entre les deux parties, les informant que le roi lui-même lui avait demandé de “bénir” l’accord. C’était un accord non-écrit d’hommes respectables. Les deux parties acceptèrent que si l’une d’entre elle souhaitait changer un de ses termes, elle devait le notifier à l’avance à l’autre. Deux réseaux de communication entre le Hamas et les autorités jordaniennes furent entendus. L’un d’entre eux devait être entre Muhammad Nazzal, en sa qualité de représentant du Hamas en Jordanie, et Al-Qaysi. Le second, à un niveau inférieur, devait être entre le secrétaire de Nazzal, Isam Al-Najjar, et un officiel des renseignements jordaniens, Amjad Al-Hadid.

NOURA125
24-03-09, 13:37
Hamas : Son histoire de l’intérieur (22) (suite)

Les Jordaniens pensaient que le nouvel accord allait apporter des avantages réels. D’une part, les autorités souhaitaient s’assurer que le Hamas, qui jouissait clairement d’une popularité massive en Jordanie, ne pose pas de menace. L’inquiétude du régime était d’empêcher la répétition du scénario de la fin des années 1960, lorsque son conflit avec l’ OLP atteignit son sommet lors des évènements de septembre 1970. Il cherchait donc à garantir que la frontière occidentale de la Jordanie ne soit pas utilisée pour des opérations militaires contre Israël. Attirer le Hamas dans une relation amicale et autoriser sa présence dans le pays, cela semblait être la meilleure option. Les sentiments nationalistes de jeunes Jordaniens zélés, qui pouvaient autrement être tentés de lancer des attaques de leur propre chef contre Israël, allaient, était-il espéré, être satisfaits de la présence du Hamas en Jordanie. En outre, la Jordanie souhaitait avoir une carte à jouer dans sa rivalité prolongée avec l’ OLP, qui flattait à ce moment le Hamas et cherchait une coopération avec lui. Le roi Hussein s’attendait à ce que le Hamas, qui gagnait rapidement en force, pose bientôt un sérieux défi à l’ OLP et qu’il puisse à terme fournir une alternative crédible. Il était confiant, sur la base de sa longue et bonne relation de travail avec les Ikhwan de Jordanie, qu’il pouvait compter sur les Ikhwan pour s’assurer que le Hamas ne cherche pas à miner sa propre autorité.

La direction du Hamas accepta les conditions stipulées dans l’accord, car il jugea que l’occasion d’établir une présence permanente du Hamas en Jordanie en valait le coût. En fait, l’accord avec la Jordanie est toujours regardé par les leaders du Hamas comme ayant été l’un des accomplissements les plus importants dans les débuts de l’histoire du mouvement. Depuis ce moment-là, le Hamas, dont la direction de l’intérieur ne cessait d’être ravagée par des détentions et des déportations en masses, eut pour la première fois des quartiers généraux avec une adresse, et une direction dont les figures étaient identifiables et que l’on pouvait contacter. Pour la direction du Hamas, l’accord représentait une transformation, passant d’un état où il n’avait pas d’emplacement à un état où il possédait une géographie bien définie avec un centre de prise de décisions bien établi. C’était une transition du secret à l’ouverture, et d’une existence qui se développait en cachette à une présence manifeste.

Le mouvement jordanien encouragea d’autres gouvernements qui désiraient communiquer avec le mouvement à prendre eux aussi certaines mesures. La présence de tous les membres du bureau politique du Hamas à Amman était particulièrement utile pour l’ouverture de réseaux et la construction de ponts avec d’autres pays. Pendant un certain temps, le mouvement avait maintenu un degré de présence dans plusieurs capitales, mais n’avaient d’existence officielle qu’à Khartoum et Téhéran. Grâce à l’initiative de la part de la Jordanie, le Hamas fut rapidement invité à établir une représentation officielle en Syrie, au Liban et au Yémen. Elle permit aussi d’importants contacts avec les gouvernements d’Arabie Saoudite, des Etats du Golge et des pays arabes du Maghreb en Afrique du nord. D’importants officiels du Hamas firent des visites non-officielles dans ces pays à plusieurs occasions. Le Hamas ouvrit aussi un réseau de communications avec l’ Égypte, alors que des diplomates d’une rangée d’ambassades étrangères à Amman, dont celles des Etats-Unis et de plusieurs pays européens occidentaux, commencèrent à ouvrir des réseaux de communication avec lui.

Pendant un temps, les évènements se déroulèrent bien pour le Hamas en Jordanie. Toutefois, durant l’automne 1993, des officiels du Hamas commencèrent à noter un changement dans l’attitude de leurs homologues jordaniens. Le 13 septembre 1993, l’ OLP et Israël signèrent l’accord d’Oslo sur la pelouse de la Maison Blanche, un évènement renversant que peu auraient anticipé quelques semaines plus tôt seulement. Les Palestiniens et les Israéliens surprirent le monde avec la révélation qu’ils avaient été en discussion secrète à Oslo, et qu’ils étaient parvenus à un accord sur une déclaration de principes. Avant cet évènement, la Jordanie était devenue de plus en plus pessimiste sur une chance d’arriver à un accord significatif à la suite des négociations tenues par l’équipe commune palestino-jordanienne et les négociateurs israéliens à Washington dans le cadre de discussions bilatérales. Une fois qu’un accord fut signé entre l’ OLP et Israël, les Jordaniens devaient se résigner à une nouvelle réalité. Révoltés par ce qu’ils percevaient comme une trahison de la part de l’ OLP, ils poussèrent vers l’avant leur propre voie de négociations avec Israël. Toutefois, parvenir à un accord de paix avec Israël allait sans conteste nécessiter une révision de leur accord avec le Hamas. De plus, la Jordanie était régulièrement sujette à divers niveaux de pression des Etats-Unis, d’Israël et de l’ OLP pour diminuer les activités du Hamas sur son sol.

Comme si cela était fait pour préparer la voie à un changement de politique, les Jordaniens commencèrent à gêner les membres du Hamas. Ils semblaient avoir l’intention d’amener les officiels du Hamas à réaliser que leurs activités étaient surveillées et que, peut-être, leur présence n’était plus la bienvenue. De hauts officiels du Hamas se déplaçant à l’intérieur et à l’extérieur du pays commencèrent à être sujets à des fouilles minutieuses, avec le sentiment conséquent qu’ils étaient traités avec irrespect. Évidemment, les Jordaniens étaient petit à petit en train de s’affranchir des termes de leur pacte non-écrit avec le Hamas.


Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

NOURA125
02-04-09, 21:28
Hamas : Son histoire de l’intérieur (23)


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Dr. Azzam Tamimi



L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

En Jordanie (3)

Dispute avec la Jordanie

Le premier signe majeur d’une réelle rupture dans la relation se produisit peu après que la branche militaire du Hamas, les brigades d’Ezzeddine Al-Qassam, revendiquèrent leur responsabilité dans le bombardement d’Afula le 6 avril 1994 qui tua huit Israéliens et en blessa quarante-quatre. Les brigades promirent quatre autres attaques, en réplique au massacre perpétré par Baruch Goldstein, un colon juif américain de la colonie de Kiryat Arba dans la banlieue d’Hébron. Goldstein tua vingt-neuf musulmans et en blessa environ cent alors qu’ils accomplissaient les prières de l’aube dans la mosquée Ibrahimi à Hébron le 25 février, qui correspondait cette année au quinzième jour du mois de jeûne islamique de Ramadan. Une semaine plus tard, le 13 avril, les brigades frappèrent de nouveau, avec un bombardement à Hadera, tuant cinq Israéliens et en blessant trente. Des journalistes contactèrent Muhammad Nazzal, le représentant du Hamas en Jordanie, lui demandant de commenter la menace des brigades disant que plus d’attaques du même genre étaient en voie d’être réalisées. Il fut cité comme ayant dit que les bombardements faisaient partie de la réponse au massacre de la mosquée Ibrahimi, et que selon les brigades, il y aurait cinq opérations de ce genre en tout. En Israël, Shimon Peres, alors ministre des affaires étrangères d’Israël, protesta contre la déclaration de Nazzal et exigea de la Jordanie, qui avait été en négociation avec Israël sur un accord de paix, d’empêcher les membres du Hamas d’effectuer de telles déclarations sur son sol.

Le jeudi 14 avril, Nazzal et Ghosheh furent convoqués au ministère de l’intérieur jordanien. Le ministre de l’intérieur Salamah Hammad leur dit avec colère que la déclaration effectuée à la presse par Nazzal était inappropriée, et qu’aucune revendication des opérations militaires à l’intérieur d’Israël ne devait être faite à l’intérieur de la Jordanie. Le jour suivant, alors que c’était un vendredi, les deux officiels du Hamas furent convoqués au département de police d’Amman où le ministre de l’intérieur les attendait. Il les informa que les affaires étaient arrivées à un niveau grave, que la Jordanie était sujette à une pression, et qu’ils devaient immédiatement remettre leurs passeports aux autorités. Il fut donné aux deux officiels du Hamas l’impression que leurs vies étaient en danger. Il leur fut dit de rapporter toute activité suspecte qu’ils pouvaient observer à un agent de la sécurité dont le nom et le numéro de contact direct leur furent donnés. Un officier les accompagna chez eux pour prendre leurs passeports, qui leur furent rendus peu de temps après.

La tension entre le Hamas et les autorités jordaniennes continuèrent à s’exacerbées par une succession d’événements majeurs au niveau mondial. Tout d’abord, la Jordanie et Israël signèrent la Déclaration de Washington le 25 juillet 1994, préparant ainsi la voie au traité de paix entre les deux pays qui allait être signé le 26 octobre. Bien que de hauts officiels jordaniens assurassent les leaders du Hamas à Amman que le traité n’aurait pas de répercussions sur eux, la direction du Hamas suspecta que la signature du traité signalait le début de la fin de leur séjour dans ce pays. Un certain nombre d’officiel du Hamas rencontrèrent Mustafa Al-Qaysi pour exprimer leur inquiétude que le traité de Wadi Araba entre la Jordanie et Israël apparaisse comme un prélude pour la fin de la présence du Hamas en Jordanie. Al-Qaysi répondit qu’ils n’avaient pas à s’inquiéter, tant que leurs actions, comme convenu, étaient limitées à des questions politiques et médiatiques.

Le traité stipulait explicitement que « les deux parties s’abstiendront de tout acte de belligérance et d’hostilité, assureront qu’aucune menace de violence contre l’autre partie ne provienne de leur territoire, et entreprendront des mesures nécessaires et efficaces pour empêcher des actes de terrorisme. Elles s’abstiendront aussi de se joindre à toute coalition dont les objectifs incluent une agression militaire contre l’autorité partie… [et] s’abstiendront de toute propagande hostile et retireront toute référence discriminatoire et toute expression d’hostilité dans leur législation respective ». Le Hamas avait promis, et n’avait jamais brisé sa promesse, de ne pas préparer une action militaire contre Israël à partir du sol jordanien. Néanmoins, Israël, les Etats-Unis, et vers l’été 1994, l’autorité palestinienne, ne manquèrent aucune occasion d’interpréter toute activité de la part du Hamas en Jordanie, même un communiqué de presse, comme un acte d’hostilité contre Israël qui toucherait les efforts internationaux visant à établir la paix.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
05-04-09, 12:38
Hamas : Son histoire de l’intérieur (24)




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L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

En Jordanie (4)


Le roi Hussein souhaitait vraiment maintenir la présence du Hamas en Jordanie, car il continuait à penser qu’il pouvait lui être utile en termes de politique régionale. Apparemment, il était confiant que le Hamas ne posait de menace à la loi et l’ordre dans son pays, et il souhaita donc saisir l’opportunité d’être vu comme étant en train d’effectuer une contribution remarquable au processus de paix en cours en contenant le Hamas et en le “domestiquant”. Il allait vite découvrir, toutefois, que c’était mission impossible. La pression exercée sur la Jordanie par Israël et les Etats-Unis atteignirent un pic lorsque, le 11 octobre 1994, les brigades d’Ezzeddine Al-Qassam déclarèrent leur responsabilité dans le kidnapping, deux jours plus tôt, de Nachshon Vaxman, un soldat israélien de la brigade d’infanterie Golani. Les kidnappers, dirigés par Salah Jadallah, un résident de la ville de Gaza, se barricadèrent avec leur otage à l’intérieur d’une maison dans le village de Bir Nabala, près de la ville cisjordanienne de Ramallah, exigeant la libération de prisonniers palestiniens en échange du retour du soldat, sain et sauf. La liste de prisonniers dont la libération était souhaitée incluait Sheikh Ahmad Yassine et deux otages du Hezbollah en détention israélienne, Abd Al-Karim Ubayd et Mustapha Al-Dirani. Le roi Hussein crut qu’il put persuader les leaders du Hamas à Amman à assurer la libération du soldat. A sa grande surprise, ils n’avaient ni la volonté ni la capacité d’intervenir.

En tout cas, il y avait peu de temps pour des négociations. Sur la base des renseignements qui leur furent communiqués par l’autorité palestinienne concernant le lieu de refuge, les Israéliens commencèrent immédiatement à planifier une opération de sauvetage. Les kidnappeurs avaient effectué une vidéo montrant Vaxman dans son uniforme militaire avec son arme et sa carte d’identité, qu’ils envoyèrent à un journaliste local via leurs contacts à Gaza. Lorsque la bande fut transmise, l’autorité palestinienne arrêta le journaliste et l’interrogea, lui arrachant des informations qui les amenèrent à la maison à Bir Nabala. Le gouvernement israéliens donna délibérément l’impression qu’il se préparait pour satisfaire les exigences des otages, déclarant même que les détenus avaient déjà été placés dans des bus et qu’ils se dirigeaient vers le point de contrôle d’ Erez à Gaza. Selon Sheikh Yassine, les Israéliens avaient envisagé de l’emmener au refuge dans l’espoir qu’il puisse persuader les kidnappeurs de libérer leur otage. Cependant, le plan fut abandonné, de crainte que les kidnappeurs décident d’exécuter l’otage à la vue du sheikh. Il était prévu dès le début que l’opération d’Al-Qassam soit transformée, si nécessaire et au moment approprié, en une opération martyre. Les combattants d’Al-Qassam étaient déterminés à réussir dans leur mission ou à mourir. En réalité, les Israéliens avaient déjà décidé d’employer la force pour libérer leur otage, et le 14 octobre, une unité des forces spéciales israéliennes fut envoyée pour le secourir. Le raid se termina avec la mort de l’otage, des kidnappeurs et du commandant de l’unité spéciale israélienne.

On pense que l’autorité palestinienne, qu’Israël attendait qu’elle prenne l’entière responsabilité après l’arrivée à Gaza en juillet 1994 de son président Yasser Arafat, joua un rôle crucial dans l’encouragement d’Israël et des Etats-Unis pour viser le Hamas en Jordanie. En réponse à la censure pour leur échec à remplir l’obligation d’Oslo de retenir les “terroristes” et d’empêcher les attaques contre Israël, des officiels de l’autorité palestinienne tentèrent de détourner les reproches vers la Jordanie. La ligne de l’autorité palestinienne était qu’elle faisait de son mieux pour arrêter la violence contre Israël, mais que ses efforts étaient frappés par l’hospitalité continue donnée par la Jordanie à la haute direction du Hamas, qui, prétendaient-ils, exerçaient un contrôle sur les opérations militaires à partir de leur asile à l’abri à Amman. L’autorité palestinienne et son président Yasser Arafat allèrent si loin qu’ils accusèrent la Jordanie d’avoir autorisé le Hamas à effectuer des opérations militaires contre des cibles israéliennes. Ils déclarèrent que ceci formait une partie d’un accord entre la Jordanie et le Hamas pour s’opposer à l’autorité palestinienne, en prélude à la reprise par la Jordanie du contrôle de la Cisjordanie, à laquelle la Jordanie pouvait penser ajouter la bande de Gaza comme un bonus. Les Américains et les Israéliens trouvèrent qu’il était difficile d’accepter que la Jordanie puisse rester fidèle à son traité de paix avec Israël tout en hébergeant encore le Hamas.

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

NOURA125
19-04-09, 22:25
Hamas : Son histoire de l’intérieur (25)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


En Jordanie (5)


L’affaire Abu Marzouq

Au début du mois de mai 1995, le ministre de l’intérieur jordanien Salamah Hammad convoqua les membres du bureau politique du Hamas pour des discussions urgents. Un meeting eut lieu entre Khaled Meshaal, chef adjoint du bureau politique, et trois autres membres du bureaux : Muhammad Nazzal, Ibrahim Ghosheh et Imam Al-Ilami. Pour une raison ou pour une autre, Abu Marzouq saisit par intuition l’objectif de la rencontre avec les Jordaniens, et déclina donc d’y assister. Ce fut le premier meeting officiel de Meshaal avec les Jordaniens. Jusqu’à ce moment, il avait gardé un profil très bras, accomplissant ses devoirs discrètement tout en restant à l’écart des yeux du public. Le ministre reçut ses invités cordialement, mais les informa que les deux membres non-jordaniens du bureau politique du Hamas, Abu Marzouq et Al-Alami, allaient devoir quitter la Jordanie d’ici la fin du mois. La décision d’expulser Abu Marzouq et Al-Alami était liée à la visite à Amman deux semaines plus tôt d’un haut envoyé de Yasser Arafat, Abd Al-Razaq Al-Yahya. A la mi-avril 1995, Arafat avait envoyé Al-Yahya de Ramallah pour qu’il rencontre la direction du Hamas à Amman. Sa mission était de demander au Hamas qu’il ordonne une fin de toutes formes de violence en Palestine, étant donné que la continuation de la violence retenait le progrès et frappait les efforts de l’autorité palestinienne à effectuer des profits territoriaux. Les leaders du Hamas dirent qu’ils ne pouvaient accepter. Par la suite, le Hamas demanda à plusieurs figures influentes de la hiérarchie jordanienne d’intercéder auprès des autorités, mais personne ne put influencer la décision d’expulsion des deux leaders du Hamas. L’opinion du gouvernement jordanien était qu’avec la prise de cette décision drastique seulement, il pouvait remporter un soulagement de la pression croissante qu’il subissait des Etats-Unis et d’Israël. Il aurait été impensable, d’autre part, que la Jordanie demande à certains de ses ressortissants à l’intérieur du Hamas de quitter le pays. Ceci aurait été la source d’une grande honte, que le roi Hussein aurait trouvé inacceptable.


Un certain nombre d’incidents irritants pour le Hamas avaient eu lieu depuis le début de l’année, commençant moins de deux mois après que la Jordanie signa son traité de paix avec Israël. Le plus sinistre de ces incidents fut un désaccord avec le DRG sur le traitement d’un employé du Hamas qui avait été arrêté alors qu’il arrivait de l’étranger. Il est à noter que certains officiels du Hamas concédèrent que le mouvement s’était mis à ne pas informer les autorités de l’arrivée d’une nouvelle recrue pour leur opération en Jordanie. L’employé empira lui-même les choses en niant lors d’une interrogation qu’il était un membre du Hamas, insistant qu’il n’avait rien à faire avec le mouvement. Isam Al-Najjar, l’officier de liaison du Hamas avec le DRG, qui informait maintenant Moussa Abu Marzouq plutôt que Muhammad Nazzal, fut envoyé au DRG pour qu’il parle à l’employé détenu du Hamas. Son contact du DRG, Amjad Al-Hadid, lui dit qu’il serait autorisé à rencontrer son collègue détenu du Hamas s’il lui demandait de coopérer avec ses interrogateurs du DRG. Al-Najjar accepta et fut ainsi autorisé à voir le nouvel arrivé. A la terrifiante surprise de l’officier des renseignements, et devant ses yeux, Al-Najjar fit exactement le contraire de ce qu’il avait promis de faire : il dit à l’employé du Hamas qu’« Abu Marzouq t’envoie ses salutations et te dit de ne pas coopérer avec ces gars ». La rencontre fut immédiatement terminée, ainsi que les futurs contacts entre le DRG et le bureau politique du Hamas. Suite à la décision d’expulser Abu Marzouq d’Amman, le DRG chercha à punir Al-Najjar pour ce qu’il considérait être un acte de trahison. Ils lui ordonnèrent de rendre son passeport et sa carte de famille, et le menacèrent de le destituer de son statut de citoyen jordanien à part entière à celui d’un résident temporaire avec un permis limité de deux ans. Il refusa de remettre ses documents et fut emprisonné pendant deux nuits. La crise fut résolue après l’intervention de hauts officiels du gouvernement et des Ikhwan, mais temporairement seulement. Clairement, les attitudes des membres du Hamas impliqués dans cette affaire ne furent autres que sages. Si les autorités jordaniennes avaient besoin d’un prétexte pour expulser Abu Marzouq, cet incident en aurait fourni un.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

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19-04-09, 22:35
Hamas : Son histoire de l’intérieur (26)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

En Jordanie (6)



Le 31 mai 1995, Moussa Abu Marzouq et Imad Al-Alami quittèrent la Jordanie, le premier pour le Yémen et le second pour la Syrie. Pendant plus de six mois, Abu Marzouq examina ses options. Après avoir quitté le Yémen, il visita plusieurs pays, dont les Émirats Arabes Unis, l’Iran, l’ Égypte, le Soudan et la Syrie. La difficulté était pour lui de trouver un lieu convenable pour sa famille. Les gouvernements de certains des pays qu’il visita lui dirent qu’ils ne pouvaient l’accepter en raison de sa position essentielle au sein du Hamas. Les Émirats Arabes Unis n’auraient pas donné de permis de résidence à sa famille, en dépit du fait qu’il avait lui-même l’autorisation d’y résider, ce qui était finalement équivalent à un refus. La Syrie l’accueillit comme elle avait aussi accueilli son collègue Al-Alami. Cependant, Abu Marzouq crut de loin que la meilleure option pour lui était de retourner aux Etats-Unis, où il avait vécu plus tôt dans le confort et la prospérité pendant dix-sept ans. Très peu de temps auparavant, il avait rendu une visite aux Etats-Unis et avait remarqué qu’il n’y avait apparemment pas d’objection à sa présence. Lui et sa famille avaient des green cards leur permettant de vivre et de travailler ici, et ses enfants, dont certains étaient des citoyens américains, étaient chez eux dans ce pays. Le mouvement constant d’un lieu à l’autre, à un moment où ses enfants grandissaient et avaient besoin de stabilité, avait été fatiguant pour sa famille. Toutefois, ses collègues du bureau politique du Hamas s’y opposèrent unanimement, lui disant qu’en raison de la récente hostilité des Etats-Unis envers le Hamas, y retourner n’était pas une option envisageable pour lui. Leur avais était qu’il n’était pas raisonnable d’aller aux Etats-Unis où le gouvernement avait plus tôt au cours de la même année désigné le Hamas comme une organisation terroriste, et avait fait des transactions avec lui une offense criminelle. Abu Marzouq, d’autre part, insista que son instinct lui disait que s’il se rendait aux Etats-Unis, tout se passerait bien. Son instinct le trompa clairement. Ses collègues avaient craint le pire, et le pire se produisit. A son arrivée à l’aéroport Kennedy de New York avec sa famille le 25 juillet 1995, Moussa Abu Marzouq fut arrêté par le FBI.


Sans aucun doute, la détention d’ Abu Marzouq fut un coup majeur et une gêne pour le Hamas, le plaçant dans une certaine difficulté. Ses collègues dans la direction trouvèrent sa décision de s’envoler pour New York comme indéfendable. De nombreux supporters du Hamas furent poussés à demander pourquoi il n’avait pas anticipé ce qui pouvait se produire. Néanmoins, le mouvement n’épargna aucun effort pour exiger sa libération immédiate, et avertit l’administration américaine de sérieuses répercussions qui pouvaient s’ensuivre si Abu Marzouq étaient remis à Israël. Le Hamas, maintenant dirigé par Khaled Meshaal, s’engagea dans une série de relations publiques et de mesures visant à limiter les dommages. Les leaders du Hamas mobilisèrent leurs supporters pour protester contre la détention d’ Abu Marzouq, écrivant des mémorandums et des lettres à un certain nombre de hauts politiciens et diplomates. Le 28 juillet 1995, ils adressèrent des lettres au président Clinton, au procureur général des Etats-Unis, et au roi du Maroc Hassan II. 31 juillet 1995, ils envoyèrent une autre lettre au révérend Jesse Jackson. Le 1 er août 1995, ils écrivirent au secrétaire général de la Ligue Arabe et à l’ Organisation de la Conférence Islamique. Des lettres furent aussi envoyées à une collection de personnalités et d’organisations à travers le monde alors que la crise se poursuivait.

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19-04-09, 22:39
Hamas : Son histoire de l’intérieur (26)(suite)



Après l’arrestation et l’incarcération d’ Abu Marzouq, il semblait comme si les autorités américaines ne savaient pas exactement de quoi elles pouvaient l’accuser. Son statut d’immigration était légitime, et il n’y avait pas d’activité illégale à l’intérieur des Etats-Unis pour laquelle il pouvait être accusé. Les Israéliens ne furent que plus tard au courant de l’arrestation. Apparemment, toutefois, ils n’avaient ni exigé l’arrestation du leader du Hamas, ni l’avaient même considérée comme une option. Il fut au départ dit à Abu Marzouq qu’il était arrêté pour avoir été suspecté d’être impliqué dans des activités liées à une organisation terroriste étrangère, bien que le Hamas ne fût en fait pas désigné comme une telle organisation avant le mois d’octobre 1997. Il s’avéra peu de temps après que quelques éléments à l’intérieur de l’administration américaine souhaitèrent donner à Israël l’opportunité de l’extrader. Abu Marzouq croit que la CIA n’était pas d’accord avec les mesures prises par le FBI contre lui. Il soutient que la CIA savait depuis le début que les Etats-Unis n’avaient aucune charge contre lui, mais que des éléments pro-israéliens à l’intérieur du FBI espéraient faire une faveur à leurs amis en Israël.

Le 28 septembre 1995, Israël émit en effet une requête officielle d’extradition aux autorités américaines, soutenue par des documents totalisant plus de neuf cent cinquante pages détaillant les accusations portées contre Abu Marzouq, qu’Israël souhaitait retenir. Ses avocats dénoncèrent les procédures employées contre lui, disant qu’elles étaient motivées politiquement, les décrivant comme manquant de conditions minimums d’indépendance juridique et de procédure judiciaire convenable. Le juge qui présidait l’affaire, que les avocats de la défense accusèrent d’être pro-israélien, décida qu’ Abu Marzouq devait être extradé en Israël. Il lui fut refusé le droit de paraitre devant la cour pour réfuter les allégations d’Israël portées contre lui, et ses avocats de la défense se virent dénié l’opportunité d’appeler leurs propres témoins. Abu Marzouq fit appel contre la décision, mais son appel fut rejeté.

Entre-temps, les autorités jordaniennes continuèrent à tourmenter les activistes du Hamas en Jordanie, apparemment dans le but de pousser davantage de ceux qui restaient, qui n’étaient à l’heure plus que des citoyens jordaniens, à quitter le pays volontairement. Le membre du bureau politique du Hamas Sami Khatir fut arrêté le 25 décembre 1995 alors qu’il se rendait à son bureau. Il fut emmené dans sa demeure, qui fut entièrement fouillée ; ses documents et son argent furent saisis, et il fut arrêté. Pendant ce temps, un autre membre du bureau politique, Izzat Al-Rishiq (connu sous son “nom de guerre” Abd Al-Aziz Al-Umari) fut aussi brièvement arrêté.

Toutefois, en temps voulu, Israël embarrassa son allié, le gouvernement américain, lorsqu’elle décida qu’elle ne voulait finalement pas extrader Abu Marzouq. Ce qui provoqua ce changement dans la position d’Israël était son changement de gouvernement. Abu Marzouq s’imagina que le changement de climat politique en Israël, qui avait entraîné la tombée du gouvernement travailliste, allait agir en sa faveur. Contre les conseils de ses avocats, il retira son appel contre la sentence d’extradition, et dans un message officiel daté du 28 janvier 1997, il exigea qu’il soit immédiatement remis à Israël. Son instinct était correct : les Israéliens ne le voulaient plus. Le 29 mai 1996, le leader du parti travailliste Shimos Peres perdit les élections au profit de Benjamin Netanyahu, du Likoud, qui mena une campagne contre le programme de paix Rabin-Peres avec le slogan « Paix avec Sécurité ». Dans son attitude envers le Hamas, Netanyahu semblait avoir tiré une leçon des erreurs de jugements réalisés par son prédécesseur. Peres avait payé un lourd prix pour avoir ordonné la liquidation du commandant militaire du Hamas Yahya Ayyash (l’ingénieur). L’assassinat d’ Ayyash le 5 janvier 1996 déclencha une vague de bombardements de riposte entre le 25 février et le 4 mars 1996, tuant soixante Israéliens et en blessant bien plus à l’ouest de Jérusalem, à Ashkelon et à Tel Aviv. Netanyahu souhaitait éviter de provoquer le Hamas et pensa donc que continuer avec l’extradition d’ Abu Marzouq se prouverait certainement être coûteux. En fin de compte, il craignait que cela ne détruise ses efforts à satisfaire sa promesse électorale.


Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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28-04-09, 13:23
Hamas : Son histoire de l’intérieur (27)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

En Jordanie (7)


Le 3 avril 1997, Israël retira sa demande d’extradition. Il ne resta aucune autre option aux autorités américaines que de libérer Abu Marzouq et de l’expulser. Il y avait un petit problème : où devait-il aller ? Dans une intention désespérer de se sauver la face, les Américains envoient le directeur du FBI Louis Freeh pour demander une permission pour qu’ Abu Marzouq se rende soit en Égypte, soit en Jordanie, les deux seuls pays arabes qui avaient des traités de paix avec Israël. La mission de Freeh était de demander au pays qui accepterait Abu Marzouq d’accepter une série de conditions que les Américains voulaient stipuler pour sa libération. Il devait être interdit de visiter la Libye, la Syrie, l’Irak, le Soudan et l’Iran, et il devait rester dans son nouveau pays de résidence pendant au moins six mois à partir de sa date d’arrivée. On attendrait aussi de lui qu’il fasse une déclaration condamnant le terrorisme ; et enfin, on attendait de lui qu’il s’abstienne de toute activité politique. L’ Égypte et la Jordanie rejetèrent toutes deux la proposition, disant qu’elles ne pensaient pas qu’ Abu Marzouq accepte une de ces conditions et qu’elles n’avaient pas de pouvoir pour le forcer à agir ainsi. En effet, Abu Marzouq refusa toutes les quatre conditions, mais fut néanmoins libéré en fin de compte, inconditionnellement. La pression continue sur la Jordanie, toutefois, apporta ses fruits, et le roi Hussein de Jordanie accepta de le reprendre. Le 5 mai 1997, Abu Marzouq fut envoyé à Amman via un jet privé et remis aux autorités jordaniennes.

La Jordanie avait expulsé Abu Marzouq en mai 1995 en conséquence d’une pression des Etats-Unis et d’Israël, et avait passé des informations des renseignements concernant ses activités durant son séjour dans le pays aux Américains avant sa détention à New York. Maintenant, ironie du sort, c’était la Jordanie qui succombait à la pression américaine pour qu’elle le reprenne. Le nouveau directeur du département des renseignements généraux, Samih Al-Battikhi, l’ancien adjoint d’Al-Qaysi, qui avait été nominé le 5 février 1996, ne pouvait cacher sa colère devant le retour d’ Abu Marzouq. La première fois qu’il rencontra Abu Marzouq, il l’informa clairement qu’il avait un mois pour trouver un autre pays où vivre. Cependant, lorsqu’ Abu Marzouq rendit visite au roi Hussein pour le remercier de sa proposition d’hospitalité, en la compagnie du député des Ikhwan jordaniens Bassam Al-‘Umush, ce dernier avertit le roi que Samih Al-Battikhi avait donné à Abu Marzouq un préavis d’un mois pour quitter le pays. Le roi, selon la tradition d’un chef de tribu arabe, dit à Abu Marzouq qu’il était dans son propre pays et qu’il n’avait pas à rechercher une autre demeure. La même hospitalité fut présentée à l’épouse et aux enfants d’ Abu Marzouq, qui le rejoignirent peu de temps après.

La libération d’ Abu Marzouq et son arrivée à Amman en tant qu’ invité du roi soulagèrent d’une certaine façon l’atmosphère de discorde qui prévalut en conséquence de la relation qui s’était vite détériorée entre le Hamas et le régime jordanien. L’année d’avant notamment n’avait pas été une année plaisante pour le Hamas. Les affaires s’étaient poursuivies dans une mauvaise direction lorsque Al-Battikhi fut nommé directeur du département des renseignements généraux. Al-Battikhi avait remplacé son ancien supérieur, Al-Qaysi, à la demande d’Abd Al-Karim Al-Kabariti, désigné premier ministre par le roi au début du mois de février. Les critiques d’Al-Battikhi l’accusèrent d’avoir une rancune personnelle contre les islamistes en général et le Hamas en particulier. Il alla plus loin que tout autre directeur du département des renseignements généraux qui l’avait précédé dans l’étendue de son action contre le mouvement islamique. Sa nomination doit tout de même être mis en perspective ; Al-Battikhi avait pris la charge du département des renseignements généraux à la suite de l’assassinat par Israël du commandant militaire du Hamas Yahya Ayyash et à la suite de la campagne de bombardements contre Israël. Le président Clinton avait immédiatement convoqué les hauts leaders de quelque trente pays de la région et au-delà, dont treize pays arabe, pour une conférence au sommet d’urgence à Sharm Al-Sheikh en Égypte, pour coordonner les efforts internationaux pour sauvegarder le processus de paix d’un effondrement total.

NOURA125
28-04-09, 13:25
Hamas : Son histoire de l’intérieur (27) (suite)

“Le sommet des pacificateurs”, le 13 mars 1996, devait avoir trois objectifs fondamentaux. Ceux-ci étaient de remettre en valeur le processus de paix, d’améliorer la sécurité et de combattre la terreur. Dans un communiqué commun final de la part des participants au sommet, le président Clinton annonça qu’ils :
« … exprimaient leur soutien total au processus de paix au Moyen-Orient et leur détermination à ce que ce processus continue afin d’accomplir une paix juste, durable et globale dans la région ; affirmaient leur détermination à améliorer la sécurité et la stabilité et à empêcher les ennemis de la paix d’accomplir leur objectif ultime visant à détruire la réelle opportunité de paix au Moyen-Orient ; soulignaient de nouveau leur forte condamnation de tous les actes de terreur dans toutes ses formes répugnantes – quelle que soit sa motivation et quelle que soit son origine, dont les récents attaques en Israël – les considérant comme étrangers aux valeurs morales et spirituelles partagées par toutes les peuples de la région, et réaffirmaient leur intention de se tenir avec loyauté contre tous les actes de ce genre et d’appeler tous les gouvernements à se joindre à eux dans leur condamnation et leur opposition ».

Il poursuivit :
« A cette fin, nous avons décidé de : - Soutenir les accords israélo-palestiniens, la continuation du processus de négociations, et de le renforcer politiquement et économiquement ; - Améliorer la situation sécuritaire pour les deux avec une attention particulière aux besoins économiques actuels urgents des Palestiniens ; - Soutenir la continuation du processus de négociation afin de parvenir à un accord global ; - Travailler ensemble pour améliorer la sécurité et la stabilité dans la région en développant des moyens effectifs et pratiques de coopération et davantage d’assistance ; - Améliorer la coordination des efforts pour arrêter les actes de terreur sur les niveaux bilatéraux, régionaux et internationaux, en s’assurant que les instigateurs de tels actes soient amenés en justice ; - Soutenir les efforts de toutes les parties pour empêcher que leurs territoires soient utilisés pour des objectifs terroristes et empêcher les organisations terroristes de s’engager dans le recrutement, l’approvisionnement en armes ou la levée de fonds ; - Exercer un maximum d’efforts pour identifier et déterminer les sources de financement de ces groupes et pour coopérer afin de les stopper ; - Fournir un entraînement, des équipements et d’autres formes de soutien à ceux qui prennent des mesures contre des groupes employant la violence et la terreur pour toucher la paix, la sécurité ou la stabilité… ».

Des observateurs ne pouvaient conclure autrement qu’en disant que le sommet n’était rien qu’une déclaration de guerre contre le Hamas, dans lequel la Jordanie était un participant clé dont le rôle dans cette guerre serait hautement apprécié et minutieusement surveillé.

Apparemment, à la lumière de cette déclaration et de l’adhésion de la Jordanie, Samih Al-Battikhi, en tant que nouveau chef du département des renseignements généraux, ne faisait que son travail. Son attaque contre le Hamas avait plusieurs aspects. Tout d’abord, il autorisa ses hommes à tourmenter, intimider et à déranger la direction du Hamas et ceux qui s’identifiaient comme membres du mouvement ou qui étaient suspectés d’y être associés. Des suspects furent intensivement interrogés dans une intention de réaliser une image aussi complète que possible des opérations du Hamas et des institutions qui le soutenaient, non seulement au niveau local, mais aussi au niveau international. Nombre d’entre eux sortirent de leurs interrogations en ayant l’impression que ce que les renseignements rassemblaient n’était pas exclusivement destiné à une utilisation locale. Suite au meeting de Sharm Al-Sheikh, ceci n’était que prévisible. Des sources du Hamas soutinrent qu’au moins cent hommes suspectés d’avoir travaillé pour le mouvement furent détenus et interrogés en 1996 et 1997.

Une autre tactique employée par Al-Battikhi était de faire taire les officiels du Hamas et de les empêcher de parler aux médias. Parfois, toutefois, ils n’avaient d’autre choix que de s’exprimer ouvertement, en défi à l’interdiction. Fin mai 1996, l’autorité palestinienne arrêta des centaines de membres du Hamas en Cisjordanie et à Gaza, mettant en même temps la pression sur le porte-parole du Hamas à Gaza, Mahmoud Al-Zahhar, pour qu’il appelle à une fin des “opérations martyres”, qu’il accepta de dire que c’était une erreur. Khaled Meshaal, qui était déjà devenu chef du bureau politique, mais dont la nomination n’avait pas encore été rendue publique, donna pour instruction à Ibrahim Ghosheh, porte-parole officiel du Hamas, de publier un communiqué disant que la position du Hamas n’avait pas changé et qu’Al-Zahhar parlait sous la contrainte. Al-Battikhi téléphona Ghosheh, l’injuria verbalement, et le menaça, lui disant qu’il allait être arrêté s’il parlait de nouveau aux médias. Il parla à nouveau, et il fut en effet arrêté. Le 4 septembre 1997, trois explosions à Jérusalem, revendiquées par le Hamas, tuèrent huit Israéliens et en blessèrent plus de cent soixante-dix. Reuters contacta Ghosheh pour une clarification, et il affirma que le peuple palestinien avait le droit de résister à l’occupation. Ghosheh fut alors détenu dans les quartiers généraux de la direction des renseignements généraux pendant quinze jours, durant lesquels il fut totalement isolé du monde extérieur et sujet à une interrogation quotidienne intensive avec jusqu’à quatre interrogateurs à la fois.

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

NOURA125
18-05-09, 08:50
Hamas : Son histoire de l’intérieur (28)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


En Jordanie (8)


La création d’une tension entre le Hamas et les Ikhwan jordaniens
Le chef des renseignements jordaniens projeta aussi de créer un désaccord entre le Hamas et les Ikhwan jordaniens. Ceci n’aurait eu aucune chance d’aboutir s’il n’y avait pas eu la crise que les Ikhwan en Jordanie subissaient eux-mêmes. Un terrible conflit de pouvoir interne faisait rage au sein des Ikhwan, qui prit à ce moment particulier la forme d’un désaccord sur la participation ou le boycott des élections de 1997 en Jordanie. Après une conférence interne au début de 1996, suivie par un plébiscite des membres, la direction décida de boycotter les élections. Trois raisons étaient mises en avant en faveur du boycott. La première était l’insistance du gouvernement à appliquer la loi électorale comme amendée en 1993, qui limitait le nombre de circonscriptions dans lesquelles les Ikhwan pouvaient se tenir et qui leur interdisait de créer des alliances avec d’autres groupes politiques. A cause de l’amendement, la part parlementaire de du Front de l’Action Islamique, que les Ikhwan avaient établi comme leur parti politique en 1992, fut réduit de vingt-deux sièges en 1989 à seize sièges en 1993. La portion de tous les groupes d’opposition au parlement fut divisée par deux, de soixante-dix pour cent à trente-cinq. La seconde raison était la falsification à grande échelle dont le gouvernement fut accusé durant les élections de 1993, notamment dans la province d’Al-Zarqa, une des citadelles des Ikhwan. La troisième raison et la plus importante était le traité de paix Wadi Araba d’octobre 1994 entre la Jordanie et Israël. Les Ikhwan s’opposèrent avec véhémence à ce traité, mais ils ne purent rien y faire si ce n’est exprimer leur objection dans la forme d’un boycott des élections parlementaires.

En réalité, la querelle était encore plus que juste cela : c’était une question de pouvoir et d’influence. Le Front de l’Action Islamique avait commencé à poser une sérieuse menace à l’autorité de la direction des Ikhwan comme représentée par son bureau exécutif. Bien qu’il y eût un degré de congruence, les leaders du Front n’étaient plus directement impliqués dans la direction même des Ikhwan, même si certains d’entre eux furent aussi à diverses reprises des membres du bureau exécutif. A travers leurs activités politiques et médiatiques, les membres du Front acquirent un niveau de prestige aux yeux du public que les Ikhwan n’avaient jamais obtenu. Nombre de figures du Front devinrent des célébrités politiques et devirent naturellement enviés par leurs frères. Peu de membres du bureau exécutif pouvaient cacher leur ambition de partager cette renommée. Certains, toutefois, n’aimaient pas le fait que le Front de l’Action Islamique prît tout le mérite, alors que les membres du bureau exécutif restaient cachés du regard du public. Pour la première fois dans l’histoire des Ikhwan jordaniens, l’organisation eut vraiment deux directions en compétition. La seule façon pour que le Front soit placé sous contrôle, et que son pouvoir croissant soit contrôlé, c’était de le mettre de côté. Si les leaders du Front n’étaient pas autorisés à prendre part aux élections, ils n’auraient pas de rôle public. Il est possible que ce soit une raison pour laquelle le bureau exécutif soutint un boycott électoral. L’autre raison était liée à une hostilité interne qui se poursuivait entre deux groupes au sein des Ikhwan, qui furent connus comme étant les faucons et les colombes. La direction d’alors des Ikhwan comprenait surtout des éléments colombins, qui étaient accusés par les membres plus bellicistes d’avoir une tendance vers le compromis avec le régime et de diluer les valeurs et les principes sur lesquels le mouvement avait été fondé. Les faucons, d’autre part, dont certains étaient des théologiens et des orateurs publics renommés, s’étaient toujours identifiés avec la cause palestinienne. Lorsque le Hamas vint en Jordanie, les faucons des Ikhwan revendiquèrent être ses gardiens, employant leur association ostensible avec lui comme une source de légitimité et de crédibilité, et finalement, comme une arme dans leur rivalité avec les colombes des Ikhwan.

La direction du Hamas en Jordanie, qui était déjà tant préoccupée, se tint à l’écart de ces rivalités. Cependant, il fut involontairement tiré dans la querelle à cause de ce qui semblait devenir une dispute sur les priorités. Des officiels du Hamas donnèrent au Front de l’Action Islamique le mérite d’avoir été au premier rang dans la défense du Hamas, et pour avoir dirigé la critique envers le gouvernement jordanien pour son attitude négative envers le Hamas. Ils suspectèrent, toutefois, que les Ikhwans étaient graduellement pris par une tendance dont la philosophie était que leur organisation devait se focaliser sur des questions locales plutôt que sur des questions de nature internationale, dont la Palestine. Cette perception alerta le Hamas ; jamais auparavant un leader des Ikhwan en Jordanie n’avait osé reléguer la question palestinienne, pas même à la seconde place, sans parler de la rétrograder à une basse position dans leur liste des priorités. Le leader adjoint des Ikhwan, Imad Abu Dayyad, fut suspecté de diriger cette tendance, dont l’argument était que comme le champ d’opération du Hamas était dans les territoires occupés, sa direction devait être à l’intérieur de la Palestine, non pas en Jordanie. Certains commentateurs des Ikhwan exprimèrent l’avis que les leaders du Hamas en Jordanie devaient décider s’ils voulaient être palestiniens ou jordaniens. S’ils choisissaient la première option, alors leur place devait être en Palestine, mais s’ils choisissaient la seconde, ils devaient cesser d’opérer en tant que membres du Hamas depuis la Jordanie.

De telles idées durent sonner comme une musique aux oreilles du directeur du département des renseignements généraux Samih Al-Battikhi. Ils lui fournirent le stimulant pour continuer ses machinations contre le Hamas.



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Hamas : Son histoire de l’intérieur (29)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


En Jordanie (9)


De telles idées durent sonner comme une musique aux oreilles du directeur du département des renseignements généraux (DRG) Samih Al-Battikhi. Ils lui fournirent le stimulant pour continuer ses machinations contre le Hamas. Le 31 août 1996, il ordonna à son subordonné Amjad Al-Hadid de téléphoner son ancien contact du Hamas Issam Al-Najjar pour dire qu’Al-Hadid souhaitait le voir pour lui donner un message. Ils ne s’étaient pas rencontrés pour environ quinze mois depuis la dispute sur l’employé du Hamas qui était arrivé sans être annoncé de l’étranger. Al-Najjar pensa que le sujet serait probablement la reprise des relations entre les deux parties. Il consulta Khaled Meshaal, qui dit qu’il devait garder le rendez-vous afin de découvrir ce que les Jordaniens souhaitaient. Ce qui se produisit ensuite est contesté. Selon le récit original d’Al-Najjar, lorsqu’il arriva au DRG, il fut arrêté et détenu pendant plusieurs jours, et il ne fut libéré que lorsque deux membres du parlement d’entre les Ikhwan, Abdullah Al-Akaylah et Bassam al-Umush, appelèrent le directeur même du département des renseignements généraux à le laisser partir. Al-Najjar s’en alla ensuite voir Khaled Meshaal, s’effondrant en larmes alors qu’il lui décrivait ce qui s’était passé au département des renseignements généraux. Il déclara qu’il fut placé en confinement solitaire et qu’il fut maltraité. Il affirma qu’on lui apporta à boire de l’urine et on lui dit que c’était celle d’Amjad Al-Hadid. Il affirma aussi que des agents du DRG enduirent sa tête et son corps avec son propre excrément, après s’être occupés des toilettes de sa cellule pour causer un blocage. Il fut finalement forcé à embrasser la main d’Amjad Al-Hadid, et il fut pris en photo lors de cette action. L’image fut placée sur le plafond de sa cellule.

Alerté et dégoûté par ce qu’il avait entendu, Meshaal fit un rapport au bureau politique du amas au sujet de l’expérience d’Al-Najjar. Le bureau décida que le bureau exécutif des Ikhwan devait être informé. Le bureau exécutif demanda un rapport plus détaillé, et certains de ses membres suggérèrent que l’histoire soit remise aux médias. Meshaal demanda à Al-Najjar d’écrire l’histoire dans sa totalité. Al-Najjar insista à ce que l’affaire n’aille pas plus loin, car Al-Hadid l’avait averti que si des détails étaient divulgués au public, il ne serait pas libéré sans un handicap physique permanent la prochaine fois qu’il serait détenu. Avec une promesse que toute la direction des Ikhwan se tiendrait derrière lui, afin que le département des renseignements généraux ne puisse lui faire davantage de mal après que son histoire soit révélée, Al-Najjar fut amené à rédiger son récit. Le rapport fut donné à Hilmi Al-Asmar, éditeur en chef de l’hebdomadaire des Ikhwan, Assabil, et il fut publié en première page. Le récit fut aussi envoyé à un certain nombre de gens bien placés dans le pays, dont le prince héritier Hassan, qui représentait en ce temps le roi durant son absence à l’étranger. Le jour où l’histoire fut publiée, le DRG arrêta Hilmi Al-Asmar chez lui. Ils se rendirent aussi à la demeure d’Issam Al-Najjar pour l’arrêter, mais ils ne purent le trouver. Il était déjà parti se cacher. Le Hamas chercha ensuite et obtint une assurance du premier ministre Abd Al-Karim Al-Kabariti qu’Al-Najjar ne serait pas davantage poursuivi ou harcelé par le DRG, et qu’il pouvait ainsi reprendre sa vie normale.

La vie d’Al-Najjar ne redevint jamais normale. Bien que le département des renseignements généraux ne l’harcelât plus, il commença à rencontrer des difficultés avec ses supérieurs et collègues du Hamas. Il commença à se plaindre que ses supérieurs l’avaient impliqués dans une confrontation inutile avec le DRG. Dans la version des événements sur laquelle insistait Al-Najjar en ce temps, Moussa Abu Marzouq, en tant que chef du bureau politique du Hamas, lui avait ordonné de dire au membre du Hamas détenu de ne pas coopérer avec ses interrogateurs du DRG, événement qui avait été le début de ses problèmes. De plus, le chef actuel du bureau politique, Khaled Meshaal, l’avait encouragé à aller voir Amjad Al-Hadid, ce qui fut la raison de sa déplaisante expérience plus récente. Il reprocha aussi à Meshaal d’avoir insisté à ce qu’il écrive le rapport au sujet de son expérience en détention et de l’avoir publié. Ses plaintes répétées éveillèrent l’hostilité de l’équipe du Hamas à Amman, dont la critique à son égard allait bientôt se changer en menaces. Pour résoudre le problème et contenir le mécontentement d’Al-Najjar, la direction du Hamas proposa de payer ses charges pour qu’il aille à l’étranger suivre des études de niveau supérieur. Comme il refusa, ils proposèrent de l’adier à trouver un bon emploi dans un des Etats du Golfe. Il ne voulait pas quitter le pays ; ils lui trouvèrent donc un poste à l’Université des Ikhwan nouvellement fondée à Zarqa. Au début, il accepta cette proposition, mais il changea ensuite d’avis et la rejeta. Des officiels du Hamas conclurent qu’il était déterminé à causer des ennuis, et leur seule option restante était de le présenter devant un tribunal interne du Hamas.


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Hamas : Son histoire de l’intérieur (30)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


En Jordanie (10)


Cette conduite de la part d’Issam Al-Najjar causa une confusion et une interrogation parmi les membres du Hamas et dans les cercles des Ikhwan. Certains pensèrent qu’il était possible que toute son histoire ait pu été une invention. D’autres suggérèrent qu’il avait été recruté par le DRG, et que sa détention ainsi que son histoire de torture à laquelle il avait été sujet n’étaient qu’un stratagème pour couvrir sa mission, qui était de causer une division entre le Hamas et les Ikhwan. Muhammed Nazzal, toutefois, prit un autre point de vue. Il connaissait bien Al-Najjar, ayant travaillé ensemble pendant un bon temps et ayant tout deux été à l’origine des résidents du Koweït. Nazzal croyait que l’histoire de la persécution d’Al-Najjar était véridique, et qu’il avait donc pu ensuite été sujet à davantage de pression du DRG pour qu’il collabore. Une autre possibilité était qu’il avait pu être motivé par un besoin de s’en prendre au Hamas pour avoir permis que de telles choses se produisent contre lui.

Un tribunal interne du Hamas fut mis en place pour écouter les charges et les contre-accusations. Al-Najjar fut déclaré coupable d’avoir fomenté une sédition ; son adhésion au Hamas fut suspendue pendant un an ; et il fut décidé que toute promotion future lui serait interdite au sein de la hiérarchie de l’organisation. Il présenta son affaire au secrétaire adjoint du bureau exécutif des Ikhwan jordaniens, Yahya Shaqra, à qui il dit qu’il avait des informations très sensibles que la direction des Ikhwan devait connaître. Lorsqu’il fut interrogé sur la teneur de ces informations, il dit que ce qu’il avait écrit plus tôt disant que le DRG l’avait torturé alors qu’il était en détention était totalement sans fondement. Stupéfait par la révélation, Shaqra lui demanda pourquoi il avait fait les allégations en premier lieu. Al-Najjar prétendit alors que Khaled Meshaal lui avait ordonné de le faire. Al-Najjar poursuivit en disant que Meshaal lui avait dit après sa libération de la détention du DRG que le Hamas avait un plan pour discréditer le DRG avant de lancer une campagne publique contre lui. Dans cette optique, Meshaal avait demandé à Al-Najjar de faire ses allégations de tortures contre le DRG. Faisant référence à la direction du Hamas, Al-Najjar dit alors à Shaqra qu’il avait des informations top secrètes qui « exposeraient ces gens pour ce qu’ils sont ». Intrigué par ce qu’il venait d’entendre, Shaqra promit à Al-Najjar une audition devant le bureau exécutif des Ikhwan.

Sans retourner à la direction du Hamas ou en parler à Meshaal, un comité top secret des Ikhwan fut mis en place pour vérifier les allégations d’Al-Najjar. Dirigé par le leader adjoint des Ikhwan Imad Abu Dayyah, le comité comportait aussi les membres du bureau exécutif des Ikhwan Salim Al-Falahat et Haytham Abu Al-Radhib, en plus de Yahya Shaqra. Lorsque Meshaal fut au courant de cela, il contacta immédiatement les membres du bureau exécutif des Ikhwan. Meshaal nia catégoriquement les allégations portées contre lui, insistant qu’Al-Najjar mentait et protestant contre la décision des Ikhwan de s’engager dans une investigation sans parler de l’affaire à lui et à ses collègues du Hamas. Le bureau exécutif des Ikhwan n’accepta pas son objection et continua ses enquêtes.

Au sens précis du terme, les officiels du Hamas en Jordanie étaient membres des Ikhwan jordaniens, et ils étaient supposés rendre des comptes à leur direction. Ce qui aurait dû être une question de formalité s’était changé en une crise majeure, car pendant environ cinq ans, ni le Hamas ni les Ikhwan n’avaient fait attention à la transformation rapide qu’avait subi le Hamas et aux implications du changement sur la relation entre les deux organisations. Dans la pratique, il n’était plus possible pour les Ikhwan de la Jordanie d’imposer leur volonté au Hamas, organisation qui s’était vite mis à voler de ses propres ailes. Les deux parties devaient reconsidérer leur relation, qui ne pouvait plus être une relation de patronage. Peut-être que les relations entre eux deux devaient plus être d’une nature fraternelle. D’une part, les leaders des Ikhwan jordaniens se virent comme la source ultime d’autorité, considérant ceux qui travaillaient pour le Hamas dans le pays, comme Meshaal et ses collègues, comme des membres d’un département au sein de l’ensemble du corps des Ikhwan. Toutefois, ces hommes ne se voyaient plus comme tel. Ils avaient constitué la haute direction du Hamas depuis 1989 et exercé leur propre autorité. D’autre part, alors que Meshaal et ses amis se comportaient de manière très autonome lorsque cela leur convenait, ils croyaient toujours avoir le droit d’utiliser les locaux et équipements des Ikhwan et de recruter qui ils voulaient des rangs des Ikhwan jordaniens. Du point de vue jordanien, les leaders du Hamas se comportaient comme si leurs besoins et problèmes avaient une priorité sur tous les autres. C’était une erreur de jugement réciproque de laisser aussi longtemps non résolues les questions d’autorité et de juridiction. Inévitablement, une barrière d’incompréhension s’ériga entre les deux parties et un climat de manque de confiance prévalut au sein de l’organisation en général.


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24-05-09, 11:25
Hamas : Son histoire de l’intérieur (31)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

En Jordanie (11)


Parmi les leaders des Ikhwan, Abu Dayyah, qui souffrait sur la question de l’autorité, crut vraiment qu’une opportunité s’était présentée à l’intérieur de la Palestine pour ses frères du Hamas. Il n’hésita pas à dire à Meshaal et à ses collègues du Hamas qu’il serait meilleur pour eux de retourner en Palestine alors que l’autorité palestinienne était toujours dans ses débuts. Son avis était qu’ils pouvaient influer sur le cours des événements s’ils transféraient à nouveau la direction du Hamas à Gaza et en Cisjordanie avant que l’autorité palestinienne ne se développe en une puissante entité. Cependant, il ne fut pas capable d’évaluer qu’il n’y avait pas de voie pratique pour la concrétisation de cette idée. Il était excessivement optimiste, croyant qu’Israël allait simplement permettre le retour du Hamas. Il ne réussit pas à comprendre que l’autorité palestinienne avait un degré d’influence sur ceux qui entraient et ceux qui sortaient. Il ne vit pas non plus que ce fut le déplacement de la direction du Hamas de Gaza à la diaspora en 1989 qui avait sauvé le mouvement d’une destruction totale par Israël et ses collaborateurs.

Dans un tel climat, il ne fut pas difficile pour Al-Najjar de convaincre certains des leaders des Ikhwan que le Hamas avait pour projet d’infiltrer leur propre organisation. Il déclara avoir vu un document interne au Hamas intitulé “Le plan d’infiltration des Ikhwan”. Il cita comme preuve une série de documents qui circulaient dans le pays alors qu’il était en détention au département des renseignements généraux. Il déclara que ces documents, attaquant le bureau exécutif des Ikhwan, étaient écrits et diffusés par les leaders du Hamas en Jordanie. Lorsque les documents firent leur apparition, au début, signés seulement “Kawadir Al-Ikhwan Al-Muslimin” (les cadres des Ikhwan), les Ikhwan avaient conclu que c’était l’œuvre du DRG. Al-Najjar accusa aussi Muhammad Nazzal d’avoir divulgué des histoires à la presse au sujet d’affaires internes aux Ikhwan en Jordanie. Les Ikhwan tentèrent de garder une confidentialité absolue lors de la conduite de leurs investigations. Certains des témoins qui leur furent présentés par Al-Najjar avaient travaillé pour le Hamas et souhaitaient que leur participation reste secrète. Autrefois, le bureau politique du Hamas fut au courant de ce qui se passait.

L’investigation des Ikhwan coïncidait avec la tenue d’un tribunal d’appels pour écouter les objections faites par Al-Najjar et la direction du Hamas contre le verdict du précédent tribunal. Le Hamas pensait que la sentence contre Al-Najjar était trop clémente, alors qu’Al-Najjar croyait qu’il n’aurait pas dû être inculpé en premier lieu. Avec de nouvelles preuves contre Al-Najjar devant le tribunal d’appels, ce dernier décida qu’il devait être complètement renvoyé du mouvement et que tous les droits devaient lui être reniés.

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24-05-09, 11:32
Hamas : Son histoire de l’intérieur (31)(suite)

Les leaders des Ikhwan, qui avaient promis de protéger Al-Najjar pendant le déroulement de leur investigation, furent irrités par la décision du Hamas de le renvoyer, et ils décidèrent de lui permettre de garder son adhésion aux Ikhwan, sans tenir compte de ce que pouvait décider le Hamas. Ils critiquèrent aussi le tribunal du Hamas pour avoir décidé que ses droits lui seraient refusés. Les Ikhwan furent d’avis que même si Al-Najjar était dans le tort, la meilleure option était de le garder plutôt que de le provoquer davantage. Al-Najjar fut aussi suspecté d’avoir diffusé les déclarations écrites concernant les affaires internes du Hamas, qui révélaient des informations confidentielles, d’avoir publié les noms des membres et leaders qui n’étaient pas connus du public, et d’avoir accusé de hauts leaders du Hamas de corruption. Certains leaders du Hamas furent forcés de se défendre. En conséquence de ces allégations, ils furent obligés de produire des documents qui prouvaient que leurs maisons, qu’ils furent accusés d’avoir payé avec de l’argent appartement au Hamas, avaient en réalité était achetés avec leur propre argent ou celui de leurs épouses.

L’environnement sombre créé par ces allégations encouragea plusieurs membres déçus des Ikhwan, qui avaient plus tôt travaillé pour le Hamas et qui étaient partis suite à quelque dispute ou pour d’autres raisons, à s’impliquer dans l’affaire. Ibrahim Gharaybah en est un exemple, lui qui avait dans le passé était un proche associé du leader adjoint des Ikhwan Abu Dayyah. Gharaybah publia de nombreux articles dans la presse arabe locale et régionale qui critiquaient ou même dénonçaient la direction du Hamas en Jordanie. Il avait été employé pendant une courte période de temps par un projet de médias du Hamas en Jordanie, mais son emploi avait pris fin lorsqu’il fut senti qu’il n’accomplissait pas correctement ses fonctions. Il publia au début ses articles sous des pseudonymes, mais il les signa ensuite avec son propre nom. Son ami Abu Dayyah lui demanda d’arrêter à plusieurs reprises, car ceux qui étaient conscients de leur amitié avaient commencé à suspecter que Gharaybah ait pu être en train d’exprimer le point de vue d’Abu Dayyah. En fin de compte, Gharaybah fut renvoyé des Ikhwan pour avoir refusé d’arrêter ses activités. Comme dans le cas d’Al-Najjar, nombre de gens pensèrent que le principal objectif de Gharaybah était de se venger de ses anciens supérieurs. Dans ses articles, il argumentait avec insistance que le Hamas ne devait exister qu’à l’ouest du Jourdain, où il appartenait en réalité.

Certaines figures clé des Ikhwan, toutefois, choisirent de croire les allégations injurieuses faites contre les leaders du Hamas en Jordanie et y firent référence lorsqu’ils discutaient de la question, disant ce qu’ils pensaient de ce que les priorités du Hamas devaient être. L’affaire ne pouvait plus rester dans les cercles fermés du Hamas et des Ikhwan, et un public plus large en prit vite connaissance à l’intérieur de la Jordanie et au-delà. Finalement, l’affaire servit d’accélérateur pour la détérioration de la relation entre le Hamas et les Ikhwan. Elle fournit aussi, même si cela ne fut que pour une courte période, des munitions pour ceux qui souhaitaient que les Ikhwan récupèrent le terrain politique qui leur avait été pris en Jordanie par le Hamas. Il apparaît, par conséquent, que le complot initialement tramé par le directeur du département des renseignements généraux Samih Al-Battikhi avait réussi au moins certains de ses objectifs prévus.

Fin du chapitre

Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)

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Hamas : Son histoire de l’intérieur (32)


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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


L’affaire Meshaal (1)


J’envoie mes salutations à l’ensemble du peuple palestinien ; je souhaite l’informer de ma venue à Gaza dans le futur proche.[1] (http://www.palestine-info.cc/fr/admin/Contents/TextEditor.aspx?xyz=ilqL10F879c5Ysk4bK1PLLuZsAfOK9 S0fLHv%2fIy1QpYNkrYHmgrXaVrxOd82uPyGgCbPXtESAOtCqk 1fGhU6KT9AaP0dmVVU%2b3vv%2f47GYpkPLHBwqSzDFg%3d%3d #_ftn1)
- Sheikh Ahmad Yassine
Je peux voir la gloire des Arabes dans vos yeux.[2] (http://www.palestine-info.cc/fr/admin/Contents/TextEditor.aspx?xyz=ilqL10F879c5Ysk4bK1PLLuZsAfOK9 S0fLHv%2fIy1QpYNkrYHmgrXaVrxOd82uPyGgCbPXtESAOtCqk 1fGhU6KT9AaP0dmVVU%2b3vv%2f47GYpkPLHBwqSzDFg%3d%3d #_ftn2)
- Abdullah ibn Abd Al-Aziz
Un bienfait déguisé



Sheikh Ahmad Yassine venait d’entrer dans sa neuvième année de détention lorsque sa femme vint lui rendre visite le matin du mardi 30 septembre 1997. Cela allait être un jour fatidique pour le sheikh. Pendant quelques temps, les visites de sa famille, de parents et d’amis lui étaient autorisées. Cepednant, les autorités israéliennes avaient vite interdit tout visiteur, sauf son épouse et ses filles. Il n’était pas facile pour elles de lui rendre visite fréquemment : parfois, elles ne pouvaient venir que tous les six mois ou environ. Comme il devint de plus en plus sourd, il devait communiquer avec son épouse par l’intermédiaire d’une troisième personne lorsqu’elle lui rendait visite ; rien de se qu’ils se disaient ne pouvait donc être privé. A cette occasion, il semblait en avoir eu assez de cet arrangement inconfortable. N’étant plus capable de supporter la peine et l’humiliation d’avoir à parler à sa femme à travers l’intermédiaire d’un gardien de prison, il lui dit de ne plus lui rendre visite. Elle pleura en rentra chez elle. Plus tard au cours de la même journée, son avocat arriva pour lui montrer une pétition que l’avocat avait préparé pour sa libération. Le sheikh comprit que la pétition portait les signatures de quarante membres de la Knesset exigeant sa libération de la prison en raison de son état de santé allant en s’ empirant. Il dit à l’avocat de ne pas attacher ses espoirs sur des approches de ce genre, car s’il devait un jour être libéré, ce serait en dépit des Israéliens et non pas grâce à eux.

Le sheikh ne comptait ni les années ni les jours. Sa peine était une sentence à vie plus quinze ans. Sans un miracle divin, il croyait qu’il n’allait plus jamais voir de nouveau le monde de l’extérieur de sa cellule de prison. Peu après son incarcération, il décida qu’il n’y avait pas de meilleure occupation que d’apprendre le Coran par cœur. Ceci est une chose que la plupart des prisonniers islamiques entreprennent, dans la poursuite du réconfort, de la paix de l’esprit, et de la récompense du monde à venir. Il avait mémorisé tout le Coran vers la fin de l’an 1990. Il s’attela ensuite à étudier une encyclopédie de vingt-trois volumes de jurisprudence islamique intitulé Al-majmu’. Il poursuivit avec l’étude d’un certain nombre de travaux fondamentaux sur l’histoire islamique et la grammaire arabe. Entre ses études, il accomplissait ses prières et louait Dieu. Il passait des heures à prier, à réciter quatre partie (ajza’) du Coran chaque jour lors de ses prières surérogatoires. Jusqu’à mi-septembre 1995, il fut retenu dans la prison de Kfar Yuna à Beit Lid dans le département de Tulkarem. Il fut ensuite déplacé à la prison de Tel Mond près de Kfar Saba, aussi dans le département de Tulkarem, où il resta jusqu’à la première semaine de janvier 1996, lorsqu’il fut déplacé à un hôpital pour un traitement pour la pneumonie.

Les membres et sympathisants du Hamas ne cessèrent jamais d’exiger la libération du sheikh. Pour mobiliser l’opinion publique en soutien à cet objectif, ils lancèrent la “Campagne internationale pour la libération de Sheikh Ahmad Yassine”. Celle-ci fut dirigée par le bureau médiatique du Hamas à Amman, et elle organisa des événements le 18 mai de chaque année dans diverses parties du monde arabe et ailleurs, pour marquer l’anniversaire de la détention du sheikh. Il y avait de réelles inquiétudes que le sheikh puisse mourir en prison à cause de la détérioration de son état de santé. Il était clair que les principales causes de son déclin étaient un abus lors des interrogations et des conditions d’emprisonnements malsaines. Dans un but de mettre la pression aux Israéliens pour le libérer, de hautes figures du Hamas dans la bande de Gaza menacèrent à plusieurs reprises que si le sheikh mourait à l’intérieur de la prison israélienne, Israël allait subir une vague d’attaques de vengeance plus sévères que tout ce qu’elle avait vu jusque-là. Les politiciens israéliens n’étaient toutefois pas disposés à les écouter. Motivés par des calculs politiquement totalement partisans, ils ne souhaitaient même pas prêter garde au conseil de leurs propres hauts officiers de renseignements, qui recommandaient encore et encore la libération de Sheikh Yassine. Leur inquiétude était que sa mort en détention serait l’étincelle pour une autre Intifada. En outre, certains Israéliens étaient encouragés par ce qui leur semblait être l’attitude relativement modérée prise par le sheikh envers l’autorité palestinienne d’ Arafat. Ils pensaient que la libération de Sheikh Yassine renforcerait la tendance modérée au sein du Hamas et pourrait en fin de compte isoler la direction soi-disant plus stricte de l’étranger.


Traduction du Centre Palestinien d’ Information (CPI)


[1] (http://www.palestine-info.cc/fr/admin/Contents/TextEditor.aspx?xyz=ilqL10F879c5Ysk4bK1PLLuZsAfOK9 S0fLHv%2fIy1QpYNkrYHmgrXaVrxOd82uPyGgCbPXtESAOtCqk 1fGhU6KT9AaP0dmVVU%2b3vv%2f47GYpkPLHBwqSzDFg%3d%3d #_ftnref1) Yassine, après sa libération d’un centre de détention israélien le 1er octobre 1997.


[2] (http://www.palestine-info.cc/fr/admin/Contents/TextEditor.aspx?xyz=ilqL10F879c5Ysk4bK1PLLuZsAfOK9 S0fLHv%2fIy1QpYNkrYHmgrXaVrxOd82uPyGgCbPXtESAOtCqk 1fGhU6KT9AaP0dmVVU%2b3vv%2f47GYpkPLHBwqSzDFg%3d%3d #_ftnref2) Le prince héritier saoudien Abdullah ibn Abd Al-Aziz, louant Yassine lorsqu’il le reçut après le pèlerinage (hajj) en avril 1998.

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13-06-09, 10:30
Hamas : Son histoire de l’intérieur (33)


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L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

L’affaire Meshaal (2)


Alors qu’il était en prison, Sheikh Yassine avait quelques informations sur ce qui se passait à l’extérieur. Deux groupes de deux personnes d’entre les collègues prisonniers du Hamas, travaillant en alternance, lui fournissaient une assistance physique. Chacun des groupes de prisonniers s’occupait de lui pendant quarante-cinq jours. Lorsque chaque nouvelle équipe était transférée, des messages étaient échangés. La direction du Hamas choisissait ceux qui allaient assister Sheikh Yassine, en accord avec les autorités de la prison, après quelques craintes initiales de la part des autorités. Les prisonniers de chaque faction palestinienne élisaient leur propre direction à l’intérieur de la prison, qui administrait leurs affaires au degré que permettaient les Israéliens. Les autorités de la prison israélienne voulaient choisir les assistants de Sheikh Yassine, mais il le refusa, tout comme la direction du Hamas dans la prison. Le sheikh ne se sentait pas à l’aise avec des étrangers, et la direction du Hamas à l’intérieur de la prison était inquiète de s’assurer que ceux qui étaient auprès de lui étaient dignes de confiance.

Comme les autres prisonniers, Sheikh Yassine avait accès à la radio et à la télévision, bien que seules des chaînes israéliennes fussent autorisées. Il recueillit quelques informations à partir des programmes, et les autorités israéliennes elles-mêmes l’informèrent d’autres développements. Aux moments de crise, les Israéliens l’approchaient parfois, espérant qu’il puisse intervenir pour arrêter la violence. En décembre 1994, les autorités de la prison permirent à Sheikh Yassine une visite de Sheikh Abdullah Nimr Darwish, du mouvement islamique en Israël, et de Dr. Ahmad Tibi, conseiller spécial de Yasser Arafat. Ces deux visiteurs, agissant clairement à la demande des autorités israéliennes, étaient venus pour rechercher l’aide du sheikh pour localiser le corps du soldat israélien Ilan Sa’adon, qui avait été kidnappé et tué par des combattants du Hamas en mai 1989.

De temps en temps, les autorités israéliennes essayaient de persuader Sheikh Yassine d’apparaître à la télévision et de parler à la presse du besoin de mettre fin à la violence. En réponse, il disait : « Je m’oppose à la mise à mort de civils ; je ne soutiens pas cela ». Mais il ajoutait : « C’st vous qui nous forcez à le faire. Vous commencez à tuer, et la réplique suit. Alors restez à l’écart de nos civils et nous nous tiendrons à l’écart des vôtres ». S’il était interrogé au sujet des civils comme cibles, il disait : « Qu’est-ce qui vous rend si sûrs que des civils étaient pris en cibles ? Peut-être que l’attaquant voulait porter la bombe jusqu’à une caserne militaire, mais qu’elle a explosé dans le bus avant qu’il n’y arrive ». A une occasion, il fut interrogé au sujet du double bombardement à Beit Lid le 22 janvier 1995. Ceci était si proche de là où il était retenu à la prison de Kfar Yuna qu’il entendit l’explosion de sa cellule de prison. Vingt-deux soldats israéliens furent tués et cinquante-neuf autres blessés. Il dit : « Par Dieu, combien je suis triste ». Il fut interrogé : « De quelle manière êtes-vous triste ? ». Il dit : « Je suis triste parce que l’effusion de sang n’est pas terminée ». Lorsqu’ils lui demandèrent de faire un appel à une mise à terme de ces opérations, il répondit : « Mais ceci n’aurait pas de sens. Vous devriez arrêter les meurtres d’abord, et ensuite, toute mise à mort s’arrêtera. Gardons les civils à l’écart. Si vous êtes d’accord, nous sommes prêts. Mais voulez-vous que je dise à mon propre peuple d’arrêter alors que vous n’arrêtez pas ? Ce serait illogique ». Une fois, dans une conversation avec des officiers des renseignements israéliens, il proposa un cessez-le-feu à long terme, du genre de ce que l’on appelle un hudna (trêve). Ceci était en 1994, après que le Hamas avait lancé une campagne d’opérations martyres en réplique au massacre de croyants musulmans à Hébron. Le sheikh suggéra que les mises à mort pouvaient prendre fin si les Israéliens acceptaient une liste de conditions. Tout d’abord, ils devaient arrêter de tuer les Palestiniens. Ensuite, ils devaient se retirer jusqu’aux frontières de 1967, restituant ainsi la Cisjordanie et la bande de Gaza aux Palestiniens. Troisièmement, ils devaient libérer tous les prisonniers palestiniens détenus dans leurs prisons. Quatrièmement, ils devaient démanteler toutes les colonies construites en Cisjordanie et à Gaza depuis 1967. Si ces conditions étaient satisfaites, ensuite, proposa-t-il, le Hamas signerait un accord de cessez-le-feu qui pourrait durer quinze, vingt, ou même trente ans.

Sheikh Yassine était devenu conscient que, depuis son emprisonnement, le Hamas s’était énormément développé. Sa branche militaire, les brigades d’Ezzedine Al-Qassam, était devenue sophistiquée et imposante. Toutefois, il faisait aussi face à une sévère opposition, sur un niveau local, régional et international. Il était conscient que 1996 avait de loin été la plus dure année pour le Hamas depuis sa création. En Jordanie ainsi qu’en Palestine, le mouvement avait eu une sévère punition. Le décès de Yaya Ayyash en janvier avait été un coup, et le sommet de Sharm Al-Sheikh du président Clinton de leaders d’à travers le monde en mars avait élevé une déclaration de guerre à l’encontre du Hamas. En réponse au sommet, les forces de sécurité de l’autorité palestinienne, sous le commandement de Muhammad Dahlan à Gaza et de Jibril Al-Rajub en Cisjordanie, avaient commencé à arrêter des leaders et activistes du Hamas. En Jordanie, les autorités sévirent contre les leaders et les institutions du mouvement. Enfin, la crise interne et la lutte de pouvoir au sein des Ikhwan jordaniens eut un coût sur leur capacité à soutenir leurs frères du Hamas.

Ce jeudi 30 septembre, à environ 20h30, un gardien de prison demanda aux deux compagnons de Sheikh Yassine de le monter dans son bureau. Au début, ses compagnons déclarèrent qu’il ne se sentait pas assez bien pour y aller et suggérèrent que quiconque voulait parler au sheikh vienne à lui. Toutefois, les gardes insistèrent, au point que le sheikh sentit qu’il devait voir de quoi il s’agissait. Dans le bureau se trouvaient trois officiers de police de haut rang et deux hauts officiers de l’armée, qui lui firent une surprenante proposition. Ils dirent : « Vous avez une bonne opportunité de rentrer chez vous ; acceptez-vous ? ». « Bien sûr que j’accepte », répondit-il. Ils poursuivirent : « Le roi Hussein s’est adressé à Netanyahu : ils se mirent d’accord pour que vous puissiez vous rendre en Jordanie, et ensuite, tout ce sur quoi vous et le roi vous mettrez d’accord se produira ». Sheikh Yassine répondit : « Non, je n’accepte que de rentrer chez moi. Aller en Jordanie pour penser à quelque chose avec le roi ne me convient pas ; je n’accepte pas ». Les Israéliens semblaient déterminés à le libérer et firent de leur mieux pour le convaincre qu’il n’avait pas besoin de s’inquiéter. Il ne savait toujours pas pourquoi cela avait lieu, et il n’était pas inquiet de le demander. Les Israéliens ne voulaient rien mettre par écrit. Ils déclarèrent que comme il discuterait avec le roi, il n’avait rien à craindre. Sheikh Yassine insista. Après trois heures de discussions, ils cédèrent à ses demandes et signèrent leurs noms pour un engagement disant qu’il retournerait chez lui, après une brève visite en Jordanie pour un contrôle et un traitement médicaux. Il demanda ensuite à ce que ses deux compagnons soient libérés avec lui : l’un d’entre eux avait terminé trois ans de sa peine de douze ans, et l’autre avait fini cinq ans sur huit. Les Israéliens acceptèrent de libérer l’un d’entre eux, Ra’id Balbul, ce que Sheikh Yassine accepta.

Un hélicoptère de l’armée jordanienne emmena le sheikh et son compagnon au centre médical Al-Hussein à Amman, où il arriva à environ deux heures du matin. En dépit de l’heure tardive, il trouva le roi Hussein et le premier ministre Abd Al-Salam Al-Majali l’attendant, avec plusieurs hauts officiels jordaniens et quelques représentants du Hamas. Il apprit plus tard d’officiels du Hamas à Amman que le roi Hussein avait demandé sa libération. Le roi avait été extrêmement irrité par la tentative d’assassinat réalisée à l’encontre de la vie du chef du bureau politique du Hamas Khaled Meshaal cinq jours plus tôt à Amman par deux agents israéliens du Mossad.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
24-06-09, 20:58
Hamas : Son histoire de l’intérieur (34)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’ Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

L’affaire Meshaal (3)


L’aventure ratée du Mossad

Dans les premières heures du jeudi 25 septembre 1997, deux berlines Hyundai quittèrent l’enceinte de l’ambassade israélienne dans le quartier Rabiyah d’Amman. Leur destination était la résidence de Khaled Meshaal à Shumaysani. La première voiture, avec une plaque d’immatriculation verte signifiant que le véhicule était une voiture louée, transportait une équipe de quatre membres de l’unité israélienne Kidon. L’équipe se composait d’un chauffeur, un garde et deux tueurs à gages, John Kendall, âgé de 28 ans, et Barry Beads, 36 ans. Les deux assassins étaient entrés en Jordanie un jour plus tôt, voyageant avec des passeports canadiens. La seconde voiture, avec une plaque d’immatriculation diplomatique, conduisait une équipe de quatre agents du Mossad, dont un médecin. Les deux voitures attendirent que Meshaal quitte sa résidence à environ dix heures du matin, dans sa voiture conduite par un chauffeur, avec son garde du corps Muhammad Abu Sayf et trois de ses enfants. Le jeudi était le premier jour du répit du week-end en Jordanie, alors les enfants n’étaient pas à l’école. Les enfants de Meshaal accompagnaient leur père à son bureau dans le bâtiment Shamiyah dans la rue Wasfi al-Tal, et devaient être emmenés de là au coiffeur, pour se faire couper les cheveux.

La voiture louée suivit Meshaal jusqu’à son bureau, alors que l’autre voiture se dirigea vers la rue proche Makkah. Alors que Meshaal quitta la voiture et marcha vers l’entrée du bâtiment, Kendall et Beads se précipitèrent derrière lui. L’un d’entre eux portait un appareil masqué pour faire croire à un bandage à la main, et apparemment, il ne remarqua pas le garde du corps de Meshaal, qui était toujours dans la voiture. L’agent portant l’appareil bondit sur Meshaal, le pointant sur son oreille gauche. Meshaal rapporta plus tard qu’il sentit comme un choc électrique. Sur le moment, il était difficile de savoir ce que l’appareil était. Meshaal survécut à l’attaque, et Abu Sayf poursuivit les deux agents du Mossad. Entre-temps, le chauffeur de Meshaal l’emmena rapidement à son bureau.

Abu Sayf réussit à arrêter les agents israéliens, après une dure lutte et avec l’aide de passants. Il fut assisté par Sa’d Na’im al-Khatib, un officier dans l’ Armée de Libération de la Palestine située en Jordanie, qui se trouvait être dans les parages lorsque les deux agents israéliens essayèrent de s’enfuir. Abu Sayf saignait gravement, ayant été frappé à la tête par un objet en métal par l’un des agents. Les deux agents furent remis à la police jordanienne. Abu Sayf dit à l’officier en charge qu’ils étaient des agents israéliens qui avaient tenté d’assassiner Khaled Meshaal, le chef du bureau politique du Hamas. L’officier envoya Abu Sayf avec une ambulance au centre de traitement médical Al-Hussein. En y allant, il appela le bureau de Khaled Meshaal avec son téléphone mobile, confirmant avoir arrêté les deux agents et qu’ils étaient maintenant détenus par la police.

Entre-temps, Khaled Meshaal envoya ses enfants à la maison avec le chauffeur et demanda à un employé de le conduire à la maison de Muhammad Nazzal, le représentant du Hamas en Jordanie, qui avait déjà été alerté et qui s’était immédiatement précipité de retourner chez lui. Nazzal convoqua immédiatement les autres membres du bureau politique à un meeting d’urgence chez lui. Nazzal décida de publier un communiqué de presse et appela Randa Habib, un correspondant de l’ Agence France Presse (AFP), qui à son tour contacta le ministre de l’information jordanien Samir Mutawi’. Mutawi’ déclara ne rien savoir de l’incident mais promit de faire des enquêtes. Il appela Habib peu de temps après, et nia qu’un tel incident eut lieu, déclarant qu’une discussion entre Khaled Meshaal et deux touristes canadiens qui faisaient du shopping s’était développée en dispute lorsque le garde du corps de Meshaal, Abu Sayf, avait commencé à les gêner. Cependant, l’ AFP soutint une déclaration faite par Muhammad Nazzal confirmant la tentative d’assassinat. Ce rapport parvint bientôt au directeur du DRG, Samih al-Battikhi, qui clamait être enragé par ce qu’il insistait à dire être de fausses allégations du Hamas. Al-Battikhi contacta immédiatement Moussa Abu Marzouq pour protester contre ce que Nazzal avait dit, qualifiant Nazzal de menteur. Il insista que selon ses propres sources, ce qui s’était passé n’était rien qu’une dispute entre le personnel de Meshaal et les supposés touristes canadiens.

Chez Muhammad Nazzal, Meshaal décrivit à ses collègues ce qui lui était arrivé. Il dit que les deux hommes l’attaquèrent de derrière, utilisant ce qui semblait lui être une sorte d’appareil sophistiqué. Enfin ne le toucha pas mais fit un son fort et retentissant dans son oreille, qui commença à sonner. Alors qu’il décrivait à ses collègues du Hamas comment tout son corps s’était mis à trembler, comme s’il avait été sujet à un choc électrique, il commença à se sentir étourdi et malade. Réalisant que quelque chose n’allait vraiment pas, ses collègues se hâtèrent de l’emmener de suite à l’ Hôpital Islamique à Amman. Il arriva à l’hôpital à environ une heure vingt de l’après-midi, où il commença à perdre conscience. Les tests conduits sur lui ne montrèrent que peu de chose, à part que le niveau d’oxygène dans son sang continuait à tomber, bien qu’il ne cessât de lui être donné de l’oxygène. Les nouvelles de l’attaque sur lui s’était déjà répandu à travers le pays, et des figures-clés de différents groupes politiques dont les Ikhwan jordaniens commencèrent à arriver à l’hôpital pour le voir. Le leader des Ikhwan Dr. Abdullah Al-‘Akaylah, qui était aussi un membre du parlement jordanien, commença à appeler des hauts officiels du gouvernement, les appelant à informer le roi.

Alors que ces événements dramatiques se succédaient rapidement, les tueurs professionnels en détention policière continuaient à prétendre être des touristes canadiens qui ne s’occupaient que de leur propre affaire lorsqu’ Abu Sayf les attaqua sans qu’il n’y ait eu de provocation. L’officier de police en charge, suite à la procédure normale, téléphona la légation canadienne à Amman pour reporter l’incident, demandant la présence immédiate d’un représentant consulaire canadien. Lorsque le diplomate arriva à la station de police, lui et l’officier de police furent tous deux étonnés par l’insolence des deux détenus. Ils ne montrèrent aucune courtoisie au représentant canadien et refusèrent d’accepter sa proposition d’assistance, bien qu’ils continuassent d’affirmer qu’ils étaient des citoyens canadiens. Au vu de la déclaration d’ Abu Sayf, qu’il avait à nouveau confirmé lorsqu’il était retourné de l’hôpital à la station de police, l’officier de police avait ses propres soupçons à l’égard de ces deux hommes. Il reporta donc l’incident à ses supérieurs au ministère e l’intérieur, qui placèrent les deux hommes en détention au DRG pour plus d’investigation.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
04-07-09, 14:43
Hamas : Son histoire de l’intérieur (35)





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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


L’affaire Meshaal (4)



L’officiel de haut rang du Mossad à Amman avait été conscient du complot et avait été directement impliqué dans sa planification et son exécution. Il avait déjà appris de l’unité de soutien, dont les membres avaient fui la scène pour prendre refuge à l’intérieur de l’ambassade israélienne, que la mission était allée de travers et que les deux agents avaient été arrêtés. Il téléphona Samih Al-Battikhi pour lui dire que les deux hommes en détention étaient ses agents et qu’il ne devait pas leur être fait de mal. Il ajouta que le gouvernement israélien sera en contact avec le roi Hussein dans peu de temps. Lorsque l’affaire fut apportée à l’attention du roi, il s’en occupa immédiatement. Les deux agents du Mossad détenus jusque-là se confessèrent et avouèrent avoir utilisé une sorte de poison dans l’intention de tuer Meshaal. Le roi Hussein donna pour ordre de transférer Meshaal au centre médical Al-Hussein, où une équipe de médecins hautement qualifiés tentèrent de diagnostiquer sa condition et d’enquêter sur ses causes. Il fit aussi venir un spécialiste de la clinique Mayo aux Etats-Unis, où il avait lui-même été un patient pour recevoir un traitement pour un cancer. En outre, il informa le président américain Bill Clinton de ce qu’Israël avait tenté de faire sur le sol de son pays, en dépit du traité de paix entre les deux pays. Il demanda au président Clinton d’insister pour qu’Israël révèle la nature du poison employé dans la tentative d’assassinat et de fournir quelque antidote qui puisse exister.

Bien que les tueurs à gages du Mossad eussent été bien assez proches pour tirer sur Meshaal et le tuer, le plan avait été de l’éliminer en silence et sans créer d’incident international. Il était supposé s’effondrer et mourir mystérieusement. L’intention était qu’un message serait délivré au Hamas, alors qu’Israël aurait continué à nier sa responsabilité. Cependant, en ayant tenté d’éviter un incident international, les Israéliens s’étaient impliqués dans une autre situation de nature très embarrassante. L’objectif d’Israël était maintenant de réduire autant que possible le tort causé à ses relations avec la Jordanie tout en assurant la libération et le retour en sécurité de ses agents. Leur détention prolongée et leur interrogation par les Jordaniens allaient probablement dévoiler le réseau de soutien local pour l’opération du Mossad à l’intérieur de la Jordanie. Les Américains répondirent à la requête du roi Hussein en insistant auprès des Israéliens pour qu’ils envoient l’antidote pour sauver la vie de Meshaal. Sans cet antidote, il n’aurait pu survivre longtemps. L’effet du poison était tel que sans un ventilateur mécanique, les poumons de la victime s’effondreraient au moment où il s’endormirait ou perdrait conscience.

Le 30 septembre, cinq jours après la tentative à l’encontre de la vie de Meshaal, le roi Hussein s’adressa à un rassemblement de masse dans la ville jordanienne de Zarqa. Dans son discours, il appela le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à « apparaître avec une initiative innovatrice et à reconstruire les ponts de confiance mutuelle en libérant Sheikh Ahmad Yassine et d’autres prisonniers palestiniens » retenus en détention israélienne. En moins de vingt-quatre heures, le sheikh était sur le sol jordanien. Alors qu’en Jordanie, Sheikh Yassine devient le centre d’attention des médias du monde. L’épisode plaça le Hamas une fois de plus sous les feux des projecteurs, et permit aussi d’apaiser la tension qui avait eu lieu entre le Hamas et le régime jordanien. Certains leaders du Hamas considèrent que la tentative d’assassinat échouée vint au secours des relations entre la Jordanie et le Hamas, qui s’était retrouvé au bord d’un effondrement total. Les relations entre le Hamas et l’autorité palestinienne s’améliorèrent aussi, bien qu’à la base, l’autorité palestinienne fût jalouse, car le roi Hussein avait réussi à assurer la libération de Sheikh Yassine alors qu’elle n’avait pas réussi à le faire. Le résultat négatif pour l’autorité palestinienne fut la poussée donnée au Hamas, à un moment où l’autorité palestinienne et le Fatah s’étaient efforcés pendant deux ans à le marginaliser. Le 2 octobre, le président palestinien Yasser Arafat, qui avait précédemment été sous une pression israélienne et américaine intense pour prendre des mesures plus sévères contre le Hamas, s’envola pour Amman, où, accompagné du roi Hussein, il rendit visite à Sheikh Yassine dans sa chambre d’hôpital en la présence de plusieurs membres du bureau politique du Hamas.

Bien que reconnaissant à l’égard de l’initiative du roi Hussein, qui avait libéré le fondateur de leur mouvement, les leaders du Hamas en Jordanie étaient entièrement pris par surprise. Ils n’avaient pas été consultés sur tout accord impliquant la libération de Sheikh Yassine. Initialement, les officiels jordaniens nièrent qu’il y ait eu un accord, insistant à dire que les agents du Mossad allaient être jugé à Amman en accord avec la loi jordanienne pour la tentative d’assassinat d’un citoyen jordanien. Toutefois, il devint clair qu’un accord avait en fait été établi lorsque les Israéliens insistèrent sur le fait que Sheikh Yassine ne serait pas autorisé à retourner à Gaza à moins que les deux agents israéliens ne fussent libérés. Toutefois, le Hamas ne savait pas que le roi Hussein avait cherché à améliorer les termes de son accord initial avec les Israéliens sur cette affaire. Israël l’accusa de manquer à l’arrangement original en demandant la libération d’autres hauts officiels du Hamas retenus dans des prisons israéliennes. Israël refusa cela, affirmant qu’un tel pas ne ferait qu’accroître la menace de terrorisme et affaiblir davantage, par la même occasion, la demande d’Israël que l’autorité palestinienne soit plus sévère à l’égard du Hamas.



Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
06-07-09, 09:18
Hamas : Son histoire de l’intérieur (36)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


L’affaire Meshaal (5)



Le 5 octobre, le gouvernement du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu publia la première déclaration publique dans laquelle elle avoua sa responsabilité dans la tentative d’assassinat ratée à Amman. Toutefois, la déclaration défendit aussi l’obligation du gouvernement israélien « de protéger les vies de ses citoyens, et de combattre la terreur sans compromis ». Alors que plus de détails apparurent, des rapports de presse dirent que Netanyahu avaient approuvé le plan d’assassinat, qui avait été conçu par le Mossad. Des officiels du gouvernement israélien étaient furieux à cause d’une histoire qui apparut dans le Times de Londres, déclarant que Netanyahu avait insisté sur la tentative d’assassinat devant les objectifs d’officiels du Mossad. Selon le Times, Netanyahu voulait se venger des bombardements du Hamas et ne faisait pas vraiment attention à quel officiel du Hamas serait assassiné. Les assistants de Netanyahu nièrent avec force l’histoire, bien qu’elle ne fît que confirmer une déclaration faite le 4 novembre par le chef du Mossad, Danny Yatom. Yatom dit à une commission parlementaire israélienne d’enquête sur l’opération ratée que le premier ministre Netanyahu avait joué un rôle direct dans la tentative d’assassinat de Meshaal. Dans ses huit heures de témoignage, Yatom a mit le blâme sur le premier ministre pour l’opération échouée, affirmant que Netanyahu avait ordonné au Mossad d’assassiner le leader du Hamas contre le conseil du Mossad. Selon la télévision israélienne, Yatom dit à la sous-commission du comité des affaires étrangères et de la défense de la Knesset qu’il avait été opposé au plan. Yatom dit qu’il avait personnellement préféré une cible différente dans un continent différent. Cependant, le premier ministre Netanyahu, le ministre de la défense Yitzhak Mordechai, et Ami Ayalon, chef du Shin Bet, avaient décidé de prendre en cible Meshaal, car il était une « cible de plus grande qualité ». Selon le rapport de la télévision israélienne, Yatom était ennuyé que d’autres décidaient de ses priorités d’opération et évaluaient la qualité de ses cibles.

Néanmoins, lundi 16 février 1998, l’équipe de trois hommes désignée pour enquêter sur ce qui était devenu l’affaire la plus embarrassante de l’histoire du Mossad, nettoya Netanyahu de tout reproche dans l’assassinat raté. L’enquête officielle sur l’incident mit la majeure partie du blâme pour l’échec de l’attaque sur le dos du Mossad, et décrivit le complot d’assassinat d’amateur. Le 24 février, Netanyahu accepta la démission de Danny Yatom, qui avait été le chef du Mossad pendant deux ans. Il est important de mentionner que l’enquête parlementaire israélienne ne fut suggérée que par l’échec de l’opération. Elle s’était concentrée à chercher à savoir pourquoi l’opération avait échoué plutôt que de chercher à savoir pourquoi elle avait été autorisée ou qui l’avait autorisée. En d’autres termes, pour les institutions politiques d’Israël, il n’y avait rien de moralement incorrect dans l’assassinat de Meshaal, si l’opération restait secrète, sans qu’il n’y ait de répercussions pour Israël. L’opération était justifiée par le simple fait que Khaled Meshaal était, comme décrit par l’enquête, « un haut chef du Hamas avec une responsabilité directe dans le meurtre d’Israéliens ». Des rapports de presse en Israël citèrent le membre du cabinet Danny Naveh, un assistant de Netanyahu, en disant que l’opération était justifiée. Naveh ajouta : « Il est de la responsabilité du gouvernement d’Israël de protéger la vie de ses citoyens et de combattre le terrorisme sans faire de compromis. Meshaal est considéré comme la figure numéro un du Hamas, il est responsable du meurtre d’innocents Israéliens ». Des politiciens israéliens dirent que le Mossad leur assura que Meshaal avait donné l’ordre pour les deux bombardements à Jérusalem le 30 juillet et le 4 septembre 1997, qui tuèrent vingt-et-une personnes et pour lesquels le Hamas revendiquait sa responsabilité.

En dépit de l’aveu d’Israël de sa responsabilité dans la tentative d’assassinat échouée, les autorités jordaniennes libérèrent les deux agents israéliens. Un communiqué jordanien dit que « les investigations sur les deux personnes qui ont attaqué Khaled Meshaal n’ont rien prouvé. Aucune confirmation ou preuve matérielle contre eux n’a été trouvée, ils ont donc été libérés et ont quitté la Jordanie ». L’après-midi du 6 octobre 1997, deux hélicoptères de l’armée jordanienne, s’envolèrent de l’ouest d’Amman. L’un, du centre médical Al-Hussein, emmena Sheikh Ahmad Yassine à Gaza. L’autre, des proches quartiers généraux du DRG, emmena les deux agents du Mossad à Tel Aviv. Quarante autres prisonniers palestiniens et jordaniens furent libérés de la détention israélienne, ceci faisant partie de l’accord. Certains leaders du Hamas pensèrent que la Jordanie aurait pu obtenir un meilleur accord, peut-être en libérant des centaines de prisonniers palestiniens. D’autres affirmèrent que les agents du Mossad auraient du être poursuivis plutôt que libérés. Toutefois, le courage, la bravoure et la sagesse avec lesquels le roi Hussein traita l’affaire furent reconnus et appréciés par tout le mouvement.

Plusieurs facteurs s’élevèrent pour éveiller la colère du roi Hussein et le pousser à entreprendre une telle action décidée. Tout d’abord, le roi voulait que tout le monde sache que la tentative israélienne d’assassinat de Meshaal sur le sol jordanien était un grave affront. En plus d’être un citoyen jordanien, Mesaal se trouvait dans le pays grâce à un accord conclu avec le Hamas. Le roi considéra la libération de Sheikh Yassine comme une réponse adéquate à l’objectif d’Israël d’exploiter sa relation avec la Jordanie. La prétendue paix cordiale entre Israël et la Jordanie, en comparaison de la paix froide qui existait entre Israël et le reste des pays de la région, était tout ce qui avait permis de rendre l’opération faisable. Le roi fut aussi d’avis que si Sheikh Yassine se trouvait à l’extérieur de la prison, il avait plus de chance d’avoir un impact sur le Hamas pour qu’il modère sa position. En prison, son incarcération continue ne servait qu’à soutenir l’intransigeance des supposés extrémistes au sein du Hamas qui dirigeaient le mouvement depuis que Sheikh Yassin était en prison.

En deuxième lieu, le roi estimait que s’il n’agissait pas avec détermination et fermeté, d’autres incidents de ce genre pouvaient se produire, avec de graves conséquences pour la réputation de la Jordanie comme étant un pays stable et sûr dans la région. Il espérait éviter toute possibilité que son pays puisse être déstabilisé en devenant un champ de bataille entre Israël et le Hamas. Ceci était une inquiétude particulière au vu d’un communiqué publié au nom du Hamas à la suite de la tentative d’assassinat disant qu’Israël avait maintenant agrandi le champ de bataille au-delà de la Palestine. Troisièmement, le roi avait peur que s’il n’agissait pas rapidement contre Israël, les relations entre la Jordanie et les Palestiniens puissent s’en ressentir. Les conséquences de toute détérioration de ce genre avaient le potentiel d’être aussi sérieuses que les événements du septembre noir et de la guerre entre l’ OLP et la Jordanie en 1970. En étant aussi bien ferme que décidé, le roi fit taire les rumeurs déclarant que certains cercles officiels jordaniens pouvaient peut-être même avoir été impliqués dans le complot, ou en avait été informés au préalable. Ces rumeurs s’étaient élevées suite à la réponse méprisante du directeur du DRG Samih Al-Battikhi le premier jour de l’attaque.



Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
18-07-09, 10:56
Hamas : Son histoire de l’intérieur (37)


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L’affaire Meshaal (6)



Le tour international de Yassine

L’échappée miraculeuse de Meshaal et la libération inattendue de Sheikh Yassine furent considérées par les membres et supporters du Hamas comme deux précieux présents du ciel. Sheikh Yassine retourna à Gaza pour voir de lui-même ce qui, en son absence, était advenu du mouvement qu’il avait créé. Il remarqua qu’il était largement regardé non plus seulement comme le leader du Hamas, mais aussi comme le symbole de résistance et de défi pour des millions de Palestiniens qui s’étaient retrouvés trahis par la direction de l’ OLP. Les rassemblements organisés pour célébrer son retour à la patrie furent en réalité un plébiscite sur la position essentielle que lui et son mouvement assumaient dans la lutte palestinienne pour la libération de l’occupation.

Les maladies qu’avait subies le sheikh s’étaient empirées durant les huit ans et demi qu’il avait passés en prison. Les leaders du Hamas en Jordanie firent en sorte qu’il reçoive un traitement en Égypte et qu’il voyage ensuite en Arabie Saoudite, à temps pour la saison de pèlerinage. Il quitta Gaza pour le Caire le 19 février 1998 et se déplaça pour Jeddah en Arabie Saoudite le 4 mars. Les autorités égyptiennes contrôlèrent avec rigueur son séjour à l’hôpital Al-Galaa au Caire. Aucun visiteur ou appel téléphonique ne lui était autorisé. L’attitude de l’ Égypte à l’égard des islamistes en général et ceux affiliés au Frères Musulmans en particuliers était tout sauf amicale. Sans surprise, Sheikh Yassine était impatient de partir. En Arabie Saoudite, en plus de l’accomplissement du pèlerinage, Sheikh Yassine eut l’opportunité de rencontrer plusieurs dignitaires d’à travers le monde et de tenir des discussions avec ses collègues d’entre les leaders du Hamas dans la diaspora palestinienne. Ce fut une occasion en or pour renforcer les liens entre l’intérieur et l’extérieur, pour résoudre des problèmes et s’occuper de certaines questions.

Le sheikh était déjà conscient de la structure et des activités du Hamas à l’extérieur de la Palestine, mais ce fut la première fois où il put apprendre les détails directement des membres du bureau politique du Hamas en Jordanie, qui s’étaient joints à lui pour le pèlerinage. Il conclut de la discussion que l’intérieur et l’extérieur se complétaient l’un l’autre, et que l’intérieur ne pouvait fonctionner sans le composant extérieur du mouvement. L’extérieur avait fourni un support logistique, levé des fonds, établi des relations politiques, réalisé de la publicité et des activités promotionnelles, et il avait mobilisé les masses arabes et musulmanes. Depuis la mise en place de l’autorité palestinienne, produit des accords d’Oslo de 1993, plusieurs tentatives avaient été conduites pour tenter de séparer les deux ailes du Hamas. Israël, l’autorité palestinienne et la Jordanie avaient tous été des joueurs actifs dans ce jeu. La libération de Sheikh Yassine mit fin à toutes les spéculations sur un quelconque désaccord et eut pour effet de consolider les relations entre l’intérieur et l’extérieur.

Après avoir accompli les rites du pèlerinage, Sheikh Yassine fut reçu par le dirigeant d’Arabie Saoudite de l’époque, le prince héritier Abdullah. Le prince montra un grand respect et une admiration manifeste pour le sheikh. On rapporte qu’il dit qu’il pouvait voir « la gloire des Arabes » brillant dans les yeux du sheikh. Immédiatement après, Sheikh Yassine fut inondé d’invitations de gouvernements de la région. A la mi-avril 1998, il quitta l’Arabie Saoudite pour le Qatar, où il fut traité en invité d’honneur, reçu par l’émir et de hauts officiels du gouvernement. Durant son séjour, il commença à enregistrer son “témoignage” pour la chaîne satellitaire arabe Aljazeera, et il fit plusieurs communiqués de presse. Le 25 avril, il critiqua l’autorité palestinienne pour s’être soumise à Israël et aux États-Unis. Dans une interview avec la station de télévision au Qatar, il dit que l’autorité palestinienne ne représentait pas les intérêts du peuple palestinien, mais que le Hamas avait choisi d’éviter la confrontation avec elle tout en continuant son combat contre Israël.

Les propos durs de Sheikh Yassine à l’égard de l’autorité palestinienne reflétaient une profonde irritation qui datait d’après son départ de Gaza, lorsqu’une crise s’éleva entre le Hamas et l’autorité palestinienne. La raison pour cela était l’assassinat mystérieux du haut commandant Muhyiddin Al-Sharif des brigades d’ Ezzeddine Al-Qassam, le 29 mars 1998. L’autorité palestinienne se hâta d’accuser les collègues mêmes d’ Al-Sharif, au sein du Hamas, de l’avoir liquidé pour quelque dispute financière. Un certain nombre d’activistes du Hamas furent arrêtés et torturés pour qu’ils admettent avoir tué leur collègue. L’autorité palestinienne ne réussit à accuser aucun d’entre eux et ne put démontrer ses allégations à l’encontre du Hamas. De son côté, le Hamas accusa Israël d’avoir assassiné Al-Sharif, avec l’aide de quelques éléments de l’autorité palestinienne. Des prospectus à cet effet étaient distribués dans diverses parties des territoires, notamment à l’Université Islamique à Gaza, et dans les universités Al-Najah et Birzeit en Cisjordanie. L’autorité palestinienne répondit avec des attaques contre les trois universités pour saisir le matériel de publicité. Plusieurs leaders estudiantins qui sympathisaient avec le Hamas furent arrêtés, et certains furent torturés. Le 9 avril, le haut leader du Hamas Dr. Abd Al-Aziz Al-Rantissi fut détenu, et un jour plus tard, un autre leader du Hamas, Dr. Ibrahim Al-Maqadmah, fut détenu lorsque sa maison fut envahie.



Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
20-07-09, 13:49
Hamas : Son histoire de l’intérieur (38)





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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

L’affaire Meshaal (7)



Le 28 avril, Sheikh Yassine arriva à Téhéran pour ce qui était en réalité une visite d’ État à la République Islamique d’Iran. Reçu par sa plus haute direction, il loua le « soutien de l’Iran pour le combat des Palestiniens contre Israël ». Il fut cité par les médias internationaux comme ayant dit que les Palestiniens n’arrêteront pas de combattre Israël jusqu’à ce que leurs terres soient libérées. Dans la première semaine de mai, après sa visite en Iran, il se rendit aux Émirats Arabes Unis. Ceci coïncidait avec la conclusion des discussions de paix le 5 mai à Londres, auxquelles assistaient Yasser Arafat et Benjamin Yetanyahu et hébergées par le premier ministre britannique Tony Blair et la secrétaire d’ État américaine Madeleine Albright. Ces discussions firent de petits progrès et furent rejetées par Sheikh Yassine, considérées futiles « à cause du parti pris affiché par la Grande-Bretagne et les États-Unis ». Il dit que les discussions de Londres furent planifiées pour perdre du temps et tromper l’opinion publique internationale. Ses déclarations à Doha, Téhéran et Abu Dhabi n’auraient pas pu venir à un pire moment pour Arafat, qui s’était déjà irrité à cause de l’exercice de relations publiques réussi dans lequel le Hamas était engagé. Le respect et l’hospitalité que Sheikh Yasine recevait de plusieurs gouvernements et l’attention qui lui était accordée par les médias internationaux ennuyaient Arafat.

Il s’avéra peu après qu’ Arafat avait tenté d’écourter le tour de Sheikh Yassine. La communauté musulmane d’Afrique du Sud exposa les machinations d’ Arafat. Un certain nombre de groupes musulmans en Afrique du Sud avaient invité Sheikh Yassine à visiter le pays. Il devait arriver à Johannesbourg vendredi 8 mai 1998 et voyager à Cape Town dimanche 10 mai, en tant qu’invité d’organisations musulmanes dans le pays, dont le Conseil Juridique Musulman. La proposition qu’il visite l’Afrique du Sud avait été suggérée lorsqu’il rencontra deux ministres musulmans du cabinet d’Afrique du Sud en Arabie Saoudite, lors du pèlerinage. L’amitié personnelle de Yasser Arafat avec les chefs du Conseil National Africain au pouvoir en Afrique du Sud lui permit de bloquer le projet. Le 10 mai, alors qu’il était en visite au Koweït, Sheikh Yassine fut informé que le gouvernement d’Afrique du Sud lui avait interdit d’entrer dans le pays. Sa réponse fut qu’il continuait de respecter le président d’Afrique du Sud, Nelson Mandela, et qu’il serait heureux de visiter le pays à une autre occasion. La BBC cita un porte-parole du gouvernement d’Afrique du Sud avouant que l’autorité palestinienne avait exprimé ses serves à l’Afrique du Sud sur la visite proposée par Sheikh Yassine.

L’ Irak, la Jordanie et le Liban furent les trois autres pays qui succombèrent à la pression d’ Arafat et qui refusèrent l’entrée à Sheikh Yassine. Il se peut bien que les chefs politiques de ces pays se soient inquiétés de l’impact à long terme de la visite de Sheikh Yassine et qu’ils aient pris l’approche d’ Arafat comme excuse pour refuser le leader du Hamas. La Jordanie et le Liban avaient de grandes populations palestiniennes qui souhaitaient vivement rencontrer le sheikh et qui auraient pu être agitées sous son influence. La population palestinienne d’Irak était aussi considérable. Les réfugiés en particulier voyaient en la petite figure quadriplégique du sheikh mi-aveugle, mi-sourd et collé à un fauteuil roulant un reflet de leur propre souffrance et de leur résistance. Ils avaient langui, dépéri dans leurs camps, espérant pouvoir un jour retourner dans leurs maisons desquelles eux ou leurs parents avaient été expulsés un demi siècle plus tôt. La persistance et la détermination de Sheikh Yassine face à son adversité personnelle permit au rêve du retour de sembler plus réalisable.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
28-07-09, 12:59
Hamas : Son histoire de l’intérieur (39)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

L’affaire Meshaal (8)


Ailleurs, cependant, le sheikh fut bien reçu. Au Koweït, Arafat n’avait pas d’influence. Les Koweïtiens en général détestaient Arafat à cause de son soutien à l’invasion de Saddam Hussein en 1990. Des centaines de milliers de Palestiniens furent expulsés du Koweït à la fin de la guerre du Golfe en 1991. Dans cet émirat riche en pétrole, Sheikh Yassine tient des discussions avec le dirigeant Sheikh Jabir Al-Ahmad Al-Sabah et le prince héritier Sheikh Sa’d Al-Abdallah Al-Sabah. Le sheikh proposa de servir d’intermédiaire avec l’Irak pour assurer la libération de détenus koweïtiens en Irak, mais les Irakiens refusèrent sa proposition.


Au Yémen, l’étape suivante du tour de Sheikh Yassine, la situation était plus délicate. Le 17 mai 1998, il fut reçu par le président Ali Abdullah Salih, qui était un bon ami de Yasser Arafat. Le leader yéménite appela à l’unité au sein des Palestiniens, ajoutant que les disputes entre factions ne servaient qu’Israël. Le président Ali Abdullah Salih était bien conscient de la tension entre le Hamas et l’autorité palestinienne sur le tour du sheikh. Sheikh Yassine saisit l’occasion pour réitérer la détermination du Hamas à continuer sa lutte jusqu’à ce que le peuple palestinien reprenne ses droits légitimes. De nombreux Yéménites et Palestiniens vivant au Yémen assistèrent à un rassemblement en l’honneur de Sheikh Yassine. Le sheikh reçut aussi une délégation de la section des femmes du mouvement islamique yéménite, qui vient pour présenter son hommage et exprimer son soutien. Jeudi 21 mai 1998, Sheikh Yassine arriva à Damas, où les autorités syriennes le reçurent aimablement. Il parla devant un rassemblement comportant des centaines de réfugiés palestiniens, leur disant que tous les pays qu’il avait visités jusque-là avaient exprimé leur soutien pour le combat du Hamas pour libérer la Palestine.


La dernière étape du tour de quatre mois de Sheikh Yassine était au Soudan, où il arriva le 30 mai. Le porte-parole du parlement soudanais, Hassan Al-Turabi, le loua, disant qu’il représentait « la pulsation du djihad islamique pour la restauration des droits du peuple palestinien ». Durant sa visite officielle d’une semaine, il fut reçut par la direction soudanaise et eut aussi largement le temps de rencontrer des collègues d’entre les leaders du Hamas, qui venaient de Jordanie et d’ailleurs à l’extérieur de la Palestine pour tenir des discussions avec lui sur des questions d’organisation. Sa visite au Soudan fut prolongée de deux semaines pour lui donner suffisamment de temps pour ces discussions.


Une fois son tour dans le monde arabe achevé, des problèmes commencèrent à émerger lorsque Sheikh Yassine souhaita retourner en Palestine comme il lui avait été promis. Les autorités égyptiennes refusèrent de lui accorder une visa d’entrée en Egypte, car ils n’étaient pas sûrs que les Israéliens allaient lui permettre de retourner à Gaza. Les Egyptiens ne souhaitaient pas le voir devenir un résident permanent en tant que déporté sur leur sol. Le gouvernement israélien, entre-temps, tentait de décider s’il était plus dangereux pour Israël de permettre au sheikh de retourner ou de lui interdire le retour. En fin de compte, la dernière option fut considérée comme la plus dangereuse ; le tour de relations publiques extrêmement réussi de Sheikh Yassine n’avait fait qu’accroître était son prestige déjà immense. Le premier ministre Netanyahu décida qu’il était préférable de restreindre le sheikh à la bande de Gaza, où il serait moins capable d’augmenter l’influence générale du Hamas que s’il continuait son tour dans les pays arabes et islamiques. Lundi 22 juin 1998, Sheikh Yassine fut autorisé à entrer en Egypte, où il fut admis une fois de plus à l’hôpital Al-Galaa du Caire pour des tests médicaux. Comme auparavant, les autorités le surveillèrent avec rigueur, n’autorisant aucun visiteur ou appel téléphonique. Le 24 juin 1998, quatre mois et cinq jours après sa date de départ en février, il retourna finalement à Gaza à travers le passage de Rafah.


Les dirigeants d’Israël ainsi que nombre d’observateurs à l’extérieur pensèrent que le principal objectif du tour de Sheikh Yassine avait été de lever des fonds. Les assistants du sheikh et d’autres figures du Hamas à Gaza et en Jordanie soutinrent que ce n’était pas le cas. Dr. Mahmoud Al-Zahhar décrivit les allégations de « propagande israélienne ». Parlant à des journalistes suite à son arrivée à Gaza, Sheikh Yassine dit qu’il était consternée par cette spéculation. Il dit que les pays qu’il avait visités l’avaient invité, et que l’objectif de départ de son séjour en Égypte était de recevoir un traitement médical. Il ajouta qu’il s’était servi de son tour pour exposer l’infortune du peuple palestinien et pour demander un soutien pour lui. Il nia avec force qu’il levait des fonds, ajoutant : « Je n’ai demandé aucune somme ; je n’ai demandé qu’un soutien solide à ceux que j’ai rencontrés ». La plupart des pays qui le reçurent auraient été embarrassés s’il avait tenté de lever des fonds, étant donné le statut sensible du Hamas dans le contexte du consensus général contre le terrorisme. Un an plus tôt seulement, les dirigeants de la plupart des pays visités par Sheikh Yassine avaient été à Sharm Al-Sheikh, écoutant le président Clinton dicter les nouvelles règles d’engagement au Moyen-Orient. Lors de cette rencontre, le Hamas avait été en tête de liste des organisations terroristes illégales.


Bien que Sheikh Yassine soutînt que son tour n’était pas délibérément destiné à lever des fonds, il libéra en réalité un torrent de soutien financier pour le Hamas. C’est de la sorte que la famille royale en Arabie Saoudite, les sheikhs du Qatar et du Koweït, les dirigeants des Emirats Arabes Unis et les dirigeants d’Iran exprimèrent leur sympathie et leur soutien à un mouvement qu’ils admiraient et respectaient. L’image du Hamas avait été très rehaussée par la loyauté du mouvement dans les récentes années devant une campagne générale contre lui dirigée par les Américains. Devant des coups qui se voulaient être fatals, le Hamas avait totalement refusé de modifier sa position et de se soumettre. Des premières arrestations massives de ses membres en 1998 jusqu’à la tentative d’assassinat de Khaled Meshaal neuf ans plus tard, le Hamas continua d’incarner cette renaissance de la gloire arabe que le prince héritier Abdullah Ibn Abd Al-Aziz vit dans le visage de Sheikh Yassine. En parlant en privé, où leurs propos n’étaient pas rapportés à l’administration américaine, la plupart des dirigeants arabes et musulmans, bien qu’ils ne puissent faire que peu de choses, exprimèrent des sentiments de très grand respect pour le Hamas.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
16-08-09, 22:24
Hamas : Son histoire de l’intérieur (40)





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Dr. Azzam Tamimi

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L’affaire Meshaal (9)



L’autre facteur qui servit et sert toujours bien le Hamas est la réputation de ses leaders et activistes au sein des Palestiniens pour leur ascétisme, leur altruisme, leur dévotion et leur honnêteté. Ceci n’est pas une stratégie politique, mais une attitude qui repose dans le cœur des valeurs islamiques. Si cette attitude a une utilité politique, c’est un effet secondaire et non pas son objectif. Le malheur des Palestiniens, que le Hamas s’efforce d’aider, a des ramifications politiques de longue portée et est le résultat d’un profond problème politique. L’altruisme du Hamas est motivé par le principe que le monde appartient à Dieu, qu’Il donne des biens à qui Il veut et refuse des biens à qui Il veut, et que tous ceux qui obtiennent des biens dans cette vie devra s’en expliquer le jour du jugement. Une telle doctrine rend les biens personnels un fardeau plutôt qu’un bénéfice. Le véritable profit, toutefois, serait de dépenser plus afin d’aider ceux qui se trouvent dans le besoin. Non seulement cela soulage du poids de la richesse, mais en réalité, cela apporte de plus des récompenses illimitées. L’incarnation de cette éthique dans le Hamas rassure les donateurs, sachant que leur argent est entre de bonnes mains. Par exemple, lorsque Sheikh Yassine retourna à Gaza, ses collègues du Hamas suggérèrent de lui allouer mille dollars. Il refusa de prendre plus que l’équivalent de six cents dollars, car il pensait qu’il n’avait pas besoin de plus pour vivre confortablement. L’exemple de Sheikh Yassine fut suivi dans les rangs du mouvement. Personne ne rejoint le Hamas pour faire de l’argent ni n’est devenu riche en raison de sa position en son sein.

Enfin, les donateurs étaient conscients que seule une petite fraction de leur argent récolté par le Hamas allait être employé pour des objectifs militaires. La plus grande partie de l’argent récolté allait être orienté vers des institutions sociales et éducationnelles qui, avec l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) et une poignée d’ONG, portaient la charge de garder un aspect de société palestinienne en vie. Le Hamas avait mis en place et dirigé une rangée d’institutions éducationnelles allant de l’école maternelle à l’université, ainsi que d’institutions médicales allant de la petite clinique rurale à l’hôpital général multidisciplinaire, et d’institutions sociales allant de l’orphelinat au centre de formation professionnelle. Toutes ces institutions rendaient leurs services au public sans frais. Le mouvement mit aussi en place un vaste réseau d’associations qui donnaient une assistance urgente à des centaines de familles qui avaient été laissées sans gagne-pain. A l’opposé, les hauts officiels de l’autorité palestinienne étaient vus comme se faisant payer des sommes exagérément élevées. Entre-temps, un nombre toujours plus élevé de personnes étaient employées dans les services de sécurité en extension, dont la tâche était de contrôler les territoires palestiniens occupés pour Israël. En outre, l’autorité palestinienne maintenait aussi une large bureaucratie, qui assurait la loyauté de ses employés en les élevant au-dessus du seuil de pauvreté auquel la plupart des Palestiniens se trouvaient, et qui servait en même temps à accroître la disparité des moyens économiques entre les Palestiniens.


Fin du chapitre 5.



Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
16-08-09, 22:33
Hamas : Son histoire de l’intérieur (41)


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Dr. Azzam Tamimi



L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Hors de la Jordanie (1)



Nous avons pas choisi de quitter la Jordanie… Nous avons été déportés… Nous avons été emmenés de la prison enchaînés directement à l’aéroport et à l’avion.
- Khaled Meshaal


Même si vous deviez m’abandonner dans les ruelles de Bangkok, je ne mettrais pas mon nom sur un tel communiqué humiliant. [1] (http://www.palestine-info.cc/Fr/default.aspx?xyz=U6Qq7k%2bcOd87MDI46m9rUxJEpMO%2bi 1s7%2fYUWwEl0vyCKZFcvPNhUCe5b%2bGilcZWmYqsOoNUXmjz gBS67FZmlbei9fp0tlC9Ka%2blMRi9KM3hb4euH1aSwwdIBv3g F7Aq14ZlVa4vjOgc%3d#_ftn1)
- Ibrahim Ghosheh

Wye River

Le 23 octobre 1998, lorsque Yasser Arafat et Benjamin Netanyahu signèrent un accord qu’ils avaient négocié neufs jours au sommet de Wye River, le processus de paix entre l’autorité palestinienne et Israël avait en réalité été en suspens pendant plus d’un an et demi. Les États-Unis avaient servi d’intermédiaire pour les négociations. Leur président Bill Clinton avait assisté à plusieurs de ses cercles de négociations et avait finalement été témoin de la signature du mémorandum, alors que le roi Hussein de Jordanie était aussi présent. Les discussions s’ouvrirent le 15 octobre, mais peu de progrès fut fait jusqu’au 20 octobre. A cette étape, les obstacles semblaient insurmontables. Yasser Arafat était sous la pression des Américains pour accepter une série de mesures radicales pour contenir le terrorisme palestinien, ce qui était une condition d’Israël pour tout nouveau retrait. Craignant l’échec des discussions, le président Clinton chercha l’assistance du roi Hussein, qui se trouvait être aux États-Unis depuis juillet, subissant un traitement chimiothérapie pour son cancer à la clinique Mayo en Minnesota. Les Américains pensaient que le roi pouvait « aider à convaincre les deux délégations de l’importance de prendre les choix difficiles pour la paix ». En fin de compte, il fut convenu que l’autorité palestinienne allait augmenter ses efforts contre les prétendus terroristes et confisquer les armes illégales, et retirer les termes explicitement hostiles à l’existence d’Israël de la convention nationale palestinienne. En échange, Israël acceptait de se retirer d’encore treize pour cent de la Cisjordanie, de libérer plusieurs centaines de prisonniers palestiniens, de permettre à l’aéroport palestinien à Gaza de s’ouvrir, et de laisser les Palestiniens se déplacer entre la Cisjordanie et la bande de Gaza sans problème.

Les Jordaniens célébrèrent l’accord comme étant le leur, considérant l’effort du roi Hussein comme étant fondamental pour amener les deux parties à un accord. Lorsque le Hamas déclara son opposition à cet accord, disant qu’il allait créer un conflit interne entre les Palestiniens s’il appliqué, les Jordaniens furent, sans surprise, très offensés. Le roi Hussein fut personnellement contrarié lorsque Sheikh Ahmad Yassine, dont il avait pris le mérite de la libération de la détention israélienne, décrivit la signature du mémorandum de Wye River comme étant un acte de trahison, et qu’il remarqua qu’il coûterait aux Palestiniens plus qu’ils n’en profiteraient. Sheikh Yassine continua par publier un avertissement disant que toutes les nouvelles mesures contre le Hamas n’allaient probablement restreindre que temporairement les activités de sa branche militaire, les brigades Ezzeddine Al-Qassam.

La critique de l’accord du Hamas ne pouvait venir à un pire moment. Les relations entre le Hamas et la Jordanie étaient déjà sous grande tension. En outre, l’autorité palestinienne avait mis la pression depuis quelques temps sur la Jordanie pour intervenir contre les leaders du Hamas à Amman, qu’elle croyait être le principal obstacle les empêchant de contenir le Hamas à l’intérieur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. En avril 1998, alors que Sheikh Yassine effectuait son tour dans les pays arabes et islamiques, le roi Hussein reçut une plainte formelle, certainement pas la première, de Yasser Arafat. Arafat attira l’attention sur des rapports dans les médias jordaniens qui citaient des déclarations de leaders du Hamas en Jordanie au sujet de la querelle entre le Hamas et l’autorité palestinienne sur l’assassinat de Muhyiddin Al-Sharif. Le roi Hussein envoya par la suite une lettre au premier ministre Abd As-Salam Al-Majali dans laquelle il fit référence à des « tentatives par les médias locaux de saboter les relations entre la Jordanie et l’autorité palestinienne ». Dans un avertissement interdirection au Hamas, la lettre du roi notait à nouveau la totale reconnaissance de la Jordanie de l’autorité palestinienne comme seul représentant légitime du peuple palestinien et le soutien dévoué de la Jordanie aux aspirations nationales palestiniennes.

Après avoir signé son propre traité de paix avec Israël, la Jordanie avait cessé de permettre aux porte-parole du Hamas en Jordanie pour publier des communiqués au sujet de ses activités militaires à l’intérieur de la Palestine. L’autorité palestinienne s’était efforcée d’obtenir une interdiction similaire sur les communiqués du Hamas touchant à ses affaires avec l’autorité palestinienne. Durant l’affaire Muhyiddin Al-Sharif, Arafat et ses assistants étaient en colère en raison de ce qu’ils virent comme un refus de la Jordanie de soutenir leur version concernant les responsables de l’assassinat d’Al-Sharif fin mars 1998. La lettre du roi Hussein à son premier ministre avait pour intention non seulement de faire taire les porte-parole du Hamas en Jordanie, mais aussi de réprimander les officiels jordaniens qui avaient plus tôt dit que le royaume n’interférerait pas dans la politique palestinienne interne. Apparemment, il y avait aussi l’intention de laisser fuir le message à la presse locale, qui n’avait pas réussi à être convaincue de la version de l’histoire de l’autorité palestinienne.
Peu après la signature du mémorandum de Wye River, les leaders du Hamas en Jordanie sentirent un changement marqué dans l’attitude des autorités jordaniennes envers eux. Après réflexion, Wye River représentait un tournant : il signalait le début de la fin pour la présence du Hamas en Jordanie. Un signe précurseur de ce changement eut lieu lorsque le porte-parole du Hamas Ibrahim Ghosheh fut convoqué par le DRG pour qu’il soit interrogé sur des remarques que la presse avait cité de lui, qu’il aurait faites à un séminaire organisé par les Ikhwan jordaniens dans leurs quartiers généraux à Amman. Il fut interrogé par le sous-directeur du DRG Sa’d Khayr, qui était furieux que Ghosheh eût critiqué l’accord de Wye River en dépit de précédents avertissements adressés aux membres du Hamas en Jordanie, leur demandant de ne pas faire de déclarations publiques à son sujet. La défense de Ghosheh fut qu’il supposait que le meeting était privé et qu’il n’était pas conscient que des journalistes étaient présents.

Les nouveaux troubles causés aux leaders et activités du Hamas à Amman par les autorités poussèrent Khaled Meshaal, le chef du bureau politique du Hamas, à exprimer ses inquiétudes. Lui-même goûtait à ces troubles lorsque le 31 octobre 1998, il fut arrêté à la frontière jordanienne, alors qu’il se rendait à Damas. Il fut obligé de retourner à Amman après avoir été retenu pendant plus d’une heure, alors qu’il fut traité de façon rude et menacé que s’il se rendait à Damas, il ne serait pas autorisé à rentrer en Jordanie. Il avait pour intention de prendre par à un meeting des factions palestiniennes à Damas pour discuter des répercussions de l’accord de Wye River. Dans la même semaine, les autorités jordaniennes empêchèrent Muhammad Nazzal, alors représentant du Hamas en Jordanie, de quitter le pays. Il souhaitait se rendre à Doha, où il avait été invité à prendre part à une discussion en direction sur la chaîne de télévision Aljazeera sur les aspects sécuritaires de l’accord de Wye River. Dans un communiqué en novembre 1998 à l’hebdomadaire jordanien Al-Urdun, Khaled Meshaal se plaignit que quelques membres de la direction du Hamas en Jordanie eussent été sujets à une campagne harcèlement depuis la signature du mémorandum de Wye River. Il révéla aussi les menaces faites pour empêcher le retour de leaders du Hamas s’ils voyageaient à l’extérieur du pays. En décembre, Khaled Meshaal, Ibrahim Ghosheh et Moussa Abu Marzouq furent empêchés de s’envoler pour Damas, où ils devaient assister à une conférence majeure les 12 et 13 décembre. Celle-ci avait été organisée pour protester contre le meeting à Gaza prévu pour le 14 décembre, quand le président Clinton devait s’adresser au conseil national palestinien lors d’un meeting convenu pour abroger les articles de la charte nationale palestinienne niant le droit d’exister à Israël.

Durant la même période, des rumeurs circulaient disant que le bureau politique du Hamas avait décidé de transférer ses bureaux et son équipe d’Amman à Damas. Le journal Al-Quds, qui est publié en Cisjordanie, cita des sources anonymes en disant que Moussa Abu Marzouq avait déjà tenu des discussions avec des officiels syriens à Damas qui avaient donné le feu vert pour leur transfert. Khaled Meshaal nia qu’il eût une telle intention. Dans un communiqué à l’hebdomadaire jordanien Al-Majd, il dit : « Je suis un Jordanien. Je ne pense même pas à quitter la patrie ».

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)



[1] (http://www.palestine-info.cc/Fr/default.aspx?xyz=U6Qq7k%2bcOd87MDI46m9rUxJEpMO%2bi 1s7%2fYUWwEl0vyCKZFcvPNhUCe5b%2bGilcZWmYqsOoNUXmjz gBS67FZmlbei9fp0tlC9Ka%2blMRi9KM3hb4euH1aSwwdIBv3g F7Aq14ZlVa4vjOgc%3d#_ftnref1) Ibrahim Ghosheh, rejetant une demande du sous-directeur du DRG d’écrire un communiqué demandant pardon au roi Abdellah de Jordanie. Aéroport de Bangkok, 29 juin 2001.

NOURA125
16-08-09, 22:44
Hamas : Son histoire de l’intérieur (42)


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Dr. Azzam Tamimi

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Hors de la Jordanie (2)



Une crise fraternelle


En réalité, plus de personnes que ce que Khaled Meshaal avait pu penser se posaient des questions sur la relation du Hamas avec la Jordanie. Il y avait des membres de la haute direction des Ikhwan. Après que l’on empêcha à Meshaal de se rendre à Damas, il convoqua un meeting d’urgence avec les Ikhwan jordaniens pour discuter de la question. Celui-ci prit place chez Abd Al-Majid Dhunaybat, une grande figure des Ikhwan (Al-Muqarib Al-‘Amm). Pour les Ikhwan, les membres du bureau exécutif Haytham Abu Al-Raghib et le suppléant de Dhunaybat, Imad Abu Dayyah, y assistèrent. Du côté du Hamas, Meshaal fut accompagné de Muhammad Nazzal et Ibrahim Ghosheh. Les officiels du Hamas furent consternés lorsque Imad Abu Dayyah leur dit qu’à son avis, il était temps pour le mouvement de reconsidérer ses activités à l’extérieur de la Palestine. Il suggéra que la direction retourne à l’intérieur, comme elle n’avait plus besoin de rester en exil. Il dit qu’une nouvelle réalité prenait forme à l’intérieur de la Palestine, et qu’une entité politique y était en construction, que les gens l’aiment ou non. Il était donc essentiel pour la direction du Hamas d’être à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur de la Palestine. Il poursuivit en soulignant qu’il n’était plus acceptable que les citoyens jordaniens dirigent une organisation palestinienne et que ces leaders du Hamas, qui avaient un double statut de Jordaniens et de Palestiniens, décident de là où reposent leurs engagements. Il était temps de choisir s’ils voulaient être jordaniens ou palestiniens. Comme aucun des leaders des Ikhwan présents ne donna d’avis différent de ce que formula Abu Dayyah, la délégation du Hamas fut obligée de conclure que c’était maintenant la position officielle des Ikhwan. Pour le groupe du Hamas, c’était un choc d’entendre un tel langage d’un membre majeur des Ikhwan, une organisation qui avait joué un rôle pivot dans la création du Hamas et dans le soutien qui lui fut apporté. Cependant, pendant une grande partie des années 1990, un groupe s’était formé au sein des Ikhwan jordaniens qui préférait une séparation effective entre les Ikhwan palestiniens, ou le Hamas, et les Ikhwan jordaniens. Cette faction accueillit le succès apparent du processus de paix, qui portait la promesse d’un État palestinien. Lorsque le mémorandum de Wye River fut signé, cette faction crut que la suite des événements se dirigeait vers l’établissement prochain d’un État palestinien, afin que la direction du Hamas n’ait plus besoin de rester en Jordanie.

Du début de 1999, le fonctionnement du Hamas en Jordanie perdit graduellement du soutien de la part des Ikhwan jordaniens. Le plan de la direction du DRG Al-Battikhi de mettre une barrière entre les Ikhwan et le Hamas semblait avoir bien marché. Ibrahim Ghosheh rapporta que de hauts officiels du Front de l’Action Islamique (FAI) commençait à montrer une gêne à chaque fois qu’il passait dans leur bureau, qu’il partageait. On rapporte qu’un officiel du FAI se plaignit que Khaled Meshaal causait des ennuis. Le directeur du DRG Samih Al-Battikhi avait dit à un certain nombre de membres du FAI que Meshaal avait projeté des opérations militaires contre Israël de son bureau à Amman. Il apparut à Ghosheh que quelques figures du FAI « crurent Al-Battikhi, et s’étaient faits avoir par ses plans ». Le roi Hussein était en phase terminale dans sa maladie de cancer, et Al-Battikhi émergeait comme l’homme le plus puissant en Jordanie. Un bruit courait disant qu’il jouait un rôle pivot dans le remaniement dans la famille royale, lorsque le fils aîné du roi Hussein, le prince Abdullah, remplaça son frère, le prince Hassan, en tant qu’héritier du trône. Pendant quelques mois suite au décès du roi Hussein le 7 février 1999, il sembla qu’ Al-Battikhi eut carte blanche pour diriger le pays.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
03-09-09, 22:04
Hamas : Son histoire de l’intérieur (43)




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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Hors de la Jordanie (3)


La défaite de Benjamin Netanyahu face à Ehud Barak dans les élections israéliennes du 17 mai 1999 fut vue dans certains cercles palestiniens comme un prélude pour de nouveaux espoirs pour la paix et la réconciliation. Barak était un candidat aussi bien préféré par l’autorité palestinienne que par ses propres supporters israéliens. L’autorité palestinienne croyait vraiment que Barak était un messager de paix, dont la mission était de mettre fin au conflit. C’était, après tout, avant son arrivée et après une pression considérable de la part des Américains, que Yasser Arafat décida de mettre en attente la déclaration d’un Etat palestinien qu’il avait précédemment prévue pour le 4 mai 1999. Après réflexion, on peut conjecturé que l’élection de Barak poussa la décision de la Jordanie à préparer le chemin pour l’autorité palestinienne en réduisant au silence pour de bon le Hamas en Jordanie. Tout ce qui restait était la question du quand et du comment.

Pendant plusieurs mois, l’autorité palestinienne, Israël et les Etats-Unis avaient mis la pression sur le gouvernement jordanien dans ce sens. Entre-temps, les autorités jordaniennes avaient tenté d’utiliser les Ikhwan jordaniens pour réaliser leur objectif anti-Hamas. Un certain nombre de manœuvres eurent lieu durant au cours de l’été 1999. Une autre série de messages signés par les soi-disant “cadres du Hamas” fut publiée dans la presse locale, qui fut en réalité une mauvaise campagne contre la direction du Hamas en Jordanie. Le Hamas suspecta que ces quatre communiqués de presse, dont l’un reçu une certaine proéminence dans un quotidien majeur, aient été le travail de Issam Al-Najjar, que le mouvement avait précédemment évincé à cause d’un désaccord majeur qu’il causa entre le Hamas et les Ikhwan jordaniens. Des leaders du Hamas pensèrent aussi que le DRG put être directement impliqué dans l’orchestration d’une campagne pour discréditer le bureau politique du Hamas avant un assaut final. Le principal thème de la campagne déloyale était que les leaders du Hamas en Jordanie étaient corrompus et autoritaires. Comme la plupart d’entre eux s’étaient connus au Koweït avant l’invasion de Saddam Hussein en 1990, ils furent accusés de népotisme et de centralisation du pouvoir entre les mains d’un petit groupe qui excluait les étrangers. Comme dans de précédentes fuites aux médias, peut-être des mêmes sources, les noms de certains activistes du Hamas qui étaient jusque-là inconnus du public furent publiés dans la presse. Certains de ces activistes étaient aussi des membres des Ikhwan jordaniens. Les révélations aggravèrent davantage l’hostilité entre les Ikhwan et le Hamas, qui était accusé par certains leaders des Ikhwan, ainsi que par des officiels du DRG, d’avoir recruté des membres des Ikhwan avec l’objectif d’infiltrer les Ikhwan et de le diriger en fin de compte pour leurs propres objectifs. Finalement, en juillet, un article apparut dans Al-Massa’iyah, un journal du soir jordanien, qui disait que le Hamas avait refusé de changer ses directions et qu’il allait donc être expulsé de la Jordanie.


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NOURA125
22-10-09, 09:28
Hamas : Son histoire de l’intérieur (44)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Hors de la Jordanie (4)

L’attaque

Vers la fin de juillet 1999, Ibrahim Ghosheh fut convoqué au DRG. Lorsqu’il arriva, il fut surpris de trouver une réception exceptionnellement amicale. Il lui fut même donné une autorisation pour garer sa voiture à l’intérieur de la cour du bâtiment du DRG. A son étonnement, un officiel du DRG lui demanda pourquoi des membres du bureau politique du Hamas n’avaient pas visité l’Iran. « Y a-t-il un problème entre vous et l’Iran ? », demanda-t-il. Le sens de cette visite par Ghosheh au DRG et l’implication de la question qui lui était posé allaient devenir clairs un mois plus tard. Le 28 août 1999, les trois hauts officiels du Hamas en Jordanie, Khaled Meshaal, Moussa Abu Marzouq et Ibrahim Ghosheh, commencèrent en fait une visite officielle planifiée à la république islamique d’Iran. Il apparut que c’était le moment que le DRG attendait. Deux jours après que le groupe du Hamas avait quitté la Jordanie, à 15 heures du lundi 30 août, des agents de la sécurité jordanienne attaquèrent et fermèrent plusieurs bureaux du Hamas à Amman, et seize personnes travaillant pour le mouvement furent arrêtées pour être interrogées. Les portes des bureaux furent scellées pour y empêcher l’accès.

Cinq bureaux du Hamas furent attaqués simultanément. L’un d’entre eux était celui d’une société de relations publiques appelée le Centre Contemporain pour l’Information et le Conseil, qui était employée comme une base par Muhammad Nazzal, le représentant du Hamas en Jordanie. Le second était celui de Moussa Abu Marzouq, qui, depuis sa libération de sa détention américaine en mai 1997, avait té le chef adjoint du bureau politique du Hamas. Le troisième bureau appartenait à Ibrahim Ghosheh, le porte-parole officiel du mouvement. Le quatrième était celui de Khaled Meshaal, le chef du bureau politique, qui se trouvait alors dans sa propre demeure, fortifiée et placée sous surveillance depuis la tentative d’assassinat à son encontre par le Mossad en 1997. Le cinquième bureau était celui de Filastin al-Muslimah, la revue mensuelle de l’organe officiel du Hamas. C’était aussi les quartiers généraux des opérations médiatiques du Hamas, dirigées par le membre du bureau politique Izzat Al-Rishiq. Tous les bureaux furent sujets à une fouille complète qui dura plusieurs heures, et des documents, des ordinateurs, des disques et des appareils de stockage électronique furent saisis. Tout le personnel présent à ce moment fut détenu. Muhammad Nazzal fournit un compte-rendu des événements :

« Lorsque les bureaux furent attaqués, j’étais chez moi, occupé à préparer des affaires dans ma nouvelle résidence. Izzat [Ar-Rishq] n’était pas non plus dans son bureau. Je mangeais mon déjeuner lorsque mon secrétaire m’a appelé. J’étais dans une nouvelle maison et il connaissait son numéro de téléphone, il m’a donc appelé sur le téléphone portable d’une personne qui était avec moi. Il a dit que le procureur général du Tribunal de Sécurité d’Etat était là et qu’il voulait que je vienne. J’ai dit : “Pourquoi a-t-il besoin de ma présence ?” Il a répondu : “Parce qu’il y a une autorisation pour fouiller le bureau, et ils veulent que tu sois là comme tu es le propriétaire”. J’avais des doutes : pourquoi insisteraient-ils sur ma présence ? Je me préparais mais n’avais pas encore décidé si j’y allais ou non, lorsque les frères ont appelé pour me dire que tous nos bureaux avaient été attaqués. J’ai réalisé que ce n’était pas qu’une question de fouille des locaux et décidé qu’il était préférable de ne pas y aller en personne, pour que je puisse me laisser de quoi me déplacer et du temps pour réfléchir. J’ai tranché que si j’y allais, j’allais sûrement être arrêté. Puis un officier du DRG m’a appelé sur le même numéro et m’a parlé avec un ton agressif. Il a insisté pour que je sois là, comme si sans ma présence, le bureau ne pouvait être fouillé, mais il serait occupé indéfiniment par les agents de sécurité. Je ne me trompais pas, car je savais déjà qu’ils fouillaient les autres bureaux alors que les frères étaient partis à Téhéran. Tout ce qu’ils voulaient, c’était m’arrêter. Maintenant, nous savons que leur plan était d’arrêter et de détenir tous les membres du bureau politique avant de les expulser de la Jordanie. Quant au personnel, ils l’ont pris en otage. Ils restaient en détention jusqu’à ce que ceux qui étaient encore en fuite aient été arrêtés et que ceux qui se trouvaient à l’extérieur de la Jordanie aient été conseillés de ne pas retourner ».


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
22-10-09, 09:36
Hamas : Son histoire de l’intérieur (45)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Hors de la Jordanie (5)



Le 31 août, les autorités émirent des mandats d’arrestation pour les six hauts leaders du Hamas basés en Jordanie, les trois à Téhéran et les trois qui étaient encore à Amman : Muhammad Nazzal, Sami Khatir et Izzat Al-Rishiq. Sami Khatir fut arrêté le jour du raid, alors que Nazzal et Al-Rishiq se cachèrent. Le gouvernement annonça que les six hommes étaient recherchés pour leur appartenance à une organisation illégale. La mesure mit en colère le Hamas et les Ikhwan jordaniens. Dans la ville de Gaza, Sheikh Yassine condamna l’action, notant qu’elle venait quelques jours avant que la secrétaire d’ État américaine Madeleine Albright visite la région. Il remarqua qu’elle faisait partie d’une campagne « pour mettre la pression sur le Hamas pour qu’il se joigne à l’accord politique, que nous considérons comme étant destiné à frapper la cause palestinienne et à protéger les intérêts israéliens dans la région ». Il demanda au roi Abdullah de Jordanie « d’arrêter cette campagne et de travailler pour consolider les liens fraternels avec le Hamas et le peuple palestinien, pour le bien de la cause palestinienne dans son ensemble ». A Amman, l’organisation des Ikhwan jordaniens émit un communiqué de presse condamnant les raids et décrivant les mesures graves d’insulte aux « sentiments des Jordaniens, des Arabes et des musulmans qui considèrent le Hamas comme l’avant-garde de la nation arabe dans le combat contre l’occupation ».

Imad Al-Alami, un autre membre du bureau politique en ce moment basé à Damas, se joignit aux trois leaders du Hamas bloqués à Téhéran pour des discussions d’urgence. Ils étaient unanimement d’avis qu’ils n’avaient d’autre option que de retourner à Amman. Leur première priorité était de laver leurs noms. Les autorités jordaniennes avaient déclaré qu’ils étaient engagés dans des activités illégales en Jordanie et que des armes avaient été trouvés en leur possession. A moins qu’ils ne reviennent, pensèrent-ils, les accusations leur colleraient pour toujours et ils seraient traités comme des scélérats fugitifs, même s’ils n’avaient commis aucun crime. Pour les rassurer qu’ils prenaient la bonne décision, ils décidèrent de consulter d’autres personnes. Meshaal, Abu Marzouq et Al-Alami s’envolèrent donc pour Damas, alors que Ghosheh resta à Téhéran.

Entre-temps, Muhammad Nazzal, qui se cachait, communiquait avec ses collègues à Téhéran, qui lui conseillait de se rendre aux autorités avec Izzat Al-Rishiq. Il n’aimait pas l’idée et exprima son objectif, mais finit par accepter si cela se faisait de « manière digne », comme il le décrivit. Samedi 4 septembre, lu iet Al-Rishiq acceptèrent de se retrouver à la direction des Ikhwan à Amman, où un rasemblement en soutien au Hamas était organisé. L’idée était pour lui d’effectuer un discours et d’être ensuite arrêté. Ce plan avait été conçu en consultation avec Abd Al-Majid Dhunaybat, Al-Muraqib Al-‘Amm des Ikhwan, et le secrétaire général des Ikhwan, Jamil Abu Bakr.
Lorsque Nazzal et Al-Rishiq arrivèrent au rassemblement, d’autres membres du bureau exécutif des Ikhwan, dont Imad Abu Dayyah et Salim Al-Falahat, protestèrent contre la requête de Nazzal de donner un discours, car « une telle action correspondrait à une provocation flagrante contre le gouvernement et le régime ». C’était une nouvelle manifestation de la division au sein des leaders des Ikhwan jordaniens sur la manière de traiter la crise. Abu Dayyah et Al-Falahat semblaient exercer une grande influence et pouvaient facilement rassembler le reste des membres du bureau exécutif derrière eux. Ils dirent que Nazzal et son collègue étaient libres de s’asseoir dans la foule, sans prononcer aucun discours. Les deux hommes du Hamas refusèrent cela et s’en allèrent, aussi secrètement qu’ils étaient venus, sans qu’ils ne soient vus par les agents de sécurité du DRG. Les deux hommes prirent ensuite des chemins séparés, et pendant plusieurs mois, ils ne se virent que rarement. Nazzal appela Meshaal pour lui parler de l’échec de leur plan, suggérant qu’il serait préférable pour l’instant que lui et Al-Rishiq restent cachés.

A Damas, de constantes consultations avaient lieu, impliquant des membres du conseil de la Shura du Hamas, la plus haute autorité du mouvement, et des représentants des Ikhwan jordaniens, qui soit se rendaient à Damas, soit parlaient par téléphone à partir d’Amman. En dépit d’un communiqué aux termes forts publié par les Ikhwan jordaniens condamnant l’action du gouvernement contre le Hamas, la direction des Ikhwan tentait d’éviter une confrontation directe avec le régime. Dans les premiers jours de la crise, ils dirent aux trois leaders du Hamas retenus à Téhéran de prendre leur propre décision concernant ce qu’ils voulaient faire. Cependant, lorsqu’il devint clair que les trois hommes avaient décidé de retourner en Jordanie, la direction des Ikhwan leur demanda d’attendre et de ne pas agir avec hâte. Une mission des Ikhwan jordaniens à Damas essaya alors de les dissuader de prendre « une action drastique dont les conséquences pourraient être graves ». Les Ikhwan espéraient encore persuader les autorités jordaniennes de résoudre la question amicalement.

A un moment, Nazzal et Al-Rishiq rencontrèrent les membres du bureau exécutif des Ikhwan à un endroit secret à Amman pour organiser d’autres discussions sur la question du retour des trois leaders du Hamas de Téhéran. Tout au long des sept heures de discussions, les membres du bureau exécutif restèrent résolus que les trois hommes ne devaient pas retourner, insistant qu’ils devaient rester à Téhéran jusqu’à ce que les Ikhwan puissent résoudre le problème avec le gouvernement à travers le dialogue. Nazzal et Al-Rishiq étaient d’accord avec cela en principe, mais ils pensaient qu’il n’était pas possible de continuer de la sorte indéfiniment et qu’une date limite devait être placée. Imad Abu Dayyah, toutefois, qui tint un rôle principal dans la rencontre, ne pensait pas qu’il était approprié de placer une date limite, car la question avait besoin d’un traitement délicat. Les frères du Hamas pouvaient être excusés d’avoir suspecté que son intention fût de fixer le destin du Hamas en Jordanie alors que les trois hommes-clés du Hamas étaient à l’extérieur du pays. A l’opposé de cette approche, la plupart de ceux qui sympathisaient avec le Hamas, en Jordanie ainsi qu’ailleurs dans le monde, étaient d’avis que le retour en Jordanie n’était pas seulement la meilleure option, mais la seule option. Il était alors devenu clair que les autorités jordaniennes n’étaient pas intéressées par l’arrestation et le retour de ceux qui se trouvaient à Téhéran. Au contraire, ils espéraient que les mandats d’arrestation contre eux allaient les garder hors de Jordanie pour de bon. En fin de compte, dans une dernière tentatives d’obstruer le retour des trois leaders du Hamas, le bureau exécutif des Ikhwan à Amman convoquèrent un meeting d’urgence du conseil de la Shura des Ikhwan, la plus haute autorité des Ikhwan. Le conseil vota, avec une légère majorité, pour demander à Meshaal et à ses deux collègues de rester à l’extérieur du pays.

Mais c’était trop tard. Le 21 septembre 1999, trois semaines après la fermeture de leurs bureaux dans la capitale jordanienne, les trois leaders du Hamas et les quatre membres du personnel qui les avaient accompagnés quittèrent Téhéran pour Amman via Dubaï, arrivant à l’aéroport international de Queen Alia le lendemain matin. Des agents du DRG les attendaient. Ils furent escortés jusqu’à un lieu de détention, où ils furent séparés, arrêtés et remis à la police. Un état d’urgence fut déclaré à l’aéroport, et l’accès fut refusé au public. Des centaines de sympathisants et de membres de la famille s’étaient dirigés vers l’aéroport pour recevoir les leaders du Hamas à leur arrivée, mais l’entrée leur fut refusée.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
22-10-09, 09:50
Hamas : Son histoire de l’intérieur (46)


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Hors de la Jordanie (6)


Moussa Abu Marzouq fut immédiatement déporté, comme il n’était pas un citoyen jordanien. Le reste fut conduit, avec leurs mains placées fermement derrière leur dos, à la cour militaire du département Marka d’Amman. De l’aéroport, ils prirent une route déviée à travers la campagne pour fuir la presse et le public. A Marka, ils furent présentés devant un procureur militaire, Mahmud Ubaydat. Interrogé pour savoir s’ils voulaient nommer un avocat, ils désignèrent Salih Al-Armuti. Ils passèrent leur première nuit en détention dans les cellules de la station de police centrale à Amman. Le jour suivant, ils furent ramenés à la même cour, où Ubaydat les informa qu’ils étaient accusés d’appartenir à une organisation illégale et d’être en possession illégale d’armes. En plus d’Al-Armuti, une équipe d’avocats se proposèrent pour défendre le groupe, dont Hani Al-Khasawnah, Zuhayr Abu Al-Raghib et Ahmad Bishat. La session dans la cour fut agitée et non-productive. Aucun crime n’avait été commis par aucun des détenus et il était difficile de présenter une poursuite contre eux.

L’affaire fut en effet une des plus étranges et embarrassante que la Jordanie n’avait jamais vues. Le gouvernement était d’un côté, et le sentiment populaire de l’autre. Ce n’était même pas le résultat d’une décision gouvernementale, mais un complot conçu par le DRG, qui avait calculé que les hommes du Hamas allaient simplement rester en dehors de la Jordanie, et cela aurait mis fait à l’affaire. Maintenant qu’ils étaient retournés, le DRG ne pouvait décider ce que son prochain mouvement devait être. L’ironie fut que les mandats d’arrestation avaient été émis pour les trois, mais lorsqu’ils retournèrent volontairement et se laissèrent prendre, ils furent accusés d’avoir touché à l’intégrité de l’Etat par leur retour. Pour leur part, leur intention était de donner à l’Etat une chance de les poursuivre, si une preuve contre eux existait. Entre-temps, Moussa Abu Marzouq s’installa dans la capitale syrienne, Damas, où il discuta de la crise avec d’autres groupes palestiniens en Syrie et communiqua avec des politiciens et chefs de communautés à travers le monde arabe, espérant apporter une pression sur les Jordaniens. La politique du Hamas était de se conduire comme si les arrestations et la fermeture des bureaux n’avaient pas été ordonnées par le roi Abdullah, mais par le DRG, espérant que le roi puisse intervenir et changer la décision. Le mouvement écrivit même au roi, expliquant que la présence de son bureau politique en Jordanie, et toutes ses activités en rapport, faisaient partie d’un accord conclu avec le gouvernement jordanien durant le règne du roi Hussein. Le Hamas, insistaient-ils, ne cherchaient en aucun cas à nuire aux intérêts jordaniens.

Pendant près de deux mois, Meshaal, Ghosheh et leur quatre compagnons du Hamas furent retenus au centre correctionnel d’Al-Juwaydah au sud d’Amman. Selon leur souhait, ils furent séparés du reste des détenus. Les gardiens de prison étaient amicaux, et certains sympathisaient même avec eux et les supportaient. Chaque matin, ils recevaient les deux quotidiens semi-officiels Al-Ra’y et Al-Dustur, tous deux représentant la position du gouvernement. Ils n’avaient accès à aucune autre publication, à part quelques autres vieux ouvrages. Certaines publications comme le quotidien Al-Arab Al-Yawm et les hebdomadaires jordaniens qui sympathisaient avec le Hamas n’étaient pas permis. La radio ne leur était pas autorisée, mais ils avaient une télévision. Celle-ci était toutefois sous le contrôle des gardiens de prison et ne recevait que la chaîne gouvernementale principale de Jordanie. Ils passaient leurs nuits dans des doubles couchettes en métal, apparemment prévue pour rendre le sommeil très inconfortable.

Le groupe changea sa prison en un campement religieux. Du moment où ils se réveillaient, tôt le matin pour la prière de l’aube (salat al-fajr) jusqu’à ce qu’ils aillent au lieu après avoir accompli la dernière des cinq prières quotidiennes (salat al-‘isha), ils suivaient un programme quotidien d’exercices physiques, de récitation du Coran, de cercles d’étude et de récréation. Chaque nuit, après avoir accompli salat al-‘isha, chacun d’entre eux allait au lieu pour se préparer pour le quiz quotidien. Ils se divisaient en deux équipes pour se défier en général sur du savoir et de la poésie. En comparaison avec leur incarcération dans les cellules du DRG, c’était un environnement beaucoup plus digne. Les visites étaient permises deux fois par semaine. Les membres du bureau politique étaient autorisés à rencontrer leurs visiteurs dans le bureau du directeur de prison, alors que leurs compagnons pouvaient parler aux leurs à travers une barrière. Tous les autres membres du Hamas détenus durant cette période, dont le membre du bureau politique Sami Khatir, étaient retenus dans la prison de Qafqafa, près de la ville d’Irbid au nord de la Jordanie.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
22-10-09, 10:00
Hamas : Son histoire de l’intérieur (47)


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Dr. Azzam Tamimi

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Hors de la Jordanie (7)

Après environ deux semaines, le groupe se lança dans une grève de la faim pour exiger leur libération. Cela suivit une seconde apparition devant la cour militaire à Marka, où deux autres charges furent ajoutées à leur procès-verbal qui conduisait potentiellement à la peine de mort. Les nouvelles de leur grève de la faim atteignirent le monde extérieur par le biais de parents en visite. Trois jours plus tard, trois des compagnons furent emmenés au centre médical Al-Hussein à Amman pour un traitement d’urgence. Le vendredi 15 octobre, des centaines de Palestiniens au camp de réfugiés d’Al-Wihdat, près d’Amman, organisèrent une manifestation en solidarité avec les grévistes pour demander la libération des leaders et activistes du Hamas. Pour empêcher que la manifestation ne sorte des limites du camp, les forces de sécurité bloquèrent ses principales entrées, déployant des véhicules blindés et une police anti-émeute à proximité. Quelques officiels des Ikhwan participèrent à la manifestation et s’adressèrent à la foule avant qu’elle ne se soit dispersée.

Cinq jours plus tard, la grève de la faim fut annulée, en réponse aux demandes répétées d’un groupe de personnalités jordaniennes majeures, qui promirent d’intervenir pour mettre fin à la saga. Les prisonniers du Hamas furent invités par une rangée d’éminentes figures, dont l’avocat Zuhayr Abu Al-Raghib, Dr. Ishaq Al-Farhan, Abd Al-Majid Dhunaybat et Haytham Abu Al-Raghib des Ikhwan jordaniens, ainsi que le ministre de la justice Hamzah Haddah, représentant le gouvernement. Une équipe de médecins rendirent visitent aux prisonniers pour exprimer leur solidarité avec eux de la part de l’Association Médicale Jordanienne. Ils effectuèrent des examens médicaux et prescrirent des médicaments pour ceux qui en avaient besoin.

Izzat Al-Rishiq fut finalement arrêté le 7 novembre. Les autorités surveillaient nombre de ses connaissances, dont deux journalistes, Samih Al-Ma’aytah, qui travaillait pour le journal Al-Arab al-Yawm, et Mahmud Al-Khatib, qui avaient tous deux travaillé dans le passé avec Al-Rishiq à Amman. Al-Ma’aytah demanda à Al-Khatib de contacter Al-Rishiq pour dire qu’il avait besoin de le voir rapidement, car il avait un message important pour lui. Quarante-cinq minutes après qu’Al-Rishiq et Al-Khatib aient atteint la résidence d’Al-Ma’aytah à Zarqa, à l’est d’Amman, des agents du DRG soutenus par la police pénétrèrent dans la maison et arrêtèrent les trois hommes. Ils furent retenus dans le bureau du DRG à Zarqa, où Al-Rishiq fut gravement torturé pendant six heures. Le DRG voulait connaître les allers et venus de Muhammad Nazzal, mais Al-Rishiq n’avait en réalité aucune idée d’où se trouvait Nazzal. Il expliqua que chacun avait sa propre maison sûre et que s’ils voulaient se rencontrer, ils le faisaient en se laissant des messages par des connaissances communes. Le DRG ne le crut pas. Ils l’emmenèrent jusqu’à sa précédente maison sûre, un appartement meublé de la rue Mekkah, où ils espéraient piéger Nazzal, qui bien sûr n’apparut jamais. Deux amis d’Al-Rishiq vinrent à l’appartement le jour suivant. Ils furent battus pour qu’ils divulguent le lieu où se trouvait Nazzal, mais ils n’avaient pas plus idée d’où se trouvait Nazzal qu’Al-Rishiq. Al-Rishiq et ses deux compagnons furent envoyés à la prison d’Al-Juwaydah, où ils rejoignirent leurs autres camarades du Hamas. Désespérées, les autorités intensifièrent leur recherche pour trouver Nazzal. Des agents du DRG dans deux voitures surveillaient sa maison et une furent plusieurs fois convoqués aux quartiers généraux du DRG à Amman pour être interrogés sur sa résidence, mais Nazzal continuait à s’échapper.

Le gouvernement se décida. La présence du Hamas en Jordanie devait prendre fin pour de bon, et ses leaders devaient choisir soit de quitter la Jordanie avec le Hamas, soit de rester sans lui. Alors que la crise s’approfondissait, les autorités jordaniennes cherchèrent une fois encore l’assistance des Ikhwan jordaniens, espérant qu’ils convainquent les leaders du Hamas d’accepter de s’en aller paisiblement. L’intention était que leur départ apparaisse comme étant le résultat d’une initiative volontaire. Cela aurait pu laisser la porte ouverte à la restauration des relations à une date future entre le Hamas et le gouvernement jordanien. Les Ikhwan, qui étaient divisés sur la manière de procéder, déclarèrent que leur objectif était une résolution amicale de la crise.

Le 11 novembre, le premier ministre Abd Al-Ra’uf Al-Rawabidah rencontra une délégation des Ikhwan comprenant Abd Al-Majid Dhunaybat, le leader des Ikhwan, et Abd Al-Latif Arabiyat, le secrétaire général du Front de l’Action Islamique, ainsi que Jamil Abu Bakr et Salim Al-Falahat, membres du bureau exécutif des Ikhwan. Cette rencontre signalait l’échec du gouvernement à persuader les officiels du Hamas de renoncer à leur droit de rester en Jordanie. Des négociations devaient être conduites avec les deux membres du bureau politique du Hamas à Damas, car ceux qui étaient emprisonnés en Jordanie refusaient de s’engager dans des discussions alors qu’ils manquaient de liberté. La tentative finale du gouvernement pour résoudre la question vint dans un message du directeur du DRG Samih Al-Battikhi, remis à Khaled Meshaal et à ses collègues détenus par Abdullah al-Akaylah, un membre du parlement en Jordanie et un ancien haut officiel des Ikhwan. Il fut offert à ceux qui étaient en prison l’opportunité de continuer à être des citoyens jordaniens et à être autorisés à rester dans le pays à condition qu’ils abandonnent toute association avec le Hamas. Meshaal répondit : « Nous ne renonçons pas à nos principes et nous n’abandonnerons jamais notre mouvement ». Le gouvernement devait maintenant faire quelque chose pour mettre un terme à la crise, qui commençait à coûter cher à la Jordanie. De nombreux Jordaniens n’étaient pas contents du traitement réservé aux leaders du Hamas emprisonnés qui remportaient la sympathie de plus en plus de gens chaque jour.

Le 20 novembre 1999, les détenus du Hamas à Al-Juwaydah reçurent la visite de leur avocat, Salih Al-Armuti, accompagné du président de l’Association Jordanienne Bar, Sayf Al-Sharif. Al-Sharif dit qu’il apportait un message du premier ministre Abd Al-Ra’uf Al-Rawabidah, demandant à ce qu’ils quittent la Jordanie de façon volontaire. En échange, promesse serait donnée qu’ils pourraient visiter la Jordanie tous les deux ou trois mois, après un arrangement préalable avec les autorités de sécurité. On leur promettait aussi, s’ils acceptaient l’offre, de ne pas être enchaînés lorsqu’ils seraient déportés. Khaled Meshaal et Ibrahim Ghosheh rejetèrent tous deux cette proposition de façon catégorique. Ils dirent qu’ils préféraient être traînés de force enchaînés hors du pays que d’accepter volontairement de partir. Leur avocat quitta la prison pour tenir une conférence de presse, où il déclara que le gouvernement avait déjà décidé de déporter les leaders du Hamas, en dépit de leur volonté de ne pas partir. Le premier ministre Al-Rawabidah fut irrité par le communiqué de presse de l’avocat, car l’affaire était supposée être confidentielle. Il dit à la presse que le gouvernement n’avait pas pris de telle décision. Le premier ministre parla aux journalistes avec une figure-clé des Ikhwan jordaniens à ses côtés, qui assura aussi la presse que le gouvernement n’avait pas décidé de déporter les leaders du Hamas.

Moins de vingt-quatre heures plus tard, toutefois, les leaders du Hamas furent placés dans un avion, contre leur volonté, et envoyés au Qatar. N’ayant pas réussi à trouver Muhammad Nazzal, les autorités jordaniennes avaient apparemment décidé de le laisser en liberté dans le pays.



Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

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22-10-09, 10:29
Hamas : Son histoire de l’intérieur (48)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Hors de la Jordanie (8)

Les liens avec le Qatar

Les autorités jordaniennes dirent au gouvernement Qatari, qui avait été impliqué dans des efforts de médiation, que les leaders du Hamas avaient décidé de quitter la Jordanie de bon gré, et qu’ils avaient eux-mêmes choisi le Qatar pour destination. Le Qatar envoya un jet privé, qui atterrit à l’aéroport Marka d’Amman, pour emmener les leaders du Hamas à Doha. C’est ainsi que l’histoire fut révélée, comme raconté par Ibrahim Ghosheh :

« Peu après avoir accompli la prière du mahgreb (coucher du soleil) le 21 novembre 1999, la police est venue jusqu’à nous et nous a pris tous les trois : moi-même, Meshaal et Al-Rishiq. Ils nous ont rendus nos objets de valeurs et nous ont emmenés. Nos compagnons sont restés derrière. Nous avons ensuite compris qu’après notre départ, ils ont été libérés et autorisés à rentrer. A l’extérieur de la prison, un différent groupe d’homme de sécurité se sont occupés de nous ; ils nous ont enchaînés, nous ont bandé les yeux avec des rubans noirs et nous ont placés dans un fourgon cellulaire. Nous ne savions pas où on nous conduisait. J’ai plaisanté que l’on nous envoyait soit à Al-Jafr soit à Yasser Arafat. Après environ une heure de voyage, j’ai dit que je sentais du café et que je suspectais que nous étions en train de passer par Marka, qui est célèbre pour ses cafés. Un quart d’heure plus tard, le fourgon s’est arrêté et nous pouvions clairement entendre les moteurs d’hélicoptères et d’avions. Ils nous ont laissés dans le fourgon alors qu’ils déchargeaient tous les biens que nous avions. Puis ils ont retirés les rubans et nous avons pu voir un jet privé Qatari à quelques mètres de nous. Ils nous ont dit de monter dans l’avion. Nous avons refusé. Quelqu’un s’est approché, disant qu’il était de la cour royale et que nous n’avions d’autre choix que d’aller au Qatar. Nous avons dit que nous ne voulions pas aller au Qatar. Il a dit : “Cela n’a pas d’importance ; allez juste dans l’avion et discuter de la question à l’intérieur”. Entre-temps, Sami Khatir est arrivé de la prison de Qafqafa. Il n’avait pas été autorisé à changer ses vêtements de prisonnier et n’avait pas d’affaires avec lui. Nous nous sommes assis dans l’avion, dans l’attente, puis le ministre Qatari de l’État pour les affaires étrangères est apparu. Il nous a accueillis en disant : “Maintenant, vous allez nous honorer en venant dans notre pays que vous devez considérer comme le vôtre”. Khaled Meshaal lui a dit : “Mais nous ne voulons pas quitter la Jordanie pour le Qatar”. Le ministre Qatar ia dit : “Attendez un instant !”, et il a ordonné au capitaine de couper le moteur. Il a appelé le ministre jordanien des affaires étrangères Abd Al-Ilah Al-Khatib, qui était à l’aéroport pour lui dire au revoir. Meshaal a dit : au ministre jordanien que nous ne voulions pas partir pour le Qatar. Le ministre a répondu : “Mais vous avez appelé le ministre Qatari des affaires étrangères, pas vrai ?” Meshaal a dit : “J’ai appelé le ministre Qatari des affaires étrangères quant nous étions à Téhéran pour lui demander de servir d’intermédiaire pour notre retour en Jordanie. C’est tout, nous n’avons jamais demandé à aller au Qatar . A la fin, le ministre jordanien a dit : “Voici vos passeports ; vous savez que vous devez partir, et vous n’avez pas le choix”. Meshaal a dit : “Alors nous sommes déportés ?” Le ministre a dit : “Interprétez cela comme vous le souhaitez”. Meshaal s’est tourné vers le ministre Qatari et lui a dit : “Sois témoin que nous sommes déportés. Il y aura un jugement un jour et vous serez appelés à témoigner”. Le ministre Qatari, qui était stupéfait par ce qu’il avait vu et entendu, a dit : “Pour sûr, je témoignerai” ».

Lorsque les leaders du Hamas arrivèrent au Qatar, ils furent traités comme des invités d’honneur. Ils furent reçus chaleureusement à tous les niveaux, depuis le chef d’ État, l’émir du Qatar Sheikh Hamad, jusqu’aux autres. Il leur fut accordé un traitement de VIP, et une liberté totale pour faire ce qu’ils voulaient, dont la liberté de quitter et d’entrer dans le pays. Ils furent tout d’abord logés à l’hôtel Sheraton, mais furent ensuite emmenés à un quartier de villas sous sécurité qui leur furent allouées. A Amman, le gouvernement jordanien continuait d’insister que les leaders du Hamas étaient partis au Qatar selon leur demande, suite à un accord entre le Hamas et les autorités Qataries. Le Hamas et le Qatar nièrent avec force l’allégation jordanienne.

Il se peut bien que le Qatar se soit proposé pour jouer un rôle dans la résolution de la crise. Il ne serait pas excessif de penser que les États-Unis aient pu demander au Qatar de jouer un tel rôle. Toutefois, il n’y a pas de preuve pour suggérer que le Qatar fut impliqué dans un quelconque complot. L’affaire était devenue une gêne pour le régime jordanien et pour tous ceux qui lui avaient mis la pression pour se débarrasser du Hamas, dont les États-Unis. Le résultat avait été une immense sympathie et un grand soutien pour le Hamas en Jordanie qui s’étaient inévitablement gravement reflétés sur le régime jordanien. Le roi Abdullah admit dans une conversation privée avec des visiteurs que ceux qui avaient été accusés d’avoir mis fin à la présence du Hamas en Jordanie avaient mal fait leur travail. Une indication supplémentaire de la colère du roi fut sa décision de décharger Al-Battikhi du poste moins d’un an plus tard. A travers la crise, le roi avait gardé ses distances. Al-Battikhi, avec sa haine personnelle contre le Hamas, avait guidé toute l’opération.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
22-10-09, 10:42
Hamas : Son histoire de l’intérieur (49)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Hors de la Jordanie (9)

La remarque la plus fréquemment entendue en Jordanie à l’époque était que rien de ceci ne se serait produit si le roi Hussein avait encore été en vie. Le roi défunt était connu pour le traitement de telles affaires sensibles avec une profonde sagesse, avec justice et fermeté. Les gens trouvèrent difficile de s’empêcher de faire des comparaisons entre le sort du Hamas sous Abdullah et le traitement qu’il reçut sous son père. C’est le roi Hussein qui sauva la vie de Khaled Meshaal lorsque le Mossad essaya de le tuer. Le roi Hussein avait aussi insisté sur la libération de Sheikh Yassine de la détention israélienne. Enfin, le roi Hussein avait accueilli Moussa Abu Marzouq en Jordanie lorsque les Américains le libérèrent de la détention. La décision du roi Abdullah de laisser les affaires entre les mains de Samih Al-Battikhi, qui fut plus tard déclaré coupable et emprisonné pour fraude et corruption, causa beaucoup de tort à la position du roi dans ses premiers jours sur le trône.

Al-Battikhi avait utilisé le gouvernement de Abd Al-Ra’uf Al-Rawabidah comme un outil et une couverture pour ses propres fins. Il s’était comporté d’une manière frappait même ses plus proches associés. Il crut évidemment que ses pouvoirs étaient illimités et que personne n’avait d’autorité pour l’interroger sur ses actions. Au-dessus de tout, il insista à éloigner le Hamas de la Jordanie de la manière la plus humiliante, alors que cela aurait pu se faire de façon moins désagréable. Les leaders du Hamas savaient quelle pression énorme était exercée sur la Jordanie par Israël, l’autorité palestinienne et les États-Unis. Ils reconnaissaient que leur présence en Jordanie et les activités qu’ils étaient autorisés à conduire étaient tous basés sur un noble accord conclu entre eux et les autorités jordaniennes à l’époque du défunt roi Hussein. Si le nouveau roi souhaitait mettre un terme à cet arrangement, tout ce dont il avait besoin de faire était de dire au Hamas que les circonstances avaient changé et que la Jordanie ne pouvait plus fournir d’abri sûr à ses leaders, avec leurs médias et leurs activités politiques. Ce fut un moyen d’action imprudent et non-nécessaire que d’arrêter les leaders du Hamas et de lancer des accusations absurdes contre eux, alors que tout le monde savait que leur présence et de leur activité en Jordanie étaient parfaitement légales et en accord avec un précédent accord. Les Jordaniens se trompèrent lourdement de jugement. Ils croyaient que le processus de paix entre Israël et l’autorité palestinienne allait faire un bond en avant et que le Hamas déclinerait alors. Ils s’imaginèrent donc qu’ils n’auraient rien à regretter en mettant un terme à l’opération du Hamas.

A Doha, les membres du bureau politique du Hamas affichèrent dès le début leur détermination à se battre pour le droit à retourner en Jordanie. Le groupe du Hamas persuada les Qataris, qui avaient inconsciemment joué un rôle mineur dans leur déportation, qu’ils avaient une responsabilité morale de faciliter leur rapatriement. Les Qataris promirent de n’épargner aucun effort, mais dirent qu’ils voulaient attendre un peu, le temps que le calme revienne. A l’insistance des leaders du Hamas déportés, toutefois, le Qatar reprit bientôt ses efforts de médiation. Le ministre des affaires étrangères Hamad Bin Jassim transmit des messages au roi Abdullah lui-même, lui rappelant que les individus déportés étaient des citoyens jordaniens, qui avaient tout droit, selon la constitution jordanienne, de retourner dans leur pays. Les autorités jordaniennes, d’autre part, voulaient fixer des règles de communication. Par exemple, ils refusaient de reconnaître Khaled Meshaal comme chef du bureau politique du Hamas si la question en considération était son retour en Jordanie en tant que citoyen jordanien. La position des déportés du Hamas était sans équivoque. Ils insistèrent pour que la distinction soit faite entre leur droit absolu, en tant que Jordanien, de vivre en Jordanie et de jouir des droits entiers de leur citoyenneté jordanienne, et leur volonté de diriger l’activité du Hamas à l’intérieur de la Jordanie. Alors que la seconde question était négociable, la première ne l’était pas, et ils ne voulaient faire de compromis là-dessus.

Une délégation jordanienne comportant le directeur du DRG Samih Al-Battikhi et le ministre des affaires étrangèrs Abd Al-Ilah Al-Khatib se rendirent au Qatar pour deux jours au milieu de l’an 2000, quelques mois avant qu’Al-Battikhi ne soit écarté de son travail. Ceux qui regardaient Qatar TV le jour où la délégation fut reçue par l’émir du Qatar ne purent s’empêcher de conclure qu’Al-Battikhi était responsable. En violation du protocole diplomatique, on le vit donnant une lettre du roi Abdullah à l’émir du Qatar. L’objectif de la visite était essentiellement de prier les Qataris de ne pas demander à la Jordanie d’accepter le retour des déportés du Hamas. Al-Battikhi dit à ses hôtes Qataris : « Nous ne les voulons pas ; nous espérions, lorsqu’ils sont partis à Téhéran, qu’ils y restent. Alors arrêtez de nous demander de les reprendre ». Durant les discussions que la délégation tint avec l’émir du Qatar, Al-Battikhi reçut une lettre en réponse au roi Abdullah. Il ouvrit la lettre tout en étant en présence de l’émir, la lut et dit qu’il n’était pas d’accord avec son contenu. L’émir du Qatar lui dit avec colère que la lettre ne lui était pas adressée et qu’il n’aurait pas dû l’ouvrir en premier. En colère suite à l’attitude discourtoise de son invité jordanien, l’émir mit soudainement fin au meeting.

Plus tard au cours de la même année, Khaled Meshaal eut une opportunité de rencontrer le nouveau premier ministre jordanien, Ali Al-Raghib, au sommet de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI) à Doha en novembre 2000. Peu de changement avait eu lieu dans la position de la Jordanie. Le nouveau premier ministre insistait à dire que Meshaal et ses collègues avaient à choisir entre deux options. Premièrement, s’ils acceptaient de renoncer au Hamas, ils pouvaient retourner en Jordanie en tant que citoyens jordaniens. Là, il leur serait possible de rejoindre un parti politique, ou d’en créer un eux-mêmes. Si toutefois, ils choisissaient de s’accrocher au Hamas, ils devraient rendre leurs passeports jordaniens et accepter des passeports de deux ans de validité (du type donné aux Palestiniens résidant temporairement en Jordanie). Ils pourraient alors effectuer des visites limitées en Jordanie s’ils gardaient les autorités de la sécurité informés. Tel était l’arrangement avec le leader du FPLP George Habash et du leader du FDLP Nayif Hawatmah. Clairement, cette rencontre ne fut pas productive.

Le changement de gouvernement en Jordanie, cependant, ainsi que le révocation de Samih Al-Battikhi de son poste, et la seconde Intifada, qui commença en septembre 2000, tout cela prépara la voie à la réhabilitation du membre restant du bureau politique du Hamas en Jodanie, Muhammad Nazzal. Voici comment Nazzal rapporta la résolution de ce problème :

« J’ai commencé à me cacher le 30 août 1999 et est resté ainsi jusqu’au 27 décembre 2000. Durant toute cette période, j’ai continué à être recherché par les autorités, qui n’ont pas arrêté de me chercher jusqu’à ce que la seconde Intifada commence en septembre 2000. Je crois qu’un certain nombre de facteurs sont entrés en jeu. Tout d’abord, le directeur du DRG a été remplacé par son suppléant, Sa’d Khayr. Il aurait été très difficile de voir mon problème se résoudre si Samih Al-Battikhi avait toujours était au pouvoir. Ensuite, un nouveau gouvernement dirigé par le premier ministre Ali Abu Al-Raghib a remplacé celui d’Abd Al-Ra’uf Al-Rawabidah, qui avait largement contribué à la crise. Troisièmement, j’avais un ami à l’intérieur du nouveau cabinet. C’était Faris Al-Nabulsi, premier ministre adjoint et ministre de la justice. Quatrièmement, tout le climat politique avait changé en raison de l’Intifada. Un ami commun m’a contacté pour me parler du souhait de Faris Al-Nabulsi de trouver une solution à mon problème. J’ai dit que j’étais prêt à tout tant que je ne perdais pas ma nationalité jordanienne et qu’il ne m’était pas demander d’abandonner ma position au Hamas. Après une série de contacts, j’ai été informé que le problème avait été résolu et que tout ce que j’avais besoin de faire avant que la situation rentre dans l’ordre était de rencontrer un officiel du DRG. J’ai hésité au début, de peur que cela soit un piège pour m’arrêter. Finalement, j’ai rencontré l’officiel du DRG, qui m’a assuré que je pouvais retourner à une vie normale si je ne m’engageais pas dans une activité médiatique ou politique au nom du Hamas ».


Entre-temps, les Qataris continuèrent à discuter avec la Jordanie pour qu’elle change de position, mais en vain. En mars 2001, le ministre des affaires étrangères Qatari, qui assistait au sommet arabe à Amman, dit à son homologue jordanien et au premier ministre jordanien que « les gens du Hamas insistent à retourner, et si vous ne résolvez pas le problème, ils trouveront un moyen pour rentrer d’eux-mêmes ».

Les Jordaniens semblaient indifférents. Ayant conclu que les autorités jordaniennes n’étaient pas sérieuses sur la résolution du problème, le bureau politique du Hamas, après une réflexion minutieuse, d’envoyer deux de ses membres, Ibrahim Ghosheh et Sami Khatir, pour qu’ils retournent à Amman. Le plan était qu’ils y aillent au début du mois de juin. Mais Khatir ne put finalement pas voyager pour des raisons familiales et Ghosheh dut partir seul. Le gouvernement Qatari fut informé que Ghosheh avait acheté un billet aller simple pour Amman et que son assistance serait appréciée. En retour, les autorités Qataries demandèrent au pilote de l’avion Qatari du passager sur lequel Ghosheh voyageait de ne pas le ramener à Doha, en aucun cas. Le Qatar, déjà non-content de l’attitude jordanienne, était ravi de donner de l’aide à Ghosheh dans son avion pour retourner en Jordanie.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
27-10-09, 12:50
Hamas : Son histoire de l’intérieur (50)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Hors de la Jordanie (10)


L’affaire Ghosheh

L’avion Qatari transportant Ibrahim Ghosheh atterrit à Amman l’après-midi du jeudi 14 juin 2001. Lorsqu’il montra son passeport, il lui fut demandé d’attendre. Un officier s’approcha de lui et lui demanda de le suivre. Il fut placé en détention dans une salle du département d’immigration de l’aéroport. Un lit et un matelas furent apportés dans ce qui allait finalement être sa cellule de prison pour les deux semaines suivantes. Au début, les Jordaniens voulaient remettre Ghosheh dans l’avion qatari et le ramener au Qatar. Le capitaine refusa de l’autoriser à bord, insistant à dire qu’il avait des instructions strictes de son gouvernement. L’avion fut alors lui aussi retenu, et resta pendant deux semaines à l’aéroport international Queen Alia.

Ghosheh fut sujet à un traitement étrange. Pendant une semaine, il ne lui fut pas permis de changer de vêtements. Ses bagages furent laissés là où les bagages des passagers arrivants attendent d’être remis. Ghosheh décrivit le premier jour qu’il passa en détention à l’aéroport :
« Le jour de mon arrivée, ma famille m’attendait. Ils ont attendu cinq heures, puis sont rentrés à la maison. J’ai demandé la permission de les téléphoner à la maison, mais on me l’a refusé. Les journaux m’étaient interdits et il n’y avait pas de télévision. J’avais une radio, mais ils ont pris ses piles. Mes gardes étaient des agents du DRG et des hommes de la Sécurité Préventive. J’ai glissé mon téléphone portable dans ma poche et ai demandé d’aller aux toilettes. Un des gardes m’a suivi et a insisté pour que la porte des toilettes reste ouverte. Il était tout juste à deux mètres de moi. J’ai fait coulé l’eau et ai appelé chez moi. Je lui ai dit d’une voix calme que j’étais OK, et qu’ils ne devaient pas s’inquiéter à mon sujet. J’ai éteint le portable, l’ai mis dans ma poche et suis sorti comme si de rien n’était. Ça a été ma première communication. Puis j’ai fait deux autres appels à l’aube, lorsque les gardes somnolaient. La porte était ouverte, et l’un d’entre eux était assis sur une chaise juste devant moi, mais j’ai parlé en dessous de la couverture. J’étais content de pouvoir rassurer ma famille pour lui dire que j’allais bien ».


A la surprise de Ghosheh, les autorités prétendirent que sa nationalité jordanienne avait déjà été révoquée. Le ministre de l’information jordanien Salib Al-Qallab dit aux journalistes et aux observateurs concernés que Ghosheh n’avait pas été autorisé à l’intérieur parce qu’il n’était plus un citoyen jordanien. Il s’avéra que peu après la déportation des officiels du bureau politique du Hamas, le gouvernement jordanien leur retira leur nationalité, et le droit de leurs familles à la nationalité jordanienne avait aussi été annulé. Les autorités voulaient que Ghosheh quitte le pays volontairement, mais il était inflexible sur la question : la Jordanie, c’était chez lui, et aucune force sur terre ne pouvait le forcer à en sortir. Un officier du DRG connu sous le nom d’Abu Thamir conduisit une grande partie de l’interrogatoire. C’était le même officier qui avait traité avec Ghosheh lorsqu’il fut arrêté et détenu aux quartiers généraux du DRG en 1997. Il vint à minuit le jour de l’arrivée de Ghosheh de Doha, puis l’interrogea chaque jour de la première semaine, ou environ. Il venait à différents moments : parfois l’interrogatoire commençait à minuit, parfois juste avant l’aube et parfois à midi. La privation de sommeil était clairement l’objectif. Il menaça Ghosheh, lui disant que s’il ne quittait pas la Jordanie volontairement, sa nationalité et les nationalités des membres de sa famille seraient révoquées à jamais. Parfois, il menaça de déporter Ghosheh à l’autre bout de la terre.

Après une semaine, Abu Thamir montra des signes de fatigue. Ghosheh fut emmené vers une autre pièce et fut autorisé à prendre ses biens, mais son téléphone portable fut découvert et confisqué. Abu Thamir vint le voir l’après-midi du mercredi 20 juin pour lui dire de s’attendre à un appel téléphonique du ministre des affaires étrangères yéménite. Ghosheh sentit une ruse et décida de ne pas accepter d’appels téléphoniques. Il avait été en isolement total et ne savait pas ce qui se passait autour de lui dans le monde extérieur. Son évaluation était que s’il parlait au ministre des affaires étrangères yéménite et qu’il recevait une invitation de lui à se rendre au Yémen, cela serait mal de sa part de refuser, comme le Hamas avait une bonne relation avec le Yémen. D’autre part, accepter l’invitation signifierait que son combat aurait été vain, et qu’il avait choisi volontairement d’abandonner sa tentative de rentrer chez lui. Le jour suivant, Abu Thamir vint avec un officiel du DRG supérieur à lui, menaçant encore une fois Ghosheh de le forcer à partir en avion s’il n’acceptait pas de s’en aller, et d’être déporté au point le plus distant de la terre. Ils affirmèrent qu’il ne pouvait entrer en Jordanie, car la décision de l’exclure venait du plus haut niveau de l’autorité. Il répondit : « J’ai tout droit d’être dans mon pays. Laissez-moi entrer, et si vous avez quoi que ce soit contre moi, poursuivez-moi en justice ».

Durant la période que Ghosheh passa à l’aéroport Queen Alia, tout le monde arabe suivit le cours de son aventure avec grand intérêt. Il se trouvait dans les titres de l’actualité tous les jours et devint de ce fait un feuilleton quotidien. Entre-temps, divers gouvernements arabes cherchaient activement une résolution à la crise, alors que la Ligue Arabe au Caire annonça qu’elle travaillait avec la Jordanie et le Qatar pour trouver une solution. Le secrétaire général de la Ligue Arabe, Dr. Amr Moussa, parla d’une proposition de la Libye d’envoyer Ghosheh hors de la Jordanie. Entre-temps, à Gaza, Sheikh Yassine appela le roi Abdullah à permettre à Ghosheh de rester. Pour les autorités jordaniennes, toutefois, l’affaire était claire : tant qu’il ne renonçait pas à ses liens avec le Hamas, il ne serait pas autorisé dans le pays. Le Hamas recueillit une fois encore de la sympathie et du soutien à travers la région et au-delà. Pendant toute la durée de l’affaire, la branche des relations publiques du Hamas oeuvra inlassablement pour sa cause et pour garder en vie l’intérêt public pour le malheur de ceux de ses leaders qui avaient été chassés de leur propre pays. Tout ce que Ghosheh avait besoin de faire était de rester persévérant, et c’est ce qu’il fit. Pour ceux qui le connaissaient, ce n’était pas une surprise. C’est un homme très têtu : plus on lui met la pression, plus il endure.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
27-10-09, 13:06
Hamas : Son histoire de l’intérieur (51)



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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Hors de la Jordanie (11)


Le 28 juin, exactement quatorze jours après que Ghosheh atterrit en Jordanie, on lui dit qu’il avait un visiteur spécial. On le ramena dans la pièce où il avait passé sa première semaine en détention, où il trouva, l’attendant, son ancien collègue Muhammad Nazzal, qu’il n’avait pas vu depuis deux ans. Nazzal raconte les origines de cette rencontre :
« Dix jours après la détention d’Ibrahim Ghosheh à l’aéroport, j’ai été contacté par le même officiel du DRG avec qui j’ai négocié les termes de la fin de mon statut de fugitif et de la sortie de ma cachette. Il a dit qu’il voulait me voir d’urgence. Je n’avais aucune idée de ce qu’il voulait. Je suis allé aux quartiers généraux du DRG pour le rencontrer et j’ai découvert que le DRG cherchait désespérément une aide pour mettre un terme à la confrontation avec Ghosheh. Ils m’ont demandé : “Comment allons-nous résoudre ce problème ?” J’ai suggéré de le laisser entrer. Ils ont dit que cela allait être impossible à faire de suite. Cela toucherait au prestige de l’ État, ont-ils expliqué. Ils ont alors suggéré qu’il quitte le pays et qu’il revienne ensuite. J’ai dit qu’il serait très difficile de convaincre les gens du Hamas que la Jordanie le laisserait finalement revenir une fois parti. Je leur ai demandé les garanties qu’ils donneraient prouvant qu’ils le laisseraient entrer. Ils ont dit qu’ils ne souhaitaient pas créer une crise avec un autre État arabe. Ils ont expliqué que leurs relations avec le Qatar avaient déjà été touchées à cause de cette question. J’ai contacté les frères au Qatar et leur ai transmis la proposition du DRG, mais ils n’ont pas accepté l’idée qu’il parte et qu’il revienne ensuite, car ils craignaient qu’il ne serait tout simplement pas autorisé à revenir une fois parti. Les officiers du DRG nous ont demandé de proposer un pays et ont dit qu’ils étaient prêts à l’y emmener et de le ramener par avion. J’ai essayé de persuadé les frères que, selon ma propre estimation personnelle, les Jordaniens étaient sérieux et qu’il n’était pas dans leur intérêt de créer un nouveau problème avec un autre pays arabe. J’ai dit que je les sentais sincères dans leur désir de résoudre le problème. De cette façon, j’ai réussi à convaincre les frères, et nous avons accepté que cela se fasse avec le Yémen. Les frères ont suggéré que la Jordanie contacte les Yéménites, et si les Yéménites acceptaient, il n’y aurait alors pas de problème. Mais ils ont dit qu’ils voulaient quelque chose par écrit. Je leur ai dit qu’il n’était pas accoutumé d’avoir un accord écrit avec les agences de sécurité, mais ils ont insisté. Je suis allé tous les jours au DRG pour finaliser l’accord. A ma surprise, le directeur adjoint du DRG n’a pas eu d’objection quant à l’accord écrit. Il m’a même demandé de dicter le texte. J’ai dicté ce qui suit : “Les frères du bureau politique m’ont autorisé à informer le DRG que nous sommes prêts à autoriser le frère Ibrahim Ghosheh de quitter la Jordanie, à condition qu’il lui est permis de retourner en Jordanie à condition qu’une fois dans le pays, il s’abstienne de toute activité politique et médiatique”. L’officier supérieur du DRG a signé de la part du DRG et j’ai signé mon nom de la part du Hamas ».

La décision de conclure le problème de cette façon semblait avoir été prise car le roi, qui s’était rendu en visite au Royaume-Uni, avait donné pour instructions que l’affaire devait être résolue une fois pour toute avant son retour. Certains observateurs commentèrent à l’époque que peut-être, observant la situation de Londres, le roi put voir le tort causé à l’image de la Jordanie par cette affaire.

Nazzal, qui arriva à l’aéroport en la compagnie du directeur adjoint du DRG, connu sous le nom d’Abu Hashim, expliqua à Ibrahim Ghosheh qu’un accord avait été passé entre le mouvement et le DRG pour qu’il se rende au Yémen et qu’il revienne ensuite. Il lui montra une copie de l’accord écrit signé par les deux parties. Lorsque Ghosheh fut rassuré de savoir que c’était la décision du bureau politique, il accepta, en dépit de ses regrets premiers. Apparemment, rien n’aurait plus donné plus de plaisir à l’officiel du DRG. Il avait essayé sans succès, pendant deux semaines, de persuader Ghosheh de partir. Toutefois, il y eut un obstacle imprévu : le Yémen refusa. Le gouvernement yéménite n’était pas content que le ministre des affaires étrangères jordanien, Abd AL-Ilah Al-Khatib, ait demandé la faveur à son homologue yéménite, ABu Bakr Al-Qirabi. Ils insistèrent pour que le roi Abdullah appelle le président Ali Abdullah Saleh et lui en fasse la demande personnellement. Les Yéménites avaient peur de se retrouver dans la même position que le Qatar, en hôtes malgré eux d’un déporté du Hamas. L’officier du DRG revint vers Nazzal pour lui dire qu’ils étaient dans une réelle situation fâcheuse et qu’il ne savait pas où envoyer Ghosheh. Nazzal suggéra la Syrie. Cependant, ils décidèrent de l’emmener ailleurs. Nazzal ne sut pas ce qui se passa ensuite. Ayant attendu deux heures pour avoir des informations de l’officiel, en vain, il fut reconduit chez lui. Il appela ses collègues du Hamas à Doha et leur dit qu’il ne savait pas où Ghosheh était conduit. Ils contactèrent les Yéménites, qui dirent qu’ils n’avaient passé aucun accord et qu’il ne savait rien du voyage. Les quarante-huit heures suivantes virent une guerre de mots entre le Hamas, qui accusait le DRG d’avoir kidnappé Ghosheh, et le gouvernement jordanien, qui ne savait qu’à peine quoi dire. L’explication commença à émerger lorsque le directeur adjoint du DRG appela le premier ministre Abu Al-Raghib et lui dit que lui et Ghosheh étaient à Bangkok. Le premier ministre explosa de colère, étant le dernier informé, mais appela Nazzal et lui assura qu’aucune ruse n’était jouée et que leur homme serait bientôt de retour à Amman.

Voici comment Ibrahim Ghosheh décrivit ce qui lui arriva après avoir quitté Nazzal :
« Je suis allé dans ma pièce et j’ai quitté Nazzal avec l’officiel du DRG. Deux heures plus tard, l’officiel est venu et m’a demandé de me préparer à partir. Je suis monté à bord de l’avion, pensant que je partais pour le Yémen. Nous étions cinq au total. On m’a assis dans l’avion entre deux gardes, un à ma gauche et un autre à ma droite, comme si l’on voulait m’empêcher de fuir ! Le capitaine annonça que notre destination était Bangkok. Je n’étais pas alarmé, car je savais que cela aurait pu être le Yémen ou tout autre endroit. La raison pour laquelle nous sommes allés à Bangkok était que le seul vol de la Royal Jordanian à quitter Amman ce soir-là partait pour Bangkok. C’était un voyage long et dur avec de fréquentes turbulences. Pour empirer les choses, nous avons atterri à Calcutta pour déposer quelques passagers. A l’arrivée à Bangkok, nous nous sommes présentés à un hôtel de la zone duty free de l’aéroport. Officiellement, nous ne sommes jamais entrés en Thaïlande. Pour préparer la voie à mon retour, il m’a été demandé d’écrire une déclaration, après quoi le roi me donnerait sa permission de retourner à Amman. J’ai écrit une déclaration, que le directeur adjoint du DRG a faxé à son chef, Sa’d Khayr, à Londres, qui se trouvait apparemment avec le roi au cours de sa visite au Royaume-Uni. Ma déclaration ne les a pas satisfaits, et ils ont produit un texte alternatif dans lequel je semblais demander pardon au roi et promettre de rompre tout lien avec le Hamas. J’ai refusé de signer ce que je considérais à une déclaration des plus humiliantes. J’ai dit à l’officiel du DRG qu’il avait mon passeport et mon téléphone portable, et que même s’il devait m’abandonner dans les ruelles de Bangkok, je ne mettrais jamais mon nom sur une déclaration aussi humiliante. Les négociations durèrent six heures avant que nous ne parvenions à un accord. Puis ils m’ont permis d’effectuer un appel téléphonique avec mon épouse en Jordanie pour lui dire que j’étais à Bangkok, que tout allait bien, et que bientôt, je serais sur le chemin du retour pour Amman ».


A environ minuit, les officiers du DRG décidèrent de quitter Bangkok immédiatement. Ils avaient été alertés que les autorités thaïlandaises étaient à leur recherche, car des médias rapportaient qu’un officiel majeur du Hamas était bloqué à l’aéroport de Bangkok. Fuyant ce qui aurait pu être un nouvel épisode embarrassant, ils s’envolèrent sur le premier avion disponible pour Kuala Lumpur. Des arrangements avaient déjà été faits pour qu’ils prennent un vol de la Royal Jordanian de Kuala Lumpur pour Amman, arrivant en Jordanie dans les premières heures du matin du samedi 30 juin 2001.

Dans un effort de se sauver la face, le ministre de l’information jordanien Salih AL-Qallab annonça que le roi avait pardonné à Ibrahim Ghosheh, qui, affirma-t-il, avait promis dans une lettre de renoncer à tous liens avec le Hamas. Il se démena pour nier l’existence d’un accord entre les autorités jordaniennes et le Hamas, insistant que « nous n’avons pas de dialogue avec le Hamas ». En réalité, Ghosheh écrivit dans la lettre : « Je gèlerai mes activités politiques, médiatiques et organisationnelles avec le Hamas », et ne promit jamais de renoncer à tous les liens comme Al-Qallab le prétendait. C’est pourquoi Khaled Meshaal pensa nécessaire de dire aux médias et au public que Ghosheh garderait son rôle au sein du Hamas sous l’accord parvenu avec le gouvernement. Il expliqua que l’accord entre le Hamas et les autorités jordaniennes « stipule qu’Ibrahim Ghosheh arrête toute activité à l’intérieur de la Jordanie au nom du Hamas, et non pas qu’il renonce à son rôle et à sa position dans le mouvement ».

Ce fut la fin de la guerre de retour entre la Jordanie et le Hamas, qui trouva une compensation pour la perte de sa position à Amman avec les gains réalisés dans une multitude d’autres capitales. Sur le plan opérationnel, les leaders du Hamas pouvaient désormais employer Doha, Damas et Beyrouth. La Jordanie, d’autre part, perdit un bien très important : la bonne volonté du Hamas. C’était quelque chose que le défunt roi Hussein avait hautement estimé, le trouvant très utile dans sa conduite de la politique dans la région. Comme les événements allaient le prouver par la suite, la guerre jordanienne avec le Hamas fut une erreur de calcul très coûteuse. A cause de son attaque contre le Hamas, la Jordanie ne joue plus de rôle significatif dans la question palestinienne. Par exemple, la Jordanie ne peut rivaliser avec les accomplissements de l’ Égypte dans les domaines de la médiation, l’aide aux discussions et les négociations entre les différentes factions palestiniennes. Elle ne peut non plus jouer le genre de rôle que la Turquie peut jouer dans le futur, en termes de médiation entre une autorité palestinienne dirigée par le Hamas et Israël.

Ibrahim Ghosheh resta en Jordanie, gardant profil bas et se conformant aux termes de l’accord qui lui permit finalement de rentrer au pays. Cependant, les autorités imposèrent des restrictions sur son voyage à l’étranger. Il ne lui était pas permis de quitter le pays, pas même pour la ‘umra ou le hajj (le petit et le grand pèlerinages), jusqu’en décembre 2005, où il fut autorisé à se rendre à Sanaa au Yémen pour assister à la quatrième conférence des administrateurs de Quds Foundation, duquel il était un administrateur et un membre fondateur.

Muhammad Nazzal, entre-temps, rejoignit le reste des membres du bureau politique du Hamas à Damas. Il visite fréquemment la Jordanie en accord avec un accord qu’il atteignit avec les autorités jordaniennes, qui promirent qu’il serait autorisé à rentrer au pays par un arrangement préalable avec eux, à condition qu’à l’intérieur de la Jordanie, il ne s’engage pas dans des activités politiques ou médiatiques. Les autorités jordaniennes annulèrent leur précédente décision de retrait de la nationalité aux membres jordaniens du bureau politique et leurs personnes à charge. Les familles de tous les officiels du Hamas continuent à être libres de voyager à l’intérieur et à l’extérieur de la Jordanie comme ils le souhaitent.

Entre-temps, les relations entre le Hamas et les Ikhwan jordaniens parvinrent finalement à un équilibre par lequel les deux mouvements s’accordèrent mutuellement à dire qu’ils n’étaient plus la même organisation, en aucun cas. Ils ne partagent plus les mêmes objectifs non plus, comme ils l’avaient fait jusqu’au milieu des années 1990. Ceux qui désiraient une séparation totale entre les deux mouvements voyaient leur vœu se réaliser. Il se peut que le même résultat pût être réalisé, toutefois, de manière à préserver un pont entre les deux organisations. Les Ikhwan jordaniens considèrent maintenant le Hamas comme une organisation illégale en Jordanie. Le Hamas regrette que les événements se soient ainsi terminés, mais il apparaît qu’il n’eut de choix que d’accepter la situation jusqu’à ce que les circonstances puissent changer et que les relations entre le Hamas et le régime jordanien puissent être restaurées. En dépit de tout cela, au niveau du public, le Hamas est toujours très populaire en Jordanie, à l’intérieur comme à l’extérieur des rangs des Ikhwan.


Fin du chapitre.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
01-11-09, 22:19
Hamas : Son histoire de l’intérieur (52)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


L’idéologie de libération du Hamas (1)


Je souhaite ouvertement proclamer au monde que nous ne combattons pas des juifs parce qu’ils sont juifs ! Nous les combattons parce qu’ils nous ont pris d’assaut, nous ont tués, nous ont pris notre terre et nos maisons ; ils ont attaqué nos femmes et nos enfants ; ils nous ont dispersés. Tout ce que nous voulons, c’est nos droits. Nous ne voulons pas plus.
- Sheikh Ahmad Yassine

“Voici pourquoi nous nous battons”

C’est le titre d’un document écrit par le bureau politique du Hamas à la fin des années 1990. C’était une réponse du Hamas à une mission diplomatique européenne à Amman pour expliquer les objectifs, valeurs et idéaux du Hamas. Le document commence avec la déclaration suivante : « Le mouvement de résistance islamique (Hamas) est un mouvement de libération national palestinien qui se base pour la libération des terres palestiniennes occupées et pour la reconnaissance des droits légitimes palestiniens ».

Le langage politique de ce document est très différent des termes hautement religieux avec lesquels la charte du Hamas avait été rédigée. La charte, en arabe Al-Mithaq (le contrat), était la première tentative du Hamas de produire un document écrit pour que les autres comprennent la raison d’être du Hamas. Elle fut publiée le 18 août 1988, moins de neuf mois après la fondation du mouvement. Depuis lors, toutefois, la direction du Hamas ou ses porte-parole officiels l’ont rarement citée et y ont rarement fait allusion. Leur langage est finalement devenu impossible à différencier de celui de tout combattant pour la liberté en Amérique Latine, en Afrique du Sud ou en Asie de l’est. Le 7 mars 2004, la déclaration suivante fut placée sur le site internet d’Ezzedine Al-Qassam par le leader du Hamas à Gaza Dr. Abd Al-Aziz Al-Rantissi, dix jours seulement avant son assassinat par les Israéliens :

« La stratégie du Hamas est soutenue par quatre principes :

1. Notre patrie a été usurpée dans sa totalité, mais nous ne pouvons en abandonner un seul pouce.

2. Il y a un déséquilibre de force évident en faveur de l’ennemi sioniste.

3. Nous ne possédons pas les armements que notre ennemi possède, mais nous avons une foi qui génère une volonté qui ne reconnaît pas la défaite ou la retraite avant que nos objectifs ne soient accomplis. C’est une foi qui exige le sacrifice pour la religion et la patrie.

4. La communauté arabe et islamique est impuissante, faible et divisée, et est donc incapable de soutenir le peuple de Palestine. La communauté internationale est hostile aux espoirs et aux aspirations du peuple palestinien et soutient le terrorisme sioniste. La stratégie du Hamas a par conséquent deux objectifs parallèles :

- résister à l’occupation et affronter l’agression sioniste.

- maintenir l’unité du peuple palestinien et préserver les Palestiniens de la lutte interne, qui gêne la résistance à l’occupation ».

La charte du Hamas fut fréquemment évoquée par ceux qui critiquent le Hamas, la prenant comme preuve soit de son inflexibilité, soit de son anti-sémitisme. Jusqu’à la fin des années 1990, cela ne sembla causer de problème à personne à l’intérieur du mouvement. Apparemment, l’objectif premier de la direction du Hamas était de s’adresser à leur public arabe et musulman à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine, ne prêtant que peu d’attention aux avis du reste du monde concernant le mouvement.

Lorsqu’elle fut préparée, la charte était une représentation honnête de la position idéologique et politique du Hamas à ce moment-là. Le Hamas avait émergé des Ikhwan (les frères musulmans), et la charte était un reflet de la manière dont les Ikhwan percevaient le conflit en Palestine et dont ils voyaient le monde. Sur la première page de la charte, après une citation du Coran (sourate 3 : 110-112), il y a une citation de Hassan Al-Banna, qui fonda les Ikhwan en Egypte en 1928. Banna dit : « Israël sera créée et continuera d’exister jusqu’à ce que l’islam la balaie, tout comme il balaya ce qui vint avant elle ». Alors que les leaders du Hamas d’aujourd’hui ne souhaiteraient pas nécessairement réviser une phraséologie de ce genre, ils sont de plus en plus convaincus que la charte dans son ensemble fut davantage un obstacle qu’une aide. Nombreux admettraient que la préparation et la publication de la charte ne reçut pas assez de réflexion. Une fois préparée, les institutions du Hamas à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine ne furent jamais suffisamment consultées sur son contenu. Selon Khaled Meshaal, la charte fut précipitamment annoncée pour satisfaire ce qui était perçu à l’époque comme un besoin urgent d’introduire au public le mouvement nouvellement fondé. Meshaal ne la considère par comme une vraie expression de la vision générale du mouvement, qui « a été formulée au cours des années par des données des différentes institutions du mouvement ». Il considère la charte comme un document historique, qui donne un aperçu de la philosophie originale du Hamas au moment de son établissement. Cependant, elle « ne doit pas être considérée comme le cadre de référence idéologique fondamental duquel le mouvement tire ses positions, ou sur la base duquel il justifie ses actions ». Ibrahim Ghosheh prend une position similaire. Selon lui, « il va sans dire que les articles de la charte ne sont pas sacrés ; en d’autres termes, ils sont sujets à l’examen et à la révision d’une manière qui ne contredise par les idées majeures avec lesquelles le mouvement émergea et auxquelles il continue d’adhérer ».

De telles clarifications ou réserves sont assez récentes. Jusqu’au début de la seconde Intifada en septembre 2000, très peu de débats eurent lieu au sein du Hamas sur cette question, en dépit du fait que la plupart des critiques levées contre le mouvement impliquassent des références à la charte. C’était comme si le Hamas avait totalement oublié qu’il avait publié une charte, ou comme si ses leaders étaient totalement inconscients de la critique qui avait été dirigée contre lui jusqu’ici. Seulement récemment, certains leaders du Hamas commencèrent à exprimer leur inquiétude qu’il leur prit peut-être trop de temps pour reconnaître que « le texte de la charte ne reflète pas la pensée et le sens du mouvement ». Ils viennent de commencer à admettre qu’il se peut qu’elle constitue « un obstacle, ou une source de déformation ou de malentendu sur ce que le mouvement encourage ».

Le Hamas devint de plus en plus visible dans les médias internationaux, et une image très négative fut souvent présentée, souvent filtrée à travers les avis d’Israël et de ses supporters. Cela poussa les hauts officiels du bureau politique à chercher des conseils sur la manière de contrer une telle publicité négative. L’inquiétude sur cette question remonte au milieu des années 1990, lorsque le bureau politique était toujours en Jordanie et que le mouvement commençait à avoir quelques contacts avec des diplomates occidentaux à Amman. Toutefois, c’est suite aux événements du 11 septembre 2001 qu’elle prit un degré d’urgence. Le Hamas commença à sentir qu’il était nécessaire de se créer une image, afin de contrer les efforts de certains médias et milieux universitaires hostiles d’assimiler tous les mouvements et organisations islamiques à Al-Qaïda. Israël en particulier chercha à capitaliser sur la guerre contre le terrorisme dirigée par les Américains pour pousser vers l’avant sa campagne visant à convaincre le monde occidental de sa valeur stratégique continue en tant qu’alliée, en dépit de la fin de la guerre froide. L’affirmation d’Israël était qu’aucune distinction n’existe entre une position politique de l’islam et une autre, et qu’Israël se tenait en rempart pour protéger l’occident.

Une série de consultations conduites à Beyrouth et à Damas à partir du début de l’an 2003 jusqu’à la fin de 2005 renforça le sentiment d’un certain nombre de hauts officiels du bureau politique du Hamas que le temps était venu pour que la charte pour réécrite. Un processus de consultation atteignit son sommet avec une décision prise pour préparer une nouvelle charte. Toutefois, après les élections législatives palestiniennes du 25 janvier 2006, dans lesquelles le Hamas remporta une majorité, le projet fut mis en attente jusqu’à nouvel ordre, de peur que la nouvelle charte ne soit vue comme une mesure prise pour répondre à la pression extérieure.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
09-11-09, 11:57
Hamas : Son histoire de l’intérieur (53)


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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


L’idéologie de libération du Hamas (2)



Qu’est-ce qui ne va pas avec la charte du Hamas ?



La charte actuelle est écrite dans un langage qui ne touche plus les musulmans instruits. Il se peut qu’elle fût un obstacle majeur pour les efforts du Hamas à gagner le soutien des musulmans laïcs et des non-musulmans pro-palestiniens.. Son langage et ses idées son caractéristiques du discours prédominant des Ikhwan à l’époque où la charte fut écrite, non seulement en Palestine, mais ailleurs dans le monde. Les Ikhwan avaient progressé depuis lors, mais la charte était restée inchangée. Aujourd’hui, la charte donne l’impression que son auteur l’écrivit au profit de son propre cercle immédiat de fidèles, plutôt que pour le public dans son ensemble. On pense que l’auteur de la charte fut Abd Al-Fattah Dukhan, un de sept fondateurs du Hamas et un leader des Ikhwan palestiniens pendant une longue période. Il agit souvent en commandant en second à Sheikh Ahmad Yassine. Au moment de l’établissement du Hamas et de la publication de la charte, il était le leader des Ikhwan à Gaza, dans une période où Sheikh Ahmad Yassine n’avait pas encore repris ses responsabilités de commandant après sa libération de détention dans l’échange de prisonniers ne mai 1985.

La charte ressemble en fait davantage à une circulaire interne. Elle fut critiquée de l’intérieur même du Hamas, n’ayant pas le ton d’un document officiel, un ton approprié pour l’introduction des idées du Hamas au monde. Tous les membres du mouvement, à l’époque, ne pensaient pas qu’il était nécessairement une bonne idée de publier une charte, bien qu’ils n’eussent pas forcément d’objection à son langage ou son contenu. Après rétrospection, il semble que la publication de la charte du Hamas fit partie du processus en cours de compétition avec l’ OLP. La charte de l’ OLP était totalement laïque, et ne reflétait donc pas l’identité islamique du peuple palestinien ou de sa cause.

De nombreux leaders du Hamas reconnaissent maintenant que les positions essentielles et fondamentales exprimées dans la charte pourraient être exprimées dans un langage plus universel qui toucherait les musulmans ainsi que les non-musulmans. Au lieu de justifier ses déclarations dans des termes religieux, qui ont peu de sens pour ceux qui ne partagent pas la même foi ou la même vision, une nouvelle charte devrait renvoyer à la base historique de la cause palestinienne. Elle devrait donner un récit succinct de l’histoire du conflit palestinien. Elle devrait tracer les racines du problème pour les remonter en Europe au XIXème siècle, montrant combien les Palestiniens sont les victimes du plan européen conçu plus d’un siècle auparavant pour résoudre le problème juif de l’Europe. Cela fut fait aux dépends des Palestiniens avec la création d’une patrie pour le “peuple juif” en Palestine. Un tel argument serait plus acceptable dans le monde que l’idée que la Palestine est un waqf (héritage) « consacré aux générations musulmanes futures jusqu’au jour du jugement ». Comme l’article 11 de la charte l’explique, les terres conquises par les musulmans du temps du second calife Omar et par la suite furent toutes qualifiées de waqf afin qu’elles ne soient pas distribuées aux troupes conquérantes. La même considération s’applique également à l’Irak, la Perse, Égypte, l’Afrique du Nord et même l’Espagne. La référence à cette question dans la charte était destinée à condamner ceux qui voulaient abandonner une partie de la Palestine aux Israéliens dans un accord de paix. Telle est la logique derrière le passage : « Il n’est pas permis de la concéder ou d’en laisser une partie ou de l’abandonner ou d’en abandonner une partie ; aucun État arabe ni même tous les États arabes ensemble, ni même un roi ni même un président, ni tous les rois et présidents réunis, ni une organisation ni toutes les organisations réunies, qu’ils soient palestiniens ou arabes, n’ont ce droit. Ceci car la terre de Palestine est un waqf (héritage) islamique, une propriété consacrée aux générations de musulmans jusqu’au jour de la résurrection ; et qui peut se permettre de parler pour toutes les générations musulmanes jusqu’au jour de la résurrection ? ». Il est largement accepté aujourd’hui, au sein du Hamas, que ceci est une affaire relevant strictement de la jurisprudence islamique, et que la charte n’est pas le meilleur endroit pour en parler.

Cependant, le plus grand problème soulevé par la charte repose dans son traitement des juifs. Une partie de la difficulté ici présente est celle du langage employé. La Palestinien ordinaire fait référence aux Israéliens avec le terme “yahud ”, qui est tout simplement le terme arabe pour “juifs”. Des termes comme “Sioniste” ou “Israélien” figurent surtout dans des écrits et conversations d’une élite qui a reçu une éducation laïque. Ils ne sont pas courants dans le vocabulaire de l’homme ordinaire, et jusqu’à récemment, ils étaient aussi absents du discours islamique. Lorsque les textes arabes parlant des Israéliens avec le terme “yahud ” sont traduits dans des langues européennes, ils peuvent en effet sembler être anti-sémites.

Dans sa série de témoignages diffusés sur Al-Jazeera entre le 17 avril et le 5 juin 1999, Sheikh Yassine parle des Israéliens en employant parfois l’expression “al-isra’iliyun” (les Israéliens), et en employant l’expression “al-yahud ” (les juifs) à d’autres moments. Dans le second épisode du témoignage, diffusé le 24 avril 1999, il parla comme suit : « Les Israéliens traitent généralement le peuple palestinien individuellement et non pas collectivement. Même dans les prisons, ils n’accepteraient pas de traiter les Palestiniens autre qu’individuellement. Cependant, nous leur avons imposé notre choix et avons refusé de traiter avec eux si ce n’est à travers une direction élue par les [prisonniers] palestiniens pour faire face aux juifs et résoudre les problèmes avec eux ». La plupart des Palestiniens et des Arabes emploient inconsciemment un langage similaire. Leah Tsemel, une avocate israélienne qui défend les Palestiniens dans les cours israéliennes depuis quelque trente ans, note que ses clients qualifient habituellement les soldats ou les colons avec l’expression “al-yahud ” (les juifs). Ils se plaignent pas exemple que « al-yahud [les juifs] ont pris ma carte d’identité, ou qu’« al-yahud [les juifs] m’ont frappé », ou « al-yahud [les juifs] » ont détruit ceci ou cela. Elle exprime de l’inquiétude sur la façon dont Israël, dans l’esprit de ses victimes palestiniennes, est identifiée avec tous les juifs du monde, et elle craint qu’en conséquence, tous les juifs du monde peuvent être vus comme des soldats et des colons.

Ce problème n’est pas limité à la Palestine. Le même phénomène existe à travers la région, où les juifs vécurent un temps en grand nombre, mais d’où, à quelques exceptions près, ils partirent depuis longtemps. Après la création de l’ État d’Israël en 1948, les juifs habitant dans divers pays arabes furent appelés à venir dans la nouvelle entité juive, qui, ayant expulsé près d’un million de Palestiniens, avait grandement besoin de population. Les juifs d’Irak, du Yémen et du Maroc fournirent une source de main-d’œuvre peu chère, travaillant et accomplissant des fonctions que les Ashkénazes (juifs européens) ne voulaient pas faire eux-mêmes. Les Ashkenazi présidèrent le projet colonial sioniste en Palestine et se posèrent comme citoyen de première classe pour l’ État juif récemment fondé, à l’opposé des Séfarades ou des juifs orientaux (Mizhari) qui venaient des pays arabes.



Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
16-11-09, 21:09
Hamas : Son histoire de l’intérieur (54)


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L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


L’idéologie de libération du Hamas (3)



Jusqu’au début du XXème siècle, des musulmans, des chrétiens et des juifs coexistaient pacifiquement à travers le monde musulman. Pendant plusieurs siècles, l’empire islamique, dont le territoire s’étendait sur trois continents, avaient fourni un environnement de tolérance sous un système qui garantissait la protection pour ce que l’on qualifie aujourd’hui de minorités. L’islam, dont les valeurs et les principes gouvernaient la conduite publique et privée des individus et communautés musulmans, reconnaissait les chrétiens et les juifs comme des communautés légitimes à l’intérieur de l’Etat islamique et leur accordait des droits inaliénables. Les adhérents au christianisme et au judaïsme participèrent sur un pied d’égal avec les musulmans à la construction de la civilisation arabo-islamique, et les philosophes de la Renaissance européenne se nourrirent de ses fruits.

A l’opposé, sur les terres européennes, les juifs souffrirent de constantes persécutions. Nombreux furent ceux qui cherchèrent refuge sur les terres musulmans, où ils étaient accueillis et traités comme des gens du livre en accord avec le Pacte de Dieu et de Son Messager. Cette perception musulmane des juifs resta inchangée jusqu’à ce que le mouvement sioniste, qui naquit en Europe, ait commencé à recruter des juifs sur les terres musulmans pour un projet estimé par les musulmans comme une attaque à leur foi et à leur patrie. Le changement dans l’attitude musulmane à l’égard des juifs vint en réaction aux revendications du mouvement sioniste, qui prétendait représenter les juifs et le judaïsme. En dépit des origines laïques du projet sioniste et de l’athéisme de nombre de ses pères fondateurs, l’argumentation du sionisme chercha à justifier la création de l’Etat d’Israël en Palestine et la dépossession des Palestiniens en termes religieux. Les pionniers sionistes invoquèrent une justification scripturale pour leurs actions, bien que peu d’entre eux ne crussent réellement en la religion ou ne la respectassent. Leur objectif était d’accorder une légitime religieuse à leur projet et de remporter le soutien des juifs du monde, qui étaient à la base nombreux à s’opposer au sionisme politique.

C’est pour cette raison que la charte du Hamas décrit le problème en Palestine comme un conflit religieux entre les juifs et les musulmans. Cette idée continue à être dominante dans de nombreuses parties du monde musulman aujourd’hui. Le lien persistant d’Israël avec les juifs, et des juifs avec Israël, ne fait que renforcer la conviction de nombreux musulmans que le conflit au Moyen-Orient entre les Palestiniens et les Israéliens est de nature religieuse. De nombreux Arabes et musulmans trouvent extrêmement difficile de croire en l’existence de juifs anti-sionistes, qui non seulement critiquent Israël, mais qui parfois refusent de reconnaître sa légitimité.

Les articles 17, 22, 28 et 32 de la charte du Hamas sont caractéristiques de l’accusation que les juifs sont engagés dans un complot. Le dernier de ces articles va même jusqu’à faire référence aux Protocoles des sages de Sion, un faux document qui prétend représenter les plans d’une prétendue association secrète d’anciens juifs pour conquérir le monde. Ce que l’auteur de la charte voulait suggérer était qu’il y avait un lien direct entre une recherche juive supposée pour une domination générale et l’occupation de la Palestine. Suivant une tendance commune au sein des auteurs musulmans de l’époque, l’auteur de la charte invoqua le Coran et les hadiths (les paroles du Prophète) pour confirmer ses déclarations. Il cherche à montrer qu’il y a un complot juif qui se poursuit contre l’islam et les musulmans datant des premiers jours de l’islam. De telles lectures sélectives et interprétations pratiques des écrits islamiques ne sont pas inhabituelles dans les écrits musulmans contemporains. Dans ce cas, le châtiment du Coran envers la mauvaise conduite et les manières nuisibles de la part de certains des Israéliens des temps bibliques, ou de certains juifs durant l’époque du Prophète Muhammad, est pris hors de leur contexte historique. Il est à remarquer que bien que la théorie des juifs engagés dans un complot soit à l’essence non-islamique, elle fut largement épousée par des intellectuels arabes à travers le monde arabe au moins jusqu’au début des années 1990. La dominance d’une telle pensée fut un symptôme du déclin et du retard, qui à son tour fut un instrument pour précipiter un profond sens de désespoir et de frustration.

A par sa capacité limitée à expliquer, la théorie du complot tend à attribuer aux êtres humains les pouvoirs du Divin. Grâce aux efforts de penseurs comme l’Egyptien Abdelwahab Elmessiri, éditeur des huit volumes arabes de l’Encyclopédie des juifs, du judaïsme et du sionisme, le problème de la Palestine est aujourd’hui vu par de nombreux islamistes, dont des leaders et membres du Hamas, simplement comme le résultat d’un projet colonial. Le conflit avec le sioniste devrait donc être expliqué en termes plus politiques, sociaux ou économiques d’en termes de religion. On réalise aujourd’hui de plus en plus que de telles explications ont plus de force explicative et sont plus compatibles avec le paradigme coranique de tadafu’ (interaction ou action mutuelle). Alors que le concept coranique de tadafu’ favorise les interprétations des événements et situations dans le monde qui offrent de la motivation et de l’espoir, la théorie selon laquelle une conspiration prédomine apporte de la frustration et du désespoir. Dans le premier cas, la seule force transcendantale dans le monde est celle de Dieu qui donne le pouvoir à qui Il veut et qui prive du pouvoir qui Il veut. Les actions d’une personne peuvent toujours couronnées de succès, si Dieu le veut. Dans le second cas, on ne peut faire que peu de choses pour changer le cours des événements, à cause du postulat qu’un certain groupe d’individus extrêmement puissants, ou d’une communauté, complotent pour contrôler le monde et prendre le contrôle de toutes ses ressources. Dans ce cas, toute action contraire sera vaine.

La seule référence positive aux juifs dans la charte du Hamas se trouve dans l’article 31, qui déclare que « selon l’islam, il est possible que les partisans des trois religions, l’islam, le christianisme et le judaïsme vivent en paix et en sécurité ». Il est prévu que, tout en continuant à souligner ce fait historique, la nouvelle charte du Hamas se nettoie de l’allégation absurde qu’il y a un complot juif. Au lieu de cela, elle mettra l’accent sur la nature raciste du projet sioniste, expliquant que de nombreux juifs y sont opposés. L’idée que tous les juifs ne sont pas sionistes est déjà largement acceptée parmi les islamistes, qui pensaient auparavant que c’était un mythe inventé par des nationalistes palestiniens laïcs. En jetant la lumière sur les racines du conflit, une nouvelle charte devrait faire appel à l’opinion publique internationale, attirant de la sympathie pour les victimes palestiniennes plutôt que pour leurs oppresseurs israéliens. Pour atteindre les peuples et nations du monde, elle aura aussi besoin d’adopter un cadre conceptuel des droits universels de l’homme. La nouvelle charte du Hamas devrait aussi rassurer les juifs que le Hamas ne leur est pas opposé à cause de leur religion ou de leur race, et qu’il rejette l’idée que le conflit du Moyen-Orient soit entre les musulmans et les juifs, défini en termes de leur religion. Ce n’est pas non plus un conflit entre les fois de l’islam et du judaïsme. Sheikh Ahmad Yassine fit de telles déclarations à plusieurs occasions avant son assassinat par les Israéliens en 2004. La nouvelle charte soulignera que l’islam reconnaît le judaïsme comme une religion légitime et accorde à ses adhérents le respect et la protection. La charte doit déterminer, en tant que principe de base, que les juifs et les musulmans peuvent vivre ensemble aujourd’hui, en paix et harmonie, comme le firent plus tôt des musulmans et des juifs pendant des siècles, une fois les droits légitimes des Palestiniens reconnus et rendus. Cela fut dit à plusieurs reprises par des leaders du Hamas depuis le début des années 1990.

Khaled Meshaal dit à un journaliste d’une télévision canadienne que la libération de la Palestine « ne signifie pas que le peuple palestinien, ou nous dans le Hamas, veut tuer les juifs ou veut les jeter dans la mer comme Israël le prétend ». Il exprima sa détermination à continuer le combat pour libérer la Palestine et reprendre les droits des Palestiniens, mais nia catégoriquement qu’il y ait une guerre contre les juifs. « Non, nous ne combattons pas les juifs parce qu’ils sont juifs. Nous les combattons parce qu’ils ont volé notre terre et déplacé notre peuple ; ils ont effectué une agression. Nous résistance à ce projet sioniste qui est hostile ». Concernant ces juifs qui ne combattent pas les Palestiniens, il dit : « Je n’ai pas de problème avec eux, tout comme je n’ai pas de problème avec les chrétiens pacifiques ou les musulmans pacifiques ». Il poursuivit en expliquant que « si un musulman venait m’attaquer et voler ma terre, j’ai tout droit de répliquer. Cela s’applique à tous les autres, quelle que soit leur race, leur identité ou leur religion. Ceci est notre philosophie ».


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

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18-12-09, 22:08
Hamas : Son histoire de l’intérieur (55)



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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.





L’idéologie de libération du Hamas (4)

L’idée de la hudna (trêve)

Une chose qui restera inchangée dans une nouvelle charte du Hamas est l’opposition du mouvement à l’ État d’Israël. Si le Hamas reste loyal à ses principes fondateurs, il ne reconnaîtra pas le droit à exister d’Israël. Né de l’ Intifada (soulèvement) de 1987, le Hamas déclara avoir émergé « afin de libérer l’ensemble de la Palestine, toute la Palestine ». Le mouvement fut créé en partie en réponse au traitement oppressif subi par les Palestiniens sous l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Gaza, et en partie parce que nombreux ressentaient que le Fatah, alors qu’il portait la bannière du mouvement de libération nationale palestinienne, était instable. Comme les membres du Fatah avant eux, la plupart des membres du Hamas et de ses supporters avaient été des réfugiés ou des enfants de réfugiés dont les demeures d’origine n’étaient pas les camps effroyables dans lesquels ils étaient nés ou ils avaient grandi. Ils avaient auparavant vécu de l’autre côté de ce que l’on appelle la Ligne Verte dans les territoires maintenant colonisés par des immigrants juifs qui vinrent d’Europe et d’ailleurs dans le monde. Comme des millions de Palestiniens à l’intérieur de la Palestine et dans la diaspora, les fondateurs du Hamas se sentirent trahis lorsque la direction du Fatah, qui contrôlait l’ OLP, décida d’abandonner le droit au retour à leurs maisons des Palestiniens.


Il est très improbable, par conséquent, que le Hamas reconnaisse un jour la légitimité de l’ État d’Israël ou son droit à exister. Le mouvement considère Israël comme rien qu’une enclave colonial planté au cœur du monde musulman, dont l’effet est de gêner le renouveau de la nation, de la communauté musulmane globale, et de perpétuer l’hégémonie occidentale dans la région. Une autre considération est que la Palestine est une terre islamique envahi et occupé par une puissance étrangère. Cela irait à l’encontre des principes de la foi islamique du Hamas de reconnaître la légitimité de l’occupation étrangère d’une terre musulmane. Cela s’applique à plus forte raison pour la terre qui est le site de la première qibla des musulmans (le lieu en direction duquel les fidèles musulmans se tournent pendant la prière), et la troisième plus importante mosquée sur terre.


Cette position n’est pas exclusive au Hamas. Les érudits musulmans, à quelques exceptions près, ne cessèrent jamais d’exprimer leur opposition totale à toute reconnaissance de la légitimité de la création d’un État juif en Palestine. Durant le siècle passé, des érudits et juristes musulmans publièrent de nombreuses fatwas, ou édits religieux, déclarant nul et caduc tout accord qui légitimerait l’occupation d’une partie de la Palestine. La première fatwa collective sur cette question précède la création de l’ État d’Israël en Palestine. Le 26 janvier 1935, plus de deux cents érudits islamiques se rendirent à Jérusalem de toute la Palestine pour émettre une fatwa interdisant la confiscation d’une partie de la Palestine par les Sionistes. Des conférences similaires furent organisées et des fatwas publiés à différents moments de l’histoire du conflit du Moyen-Orient. Pendant l’ère de Nasser (1952-170) en Égypte, la prestigieuse institution islamique Al-Azhar au Caire prohiba toute reconnaissance de l’Etat d’Israël ou toute initiative pour faire la paix avec lui. Sheikh Yussuf Al-Qaradawi, un des érudits les plus reconnus des temps contemporains, réitéra fréquemment cette position, qui fut unanimement adoptée par plus de trois cents érudits islamiques à travers le monde musulman lors d’une rencontre du Conseil Jurisprudentiel Islamique au Koweït au milieu des années 1990. Il expliqua que la fatwa interdisait la reconnaissance d’Israël était basée sur la considération que « la Palestine est une terre islamique qui ne peut être délaissée volontairement ». Il ajouta que la même fatwa fut à nouveau publiée dans une conférence sur la jurisprudence islamique à Bahreïn.


Cependant, cette considération doctrinale ne nie pas le droit des juifs à vivre en Palestine, à condition que leur présence ne soit pas le résultat d’une invasion ou d’une occupation militaire. Elle n’empêche pas non plus les musulmans, dont le mouvement du Hamas, de négocier un accord de cessez-le-feu avec l’ État d’Israël afin de mettre fin au bain de sang et à la souffrance des deux côtés, pour une durée convenue. L’idée d’une hudna (trêve) avec Israël vint sur la scène au début des années 1990. Une référence y fut faite par le chef du bureau politique du Hamas basé à Amman, Moussa Abu Marzouq, dans une déclaration publiée par l’hebdomadaire d’Amman Al-Sabeel, l’organe du mouvement islamique jordanien, en février 1994. Environ au même moment, le fondateur du Hamas, Sheikh Ahmad Yassine, parlant de sa cellule de prison, fit la première référence à l’idée d’une hudna, lorsqu’il proposa une telle trêve comme une solution provisoire au conflit entre les Palestiniens et les Israéliens. Abu Marzouq et Sheikh Yassine répétèrent la proposition à plusieurs occasions, mais ne réussirent pas à intéresser les Israéliens. Récemment, des porte-parole du Hamas renvoyèrent fréquemment à l’idée de hudna.


La hudna est reconnue dans la jurisprudence islamique comme un contrat légitime et qui doit être suivi, dont l’objectif est d’apporter une cessation du combat avec un ennemi pour une période de temps convenue. La trêve peut être courte ou longue, selon les besoins ou intérêts mutuels. Une telle trêve serait différente des accords de paix d’Oslo, sous lesquels l’ OLP reconnut l’ État d’Israël et son droit à exister. La différence est que sous les termes de la hudna, la question de la reconnaissance ne serait pas soulevée. Cela car le Hamas ne peut pas, en tant que principe, accepter que cette terre confisquée des Palestiniens par Israël devienne celle d’Israël. Le Hamas n’a pas le pouvoir de renoncer au droit des Palestiniens à retourner sur les terres et dans les demeures desquelles ils furent forcés de sortir en 1948 ou après. Il peut, toutefois, dire que sous les présentes circonstances, le mieux qu’il puisse faire est de reprendre un peu des terres perdus et assurer la libération des prisonniers, en échange d’une cessation des hostilités.


Pour justifier la hudna, les leaders du Hamas observant l’exemple qui se produisit entre les musulmans et les croisés dans la dernière décennie du XIIème siècle. Le conflit entre les deux parties à l’intérieur et autour de la Palestine dura environ deux cents ans. Pour le Hamas, ce qui est d’un intérêt particulier est le traité de Ramleh conclu par Salah Al-Din Al-Ayyubi (Saladin) avec Richard Cœur de Lion le 1er septembre 1192. La trêve, qui marqua la fin de la troisième croisade, dura trois ans et trois mois. Durant cette période, les croisés gardèrent le contrôle de la côte de Jaffa à Acre et étaient autorisés à visiter Jérusalem et à faire du commerce avec les musulmans. De plus, il est aussi souvent fait référence à la toute première hudna dans l’histoire de l’islam. Connu sous le nom d’ Al-Hudaybiyah, le nom du lieu dans la banlieue de la Mecque où il fut conclu, cet accord vit la suspension des hostilités entre la communauté musulmane sous la direction du Prophète et la tribu de Quraysh à la Mecque. La durée de la hudna convenu par les deux parties était de dix ans. Toutefois, elle prit fin moins de deux ans plus tard lorsque les Quraysh la rompirent avec l’assassinat illégal de quelques membres de la tribu de Khuza’ah, qui était alliée à la partie musulmane. Une fois une hudna conclue, elle est considérée sacrée, et l’exécution de ses obligations devient un devoir religieux. Tant que l’autre partie l’observe, la partie musulmane ne doit pas la rompre ; le faire est considéré comme un grave péché. Comme dans le cas d’autres traités internationaux, une hudna est renouvelable par un accord mutuel à l’expiration de son terme.


La hudna général et à long terme proposée par le Hamas stipule, en première condition, un retrait israélien aux frontières du 4 juin 1967, ce qui signifie le retour de toutes les terres occupées par les Israéliens en conséquence de la guerre des six jours, dont Jérusalem est. Cela entraînerait le retrait de tous les colons juifs de ces régions. En outre, Israël devrait libérer tous les Palestiniens retenus dans ses prisons et camps de détention. Il est hautement improbable que le Hamas accepte moins que cela en échange d’une trêve à long terme qui pourrait durer une quart de siècle ou plus.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

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18-12-09, 22:16
Hamas : Son histoire de l’intérieur (56)


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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


L’idéologie de libération du Hamas (5)


Les attaques suicides

La hudna était la solution de Sheikh Ahmad Yassine à la crise créée par la campagne d’attaques suicides du Hamas. En avril 1994, des officiers de l’armée et des renseignements israéliens rendirent visite à Sheikh Ahmad Yassine dans sa cellule de prison dans l’espoir d’obtenir de lui une déclaration qui puisse dissuader la branche militaire du Hamas d’accomplir plus d’opérations suicides ou opérations “martyres”. Le Hamas avait lancé une série d’attaques suicides à la bombe dévastatrices en avril 1994, en réplique au massacre perpétré le 25 février 1994 dans la mosquée Al-Haram Al-Ibrahimi à Hébron par un colon juif né au États-Unis, Baruch Goldstein. On pense que Goldstein aida les soldats israéliens à entrer dans la mosquée, où ils tirèrent sur les fidèles et leur jetèrent des grenades à main alors qu’ils se prosternaient durant la prière du matin, tuant vingt-neuf personnes et en blessant nombre d’entre eux.


La série d’acte de revanche commença le 6 avril 1994 à midi, lorsque Ra’id Abdullah Zakarnah, un membre des brigades Ezzeddine Al-Qassam, conduisit un véhicule piégé avec une plaque d’immatriculation israélienne dans la station de bus d’Afula et l’explosa, tuant neuf Israéliens et en blessant plus de cent cinquante. Un communiqué publié peu après par la branche armée du Hamas, les brigades Ezzeddine Al-Qassam, déclarait leur responsabilité dans l’attaque et avertissait les Israéliens d’évacuer leurs colonies en Cisjordanie et à Gaza. Dans une claire référence aux actions de Goldstein à l’intérieur de la mosquée, le Hamas jura de faire payer aux Israéliens la peine et le tourment que les colons juifs infligent aux Palestiniens sous occupation. Le 31 avril 1994, Ammar AMarnah, un autre membre des brigades Ezzeddine Al-Qassam, exécuta la seconde attaque. La cible était cette fois un bus israélien d’Egad, à Al-Khadirah (Hadera), au nord-ouest de Tulkarem. Amarnah se fit exploser dans le bus, tuant cinq Israéliens et en blessant plus d’une trentaine. D’autres opérations fut réalisées cette année et bien plus encore dans les années suivantes. La plupart d’entre elles venaient en réponse aux attaques de soldats israéliens ou de colons juifs contre des civils palestiniens. Sheikh Ahmad Yassine dit à ses visiteurs dans la prison israélienne que s’ils voulaient voir une fin à ces attaques, ils pouvaient passer un accord, qui serait soit limité, soit global. Dans son format limité, la hudna épargnerait au moins les civils des deux côtés. Dans son format le plus global, elle entraînerait une fin des hostilités de tout genre entre les deux parties. Il n’y a aucune preuve suggérant que les Israéliens aient pris un jour la proposition de la hudna au sérieux.


Étant un recours de désespoir, les missions suicides – “les opérations martyres” – étaient controversées à leur début. De nombreux Palestiniens étaient tout d’abord choqués par la tactique à la bombe humaine. Certains arguèrent contre elle d’un point de vue purement pragmatique, déclarant qu’elle était si choquante qu’elle allait causer du tort à la cause palestinienne. Une opposition à ces opérations se faisait aussi car elles étaient, par leur nature même, inconsidérées et qu’elles résultaient en la mort de civils innocents, une chose que les critiques croyaient ne pas pouvoir être justifiée ou légitimée, quelles que soient les circonstances. A la base l’autorité palestinienne dirigée par le Fatah s’opposa à ces opérations en raison de son engagement à sa propre version du processus de paix et au tort potentiel que de telles opérations pourraient causer.


Les porte-parole du Hamas soutinrent que les attaques suicides n’étaient que des moyens disponibles pour les Palestiniens afin de décourager ceux qui pourraient copier Baruch Goldstein en lançant d’autres attaques à l’encontre de la population palestinienne sans défense. Avec le temps, un nombre croissant de Palestiniens acceptèrent que la bombe humaine était nécessaire pour compenser l’équilibre des forces, qui était évidemment en faveur des Israéliens, qui faisaient l’acquisition d’une technologie militaire très avancée des États-Unis et de l’Europe. Dans l’ensemble, les Palestiniens approuvèrent généralement et admirèrent l’héroïsme et l’altruisme des hommes et des femmes donnaient volontairement leur corps et leur âme pour partir dans une mission de sacrifice pour la cause de la Palestine. Plus les Palestiniens se sentirent vulnérables, plus ils supportèrent les opérations martyres et en demandèrent même davantage. Il n’en fallut pas beaucoup pour convaincre ceux qui portaient des inquiétudes que rien ne semblait plus efficace comme moyen d’auto-défense et de dissuasion. Néanmoins, le soutien public palestinien pour les opérations martyres varie. Des sondages conduits à différents moments donnèrent des résultats différents, mais le soutien pour ces opérations s’effondra rarement en dessous des cinquante pour cent. Dans un sondage conduit dans la bande de Gaza par l’organisation norvégienne Fafo dans la première semaine de septembre 2005, 61 pour cent des personnes interrogées s’accordaient avec l’affirmation : « Les attaques suicides contre les civils israéliens sont nécessaires pour qu’Israël fasse des concessions politiques ». Fafo conduisit aussi une étude de face-à-face avec huit cent soixante-quinze répondants sur les avis palestiniens sur le retrait israélien de la bande de Gaza occupée. Le Jérusalem Post rapporta le 16 octobre 2003 qu’un sondage montrait que 75 pour cent des Palestiniens soutenait l’attaque suicide du restaurant Maxim à Haïfa le 4 octobre 2003. Le sondage d’opinion fut conduit par le Centre Palestinien pour la Recherche Politique et Statistique (PSR) à Ramallah. Un précédent sondage conduit par le Service d’Information de l’ État (SIS) de l’autorité palestinienne entre le 11 et le 13 juin 2002 en Cisjordanie et dans la bande de Gaza avait révélé que 81 pour cent de l’échantillon sondé s’opposait à l’appellation « actes terroristes » employée par l’autorité palestinienne pour désigner les opérations martyres. Cinquante-deux pour cent dirent que l’autorité palestinienne étiquetait ces opérations d’actions terroristes en raison d’une pression internationale. Le nombre total des personnes sondées était de mille cent trente-sept, âgées de dix-huit ans et plus, avec quatre cent cinquante-six d’entre elles de la bande de Gaza et six cent quatre-vingt-un de la Cisjordanie. En outre, le sujet révélait aussi que 86 pour cent de l’échantillon « soutenait les attaques militaires contre les soldats de l’occupation israélienne et les colons juifs à l’intérieur des territoires palestiniens ». Soixante-neuf pour cent pensaient que l’objectif des opérations martyres à l’intérieur de villes israéliennes était de mettre fin à l’occupation, alors que 13,4 pour cent croyaient que l’objectif était de porter un coup au processus de paix. Enfin, 11,3 pour cent dirent que les opérations avaient pour intention d’affaiblir l’autorité palestinienne et de la gêner devant la communauté internationale.


Avant d’être employée en Palestine, la notion de l’attaque suicide était considérée comme étrangère pour la communauté sunnite dans l’islam. Elle était plus communément associée au chiisme : on pense que les Iraniens furent les premiers musulmans à l’employer. Ils le firent avec un certain succès lors de la guerre avec l’Irak à travers les années 1980. Des centaines de jeunes hommes iraniens furent envoyés en missions martyres sur les frontières entre les deux pays, pour stopper les soldats irakiens, qui étaient bien équipés et lourdement armées, grâce au soutien occidental et arabe. La tactique fut d’un grand service aux Iraniens, car les soldats irakiens d’en face, dont nombre d’entre eux n’étaient pas convaincus de la légitimité de la guerre avec le voisin de l’Irak lancée par leur gouvernement, n’étaient pas prêts à faire de pareils sacrifices.


La tactique se déplaça ensuite au Liban suite à l’invasion israélienne en 1982. La première opération martyre à l’intérieur du Liban eut lieu le 11 novembre 1982, lorsqu’un jeune chiite, Ahmad Qassir, identifié comme membre de la Résistance Islamique, conduisit sa voiture dans les quartiers généraux du gouverneur militaire israélien à Tyr, faisant exploser son demi kilogramme d’explosifs et tuant soixante-quatorze Israéliens. Depuis lors, l’attaque suicide devint une tactique habituelle employée par la résistance libanaise contre les soldats de l’occupation israélienne. Les plus mémorables de toutes les attaques suicides au Liban furent les deux attaques simultanées exécutées le 23 octobre 1983 contre les quartiers généraux du bataillon de l’équipe de débarquement des États-Unis et la base occupée par les paramilitaires français, qui était située à juste environ six kilomètres de Beyrouth. Les deux attaquants suicidaires, qui décédèrent tous deux dans l’attaque, s’appelaient Abu Mazen, 26 ans, et Abu Sij’an, 24 ans. Un groupe inconnu auparavant appelé le Mouvement Révolutionnaire Islamique Libre (FIRM) déclara sa responsabilité dans les deux attaques, qui tuèrent au total deux cent quarante et un Américains et cinquante-huit soldats français. Le FIRM était apparemment composé de musulmans chiites libanais associés à la milice Amal. Le Hezbollah n’avait pas encore émergé, mais le FIRM peut avoir été son précurseur. Le Liban produisit aussi la première attaquante suicidaire femme dans le monde arabe : son nom était Sana’ Mhaidli. L’explosion de la voiture contre un convoi militaire israélien le 9 avril 1985 fut revendiquée par le Parti Nationaliste syrien laïc. Le Hezbollah libanais, fondé avec un soutien iranien comme une réponse musulmane shiite à l’occupation israélienne au sud du Liban, hérita de la tâche de la résistance et de la tactique de l’attaque suicide. Il continua à employer la technique jusqu’au retrait d’Israël unilatéral du Liban sud en mai 2000, ayant conclu qu’elle ne pouvait plus supporter le coût humaine de sa présence militaire dans une partie du Liban, dans laquelle plus de mille soldats israéliens étaient morts.


L’attaque suicide est loin d’être un phénomène uniquement musulman. Ailleurs dans le monde, les Tigres Tamouls du Sri Lanka, qui luttent pour un état indépendant tamoul, commencèrent les attaques suicides en 1987. Le nombre d’attaques suicides qu’ils perpétrèrent depuis est estimé à plus de deux cents. Les attaques tamoules à la bombe humaine furent employées à la base pour assassiner des politiciens opposés à leur cause. En 1991, ils assassinèrent l’ancien premier ministre indien Rajiv Gandhi, et en 1993, ils assassinèrent le président Ranasinghe Premadasa du Sri Landa. En 1999, les Tigres tentèrent d’assassiner le président sri lankais Chandrika Kumaratunga avec une femme pour bombe humaine.


Jusqu’à l’éruption de la seconde Intifada, les groupes islamiques au Liban et en Palestine ne pensaient pas approprié d’employer des femmes pour bombes humaines. Le Hamas était réticent à recruter des femmes pour cette tâche, mais retira l’interdiction sous la pression de ses membres femmes, dont certaines menacèrent d’agir sur leur propre initiative ou en association avec d’autres factions. La première bombe humaine femme en Palestine fut Wada Idris, âgée de 26 ans, qui se fit exploser dans la rue de Yaffa à Jérusalem le 28 janvier 2001. Elle fut la première de dix autres femmes “martyres”. La dernière de celles-ci fut Zaynab Ali, qui se fit exploser le 22 septembre 2004. La campagne de bombes humaines femmes fut lancée par les brigades des martyrs d’ Al-Aqsa du Fatah, qui fut vite rejointe par le Jihad Islamique palestinien et le Hamas.


Il est très probable que le Hamas fut persuadé du bien-fondé de l’utilisation d’attaques suicides lorsqu’il devint clair que la tactique donnait des résultats au Liban. Cela ne peut être une coïncidence que la première opération martyre en Palestine ait été accomplie l’année après le retour des déportés du Hamas et du Jihad Islamique du sud du Liban, où pendant une année, ils eurent largement le temps d’écouter de d’apprendre de leurs hôtes libanais. Cela apporta une pression à supporter par les leaders politiques du Hamas qui, alors qu’ils défendaient la tactique, ne souhaitaient pas être directement associés à la planification des opérations ou à leur autorisation. Ils déléguèrent cette tâche aux brigades Ezzeddine Al-Qassam. Les porte-parole du Hamas s’efforçaient d’expliquer la distinction entre les branches militaire et politique du mouvement. Ils expliquèrent que cette dernière dirigeait aussi des institutions éducationnelles, sociales et médiatiques qui devaient être protégées des reprises israéliennes ou des mesures punitives de la communauté internationale. La théorie était que la direction politique du Hamas posait la politique générale du mouvement, alors que la branche militaire était un corps autonome qui fonctionnait indépendamment de la direction politique, mais en accord avec les lignes générales déterminées par la direction politique. Les Israéliens ne furent jamais convaincus de cela, ni les Américains, ni les Européens. Vers 2003, le Hamas et nombre d’organisations identifiées comme lui étant associées, directement ou indirectement, furent interdits et placés sur les listes occidentales des organisations terroristes. Les leaders politiques du Hamas furent la cible d’assassinats de la part de l’armée israélienne ou du Mossad. Certains en échappèrent, mais nombreux furent ceux qui rendirent l’âme.




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Hamas : Son histoire de l’intérieur (57)




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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


L’idéologie de libération du Hamas (6)



Les attaques suicides : stratégie ou désespoir ?



Il y eut de nombreux débats pour savoir si la tactique de l’attaque suicide provenait des conditions économiques terribles subies par les Palestiniens, ou si cela faisait simplement partie d’une stratégie visant à accomplir des objectifs politiques particuliers. Il serait erroné de suggérer que l’une ou l’autre explication exclurait nécessairement l’autre. De nombreuses personnes en visite dans les territoires occupées exprimèrent en privé ou en public un degré de compréhension quant à la raison pour laquelle les Palestiniens ont recours à ces opérations. Cependant, la majorité des “martyrs” ne viennent pas d’origines pauvres ou désespérées, alors que nombre d’entre eux sont bien éduqués et ont une bonne situation dans la communauté. Il est vrai qu’en général, la condition du désespoir et de la frustration contribue à la motivation. Mais il est simplement faux de dire que de telles opérations sont une réaction à la crise économique grave causée par l’occupation, bien qu’elles soient parfois présentées comme tel. Elles ont un objectif stratégique, et sont considérées comme le seul moyen pour mettre la pression sur les Israéliens, sur le gouvernement comme sur les individus, pour qu’ils reconnaissent les droits des Palestiniens et qu’ils finissent par accepter un accord de cessez-le-feu qui épargnerait au moins les civils à l’avenir.


Le Hamas est explicite dans ses objectifs. Dans le document intitulé “C’est pourquoi nous nous battons”, cité plus tôt, le mouvement déclare que les opérations martyres « sont en principe dirigées contre des cibles militaires ». Il explique que « prendre en cible des civils est considéré comme une aberration pour ce qui est de la position fondamentale du Hamas en lutte contre les cibles militaires seulement. Ils représentent une exception rendue nécessaire par l’insistance d’Israël à prendre en cible des civils palestiniens et par le refus d’Israël à accepter un accord interdisant la mise à mort des civils des deux côtés, comparable à l’accord conclu entre Israël et le Hezbollah au sud du Liban ». Cela fait référence à l’accord conclu entre le Hezbollah et Israël le 26 avril 1996 à la suite du massacre de Qana perpétré par l’armée israélienne le 18 avril 1996. Sheikh Ahmad Yassine proposa à plusieurs reprises une trêve aux Israéliens. Il est ainsi cité, dans ce même document : « Le Hamas n’approuve pas la mort de civils, mais c’est parfois la seule option qu’il a pour répondre à la mort de civils palestiniens et à l’assassinat d’activistes palestiniens accompli de sang-froid ».


Dans une interview enregistrée pour une société de production télévisée canadienne, Khaled Meshaal résuma son opinion sur les opérations martyres comme suit :
« Les opérations martyres sont des actes de légitime défense qui nous sont imposés, car le combat entre nous et Israël ne se fait pas entre deux parties égales, et parce que l’occupation israélienne n’a pas quitté notre terre et personne ne nous a rendu justice. Nous savons que, comme vous l’avez dit, de nombreux sympathisants [avec les Palestiniens] à travers le monde ne comprennent pas la question des opérations martyres qui peuvent les pousser à reconsidérer leur sympathie. Toutefois, nous posons cette question : “Quelle est l’alternative ?” Il n’y a pas d’alternative. Si le peuple palestinien avait trouvé l’alternative, ils auraient agi sans la résistance et sans les opérations martyres. Ils ont été forcés à y avoir recours. Néanmoins, nous avons pris l’initiative plus de dix ans auparavant de proposer d’épargner les civils des deux côtés du conflit. Nous avons dit que nous étions prêts à arrêter les opérations martyres, à condition qu’Israël arrête aussi de tuer des civils palestiniens dont des femmes, des enfants et des personnes âgées, et d’arrêter de détruire les maisons. Si Israël arrêtait, nous serions prêts à arrêter. Mais Israël a refusé. Israël souhaite que le peuple palestinien observe l’agression et l’occupation, mais qu’il ne fasse rien et qu’il s’abstienne d’avoir recours à l’auto-défense. Entre-temps, elle souhaite préserver le droit à continuer l’agression, l’occupation et le meurtre de la façon qu’elle désire. Quelle loi dans le monde permettrait la continuation de cette condition dans laquelle Israël est libre de commettre des agressions, une occupation et des assassinats alors que les Palestiniens se voient refusés le droit à l’auto-défense ? Si le monde veut arrêter le bain de sang à l’intérieur de la Palestine occupée, il devrait s’adresser aux deux parties en disant : “Israël doit arrêter l’agression et les Palestiniens doivent arrêter leurs opérations militaires”. Le monde devrait forcer Israël à se retirer de notre territoire occupé, servir la justice pour notre peuple et lui rendre ses droits. Lorsqu’il agira ainsi, nous ne serons alors pas contraints d’exécuter des opérations martyres ou des opérations de résistance. N’exigez pas des Palestiniens qu’ils abandonnent leur droit à l’auto-défense alors que les Israéliens continuent leurs agressions et leurs crimes et continuent d’occuper leur terre et leurs lieux saints ».




Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
18-12-09, 22:25
Hamas : Son histoire de l’intérieur (58)




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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.



L’idéologie de libération du Hamas (7)

La tahdi’ah


Le Hamas n’eut recours à l’attaque suicide que dans l’espoir de forcer Israël à accepter d’épargner les civils des deux côtés, ou même mieux encore, de négocier un accord de cessez-le-feu à long terme. Après avoir été libéré de sa détention et suite à son retour à Gaza en octobre 1997, Sheikh Ahmad Yassin proposa de suspendre les opérations martyres du Hamas si les Israéliens étaient prêts, comme il le dit, « à arrêter leurs attaques contre les civils [palestiniens], à mettre fin à la confiscation des terres et à la démolition des maisons et à libérer les prisonniers et détenus ». Ceci n’est pas tout à fait la même chose que la trêve dans laquelle son mouvement était prêt à s’engager, à condition qu’Israël accepte de se retirer de la Cisjordanie et de Gaza et démantèle ses colonies juives. La proposition de trêve fut réitéré en octobre 1999 par les brigades Ezzeddine Al-Qassam, qui dirent qu’elles étaient prêtes à arrêter leurs attaques contre les civils israéliens, « à condition qu’Israël arrête ses activités coloniales et la confiscation de terres et à condition que les soldats israéliens et colons juifs arrêtent d’attaquer les civils palestiniens ».


Il y eut au moins trois occasions dans lesquelles une “hudna temporaire”, habituellement qualifiée de tahdi’ah (accalmie), fut déclarée unilatéralement par le Hamas et d’autres factions palestiniens. La plus récente tahdi’ah, que le Hamas à continuer de suivre jusqu’au moins le 9 juin 2006, fut convenue lors des discussions du Caire en mars 2005 ; elle était supposée durer jusqu’à la fin de 2005, mais elle se poursuivit bien au-delà. La première tahdi’ah, cependant, fut en 2002, et fut négociée par l’émissaire de l’Union Européenne Alastair Crooke. Cette tahdi’ah fut brisée quelques semaines plus tard, lorsque les Israéliens assassinèrent le leader du Hamas Salah Shihadah le 22 juillet 2002. Le 29 juin 2003, le Hamas et le Jihad Islamique déclarèrent une trêve unilatérale. La décision d’observer cette tahdi’ah fut annoncée par le leader du Hamas Abd Al-Aziz Al-Rantissi, qui expliqua que c’était un geste pour donner une chance au premier ministre nouvellement élu Mahmoud Abbas de négocier avec les Israéliens. Cette seconde tahdi’ah prit fin sept semaines plus tard, lorsqu’Israël assassina le leader du Hamas Isma’il Abu Shanab le 21 août 2003. Israël prétendit que l’assassinat venait en réplique à une attaque d’un bus de Jérusalem qui laissa vingt et un Israéliens morts et plus d’une centaine blessés.


En fait, les Israéliens ne reconnurent ni n’acceptèrent jamais les trêves unilatérales déclarées par les factions islamiques en Palestine, continuant de poursuivre leur stratégie d’élimination de toute personne qu’ils considéraient être une menace pour leur sécurité. Durant le mois de juillet 2003, un certain nombre de Palestiniens furent assassinés à Naplouse et à Hébron. Le 19 août 2003, une attaque à Jérusalem fut exécutée par Ra’id Misk, un natif d’ Hébron, en réplique à l’assassinat de certains de ses collègues membres du Hamas à Hébron par des unités spéciales de l’armée israélienne après la déclaration de la trêve. Il apparut plus tard que les membres du Hamas à Hébron reçurent pour ordre d’observer la trêve en dépit des provocations israéliennes. Toutefois, ils ne pouvaient rester sans ne rien faire alors que leurs collègues étaient poursuivis et atteints, l’un après l’autre. La campagne israélienne d’assassinats ciblés dans la région d’ Hébron commença avant que le Hamas n’ait déclaré sa trêve unilatérale, et elle incluait le meurtre d’un leader local du Hamas, Sheikh Abdullah Al-Qawassimi, le 22 juin 2003.


Le refus d’Israël d’agir de manière réciproque amena de nombreux Palestiniens à perdre confiance en l’utilité de déclarer une trêve unilatérale. Le sens de frustration s’intensifia lorsque l’Union Européenne décida en août 2003 de bannir le Hamas et de le placer sur la liste des organisations terroristes. Le 6 septembre 2003, encouragée par la décision de l’Union Européenne, Israël fit sa première tentative d’assassinat de Sheikh Ahmad Yassine. Un avion de combat israélien largua une bombe de plus de deux cents kilogrammes sur un bâtiment résidentielle dans la ville de Gaza, où Sheikh Yassine était en visite en la compagnie d’une certain nombre de figures du Hamas dont Ismaïl Haniyeh, qui devint premier ministre en 2006. Quinze Palestiniens furent blessés, et Sheikh Yassine fut assez chanceux pour s’en sortir avec des égratignures. Dans une déclaration donnée au journaliste Graham Usher suite à cette tentative d’assassinat échouée, Sheikh Yassine dit : « Nous avons donné à l’ennemi israélienne une hudna de cinquante jours, mais les Israéliens ne s’y sont pas engagés. Ils ont continué leur agression, leurs assassinats et leurs crimes et ont érigés ce mur de séparation qu’ils continuent de construire. Leurs colonies continuent de voler notre terre. Il y a des démolitions de maisons et des destructions partout en Cisjordanie et à Gaza. Hier même, à Gaza, ils ont démoli trois tours sous prétexte qu’elles étaient construites prêts d’une colonie. Dites-moi, où vont aller ces familles qui vivaient dans ces tours ? Ce n’est donc pas une question de ce que pense le Hamas ou de ce que pense le Fatah. C’est une question d’intérêt national palestinien : est-ce que cela réside dans la résistance ou dans la déclaration d’une hudna ? ».


Les Israéliens tentèrent aussi d’assassiner Dr. Mahmoud Al-Zahhar avec une frappe aérienne sur sa demeure familiale, qui la démolit. Dr. Al-Zahhar s’en sorti avec des blessures, mais perdit son fils aîné dans l’attaque, qui laissa son épouse paralysée de manière permanente et blessa sérieusement sa fille. Dans un rassemblement organisé en novembre de cette année, Sheikh Yassine déclara que le mouvement trouvait futile d’observer un cessez-le-feu de manière unilatérale. Il dit : « Nous avons déclaré une trêve dans le passé, mais elle a échoué car Israël ne veut pas la paix ou la sécurité pour le peuple palestinien ». S’adressant au même rassemblement, le leader du Hamas Al-Zahhar appela les Palestiniens à reprendre la résistance armée.


A la suite des attaques du 11 septembre à Washington et New York, la controverse sur les attaques suicides s’intensifia. Le débat en cours dans les cercles jurisprudentiels et politiques islamiques au sujet des opérations martyres sera discuté dans le chapitre suivant.




Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

Al Qassam Turkiye
21-12-09, 17:08
Merci ma chère sœur,à ce partage

ma'salama

NOURA125
06-01-10, 21:43
Hamas : Son histoire de l’intérieur (59)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


L’idéologie de libération du Hamas (8)


Qu’en est-il après la hudna ?


Le Hamas est silencieux sur ce qui se produit une fois que la hudna à long terme signée avec les Israéliens arrive à sa fin convenue. Alors que les leaders du Hamas laissent ouverte la longueur de la période de la hudna proposée, considérant cela comme un sujet de négociation avec les Israéliens une fois qu’ils acceptent le principe, leur philosophie générale est que le futur doit être laissée à de futures générations. Il est habituellement assumé qu’une hudna à long terme durera probablement un quart de siècle ou plus. Ce temps est considéré trop long pour que l’on puisse prédire ce qui pourra se produire ensuite. Il y aura toujours la possibilité que la hudna prenne fin prématurément à cause d’une violation. Si cela se produisait, ce serait hautement improbable que la violation provienne du côté du Hamas. Ceci pour la simple raison que c’est une obligation religieuse de la partie islamique d’honorer un accord jusqu’à sa fin, une fois convenu, à moins qu’il ne soit violé par l’autre partie. Si la hudna durait jusqu’à la date prescrite, un scénario est que ceux en charge alors négocieront simplement un renouvellement.

Un autre scénario répandu dans la pensée de quelques intellectuels du Hamas est que la situation mondiale changera tellement qu’Israël, en tant qu’entité sioniste, pourra ne pas souhaiter, ou pourra ne pas avoir la capacité de continuer d’exister. En principe, il n’y a pas de raison pour que les musulmans, les chrétiens et les juifs ne puissent vivre ensemble dans la région dans le futur comme ils vécurent ensemble dans le passé pendant plusieurs siècles. Ce que les islamistes ont généralement à l’esprit ici est un Etat islamique, un califat, qui engloberait selon eux une grande partie du Moyen-Orient. Cela renverserait la division de la région subie en conséquence du colonialisme du XIXème siècle et l’accord de Sykes-Picot de 1916. Les entités ainsi créées devinrent des Etats territoriaux à la suite de l’effondrement de l’ordre ottoman dans la seconde décennie du XXème siècle. Alors que l’existence d’Israël en tant qu’Etat exclusif pour les juifs en Palestine est quelque chose qu’un mouvement islamique comme le Hamas ne pourrait jamais accepter comme légitime, les juifs pourraient facilement s’adapter en tant que citoyens légitimes d’un Etat multi-confessionnel et multiracial gouverné par l’islam. Le scénario post-Israël, qui est devenu un sujet de débat au sein du Hamas, envisage une Palestine, ou un grand Moyen-Orient unifié, avec une population juive, ais sans sionisme politique. C’est une vision inspirée par le modèle sud-africain de réconciliation qui mit fin à l’apartheid, mais qui permit à toutes les communautés du pays de continuer à vivre ensemble. Dans la pensée du Hamas, le sionisme est en général comparé à l’apartheid, et sa suppression est vue comme une nécessité si les musulmans, les chrétiens et les juifs devaient coexister en paix dans la région. Il serait impossible qu’un tel scénario se traduise en réalité sans une hudna à long terme, qui offrirait pendant la durée de toute une génération l’opportunité aux communautés et peuples de la région de restaurer une normalité dans leur vie.

Ceux qui sont sceptiques au sujet du concept de la hudna peuvent dire qu’en réalité, elle ne signifie rien qu’un prélude à un processus de destruction totale d’Israël. Toutefois, sans une hudna, les Palestiniens continueront à se battre pour la liberté de la Palestine jusqu’à ce que leur droit au retour chez eux soit rendu, poursuivant cet objectif en employant tout moyen à leur disposition, aussi violent soit-il. L’avantage de la hudna est qu’elle met fin à l’effusion de sang et la souffrance en raison de l’engagement pris pour une durée spécifique. Il y aura un temps de pause, pendant lequel chaque partie pourra rêver de ce que pourra être le futur, tout en ouvrant la porte ouverte à toutes les options. Sous des circonstances normales, la meilleure option est toujours celle qui implique le prix le plus bas.

Fin du chapitre.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
06-01-10, 21:48
Hamas : Son histoire de l’intérieur (60)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Le djihad et le martyre (1)


Lorsque le musulman se fait sauter au milieu d’ennemis combattants, il ne fait qu’accomplir un acte de défense ; c’est un martyre, car les dommages sont compensés par des dommages qui leur sont égaux. Ce qu’Israël fait à l’intérieur des territoires palestiniens ne pousserait les musulmans qu’à chercher vengeance et à agir en self-défense.

- Sheikh Sayyid Tantawi


On pense que le Hamas est le premier groupe musulman sunnite à employer la stratégie de l’attaque suicide, qui créa un débat intense dans les cercles sunnites. Sans aucune autorité musulmane sunnite ayant le pouvoir d’émettre une fatwa sur la question, et avec le développement de la stratégie, la controverse est loin d’être finie.

La première question et la plus critique est si l’acte est un suicide ou un sacrifice. La seconde question touche au problème des conséquences inconsidérée de l’attaque suicide, et l’inévitabilité qu’elle puisse, en dépit de toutes les précautions, résulter en la mort d’innocents civils, et notamment d’enfants. Le troisième problème concerne les conséquences de la stratégie pour la vie des gens de la communauté en défense de laquelle de telles opérations sont exécutées. Comme les Israéliens ont les moyens ainsi que la volonté de répondre par des attaques aériennes, des incursions et toute forme de punition collective, l’utilité de l’attaque suicide en tant que moyen de dissuasion ou d’arme de réplique est un point central du débat. Cependant, les factions palestiniennes qui employèrent la tactique dans les années ayant amené à la décision d’Ariel Sharon de mettre à exécution son plan de retrait unilatéral de Gaza croient qu’ils devraient recevoir le mérite d’avoir forcé les Israéliens à se retirer.

Les opposants ne sont pas d’accord et attribuent la décision israélienne à d’autres facteurs, dont l’inquiétude d’Israël vis-à-vis de la croissance de la population palestinienne dans des régions sous son contrôle et son projet d’annexer une grande partie du territoire en Cisjordanie où de grandes colonies juives existent. Entre-temps, les supporters des opérations martyres et leurs opposants justifient leurs positions, qui dans le fond sont totalement politiques, sur la base d’arguments tirés de sources islamiques et de précédents historiques islamiques.

La vie et la mort

L’islam enseigne que personne d’autre que le Créateur Lui-même n’a le droit de prendre la vie d’un être humain. On dit que la sharia islamique cherche à protéger cinq principes dont l’un d’entre eux est la vie humaine elle-même. Ayant raconté l’histoire de l’assassinat d’Abel, le fils d’Adam, par son frère Caïn, le Coran conclut : « C’est pourquoi nous avons prescrit aux fils d’Israël que quiconque tue quelqu’un qui n’a ni tué ni semé le désordre, c’est comme s’il tuait tous les hommes. Mais quiconque sauve quelqu’un, c’est comme s’il sauvait tous les hommes » (sourate Al-Ma’idah 5:32). Le Coran dit : « Ne tuez personne à tort, Dieu l’interdit » (sourate Al-An’am 6:151).

Ce n’est donc qu’avec justice qu’il est possible de prendre une vie. Dans de telles circonstances, prendre une vie vise à sauver une vie. « Il y a une vie pour vous dans le talion, vous qui êtes intelligents. Peut-être serez-vous fidèles » (sourate Al-Baqarah 2:179). La sharia rentre bien dans les détails pour définir les conditions où prendre une vie est permis, que ce soit dans la guerre ou en temps de paix. Pour prévenir les abus, la loi criminelle islamique prend toute précaution nécessaire, afin de réduire le besoin de la peine capitale, et pour assurer que justice soit servie.

La guerre en islam est considérée comme un mal nécessaire. On peut clairement le déduire du Coran même. « Dieu a renvoyé les incroyants avec leur colère sans qu’ils aient rien gagné, Dieu a épargné le combat aux croyants, car Dieu est fort et puissant » (sourate Al-Ahzab 33:25). C’est de ce verset que Sheikh Yussuf Al-Qaradawi, un célèbre savant égyptien des Frères Musulmans, qui réside au Qatar, conclut que la guerre en islam est une nécessité, mais que l’on doit y avoir recours seulement lorsque la nécessité est extrême. « La règle en islam est de faire la paix et de la promouvoir ». En islam, explique-t-il, si l’hostilité pouvait être calmée et la crise résolue sans le besoin lancer une guerre, ceci serait préférable. « Le Coran décrit une situation où Dieu épargne aux croyants la nécessité de se battre, comme si le combat est une chose négative plutôt qu’une chose positive. »

Il y a deux termes dans le lexique islamique associé au combat. Qital, qui provient de la racine trilittère arabe du verbe qatala, signifie mise à mort ou massacre. Le terme qital, et tous ses dérivés, qui se rapportent au concept de combat, se trouvent dans les chapitres du Coran qui furent révélés à Médine, suite à la création de l’Etat islamique qui vint après l’émigration du Prophète et de ses premiers disciples de leurs demeures à la Mecque. Le terme djihad, qui dérive de la base trilittère du verbe jahada, se trouve dans les chapitres du Coran révélés durant la période mecquoise, qui dura treize années. Le verbe jahada peut vouloir dire s’efforcer, essayer, travailler durement ou faire de grands efforts. Il peut aussi vouloir dire surmener, surcharger, fatiguer ou épuiser, forcer, exercer, user ou peiner, se concentrer, ou se décider à faire quelque chose. Il est aussi utilisé avec un sens similaire à qatala, pour la lutte ou le combat.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
16-01-10, 12:18
Hamas : Son histoire de l’intérieur (61)




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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Le djihad et le martyre (2)


Le djihad

La première apparition du terme jahada ou djihad dans la révélation du Coran fut associée avec le combat de la communauté musulmane naissante contre l’oppression. Le djihad était une lutte pour la liberté de culte de la communauté selon sa foi monothéiste et pour le droit d’inviter les autres à l’embrasser. Lorsque l’islam fut d’abord prêché à la communauté arabe à la Mecque, les anciens de la ville le perçurent comme une rébellion destinée à changer le statu quo politique. Les hommes au pouvoir se sentirent menacés par l’appel aux gens de Mohammed à réexaminer leurs croyances et valeurs héritées. Ce qui était particulièrement menaçant était sa forte critique du mode de vie des autres citoyens, que le Coran décrivit comme immoral et égaré.


Les révélations du Coran, narrées par ces quelques personnes qui osaient suivre le Prophète en dépit de l’intimidation à laquelle elles étaient soumises, rejetaient l’idolâtrie et condamnaient les Arabes parce qu’ils prétendaient que leurs dieux leur avaient donné le pouvoir de faire ce que l’islam considérait comme des crimes haineux et des actes immoraux. Le défi face aux détenteurs de l’autorité était sérieux. Le prophète de la nouvelle foi déclarait être l’héritier légitime d’Abraham, le père ancestral des Arabes et des Israélites, et se présentait comme la confirmation de tous les messages et prophètes qui le précédèrent. Il fit appel aux faibles et aux opprimés, aux pauvres et aux destitués, et à tous ceux qui étaient discriminés par les Arabes. Durant les treize premières années de sa mission, d’environ 610 à 622, le Prophète s’abstint de défier les polythéistes arabes, si ce n’est en se lançant dans des débats et en leur récitant le Coran. Il attira les membres opprimés de la communauté, qui voyaient en son message une promesse d’émancipation et une délivrance de la servitude. Son défi aux forts et puissants était : « Accordez-moi la liberté de parler et accordez aux gens la liberté de choisir ».


La principale tribu à la Mecque, dans laquelle naquit le Prophète Mohammed aux alentours de 570, était celle de Quraysh. Les anciens de la tribu étaient déterminés à ne pas le laisser leur retirer leur prestige ou les priver de leur autorité en mettant les jeunes hommes de la tribu, et leurs femmes, esclaves, et servants contre eux. Ils orchestrèrent une campagne pour le dénigrer, déclarant que c’était un charlatan, un magicien, un poète et un voyant. On demandait aux gens de rester à l’écart de lui, de peur qu’ils ne se retrouvent son l’influence de ses incantations. Lorsque ces tactiques échouèrent, les opposants du Prophète Mohammed utilisèrent la force contre lui et ses partisans. Ceux d’entre eux qui étaient faibles et ne pouvaient demander le soutien d’une tribu forte étaient persécutés. Ils étaient torturés, et certains perdirent leur vie. A un moment, toute la communauté de monothéistes fut bannie dans une vallée infertile. Le commerce avec eux fut interdit pendant trois ans et les Arabes à l’intérieur et autour de la Mecque avaient pour ordre de les boycotter. Lorsque ceci ne réussit pas non plus à freiner la croissance du nombre de partisans du Prophète Mohammed, les anciens cherchèrent à négocier un compromis avec lui. Ils proposèrent de reconnaître son Dieu à condition qu’il reconnaisse leurs idoles. Leur suggestion était que toutes les divinités supposées, le sien et les leurs, devaient être adorées.


Le Prophète fut ordonné par le Coran de ne pas prendre garde à l’appel à un tel compromis : « Dis : Vous les kafirun [ceux qui sont ingrats ou qui rejettent la foi], je n’adore pas ce que vous adorez et vous n’adorez pas ce que j’adore. Non, je n’adore pas ce que vous adorez et vous n’adorez pas ce que j’adore. A vous votre religion, à moi la mienne » (sourate Al-Kafirun 109:1-6). Au lieu de cela, il reçut pour ordre, par le Coran, d’accomplir jihadan kabiran (une très grande lutte) contre eux (sourate Al-Firqan 25:52). Ce verset de la sourate Al-Furqan fut révélé à la Mecque et fait partie de la réponse du Coran à l’effort constant des polythéistes de la Mecque de dissuader le Prophète de prêcher le monothéisme. En termes chronologiques, on pense que ce verset fut la première référence coranique au djihad. Similaire est la référence suivante au djihad dans la sourate Al-Hajj : « Combattez pour Dieu, Il a droit à ce combat. Il vous a choisis, Il ne vous a pas imposé de gêne dans votre religion, la religion de votre père Abraham » (sourate 22:78).


Le djihad à l’époque n’impliquait pas de qital (lutte ou combat) : c’était une forme de combat totalement non-violente. En fait, à travers la période mecquoise, treize ans sur un total de vingt-trois de la prophétie de Muhammad, il était interdit pour les musulmans d’utiliser la force. L’interdiction n’était pas auto-imposée, mais elle suivait le commandement divin. Même lorsqu’ils subirent la persécution ou qu’ils furent torturés, ils n’étaient pas autorisés à répondre par la violence. Il leur était dit d’être patients, de montrer de la retenue et de se retenir les mains.


L’observance de la patience et de la retenue était saluée comme un acte noble, un djihad, pour lequel Dieu promit les plus hautes récompenses dans l’au-delà. Considérons par exemple la référence au djihad dans le dernier verset de la sourate Al-‘Ankabut : « Mais ceux qui auront combattu pour Nous, Nous les guiderons dans Nos sentiers. Oui, Dieu est avec ceux qui agissent bien ». Il ne serait pas possible d’interpréter ce verset correctement sans prendre en considération les quelques premiers versets de ce même chapitre. Les versets 1 à 6 associent sans équivoque le djihad à la retenue et l’abstention de l’utilisation de la force en réponse à la persécution : « Les hommes pensent-ils qu’on va les laisser dire : “Nous croyons”, sans les éprouver ? Certes, Nous avons éprouvé leurs devanciers. Dieu saura ceux qui disent vrai et ceux qui mentent. Ceux dont les œuvres sont mauvaises, pensent-ils Nous échapper ? Ils se trompent beaucoup. Celui qui compte rencontrer Dieu, eh bien, le jour de Dieu approche. Oui, Dieu entend et Il sait. Celui qui combat, combat pour soi, car Dieu se suffit et n’a pas besoin des mondes » (sourate Al-‘Ankabut 29 2-6).


En dépit de la clarté de la nature du concept original de djihad, on peut difficilement trouver un dictionnaire de langue anglaise qui ne suggère par « guerre sainte » pour sa signification. Selon le dictionnaire Merriam-Webster, par exemple, le djihad est « une guerre sainte lancée par l’islam en tant que devoir religieux ». Le dictionnaire fournit deux autres définitions : « Un combat personnel en dévotion à l’islam, impliquant notamment une discipline spirituelle » ; et « une croisade pour un principe ou une croyance ». Cependant, il n’y a rien du tout dans les sources islamiques qui décrive la guerre comme sainte. L’interprétation du terme djihad en “guerre sainte” est plus liée à l’histoire du christianisme en Europe qu’aux enseignements ou à l’histoire de l’islam. Le terme “guerre sainte” est une invention chrétienne européenne datant d’environ l’an 1096 après J.-C., lorsque Rome commença à prêcher une “sainte croisade” « pour libérer la ville sainte de Jérusalem de la domination d’hérétiques et d’infidèles ».




Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
03-02-10, 23:36
Hamas : Son histoire de l’intérieur (62)


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Le djihad et le martyre (3)


Qital

L’interdire de combattre fut levée quelques années après l’hégire, l’émigration en 622 du Prophète et de ses disciples de la Mecque vers Médine pour recherche un lieu sûr. La communauté musulmane de Médine se dota d’une structure politique en vertu d’une constitution connue sous le nom de Document de Médine. Seulement lorsque cette communauté avait besoin de se défendre contre des menaces externes, elle était autorisée à employer la force et à affronter les ennemis dans une bataille. « Combattre est permis à ceux qui sont lésés, parce qu’ils sont attaqués, et Dieu peut les secourir, à ceux qui sont à tort chassés de leur maison pour avoir dire : “Notre Seigneur est Dieu”. Si Dieu n’avait repoussé certains hommes par d’autres, les ermitages seraient détruits, les synagogues, les oratoires, les mosquées où le nom de Dieu est invoqué si souvent, mais Dieu vient au secours de ceux qui viennent à Son secours. Oui, Dieu est fort et puissant » (sourate Al-Hajj 22:39-40).

Néanmoins, la permission de combattre n’est pas sans restriction. Seulement lorsqu’ils sont attaqués, ou lorsqu’ils perçoivent la menace d’une attaque imminente, les musulmans sont autorisés à prendre les armes. « Combattez au sentier de Dieu ceux qui vous combattent, mais ne soyez pas transgresseurs. Dieu n’aime pas les transgresseurs » (sourate Al-Baqarah 2:190). Une fois engagés dans la bataille, les soldats musulmans sont supposés obéir à un code de conduite strict. Es termes de ce codes sont clairement déclarés dans les hadiths (les paroles et traditions du Prophète) et sont expliqués dans es livres de fiqh (jurisprudence islamique). Il est rapporté que le calife Abu Bakr dit, dans un sermon d’adieux à des soldats musulmans partant en bataille avec les Byzantins : « Je vous recommande de craindre Dieu et de Lui obéir. Lorsque vous affrontez l’ennemi, ne pillez pas, ne mutilez pas les morts, ne commettez pas de trahison, ne vous comportez pas lâchement, ne tuez pas les enfants, les vieux ou les femmes, ne brûlez pas les arbres et n’abîmez pas les récoltes, et ne tuez pas un animal sauf s’il est acquis licitement pour de la nourriture. Vous trouverez des hommes enfermés dans des ermitages dans lesquels ils disent avoir dédié leur vie à l’adoration de Dieu : laissez-les tranquilles. Lorsque vous affrontez les infidèles païens, invitez-les à choisir entre deux choses. Invitez-les à embrasser l’islam. S’ils ne veulent pas le faire, invitez-les à payer la jizyah [une taxe payée par les non-musulmans qui résidaient dans un territoire conquis par la force]. S’ils sont d’accord, acceptez cela d’eux et arrêter de les combattre. Mais s’ils rejettent les deux propositions, alors combattez-les ».

Dans la littérature islamique sur les hadiths et le fiqh, lorsque le djihad est mentionné sans désignation supplémentaire, il fait généralement référence au qital. Dans ce cas, cela inclut, en plus de porter des armes et de combattre es ennemis sur le champ de bataille, a contribution de l’argent ou de l’effort à la cause pour laquelle le qital est entrepris : « Croyants, vous indiquerai-Je un marché qui vous sauvera de l’affreux tourment ? Vous croirez en Dieu et en Son Messager, vous combattrez corps et biens dans le sentier de Dieu. C’est le mieux pour vous, si vous saviez » (sourate Al-Saff 61:10-11). Un grand risque est impliqué dans le djihad. Cependant, l’islam ordonna à ses disciples de prendre ce risque dans l’anticipation d’une grande récompense dans la vie après la mort. « Dieu achète aux croyants leur âme et leurs biens pour qu’ils aient le jardin. Ils combattent dans le sentier de Dieu. Ils tuent ou sont tués. Promesse de Dieu dans la Torah, dans l’Evangile et dans le Coran. Et qui mieux que Dieu tient son engagement ? Réjouissez-vous du marché conclu. Succès sans borne » (sourate Al-Tawbah 9:111).

La croyance au jour de la résurrection, en l’inévitabilité de devoir rendre des comptes et d’être questionné puis d’être récompensé ou puni pour ses actes dans cette vie, est un des principes de base de la foi islamique. Pour le croyant, cette vie est une demeure temporaire, un lieu de passage vers la demeure permanente, une vie éternelle dans l’au-delà. Par conséquent, un croyant a une mission dans cette vie, à savoir adorer l’Un et Dieu seul et ne se soumettre à aucune autorité autre que la Sienne. La soumission à l’Un et à Dieu seul entraîne l’affranchissement de toute autre déité.

Résister à l’oppression et lutter pour un monde juste est une partie intégrale de la mission d’un croyant dans la vie. Selon le penseur islamique tunisien Rachid Ghannouchi, une des caractéristiques de base de la foi islamique est qu’ee génère chez le croyant une passion pour la liberté. Le penseur algérien Malik Bennabi avait auparavant affirmé que la foi islamique accomplit deux objectifs : premièrement, elle libère l’homme de la servitude et le rend impossible à asservir ; et deuxièmement, elle lui interdit d’asservir les autres. De nombreux érudits et penseurs islamiques contemporains sont d’accord, expliquant que c’est précisément ce dont il est question dans l’idée moderne du “djihad”. Pour cette raison, ce n’est pas seulement sur le champ de bataille qu’un croyant devrait accomplir le djihad, qui peut être vu comme un effort constant de lutte contre toutes formes de tyrannie politique ou économique, qu’elle soit domestique ou étrangère.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
08-02-10, 08:44
Hamas : Son histoire de l’intérieur (63)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Le djihad et le martyre (4)


Le martyre



En dépit de son caractère sacré en islam, la vie peut être sacrifiée pour mettre fin à l’oppression. Le Coran comme les hadiths exhortent les musulmans à résister à l’oppression et à lutter contre elle avec la méthode d’al-amr bi-l-ma’ruf wa al-nahy ‘an al-munkar (l’ordonnance du bien et l’interdiction du mal). Il y a un hadith qui ordonne aux musulmans d’empêcher le mal avec les mains, ou avec la langue si c’est tout ce dont ils peuvent se permettre, ou avec le cœur s’ils manquent de force pour faire davantage. Les érudits musulmans, passés et présents, ont identifié trois niveaux de résistance ou de lutte. Le niveau minimum est un processus psychologique par lequel un musulman se prépare à monter au plus haut niveau en boycottant le mal et en le détestant. Un niveau au-dessus de résistance entraîne la condamnation du mal avec divers moyens non-violents, comme l’expression orale pour la condamner, l’écriture ou la manifestation, ou la mobilisation de l’opinion publique pour identifier ce qui est incorrect et s’efforcer de le changer. Le plus haut niveau de tous est la résistance par toute force accessible.

Ce qui compte vraiment, c’est qu’aucune chance ne doit jamais être donnée pour que l’oppression s’établisse dans la société. Un musulman est supposé être un individu conscient, répondant avec une action appropriée à toute injustice qui puisse être perpétrée dans une société, à condition que l’action choisie ne produise pas de mal plus grand que celui contre lequel l’action est prise. Un musulman est ainsi une force pour un changement positif, un citoyen dont la foi renforce en lui un sens de responsabilité pour combattre l’oppression. Il est naturel qu’un musulman puisse perdre la vie en luttant contre l’oppression, et pour cela, il lui est promis une grande récompense dans la vie après la mort. En d’autres termes, l’effort accompli n’est pas perdu et le sacrifice n’est pas vain.

Le prophète Muhammad est ainsi cité : « Le plus noble djihad est de s’exprimer contre un dirigeant injuste en sa présence même ». Il dit aussi : « Hamza (l’oncle du Prophète et un des premiers martyrs en islam) est le maître des martyrs. Tel est celui qui se lève contre un dirigeant injuste, lui ordonnant le bien et lui interdisant le mal, et qui se fait tuer pour cela ». Il ne serait que juste de déduire de cette tradition prophétique que le martyre, d’après les critères islamiques, n’est pas un échec. Un martyr n’est pas quelqu’un qui perd, mais un être humain plein d’espoir qui offre sa vie pour ce qui est perçu comme plus précieux et, en même temps, éternel. Pour cette raison, les martyrs sont élevés au plus haut de tous les rangs. Les musulmans prient régulièrement pour l’obtention d’un tel statut. Un musulman récite dix-sept fois par jour, dans sa prière : « Conduis-nous vers le droit chemin, le chemin de ceux que tu combles de bienfaits » (sourate 1:6-7). Ceux à qui Dieu a donné sa grâce appartiennent à une des catégories listées dans un autre verset coranique, qui dit : « Ceux qui obéissent à Dieu et au Messager sont les prophètes, les intègres, les témoins et les justes que Dieu a comblés de bienfaits. Et quels bons compagnons ! » (sourate 4:69).

En choisissant d’offrir sa vie pour la cause de Dieu, un croyant qui se prépare à être martyr entre dans une affaire avec son Seigneur, Dieu. Un tel pacte est mentionné à au moins deux reprises dans le Coran et il y est fait référence dans plusieurs hadiths. Le martyre, l’idée de sacrifier sa vie pour une noble cause, est un concept islamique. C’est l’un des deux seuls résultats acceptables d’une lutte pour la cause de Dieu : l’autre est la victoire. Il semblerait donc, d’un point de vue islamique, que la vie ne soit pas la chose la plus précieuse, car il est très forte louable d’y renoncer pour ce qui est plus précieux : l’affranchissement d’une personne ou d’une communauté des chaînes de la servitude.

Le martyre dans le monde moderne est moins simple que ce qu’il put être dans le passé. Dans les temps historiques, les musulmans partirent en guerre dans un djihad pour atteindre soit la victoire, soit le martyre. Un martyr était une personne qui perdait la vie à cause des blessures infligées par l’ennemi. Bien entendu, on ne savait pas lequel des deux souhaits allait être accordé. Aujourd’hui, nombre de ceux qui entreprennent le djihad sont quasiment certains que le martyre sera leur destin. Ceux qui combattent sont conscients que la victoire n’est probablement pas entre leurs mains, contre un ennemi puissant. Entre-temps, celui part au combat avec une dynamite attachée à lui prédéterminera son destin lorsqu’il déclenchera ses explosifs. Au lieu d’être tué par l’ennemi, il choisit de tuer l’ennemi en se tuant. Les guerres qu’entreprennent de tels martyrs ne sont pas conventionnelles. Ils savent qu’ils ne peuvent infliger de dommages à leur ennemi sans se détruire, avec leurs adversaires.

Les musulmans ne furent pas les inventeurs des attaques-suicides, que les partisans qualifient d’“opérations martyres”. Aujourd’hui, toutefois, la stratégie est assimilée à eux et à leur religieux. En réalité, des gauchistes laïcs arabes accomplirent les premières missions suicides dans le Moyen-Orient. Ces opérations prirent principalement la force d’attaques audacieuses desquelles l’attaquant n’avait quasiment aucune chance de sortir en vie. L’attaque par des membres de l’Armée Rouge Japonaise en 1972 à l’aéroport de Lod en Israël est considérée comme une des premières attaques de ce genre au Moyen-Orient. Cependant, ce fut le Hezbollah libanais, qui fut fondé en réponse à l’invasion israélienne du Liban en 1982, qui cultiva la stratégie dans les années 1980, comme remarqué dans le chapitre précédent.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
08-02-10, 08:47
Hamas : Son histoire de l’intérieur (64)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Le djihad et le martyre (5)


Sacrifice ou suicide ?

Les défenseurs de l’attaque-suicide la considèrent comme un acte de sacrifice, alors que ceux qui s’y opposent la voient comme un simple suicide. Ceux qui parlent en sa faveur voient celui qui l’exécute comme un martyr, une personne qui se donne pour une noble cause, qui remporte la plus grande des récompenses et qui est désigné pour les plus hauts rangs du paradis. De ce point de vue, l’acte est non seulement permis, mais il est aussi grandement louable et apprécié. Ceux qui défendent cette tactique croient qu’il ne serait pas juste de dire que l’acteur a vraiment commis un suicide, car le suicide est strictement interdit en islam. Ceux qui l’exécutent ne se tuent pas par désespoir, déclarent-ils, autrement, leur action serait un péché majeur. Ce qu’ils font doit être pris comme un acte de sacrifice.

Ceux qui s’opposent aux attaques-suicides sur des bases religieuses, toutefois, supposent que ceux qui les exécutent sont des individus désespérés, qui préfèrent mourir plutôt que vivre, ayant perdu espoir ou patience. De telles personnes sont d’avis que ce que ces individus commettent n’est rien d’autre qu’un suicide, car ils savent que leur moyen d’action aura inévitablement leur mort pour résultat. Ainsi, ils concluent que celui qui exécute une attaque-suicide est un pécheur destiné au feu de l’enfer.

Il est certain que le Coran est sans équivoque sur l’interdiction du suicide : « Vous qui croyez, ne dévorez pas à tort vos biens entre vous, sauf dans le négoce et de gré mutuel. Et ne vous tuez pas, car Dieu a pitié de vous. Quiconque passe outre et se rend coupable, Nous le jetterons dans le feu, Dieu le peut sans peine » (sourate Al-Nissa’ 4:29-30). Al-Bukhari rapporta que le prophète Muhammad dit : « Il y a eu un jour un homme avant vous qui souffrait d’une blessure ; il ne pouvait supporter la douleur, alors il a pris un couteau et s’est saigné jusqu’à la mort. Dieu le Tout Puissant a dit : “Mon serviteur a pris sa propre vie ; je lui interdirai donc l’entrée au paradis” ». On rapporte aussi que le Prophète dit : « Quiconque se tue avec un instrument en fer le portera pour toujours en enfer. Quiconque prend du poison et se tue avalera pour toujours le poison en enfer. Quiconque saute d’une montagne et se tue tombera pour toujours dans les profondeurs de l’enfer ».

En réalité, seule une fine ligne sépare le suicide du sacrifice. Cette séparation est déterminée par l’intention de l’acteur. A l’opposé du suicide, le sacrifice de sa vie pour une noble cause est quelque chose que l’islam enjoint et pour lequel il promet les plus grandes des récompenses. Une personne qui se change en bombe pour menacer ou déranger l’ennemi est donc vu comme un héro qui prend le plus grand des sacrifices pour sa foi, son pays ou sa communauté.

Peu d’érudits musulmans à l’intérieur de la Palestine, s’il y en a, aujourd’hui, souscrivent à l’avis selon lequel un sacrifice de soi de ce genre est un acte de suicide. Sheikh Ikrima Sabri, le mufti de Jérusalem et le mufti officiel de l’autorité palestinienne, qualifia les opérations martyres d’acte de sacrifice noble pour l’amour de Dieu. Il critique aussi avec force ces érudits, notamment d’Egypte et d’Arabie Saoudite, qui dénoncèrent les opérations martyres en les qualifiant de suicide, les accusant d’ignorance, n’ayant pas réussi à comprendre le contexte dans lequel ces opérations ont lieu à l’intérieur de la Palestine. Le président de la cour suprême palestinienne Sheikh Tayssir Al-Tamimi porte un avis similaire.

Les défenseurs des opérations martyres déclarent que le code de guerre islamique s’applique seulement dans une guerre conventionnelle et refusent d’accepter qu’il doive s’applique dans le cas de la Palestine, où la situation est loin d’être conventionnelle. La Palestine, selon un tel avis, est une exception. Le peuple sans arme et sans défense de la Palestine est envahi et opprimé par une puissance lourdement armée avec les armes les plus modernes, qui leur permettent de tuer, de mutiler et de détruire, tout en étant largement hors de portée de la part de leurs victimes. De ce point de vue, tout ce que font les Palestiniens pour se défendre et décourager leurs oppresseurs est légitime. Il est souvent affirmé que seulement lorsque les Palestiniens auront accès aux types d’armes que possèdent les Israéliens, il sera illégitime pour eux d’avoir recours à des moyens d’auto-défense non-conventionnels.

Cependant, l’attitude des érudits et des institutions religieuses à l’extérieur de la Palestine envers les opérations martyres varie. Les divisions semblent être animées par des considérations politiques plutôt que jurisprudentielles. En principe, personne ne nie l’existence du concept du sacrifice de soi, étant donné qu’il est explicitement défini dans le Coran et les hadiths. Toutefois, un certain nombre d’érudits officiels, représentant des institutions religieuses contrôlées par les gouvernements en Arabie Saoudite et en Egypte, déclarèrent que les opérations martyres sont illégitimes. Certains d’entre eux considèrent de telles actions comme étant des actes de suicide en raison de la certitude de la mort. D’autres s’y opposent car elles violent le code de guerre islamique, en tuant des civils innocents de façon inconsidérée, dont des enfants.

L’un des savants les plus directs qui s’opposent aux opérations martyres est le mufti d’Arabie Saoudite, Sheikh Abd Al-Aziz Al-Sheikh, qui est nommé par un décret royal. Il considère de telles opérations illégitimes. Il dit qu’il ne les considère pas comme étant une partie légitime du djihad et exprima de l’inquiétude, disant qu’elles pouvaient revenir à du suicide. Plusieurs savants en Arabie saoudite publièrent des communiqués ou des fatwas en opposition à sa position. Les critiques du mufti négligent sa fatwa sur cette question, suspectant qu’il ne l’ait publié qu’en réponse à une requête du gouvernement saoudien, qui se trouve sous la pression de ses alliés, les Etats-Unis, pour obtenir un tel édit religieux de son plus haut savant.

D’autre part, Sheikh Hamud bin Uqlaa Al-Shu’aybi est un des plusieurs hauts savants indépendants en Arabie Saoudite à défendre les opérations martyres. Le sheikh, qui est suivi par nombre de gens à l’intérieur comme à l’extérieur du royaume, les considère comme des opérations martyres accomplies par des musulmans en Palestine, en Tchétchénie et dans d’autres pays musulmans qui se battent contre les ennemis envahisseurs. Il alla plus loin, disant que ces opérations font partie du djihad dans la voie de Dieu et qu’elles font parties des moyens de djihad les plus efficaces contre les ennemis des musulmans. Il conclua sa fatwa avec une explication de la différence entre le suicide et le martyre : « Une personne qui commet un suicide se tue par abattement, impatience ou perte d’espoir, dans un acte qui ne plaît pas à Dieu. Cependant, un moudjahid qui accomplit une opération martyre agit tout en étant dans un état de joie et en désirant le paradis. Son objectif est d’infliger des dommages à l’ennemi. Par conséquent, il est erroné de mettre sur un pied d’égalité une personne qui s’offre en martyr avec quelqu’un qui commet un suicide ».

En Egypte, il y a aussi un désaccord. Sheikh Muhammad Sayyid Tantawi, qui est désigné par le président de l’Egypte et qui l’informe directement, est un autre opposant direct aux opérations martyres. Alors que le bureau du mufti en Arabie Saoudite fut au moins logique dans sa position, Sheih Tantawi se contredit à plusieurs occasions. Il semble refléter l’humeur politique à l’intérieur de l’Egypte à chaque fois qu’il parle. Sa fatwa initiale exprimait une prohibition marquée, affirmant que les opérations martyres étaient illégitimes en raison des gens innocents qu’elles tuaient. Il ne se montra pas s’opposer à l’utilisation de telles opérations contre du personnel militaire. Puis il apparut pour donner un soutien total aux opérations martyres, considérant ceux qui l’exécutent comme des martyrs du plus haut degré. En 2003, toutefois, parlant lors d’une conférence sur le terrorisme à Kuala Lumpur, il retourna à sa position originale de condamnation directe.

Entre-temps, Sheikh Yussuf Al-Qaradawi publia une fatwa distinguant le martyre du suicide. « Les opérations martyres sont les plus grandes sortes de djihad dans la cause de Dieu, dans lesquelles une personne sacrifie son âme dans la cause de Dieu en soumission totale au verset coranique : “Parmi les gens, il y a ceux qui se donnent dans la recherche du plaisir de Dieu”. Quelqu’un qui commet un suicide le fait par désespoir en raison d’un certain échec : il cherche à se débarrasser de sa vie. A l’opposé, se donner en martyre est un acte d’héroïsme et un acte considéré par la majorité des savants musulmans comme étant la plus grande forme de djihad ».

Comme Al-Shu’aybi et Al-Qaradawi, la plupart des avants indépendants décidèrent de considérer les attaques-suicides en Palestine comme des opérations martyres, qui sont identifiées comme le niveau de djihad le plus noble. Des savants en Jordanie, au Liban, en Arabie Saoudite, en Egypte, en Iran, au Pakistan, en Malaisie et en Indonésie furent aussi cités pour confirmer la légitimité de la stratégie de l’attaque-suicide en Palestine. Un certain nombre de raisons sont en général données pour soutenir les opérations martyres contre des cibles israéliennes, dont ces points :

- Les opérations ne sont pas des suicides parce qu’elles impliquent le sacrifice du plus haut niveau pour la plus noble des causes.

- Israël est un avant-poste militaire dans lequel personne n’est compté comme étant un civil à être épargné, à part les enfants. Tous les hommes et femmes en Israël servent à l’armée. Tant que les attaquants prennent toute précaution pour éviter les enfants, toutes les autres cibles en Israël sont légitimes. Si des enfants sont touchés par inadvertance, c’est parce que c’est inévitable.

- Il ne reste aucun autre choix aux Palestiniens, comme leur ennemi est lourdement armé alors qu’il leur manque les moyens d’auto-défense de base. Tant que cette situation se poursuit, les Palestiniens ne sont pas tenus coupables pour de telles attaques. Les Palestiniens sont donc exceptés du code de guerre islamique.

- Si les Israéliens souhaitent la fin de telles opérations, ils devraient accepter les propositions de trêve présentées à plusieurs reprises par le Hamas et d’autres factions palestiniennes. Cependant, s’attendre à ce que les Palestiniens cessent unilatéralement toute résistance dans l’espoir que les Israéliens arrêtent de les attaquer est injuste et inacceptable.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
08-02-10, 08:50
Hamas : Son histoire de l’intérieur (65)


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Dr. Azzam Tamimi

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Le djihad et le martyre (6)

Pour aller plus loin


Les opérations-suicides ou “martyres” ne sont en aucun cas restreintes à la Palestine, mais sont aussi exécutées par des musulmans ailleurs dans le monde. Le débat sur le martyre s’est intensifié, avec des divisions devenant plus grandes que jamais. Peu de savants acceptent d’approuver toutes les attaques-suicides comme des opérations martyres, quel que soit le lieu ou le moment où elles sont exécutées. Il est à noter qu’un certain nombre d’éminents savants qui soutiennent les opérations “martyres” en Palestine furent sans équivoque sur les attaques du 11 septembre à New York. Ces érudits condamnèrent aussi les dernières attaques à Bali, à Riyad, à Rabat, à Istanbul, à Madrid et à Londres, ainsi que les attaques qui prennent en cible des civils dans divers lieux en Irak ou en Afghanistan. Ils jugent ces attaques d’actes de criminalité, et non pas des actes de djihad légitime.

En juillet 2004, Sheikh Yussuf Al-Qaradawi, qui dirige le groupe des savants qui tiennent cet avis, fut invité par le maire de Londres, Ken Livingstone, pour réunir le meeting annuel du Conseil Européen pour la Fatwa et la Recherche aux quartiers généreux de l’Autorité du Grand Londres. Cette initiative venait en geste de bienveillance de la part du maire à l’égard des musulmans de Londres, qui constituent environ dix pour cent de la population de la ville. Sheikh Al-Qaradawi saisit l’occasion pour inviter des centaines de savants du monde musulman à venir à Londres durant sa visite pour inaugurer l’Union Internationale des Savants Musulmans, un projet sur lequel lui et nombre de ses invités travaillaient.

Des groupes pro-israéliens au Royaume-Uni condamnèrent la présence de Sheikh Al-Qaradawi à Londres, l’accusant de soutenir le terrorisme. La député travailliste britannique Louise Ellman et le Conseil de Députés Juifs dirigèrent la campagne pour que le sheikh soit expulsé, n’ayant pas réussi à empêcher sa visite en premier lieu. La controverse au sujet de la visite de Sheikh Al-Qaradawi attira l’attention des médias. La presse de droite concentra son attention sur la position du sheikh sur les attaques-suicides. Pressé de clarifier sa position, le sheikh insista à dire que la Palestine était un cas particulière, où « les opérations martyres sont légitime, car les Palestiniens n’ont d’autre moyen efficace d’auto-défense ». Interrogé sur les attaques-suicides en Irak, Al-Qaradawi expliqua qu’il soutenait le droit du peuple irakien à résister à l’invasion de l’Irak dirigée par les Etats-Unis et à se battre pour libérer leur pays de l’occupation étrangère. Cependant, il ne pensait pas que l’utilisation d’attaques-suicides soit justifiée, car les Irakiens, non pas comme les Palestiniens, avaient un grand nombre de ressources disponibles pour résister à l’occupation étrangère et n’étaient pas obligés d’employer des opérations martyres, qu’il décrivit être l’arme de dernier recours.

Lorsque quatre hommes musulmans exécutèrent une attaque-suicide à Londres le 7 juillet 2005, Sheikh Al-Qaradawi condamna l’attaque, en sa capacité individuelle ainsi qu’au nom de l’Union Internationale des Savants Musulmans. Il refusa de la comparer à ce qu’il insistait à considérer comme des opérations martyres en Palestine. Il dit à l’époque que contrairement aux Palestiniens, dont la terre est occupée et qui souffrent de l’occupation israélienne jour et nuit, ces jeunes hommes n’avaient aucune justification quelconque pour attaquer des Londoniens comme ils le firent.

Il est à noter, toutefois, qu’il y a quelques savants influents, notamment en Arabie Saoudite, qui considèrent ceux qui exécutent des attaques-suicides comme des martyrs, et leurs actions comme étant légitimes. Le désaccord dans ce cas n’est pas sur la question de savoir si l’acte en soi est un suicide ou un martyre, mais plutôt de distinguer la cible légitime de la cible illégitime.

Les organisations palestiniennes qui font usage des opérations martyres soutiennent qu’elles ne prennent jamais d’enfant en cible. Elles insistent à dire qu’elles prennent en cible du personnel militaire en premier lieu, et que toute attaque contre des civils est soit involontaire, soit inévitable, tant qu’Israël continue de viser des civils palestiniens. De plus, elles remarquent qu’Israël est un Etat militaire où chaque homme et chaque femme, à part les juifs ultra-orthodoxes, servent dans l’armée. Elles expliquent qu’elles prennent en cible des bus, car des soldats les utilisent pour se déplacer. Lorsqu’elles visent des bars et des boîtes de nuit, c’est parce que ce sont des lieux de rencontre pour des hommes et des femmes de service en congé, qui plus tôt dans la journée pouvaient être activement engagés dans des opérations militaires dans les territoires occupés.

Les Palestiniens sont arrivés à un large consensus vis-à-vis de la nature militaire de la société israélienne. Pour de nombreux palestiniens, cela reste un moyen, plutôt qu’un objectif, qui devint le sujet d’une investigation théologique et jurisprudentielle. La nature de l’opération est la question centrale pour estimer la légitimité ou l’illégitimité de l’attaque-suicide ou de l’opération martyre. Comme toujours dans le cas de la publication d’une fatwa sur une question, la difficulté émane du fait que dans l’islam sunnite, il n’y ait pas une seule autorité ou une autorité incontestée à laquelle il peut être faire référence. En outre, il est banal en des temps agités comme le nôtre d’aujourd’hui que la politique ait une grande influence sur l’opinion des savants religieux.


Fin du chapitre.

Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
15-02-10, 23:43
Hamas : Son histoire de l’intérieur (66)



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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.



Le Hamas, l’ OLP et l’autorité palestinienne (1)



L’ OLP a rencontré le Hamas au début avec une indifférence totale, puis elle a essayé de jeter le doute sur sa fiabilité, puis elle s’est efforcée à le rabaisser et a refusé de le reconnaître, puis elle est rentrée dans une phase de confrontation ouverte suivie par une tentative de le contenir.


- Khaled Meshaal




Le défunt Yasser Arafat et ses collègues du Fatah, la principale faction de l’Organisation de Libération de la Palestine, se battirent durement jusqu’à remporter une reconnaissance des Arabes et du monde en général, prenant l’ OLP comme “seule représentant légitime du peuple palestinien”. Ils n’obtinrent toutefois jamais une reconnaissance totale, car un grand nombre de personnes parmi les Palestiniens eux-mêmes ne reconnurent jamais l’ OLP. Les islamistes palestiniens en particulier, dirigés par les Ikhwan puis par le Hamas, refusèrent d’accepter la revendication de l’ OLP, insistant à dire que comme l’ OLP n’était pas élue par le peuple, elle n’avait pas de mandat pour monopoliser la représentation des Palestiniens.


La décision par la Conférence du Sommet Arabe de 1974 d’accorder un tel rôle à l’ OLP fut perçue par certains Palestiniens comme une étape quelque peu négative, dans le sens où elle dégageait des Arabes non-palestiniens la responsabilité de libération de la Palestine. En d’autres termes, le mouvement rétrograda officiellement le conflit avec le projet sioniste d’un souci pan-arabique à une question palestinienne locale, dont la responsabilité restait entre les mains des Palestiniens seulement. Cela signifiait que tout ce que l’ OLP acceptait serait accepté par le reste du monde arabe. Il est aussi à souligner que l’ OLP, qui fut créée par la Ligue Arabe, ne s’affranchit jamais de l’intervention et de la manipulation de divers gouvernements arabes, et au-dessus de tous de celles de l’ Égypte.


L’ Égypte, dont l’objectif était d’être totalement libérée de toute obligation envers la révolution palestinienne tout en gardant son influence sur elle, contribua à assurer un consensus arabe sur la question. Suite à la guerre de 1973 avec Israël, le principal objectif de l’ Égypte fut de négocier un traité de paix pour mettre fin à son propre conflit avec Israël une bonne fois pour toute. Il ne serait pas tiré par les cheveux de conjecturer que les Égyptiens aient pu aussi jouer un rôle dans la création du plan à dix points proposé par la direction de l’ OLP environ au même moment. Selon ce plan, qui fut officiellement adopté par l’ OLP quelque six ans plus tard, la lutte armée fut déclarée comme étant une voie vers la libération de la Palestine, mais pas la seule. L’ OLP allait alors être ouverte à accepter un accord négocié avec les Israéliens, avec l’objectif de l’établissement immédiat d’un État palestinien sur toute partie de la Palestine qui devenait disponible. Aussi tôt qu’au milieu des années 1970, de nombreux membres du Fatah avaient déjà peur que le plan à dix points soit le début du déraillement de leur projet de libération national. Cependant, des loyalistes à l’ OLP insistèrent à dire que cela n’impliquait pas plus que la reconnaissance de la nécessité d’une approche graduelle au projet de libération sans concéder de droit fondamental du peuple palestinien.


A travers les années 1970 et 1980, l’ OLP subit une série de revers, tout d’abord en Jordanie, puis au Liban. Des critiques de l’organisation soutiennent que la plupart de ces revers furent auto-infligés. Il n’y eut plus de différence entre la direction de l’ OLP et celle des autres régimes autoritaires arabes de la région. En l’absence de transparence et de mesure significative pour la rendre redevable, et comme la corruption se répandit à travers sa hiérarchie, des animosités et des séparations internes devinrent inévitables. Néanmoins, pendant une grande partie de ces deux décennies, les islamistes ne firent rien pour concurrencer les efforts de l’ OLP d’exécuter son rôle de représentant des Palestiniens sur la scène internationale. Les efforts des islamistes se focalisaient au lieu de cela sur la réforme sociale, en entrant notamment dans la couche sociale qui avait jusqu’au début des années 1970 l’apanage du mouvement nationaliste laïc. Les gains effectués par les islamistes dans les universités et dans les syndicats éveillèrent parfois une tension entre les deux parties. Cependant, ce n’est qu’avec l’ Intifada donnant au mouvement du Haas que la direction de l’ OLP sentit son autorité sérieusement menacée. Le Hamas fut perçu comme la proposition des Ikhwan pour supplanter l’ OLP en tant que seul représentant légitime. En effet, la propre rhétorique du Hamas le présentait comme cela. Ses documents, du premier communiqué à la Charte, accusaient implicitement ou explicitement la direction de l’ OLP d’abandonner ses responsabilités et de compromettre la cause.

Au début, Yasser Arafat demanda à la direction des Ikhwan égyptiens de persuader leurs frères palestiniens de reculer. Il déclara qu’un mouvement parallèle à l’ OLP ne causerait que du tort à la lutte et sera à l’avantage de l’ennemi. Lorsqu’il rencontra Al-Murshiad Al-‘Amm, guide général ou président des Ikhwan, au Caire, Arafat l’appela à persuader les islamistes palestiniens de rejoindre le Fatah, qui selon les protestations d’ Arafat était de toute façon né grâce aux Ikhwan. En privé, toutefois, il méprisa les islamistes palestiniens. Dans un discours qu’ Arafat a effectué lors d’un meeting de supporters du Fatah au Yémen peu après l’émergence du Hamas, qui fut enregistré sans qu’il ne le sache, il décrivit ses membres comme des fourmis qui devaient se courber dans leurs trous, de peur que lui et ses forces ne les écrasent.

Arafat invita le Hamas à faire partie de l’ OLP. En avril 1990, en sa capacité de porte-parole du Hamas, Ibrahim Ghosheh rendit visite à Sheikh Abd Al-Hamid Al-Sa’ih, orateur du Conseil National de la Palestine (CNP), dans son bureau à Amman, et lui présenta une note intitulée “Notre vision du Conseil National de la Palestine”. Dans ce document, le Hamas affirmait être prêt à rejoindre le CNP, à condition que les membres du CNP soient choisis par des élections. Si des élections n’étaient pas faisables dans la pratique, le Hamas proposait qu’il lui soit alloué pas moins de quarante pour cent de sièges du CNP, étant donné que quarante pour cent du peuple palestinien étaient des supporters du Hamas. L’atmosphère lors du meeting était cordiale, et Al-Sa’ih promit de donner une réponse au Hamas. A la base, l’ OLP présenta au Hamas dix-huit sièges, qui à ce moment-là ne dépassait pas les quatre pour cent du nombre total de sièges du CNP, qui étaient tous remplis par nomination. Le Hamas refusa l’offre. Yasser Arafat, qui avait normalement l’autorité pour allouer les sièges du CNP et pour désigner ses membres, accrut le nombre proposé au Hamas à vingt-quatre. Toutefois, encore une fois, ceci ne réussit largement pas à répondre à ce que le Hamas avait à l’esprit.

Au début des années 1990, en dépit des relations tendues entre les deux parties, des représentants du Hamas rencontrèrent Yasser Arafat à plusieurs occasions pour résoudre les questions urgents. Un de ces meetings eut lieu au Yémen, où le sujet discuté fut la situation à l’intérieur des prisons israéliennes et la résolution des disputes occasionnelles qui avaient lieu entre le Hamas et des prisonniers du Fatah. Un autre meeting eut lieu suite à la déportation de masse d’Israël au sud Liban d’activistes du Hamas et du Jihad Islamique. Une délégation du Hamas dirigée par Moussa Abu Marzouq, comportant Ibrahim Ghosheh, Imad Al-Alami et Muhammad Nazzal, partit pour Tunis pour discuter des efforts diplomatiques pour résoudre la crise et pour assurer le retour des déportés avec Yasser Arafat.




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28-02-10, 21:23
Hamas : Son histoire de l’intérieur (67)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Le Hamas, l’OLP et l’autorité palestinienne (2)


De la retenue à la confrontation

Les rendez-vous tels que ceux-ci étaient généralement organisés grâce aux bons services d’intermédiaires. Un meeting de ce genre, considéré comme particulièrement important à l’époque, fut arrangé à Khartoum grâce aux bons services du leader islamique soudanais Hassan Al-Turabi en janvier 1993. La délégation du Hamas fut une nouvelle fois dirigée par Moussa Abu Marzouq et incluait Ibrahim Ghosheh, Muhammad Siyam et Muhammad Nazzal. La délégation de l’OLP fut dirigée par Yasser Arafat et comportait le porte-parole du CNP Salim Al-Za’num, Nasr Yussuf, Muhammad Dahlan et Abu Ali Shahin. Certaines indications lors de cette rencontre permettaient de dire que la tension entre les deux parties pourrait se calmer. Les relations se détériorèrent bientôt une fois encore, cependant, lorsqu’il fut annoncé qu’Israël et l’OLP étaient parvenues à un accord après les négociations secrètes à Oslo. Le Hamas condamna la signature de la déclaration de principes sur le gaon de la Maison Blanche le 13 septembre 1993, le qualifiant d’acte de trahison à l’encontre des droits palestiniens fondamentaux.

Alors que Yasser Arafat commença à se préparer pour retourner à Gaza en 1994 sous les termes des accords d’Oslo, il avait de l’appréhension quant à l’accueil qui pouvait l’attendre. Conscient de la popularité du Hamas à l’intérieur de la bande de Gaza et de l’étendue de son autorité, il avait peur que le Hamas puisse d’une certaine façon déranger son arrivée. Via des médiateurs, il appela la direction du Hamas à lui permettre de retourner en paix. Ceci n’était en fait pas nécessaire, car le Hamas n’avait en réalité pas d’objection au retour à la patrie d’Arafat et n’avait pas l’intention de causer de trouble. Au contraire, lorsque la force de sécurité palestinienne nouvellement formée arriva de Jordanie plus tôt au cours de l’année pour se déployer dans la bande de Gaza et à Jéricho, le Hamas l’avait accueillie et lui avait fourni de la nourriture et un abri. Il n’aurait pas été de l’intérêt du Hamas d’être vu en train de protester contre le retour d’un Palestinien ou contre le remplacement des troupes de l’occupation israélienne par une force palestinienne.

Une des principales tâches de l’autorité palestinienne qui était établie sous les termes des accords d’Oslo, c’était de réprimer et de désarmer les factions palestiniennes et de même un terme à toutes les hostilités contre les Israéliens. Cette tâche n’était en aucun cas facile à accomplir. En guise de test, les forces de sécurité de l’autorité palestinienne intervinrent pour disperser les foules après avoir quitté la mosquée Filastin à Gaza le 18 novembre 1994. Les foules manifestaient pacifiquement contre la continuation de l’occupation en dépit de l’accord de paix avec Israël. Quatorze croyants pro-Hamas fut tués par balle et plusieurs autres blessés. Il y eut une explosion de colère populaire et une foule marcha vers les quartiers généraux de l’autorité palestinienne, brisant la clôture pour s’en prendre au bâtiment. Des appels du Hamas au public à se calmer et à rentrer chez eux permirent de mettre fin à la crise. La direction du Hamas dit que la colère publique devait être dirigée contre les autorités de l’occupation israélienne dans la forme d’une résistance accrue plutôt que contre la force de police palestinienne. Le Hamas remporta un respect et une autorité supplémentaires en soutenant une politique d’interdiction des conflits armés entre les Palestiniens.

La direction de l’autorité palestinienne à Gaza expérimenta des problèmes dans la communication avec le Hamas. Nombreux d’entre les leaders du mouvement dans les territoires étaient toujours en détention dans les prisons israéliennes. En outre, le pouvoir de prise de décision au Hamas avait déjà été transféré de l’intérieur des territoires à l’extérieur après les mesures sérieuses israéliennes prises à l’encontre du mouvement en 1989. Cela signifiait que l’avis final sur les questions politiques et stratégiques reposait dans les mains du bureau politique basé en Jordanie dirigé par Moussa Abu Marzouq. En avril 1995, Yasser Arafat envoya Abd Ar-Razaq Al-Yahya à Amman pour rencontrer la direction du Hamas et lui demander d’ordonner de mettre fin à toutes les formes de violence dans l’ensemble de la Palestine afin de donner une chance de succès à ses efforts de paix. Lorsque ni les menaces ni les persuasions ne rapportèrent d’acceptation pour sa proposition, Arafat se tourna vers les leaders locaux du Hamas dans la bande de Gaza. Il voulait en particulier persuader le Hamas à prendre part aux élections du Conseil Législatif Palestinien (CLP) qui avaient été fixées pour le 20 janvier 1996. Suite à cette insistance, la direction du Hamas dans la bande de Gaza et en Cisjordanie accepta de penser à y participer, à condition qu’ils soient autorisés de consulter d’abord les autres branches du mouvement.

En décembre 1995, l’autorité palestinienne persuada les Israéliens de permettre à une délégation du Hamas de l’intérieur de quitter la Palestine pour voyager à Khartoum, la capitale du Soudan, pour rencontrer un groupe de leader du Hamas de l’extérieur, et pour tenir ensuite des discussions avec l’autorité palestinienne au Caire. La délégation était composée de Jamil Jamami, Jamal Salim, Abd Al-Khaliq Al-Natshah et Hassan Yussuf, de la Cisjordanie, et de Abd Al-Fattah Dukhan, Sayyid Abu Mussamih, Mahmoud Al-Zahhar et Muhammad Hassan Sham’ah, de la bande de Gaza. La délégation de l’extérieur était composée de Khaled Meshaal, qui venait d’être élu chef du bureau politique, Muhammad Nazzal, Imad Al-Alami, Ossama Hamdan et Ibrahim Ghosheh. Depuis la formation du mouvement huit ans plus tôt, c’était le premier meeting de la direction du Hamas au plus haut niveau à avoir lieu entre ceux à l’intérieur et ceux à l’extérieur. Certaines des personnalités-clés manquaient car elles étaient en détention. Celles-ci incluaient Sheikh Ahmad Yassine et Abd Al-Aziz Al-Rantissi en Israël et Moussa Abu Marzouq aux Etats-Unis. Les questions les plus pressantes sur l’agenda étaient la résistance armée et les élections à venir. L’autorité palestinienne voulait une fin à la première et une participation du Hamas à la deuxième. L’autorité palestinienne et Israël espéraient tous deux que lorsque la délégation du Hamas de Gaza et de la Cisjordanie allait rencontrer ses collègues de l’extérieur, elle puisse persuader les leaders de l’extérieur d’appeler à un arrêt de l’activité militaire du Hamas et de participer au processus politique.



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09-03-10, 22:31
Hamas : Son histoire de l’intérieur (68)


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Le Hamas, l’OLP et l’autorité palestinienne (3)


Le meeting de Khartoum était une opportunité en or pour la haute direction du Hamas d’échanger des avis et de débattre de questions politiques et stratégiques dans un environnement détendu et libre. Parfois, les discussions étaient intenses. Certains des délégués de l’intérieur de la Palestine avaient été de forts supporters de l’arrêt de l’activité militaire et de la participation aux élections. Ils étaient devenus convaincus que le processus de paix allait apporter une solution à leurs problèmes actuels si une chance lui était donné, mais qu’une fin à toute violence et qu’une coopération ave l’autorité palestinienne étaient requises avait qu’une telle chance puisse exister. Après quatre jour et quatre nuits de discussions, les délégués arrivèrent à deux conclusions importantes, non pas de façon unanime, mais avec une confortable majorité. La première de ces conclusions était que la résistance était cruciale et qu’elle ne devait être abandonnée, que ce soit à la demande d’Arafat ou de toute autre personne. La décision d’intensifier, de modérer ou de restreindre le niveau de la résistance devait rester une prérogative du mouvement, qui jugerait de la situation et entreprendrait les actions appropriées. Deuxièmement, ils se mirent d’accord pour ne pas participer aux élections du CLP. Cette décision fut prise pour plusieurs raisons, notamment parce que les élections étaient considérées comme « un produit de l’accord d’Oslo, qui est un projet sioniste ». Les opposants à la participation déclarèrent à l’époque que selon les accords d’Oslo, les Israéliens avaient le dernier mot sur ce que le CLP décidait. Nombre de ceux qui supportaient la suspension de la résistance et la participation aux élections changèrent d’avis durant le débat, mais d’autres restèrent non-convaincus. Tous reconnurent que le meeting avait été conduit de façon totalement démocratique.

A part Ibrahim Ghosheh, qui retourna à Amman, les leaders du Hamas se rendirent ensuite au Caire, où ils passèrent plusieurs jours à discuter avec une délégation de l’autorité palestinienne. L’équipe de l’autorité palestinienne était dirigée par le président du conseil Nation Paletinien, Salim Al-Za’nun, et comportait certaines des figures les plus anti-Hamas dans le Fatah, comme Abu Ali Shahih, Al-Tayyib Abd Al-Rahim, Hassan Usfur, Frayh Abu Maddayn et Nabil Amr. Ces conservateurs du Fatah n’avaient jamais considéré le Hamas avec autre chose que du mépris, donc il était très inapproprié de les voir comme les représentants choisis par l’autorité palestinienne pour négocier avec l’équipe du Hamas. Le meeting fut infructueux, probablement pour cette raison. Bien que les discussions se soient terminées par un communiqué normal, politiquement correct, leur réalisation était en réalité très faible.

Tout le long, les discussions étaient troublées par des protestations sur toutes sortes de questions. Les deux dernières années en particulier avaient vu l’émergence d’un profond sentiment négatif entre les deux parties. A l’intérieur du Hamas, certains étaient convaincus que le Fatah avait fait la paix avec Israël principalement afin de frapper le Hamas. Ils pensaient que le Fatah voulait s’approprier les gains remportés par l’intifada en conspirant avec les Etats-Unis et Israël pour annuler le projet de la résistance islamique contre le sionisme. A l’intérieur du Fatah, d’autre part, certains pensaient, ou aimaient croire, que le Hamas était un complot fomenté par Israël et dirigé contre leur propre mouvement.

Une question s’éleva au début des discussions qui troubla davantage les eaux : qui était à la base de l’intifada de décembre 1987 ? Lorsque certains délégués du Fatah insinuèrent que le Hamas n’avait joué aucun rôle dans le soulèvement populaire, le délégué du Hamas Abd Al-Fatta Dukhan protesta. Il déclara qu’il avait été le président du bureau exécutif des Ikhwan qui s’était retrouvé peu après l’incident de la route dans lequel un certain nombre de Palestiniens perdirent la vie, et qu’il avait décidé de mobiliser le public pour répondre à l’outrage. Cela n’annula pas, dit-il, « le rôle des frères du Fatah et des autres factions, ni ne déprécie l’esprit populaire qui nourrit l’intifada ». Cela signifiait simplement, cependant, que tout ce qui se produisit ce matin qui suivit le jour de l’incident de la route n’était pas simplement une réaction spontanée, mais le résultat d’une préparation et une escalade délibérée.

Yasser Arafat passa par le Caire alors que le meeting avait lieu, et il avait l’intention de rencontrer les deux délégations. Lorsqu’il fut informé, toutefois, que le Hamas n’avait pas changé sa position sur l’emploi de la résistance armée contre Israël et sa participation dans les élections à venir, il décida qu’il était préférable de ne pas se joindre aux discussions. L’autorité palestinienne ne pouvait plus faire grand-chose pour persuader le Hamas à rejoindre le processus politique ou renoncer à la violence. Les leaders du Hamas avaient peur que leur participation aux élections n’accorde une légitimité au processus d’Oslo, auquel ils étaient fondamentalement opposés. De même, ils ne pouvaient promettre de mettre un terme à l’utilisation de la force contre les soldats ou les colons israéliens alors que l’occupation se poursuivait et qu’Israël détenait des milliers d’activistes palestiniens.


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09-03-10, 22:35
Hamas : Son histoire de l’intérieur (69)




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Le Hamas, l’OLP et l’autorité palestinienne (4)


L’échec de l’autorité palestinienne à amener le Hamas à bord à travers des négociations, cependant, ne la découragea pas de poursuivre différents moyens de persuasion. Dans son rapport annuel de 1996, Amnesty International remarqua que les forces de sécurité de l’autorité palestinienne détinrent plus de mille Palestiniens pour des raisons politiques. Plus de quarante de ces détenus furent présentés en justice devant une cour de sécurité d’Etat fraîchement mise en place qui ne répondait pas aux normes internationales pour un procès juste. Certains furent condamnés jusqu’à vingt-cinq ans d’emprisonnement. Le rapport d’Amnesty International accusa l’autorité palestinienne d’avoir torturé des détenus, dont cinq moururent en détention. La cour de sécurité d’Etat fut mise en place en février 1995 suite à un décret publié par Yasser Arafat. Les procès étaient tenus en secret, souvent au milieu de la nuit, et furent alors appelés les procès de minuit. Ils étaient présidés par des juges militaires, et des procureurs militaires présentaient les affaires. La cour désignait même les avocats de la défense, qui travaillaient généralement pour les forces de sécurité. Les parents n’étaient informés des charges et des procès qu’une fois les auditions passées. En dépit des dénonciations d’Amnesty International et d’autres organisations majeures des droits de l’homme de ces procédés, qualifiés de « très injustes et violant les normes minimums de la loi international », le New York Times rapporta le 4 mai 1995 que « des officiels israéliens et américains accueillent favorablement les auditions ». Le journal ajouta que ce que l’on appelle les procès de minuit restera une nécessité tant que l’autorité palestinienne avait besoin de mettre la pression sur les « extrémistes dont les actes de terreur menaçaient le processus de paix ».

Cinquante jours après l’assassinat par Israël du commandant militaire Yahya Ayyash du Hamas, le 5 janvier 1996, la branche armée du mouvement lança une campagne d’oprations martyres en réplique. Quelque cinquante Israéliens furent tués et bien plus blessés dans les trois premières opérations, qui furent réalisées à Jérusalem et à Ashkelon entre le 25 février et le 3 mars 1996. L’autorité palestinienne répondit avec une campagne contre le Hamas, qui s’intensifia suite à la conférence du sommet de l’anti-terrorisme parrainé par les Etats-Unis, à Sharm Al-Sheikh, le 13 mars 1996. Durant cette campagne, plus de mille membres et supporters du Hamas furent détenus et plusieurs organisations d’aide sociale dirigées par le mouvement furent fermées. Dans les mois qui suivirent, au moins deux douzaines de Palestiniens perdirent la vie sous la torture alors qu’ils étaient interrogés dans des prisons de l’autorité palestinienne, selon un rapport de 1998 d’Amnesty International.

La tension entre le Hamas et l’autorité palestinienne atteignit un sommet lorsqu’un certain nombre de commandants militaires du Hamas devinrent les victimes d’assassinats ciblées. Le Hamas accusa les services de renseignements de l’autorité palestinienne de collusion dans l’assassinat de Muhyiddin Al-Sharif, le 29 mars 1998, et des deux frères Imad et Adil Awadallah, le 10 septembre 1998. Un des frères Awadallah avait été libéré après avoir été détenu par l’autorité palestinienne dans des circonstances mystérieuses. A différents moments, dans diverses périodes, l’autorité palestinienne arrêta et détenu aussi plusieurs hauts leaders du Hamas. Dans la bande de Gaza, des figures comme Abd Al-Aziz Al-Rantissi, Sayyid Abu Mussamih, Mahmoud Al-Zahhar, Ibrahim Al-Maqadmah, Muhammad Taha et Ahmad Nimr Hamdan furent arrêtés. Ceux qui furent arrêtés par les forces de sécurité de l’autorité palestinienne en Cisjordanie comportaient Jamal Salim, Jamal Mansur, Yussuf Al-Sarkaji, Mahmud Muslih et Muhammad Jamal Al-Natshah.

Cette prise de sévères mesures par l’autorité palestinienne poussa le fondateur du Hamas, Sheikh Ahmad Yassine, qui avait récemment été libéré de la détention israélienne, à dire à Yasser Arafat d’arrêter d’harceler le Hamas et d’affronter Israélien et les Etats-Unis au lieu de cela. Il réaffirma son assurance qu’Israël et les Etats-Unis étaient derrière la campagne contre le Hamas. Défiant l’autorité palestinienne de présenter correctement en justice ceux qu’elle arrêta « s’ils ont transgressé la loi », il dénonça la fermeture d’institutions humanitaires dirigées par le Hamas, disant que même les Israéliens ne s’étaient pas abaissés à cela. Sheikh Yassine remit toute la faute de la situation sur l’accord de paix entre Israël et l’autorité palestinienne, qui étaient défectueuse depuis le début selon ses propos et qui devait être abandonné. Il railla les Israéliens pour avoir demandé à l’autorité palestinienne de faire pour eux ce qu’ils n’avaient pu faire eux-mêmes lorsqu’ils étaient en contrôle direct de la bande de Gaza.


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22-03-10, 08:52
Hamas : Son histoire de l’intérieur (70)


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Le Hamas, l’OLP et l’autorité palestinienne (5)


Dans l’intention de séduire Sheikh Yassine pour qu’il dirige le Hamas vers le travail avec l’autorité palestinienne plutôt que contre elle, Yasser Arafat évita une confrontation directe avec le sheikh, bien qu’il parlât parfois avec une vive critique contre lui. Au lieu de cela, Arafat chercha à renverser les rôles en blâmant la direction du Hamas à Amman pour le manque de progrès vers la paix avec Israël. Il critique le Hamas pour avoir exécuté « des attaques à la bombe suicide, qui ont été destinées contre des civils », insistant à dire qu’elles avaient donné à Israël une excuse pour ne pas donner plus de terre aux Palestiniens. Renouvelant son engagement pour accomplir sa part dans les accords d’Oslo, Arafat jura que ses forces allaient continuer à œuvrer pour empêcher de nouvelles attaques du Hamas.

Environ un an plus tard, Yasser Arafat invita Sheikh Yassine à venir en tant qu’observateur aux meetings du conseil central de l’OLP, qui se réunissait à Gaza fin avril 1999 pour débattre de la déclaration d’indépendance unilatérale de l’Etat palestinien, qui devait se faire le 4 mai. Le sheikh accepta l’invitation en dépit d’objections du bureau politique du Hamas en Jordanie, qui voyaient dans l’action d’Arafat un stratagème de plus pour diviser le mouvement. Le bureau politique publia un communiqué disant que l’initiative de Sheikh Yassine était personnelle et ne représentait pas la position officielle du mouvement. Cela poussa le sheikh à se retirer des meetings de l’OLP et à confirmer que sa présence avait en effet été effectuée sur une base personnelle et qu’elle avait seulement été une opportunité pour lui d’exprimer ses objections aux accords d’Oslo et d’exiger leur annulation. Interrogé plus tard sur sa décision d’y prendre part, il dit :

« Nous sommes allés au conseil central pour expliquer notre point de vue sur cette importante question de la déclaration de l’Etat. Nous aurions pu envoyer une lettre ou tenir une conférence de presse, mais j’ai préféré affirmer notre position publiquement devant l’ensemble du peuple palestinien, afin qu’il sache que nous n’épargnions aucun effort dans notre lutte pour ses intérêts. J’ai déclaré publiquement que les accords d’Oslo dans lesquels l’autorité palestinienne s’était engagée, et tous les autres accords qui suivaient, étaient injustes et se prouvaient être un échec, car l’ennemi ne croit pas en la paix. L’ennemi souhaite tout voler. Il a le pouvoir de le faire et nous n’avons pas le pouvoir de résister. Le peuple palestinien a perdu toutes ses options dans sa lutte contre l’ennemi. Il n’existe nulle part dans le monde de mouvement de résistance qui rend les armes avant d’avoir obtenu ses droits, et en gardant ses armes, il préserve la liberté d’action. Mais nous avons abandonné nos armes au début du chemin, puis nous nous sommes assis, attendant l’aumône et les dédommagements de l’ennemi. Cela signifie que nous avons perdu la première manche. Par conséquent, j’ai demandé à nos frères de l’autorité palestinienne de se débarrasser d’Oslo et de tout ce qui y est lié, car c’est la raison de la souffrance à laquelle nous faisons actuellement face… Nous prenons toujours nos décisions sur la base de discussions au sein du Hamas. Nous avons essayé de contacter nos frères à l’étranger au sujet de notre participation au meeting, mais nous avons reçu l’invitation pour y assister deux jours avant le meeting. Il était difficile d’établir un contact avec eux ».

Il insista à dire qu’il n’y avait pas de différences entre le Hamas à l’intérieur et à l’extérieur, mais seulement un manque de voies de communication correctes. Il ajouta que comme il avait pris part au meeting seulement en tant qu’observateur et non en tant que participant, le Hamas n’avait participé à aucune prise de décision de l’OLP. Il n’avait été présent que pour déclarer publiquement sa position.

Le sens de cet incident était qu’il illustrait clairement, au moins jusqu’à ce moment, que le bureau politique du Hamas en Jordanie et la direction locale de la bande de Gaza n’avaient pas réussi à parvenir à un accord sur la question relative à ceux qui étaient en charge. Il est concevable que Sheikh Yassine, et peut-être d’autres membres de la direction à Gaza, ne virent jamais le besoin ni ne se sentirent obligés de consulter le bureau politique en Jordanie, bien que le bureau politique fût supposé être, depuis 1989, le corps majeur de la prise de décision du Hamas. Il semble probable que la présence de Sheikh Yassine au meeting du conseil central de l’OLP ne fut perçue que comme une question mineure par la direction du Hamas à Gaza, même si cela représentait en fait un changement radical de politique. Pour nombre de membres du Hamas, c’était une étape proche de la reconnaissance de l’OLP en tant que seul représentant légitime du peuple palestinien. L’acceptation finale par Sheikh Yassine de la décision de la direction du Hamas sur cette question représenta finalement une jurisprudence pour savoir qui était en charge dans le mouvement.


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24-03-10, 09:23
Hamas : Son histoire de l’intérieur (71)




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L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.



Le Hamas, l’ OLP et l’autorité palestinienne (6)



La seconde Intifada


Lorsqu’ Ehud Barak fut élu premier ministre d’Israël le 17 mai 1999, l’autorité palestinienne poussa un soupir de soulagement. L’optimisme remplaça l’atmosphère sombre qui prévalait la plupart du temps depuis mai 1996, période pendant laquelle Benyamin Netanyahu avait dirigé le gouvernement israélien. Barak vint au pouvoir déterminé à mettre fin au conflit avec les Arabes sur tous les fronts. Il dit qu’il voulait négocier un accord avec la Syrie, et en mars 2000, il persuada le président américain Clinton à organiser une réunion au sommet à Genève avec le président syrien Hafiz Al-Assad. En mai 2000, il ordonna le retrait des troupes israéliennes du sud-Liban. Il chercha aussi un accord global avec l’autorité palestinienne pour résoudre une fois pour toutes les problèmes permanents de statuts, dont les frontières, les réfugiés, les colonies et Jérusalem.


Le sommet de Genève fut cependant un terrible échec et le retrait d’Israël du Liban fut exécuté unilatéralement et avec hâte, poussant les Libanais, ainsi que les Palestiniens et les Arabes et les Musulmans à travers la région et autour du monde, à célébrer la défaite humiliante d’Israël grâce au Hezbollah. Sur le sujet palestinien, Barak persuada le président Clinton d’organiser une autre conférence au sommet pour négocier la fin du conflit avec les Palestiniens. Yasser Arafat était hésitant : il craignait que le sommet ne puisse donner grand-chose, comme Barak avait échoué depuis son élection à appliquer les précédents accords entre les Israéliens et les Palestiniens. Il était supposé que Barak libère trois cent cinquante prisonniers palestiniens et remettent à l’autorité palestinienne trois villages dans la région de Jérusalem. Au lieu de cela, il avait en réalité autorisé l’expansion de certaines colonies juives autour de Jérusalem. Arafat fut toutefois facilement persuader d’y assister. Hébergé par Clinton et attendu par Barak et Arafat, le sommet se réunit à Camp David le 11 juillet et prit fin le 25 juillet 2000 sans accord.


L’échec du sommet de Camp David fut accueilli avec un soulagement en Cisjordanie et à Gaza. Il était craint que son succès puisse impliquer des concessions majeures qui compromettraient des droits palestiniens. Le 27 juillet 2000, Yasser Arafat reçut un accueil de héros à son retour. Aux yeux de nombreux Palestiniens jusque-là désillusionnés, il était une fois encore devenu un leader patriotique, qui avait refusé de céder à la pression. D’autre part, les Israéliens, les Américains et même quelques membres de sa propre équipe négociatrice considéraient le manque de succès à Camp David comme un échec de la part de Yasser Arafat. Le refus d’ Arafat de faire de concession sur les deux questions qui importaient le plus aux Palestiniens, le statut de Jérusalem et le droit au retour, eut deux résultats inattendus. D’une part, cela prépara la voie à un rapprochement entre Arafat et le Hamas. Bientôt, Arafat allait lui aussi devenir une victime des mesures punitives adoptées par Israël avec l’accord tacite de la nouvelle administration du président américain George W. Bush. D’autre part, il créa un désaccord au sein des rangs des plus proches assistants d’ Arafat, à tel point que certains virèrent contre lui.


Le 28 septembre 2000, l’intrusion sans invitation d’Ariel Sharon à Al-Haram Al-Sharif, le troisième lieu le plus saint sur terre, sous la protection de mille membres des forces de sécurité israéliennes, déclencha la seconde Intifada et unifia les Palestiniens comme jamais auparavant. Dimanche 8 octobre 2000, un meeting de toutes les factions au sein de l’ OLP, présidé par Yasser Arafat, fut tenu à Gaza pour discuter de la récente situation en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Ce meeting fut le premier de ce genre à inclure un représentant officiel du Hamas, qui jusque-là avait boycotté les meetings avec l’autorité palestinienne. Le meeting fut d’une importance significative pour attirer de nombreux commentaires de l’intérieur et de l’extérieur d’Israël. Le journal israélien Ma’ariv décrivit le meeting de Gaza comme « une rare manifestation de l’unité nationale » parmi les Palestiniens. Le rapport cita une source sécuritaire anonyme qui dit qu’il était « craint que les récents mouvements sur la scène politique palestinienne domestique soient “un catalyseur qui encouragera le Hamas et le Jihad Islamique à reprendre la vague d’attaques terroristes en Israël” ». Le journal poursuivit en disant que des sources sécuritaires expliquaient que l’étreinte accordée par Arafat aux « organisations terroristes » pouvait être « interprétée par eux comme “une fermeture des yeux” par le président de l’ OLP et un “feu vert” pour la reprise de leur activité meurtrière ». Ismaïll Abu Shanab, membre du bureau politique du Hamas à Gaza, représenta le Hamas lors des discussions de Gaza. Dans un communiqué à Quds Press plus tard, il dit que le meeting avait été le premier d’une série pour « trouver une formule pour affronter l’occupation israélienne ». Il ajouta que dans le meeting, il appela à la réconciliation des relations internes entre Palestiniens.


Moins d’une semaine plus tard, des militants palestiniens retenus dans les prisons de l’autorité palestinienne à Gaza et en Cisjordanie furent libérés par une demande publique, après qu’Israël commença un bombardement de la Cisjordanie et de la bande de Gaza pour la première fois depuis le début de la seconde Intifada. Il semble concevable que cela ait pu être poussé par le meeting inter-factionnel d’ Arafat et la libération de prisonniers. Nombre de ceux qui furent libérés étaient des membres du Hamas, ce qui amena le premier ministre israélien Ehud Barak à menacer de tenir l’autorité palestinienne pour responsable de toute attaque exécutée à l’encontre de cibles israéliennes suite à la libération d’activistes du Hamas. L’autorité palestinienne dit que des gardiens de prison avaient agi sur leur propre initiative en libérant les militants, car ils craignaient pour la sécurité des prisonniers. Ismaïl Haniyeh, parlant pour le Hamas, fut cité par l’agence d’informations Associated Press comme ayant dit que les trois cent cinquante prisonniers furent libérés car l’autorité palestinienne ne pouvait les protéger en prison. Les Israéliens ne furent pas convaincus. Les Israéliens eux-mêmes avaient échoué à se conformer à nombre d’engagements requis par les accords de paix provisoires. Ils insistèrent néanmoins à dire que la responsabilité première des forces de sécurité palestiniennes sous les accords était de « faire attention aux intérêts sécuritaires d’Israël et empêcher les militants islamiques d’accomplir des attaques de terreur contre des cibles israéliennes ». Danny Yatom, alors conseilleur de Barak, accusa Arafat d’avoir manqué à son engagement de combattre le terrorisme et dit : « L’autorité palestinienne s’est engagée à combattre la terreur et l’infrastructure de la terreur, non pas seulement avant nous, mais avant la CIA et les Américains ».


Une tentative ultérieure de réouverture des négociations de paix échoua. Un sommet entre Arafat et Barak qui eut lieu du 21 au 27 janvier 2001 à la station touristique égyptienne de Taba vint trop tard. Clinton venait juste de quitter ses fonctions, Barak n’était pas sûr de remporter les élections israéliennes à venir, et Arafat n’allait pas mettre son nom dans un accord avec les Israéliens sans l’implication des États-Unis. Il pensait que sans une garantie des Américains, aucun accord ne valait la feuille sur laquelle il était écrit.




Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
12-04-10, 18:14
Hamas : Son histoire de l’intérieur (72)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Le Hamas, l’OLP et l’autorité palestinienne (7)


Ariel Sharon, qui fut élu premier ministre d’Israël le 6 février 2001, n’avait jamais aimé Yasser Arafat. Il avait dit qu’il ne pouvait jamais s’imaginer serrer la main d’Arafat, sans parler de l’embrasser. Il convainquit le président la nouvelle administration de George W. Bush qu’Arafat n’était pas un homme de paix et qu’il était impliqué dans des attaques envers Israël. En dépit des accusations selon lesquelles il avait ignoré son engagement de contrôle de groupes tels que le Hamas et le Jihad Islamique, Yasser Arafat continua d’insister qu’il avait fait un véritable effort pour garder le contrôle sur les factions palestiniennes. Il se trouvait face à un dilemme. Il avait besoin de garder sa crédibilité aux yeux de son propre peuple en leur montrant qu’il se tenait épaule contre épaule avec lui s’ils étaient attaqués par Israël. En même temps, ceux qui voulaient se débarrasser de lui l’accusaient de complicité dans le terrorisme. Inévitablement, cela altéra ses relations avec le Hamas. A une occasion, il ordonna à ses forces de sécurité d’arrêter deux activistes du Hamas, Abdullah et Bilal Barghouti, pour leur soi-disant rôle dans une attaque-suicide à Jérusalem le 9 août 2001. Environ vingt Israéliens furent tués dans cette “opération martyre” exécutée par Izzaddin Shuhayl Al-Masri, âgé de 23 ans. Elle fut accomplie, déclara le Hamas, en réplique à l’assassinat cible du 31 juillet 2001 envers deux hauts leaders du Hamas à Naplouse, Jamal Mansur et Jamal Salim. Quatre autres employés du Hamas et deux enfants furent aussi tués lorsqu’un avion israélien tira une roquette sur le bureau médiatique du Hamas, où les hommes s’étaient retrouvés. Le Hamas, qui estimait que l’humeur de la rue était à l’époque largement en faveur de ses attaques de réplique, répondit avec colère aux détentions et dit que de telles arrestations devaient avoir pris fin une fois l’intifada commencée.

Le 23 novembre 2001, Israël assassina un ancien commandant militaire du Hamas, Mahmud Abu Hannud, et deux de ses camarades, Ma’mun et Ayman Hashaykah. En réplique, le Hamas lança une série d’attaques le 1er et le 2 décembre 2001, tuant plus de vingt-cinq Israéliens et en blessant près de deux cents. Yasser Arafat ordonna immédiatement une prise de mesures sérieuses à l’encontre du Hamas. Ses forces de sécurité arrêtèrent près de deux cents membres du Hamas. Une tentative visant à mettre Sheikh Yassine en détention à domicile poussa les supporters du Hamas et la police de l’autorité palestinienne à s’engager dans des batailles armées. Un supporter du Hamas fut tué, mais finalement, les combattants du Hamas prirent contrôle de la rue où le Sheikh Yassine vivait, expulsant les forces de sécurité de l’autorité palestinienne. Ceci permit de mesurer la popularité du Hamas dans la Bande. Lorsque les nouvelles de la tentative de détention à domicile du sheikh se répandirent, des foules furieuses descendirent dans la région et promirent de détendre le sheikh « avec leur sang et leur âme », selon les termes du slogan arabe.

Le 19 décembre, un incident similaire se produisit lorsque des forces de sécurité palestiniennes se rendirent à la demeure de l’ancien leader du Hamas Abd Al-Aziz Al-Rantissi, cherchant à le détenir. Un conflit éclata lorsque des supporters du Hamas intervinrent pour empêcher son arrestation. Une bataille armée entre des supporters du Hamas et la police palestinienne résulta en la mort de six personnes. Entre-temps, l’autorité palestinienne arrêté quinze membres de ses propres forces de sécurité et ferma trente-trois bureaux du Hamas. L’autorité palestinienne se retrouvait sur la défensive chaque fois qu’elle sévissait contre le Hamas, étant donné que la plupart des attaques du Hamas contre Israël étaient des réactions à des assassinats ciblés de leaders du Hamas par les Israéliens.

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NOURA125
13-04-10, 21:05
Hamas : Son histoire de l’intérieur (73)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Le Hamas, l’OLP et l’autorité palestinienne (8)


Pour les autorités israéliennes, rien de ce que faisait l’autorité palestinienne n’était satisfaisant. Il semblait qu’Ariel Sharon attendait un certain événement pour justifier un coup final contre Yasser Arafat. Au début du mois de janvier 2002, alors qu’Arafat recevait l’envoyé américain Général Zinni dans son quartier à Ramallah, les Israéliens dirent avoir intercepté un navire appelé “Karine A”, qui était chargé d’armes soi-disant commandés par Yasser Arafat et destinés pour la bande de Gaza. Le chargement d’armes fournit aux Israéliens le prétexte pour mettre fin à toute relation avec l’autorité palestinienne jusqu’à ce qu’un nouveau leader, avec qui ils pouvaient faire des affaires, soit désigné. Au moment voulu, ils décidèrent d’éprouver et de se débarrasser eux-mêmes de Yasser Arafat. Le sort d’Arafat fut scellé le 24 juin 2002, lorsqu’après une visite à la Maison Blanche par Ariel Sharon, le président George W. Bush dit que les Palestiniens avaient besoin de trouver un nouveau leader. Le président s’était lui-même totalement engagé à soutenir la position de Sharon. Dans sa poursuite d’un accord négocié avec les Palestiniens, l’administration américaine et le gouvernement israélien choisirent d’ignorer un fait important : aucun leader ne peut négocier la paix au nom de son peuple si sa crédibilité est détruite.

Trouver une alternative à Arafat était un problème. Il ne désigna jamais de député, et personne au sein de l’organisation du Fatah ne semblait être capable de porter la légitimité historique et révolutionnaire ou la popularité dont jouissait “le vieil homme” (Al-Ikhtiyar), comme les Palestiniens l’appelaient. Le plan consistant à créer la position de premier ministre au sein de l’autorité palestinienne afin d’ôter d’Arafat d’une partie de l’autorité qu’il tenait était une première étape vers une solution au problème. Cette condition fut stipulée par les Américains avant de poursuivre leur plan pour une “feuille de route” pour la paix. L’idée d’une “feuille de route” vint à l’origine du roi Abdullah de Jordanie, le 1er août 2002, lors d’une visite rendue au président Bush à Washington. Le roi dit à Bush que les Arabes avaient besoin d’une initiative américaine pour résoudre le conflit israélo-palestinien si l’on voulait que les leaders arabes soutiennent les Etats-Unis dans leur “guerre contre le terrorisme”. Yasser Arafat fut informé de la condition américaine selon laquelle il devait déléguer une partie de son pouvoir à un premier ministre et qu’il n’avait d’autre choix que de l’accepter. Il désigna alors Mahmoud Abbas en tant que premier ministre de la Palestine, le premier, en mars 2003.

Vers la fin d’avril 2003, et alors que l’invasion de l’Irak dirigée par les Etats-Unis allait être achevée, un document intitulé “Une feuille de route basée sur l’action pour une solution permanente de deux Etats pour le conflit israélo-palestinien” fut rédigé. La responsabilité pour cela fut prise par ce que l’on appelle le Quartet : les Etats-Unis, la Russie, les Nations Unies et l’Union Européenne. Le président Bush annonça le 1er mai 2003 que sa mission en Irak avait été accomplie et il envoya son secrétaire d’Etat Colin Powell pour proposer le plan de la feuille de route aux Palestiniens ainsi qu’aux Israéliens. En sa capacité de premier ministre palestinien, Mahmoud Abbas accepta immédiatement le plan. Les Israéliens y réfléchirent un temps avant d’en sortir une version revue. Arafat et le Hamas notaient que la feuille de route les visait directement. Tous deux durent pousser un soupir de soulagement en voyant les Israéliens la tuer immédiatement en n’acceptant que leur version modifiée, qui avait pour but de satisfaire leurs besoins sécuritaires particuliers.

A partir du jour où l’ancien ami et camarade d’armes de Yasser Arafat, Mahmoud Abbas, fut nommé premier ministre, les deux hommes devinrent rivaux. Abbas sentait qu’il ne pouvait faire grand-chose à moins qu’il n’eût le véritable pouvoir entre ses mains, mais le vrai pouvoir n’était pas disponible facilement. Il tenta de consolider sa position en s’entourant d’un groupe de détracteurs d’Arafat, qui se trouvaient être soutenus par Israël tout comme par les Etats-Unis, mais cela ne lui fit que peu de bien. Il appela à l’unification des trois corps sécuritaires palestiniens majeurs sous le commandement du ministre de l’intérieur, qui ne ferait ses rapports qu’à lui seulement, mais Arafat n’allait pas accepter. Finalement, Mahmoud Abbas perdit toute popularité lorsque le public fut désenchanté par ses condamnations répétées de ce qu’il appelait « l’intifada militarisé ». Comme de nombreux Palestiniens, le Hamas n’aimait pas son insistance à dire que les Palestiniens devaient renoncer à la violence alors que les Israéliens poursuivaient leurs mesures punitives contre l’ensemble de la population palestinienne. Dans la dispute entre Mahmoud Abbas et Yasser Arafat, c’est du côté d’Arafat que le Hamas se plaçait. Si Abbas avait pu acquérir davantage de pouvoir, il aurait réprimé le Hamas et d’autres groupes de résistance. Le langage conciliant adopté par Abbas envers les Israéliens ne lui apporta que peu de sympathie de la part du public général, comme il semblait plus enclin à servir les intérêts d’Israël qu’à se soucier des inquiétudes palestiniennes. La goutte qui fit déborder le vase, alors qu’il était premier ministre, vint lors du sommet d’Aqaba en Jordanie, le 4 juin 2003. Son discours lors de la cérémonie télévisée, dans lequel il s’engagea avec force à mettre fin à ce qu’il appelait la violence palestinienne, lui coûta la sympathie populaire et accéléra sa chute. Le soutien ouvert dont il avait joui d’Israël et des Etats-Unis fit aussi énormément de tort à sa réputation, le faisant montrer comme une marionnette entre les mains des Américains, installée par eux pour diminuer la position d’Arafat.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
13-04-10, 21:13
Hamas : Son histoire de l’intérieur (74)




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Le Hamas, l’OLP et l’autorité palestinienne (9)


Assiégé par les Israéliens et face à un complot mené par certains de ses plus proches associés au sein du Fatah et de l’autorité palestinienne, il se peut bien qu’Arafat ait parfois commencé à se retrouver plus proche du Hamas. Khaled Meshaal l’appela fréquemment de Damas pour exprimer son soutien et sa solidarité. Une telle chaleur dans les relations ne dut pas être perçue favorablement par ceux au sein du Fatah qui considérait le Hamas comme le véritable ennemi. Nombreux étaient ceux qui essayèrent dur de convaincre Arafat que la sortie de cette fâcheuse situation reposait dans la prise d’action contre le Hamas, plutôt que de forger une amitié avec ses leaders. Arafat avait déjà décidé qu’aucune prise de mesures sérieuses contre le Hamas ne fonctionnerait. L’humeur palestinienne ne favorisait aucune concession à Israël avant d’avoir reçu des garanties montrant que quelque chose de réel serait offert en retour. En même temps, rien ne semblait suffisant pour les Israéliens. Des trêves unilatérales avaient été présentées à Israël à au moins de reprises. En échange, les Israéliens continuèrent à imposer une punition collective aux Palestiniens et à exécuter des assassinats ciblés contre leurs leaders, alimentant ainsi la colère palestinienne et consolidant son opposition. Israël était particulièrement dure à l’encontre du Hamas, qui avait réalisé plusieurs des attaques-suicides les plus dévastatrices en Israël en réponse aux assassinats ciblés israéliens de plusieurs de ses leaders politiques et commandants militaires. Arafat vit clairement que le Hamas devenait plus fort, en dépit des mesures sérieuses que prenait Israël et de l’assassinat de hauts leaders du mouvement. Toute punition supplémentaire infligée au Hamas par l’autorité palestinienne, comme cela avait été tenté plus tôt, n’aurait certainement fait que dégrader davantage l’autorité d’Arafat et aurait profité au Hamas. Ayant observé les mauvais calculs de Mahmoud Abbas à Aqaba, dans ses efforts de prouver aux Israéliens et aux Américains qu’il était digne de leur confiance en tant que leader capable d’accomplir la paix, Yasser Arafat était très soucieux de ne pas perdre ce qui lui restait de sa propre crédibilité. Il préférait mourir sous le siège plutôt que sombrer dans l’histoire tel un traître.

Les Israéliens et les Américains peuvent regretter la façon méprisable dont ils répondirent à la main tendue en paix de Yasser Arafat. Ce dernier finit par réaliser, un peu tardivement diraient certains, que ce qu’Israël recherchait en lui était plus un collaborateur qu’un partenaire. Ce qu’Israël souhaitait était un interlocuteur qui se conformerait avec ce qu’Israël dictait, même si cela signifiait se tourner contre son propre peuple. Dans ce cas, les Palestiniens aurait certainement vu en Arafat un traître, et non pas un nationaliste ou un révolutionnaire comme il souhaitait que l’on se souvienne de lui.

Le 18 décembre 2003, Ariel Sharon ouvrit une nouvelle phase dans le processus de paix avec les Palestiniens lorsqu’il annonça son plan de désengagement unilatéral. Il déclara aux Palestiniens : « Il n’est pas de notre intérêt de vous gouverner. Nous ne resterons pas à tous les endroits où nous nous trouvons aujourd’hui ». Il leur dit qu’il allait leur rendre la bande de Gaza et qu’il allait y ordonner l’évacuation de toutes les colonies juives. Mais il expliqua que dans le plan de désengagement, Israël allait « renforcer son contrôle sur d’autres régions du Grand Israël », qui deviendraient une partie intégrale de l’Etat d’Israël dans un accord futur. Il se pourrait qu’un certain nombre de facteurs aient poussé Sharon à opter pour son plan de désengagement unilatéral. Premièrement, Gaza était devenue trop coûteuse pour Israël. Certaines connaissances de Sharon dirent avoir entendu cela directement de lui. L’avis selon lequel la résistance palestinienne était ce qui avait poussé Sharon à considérer le retrait de Gaza n’est en aucun cas exclusif aux Palestiniens. De nombreux Israéliens l’interprètent aussi de cette façon. Danny Rubinstein, de Haaretz, par exemple, écrivit que Sharon, qui ne mentionna jamais ni ne fit jamais allusion au besoin de se retirer de Gaza auparavant, avait besoin d’attaques-suicides, de roquettes et d’obus de mortier pour le persuader.
Deuxièmement, de nombreux Israéliens s’inquiétaient de plus en plus de la menace posée à l’identité exclusivement juive d’Israël avec la croissance continue de la population palestinienne. Une séparation totale entre les deux parties semblait être la meilleure solution en raison de la démographie en évolution rapide. Troisièmement, Sharon ne se souciait pas de faire un petit sacrifice pour remporter le soutien américain pour son plan d’annexion permanente des colonies juives majeures en Cisjordanie, un gain substantiel pour Israël.

Le 14 avril 2004, le président George W. Bush, qui recevait Ariel Sharon à la Maison Blanche, approuva un changement dans les frontières d’Israël. Dans son discours, il dit : « Suite aux nouvelles réalités sur le terrain, dont les centres de population israélienne déjà existants, il n’est pas réaliste de s’attendre à ce que le résultat de négociations sur le statut final soit un retour total à la ligne d’armistice de 1949 ». Le président poursuivit, disant qu’il n’était ni réalité ni pratique pour les réfugiés palestiniens de retourner en Israël : ils devaient retourner à l’Etat palestinien qui serait créé à côté. La déclaration du président signalait l’entière approbation américaine du plan de désengagement unilatéral de Sharon, un coup supplémentaire à la feuille de route, et il soutint sa campagne en cours contre le Hamas et d’autres groupes de résistance palestiniens à l’intérieur de la bande de Gaza.

Le 22 mars 2004, Sheikh Ahmad Yassine, le fondateur du Hamas et son leader dans la bande de Gaza, fut assassiné sur ordre d’Ariel Sharon. Ce dernier autorisa plus tard l’assassinat du successeur de Sheikh Yassine, Dr. Abd Al-Aziz Al-Rantissi, le 17 avril. Le premier ministre israélien voulait être sûr que lorsqu’il allait se retirer de Gaza d’ici un an, le Hamas n’en prenne pas le contrôle.

Néanmoins, nombre des mesures qu’Israël prit du moment où Sharon fut élu jusqu’à la mort d’Arafat le 11 novembre 2004 eurent en réalité pour effet de rabaisser l’autorité palestinienne. Plutôt que d’affaiblir le Hamas, ces mesures contribuèrent au renfort de la crise au sein du mouvement du Fatah, l’épine dorsale de l’autorité palestinienne et le partenaire de paix palestinien d’Israël, causant un tort irréparable au Fatah. Le Fatah perdit certains de ses meilleurs commandants de bataille, soit à travers la liquidation, comme dans l’exemple de Ra’id Karmi, soit à travers la détention comme dans le cas de Marwan Barghouti. Nombre d’éminentes figures du Fatah furent alors discréditées et leur loyauté à la cause palestinienne fut remise en question. En outre, le mouvement du Fatah fut touché par le fléau d’une corruption rampante et se porta de pire en pire à cause de rivalités destructrices qui rendit malades de nombreux Palestiniens, dont certains des membres mêmes du Fatah.

Les Israéliens commencèrent le processus de retrait de la bande de Gaza le 15 août 2005, et vers le 12 septembre 2005, leurs trente-huit années d’occupation de cette partie de la Palestine avait officiellement pris un terme. Les Palestiniens de Gaza, conduits par le Hamas, célébrèrent la libération de la Bande, l’attribuant essentiellement à la défaite de la machine militaire supérieure d’Israël. Certains officiels de l’autorité palestinienne affiliés au Fatah ne voyaient aucune raison de célébrer l’événement. Ils dirent en avertissement que le plan de désengagement de Sharon allait finalement coûter plus de terres palestiniennes en Cisjordanie, car son intention était d’y étendre les colonies juives pour les annexer de manière permanente. Certains de ces officiels pouvaient aussi avoir peur que le retrait d’Israël de Gaza finisse par renforcer le Hamas, au moment où le Fatah s’était de son côté retrouvé plus faible que jamais.

En effet, du retrait inconditionnel et unilatéral d’Israël du Liban à son retrait inconditionnel et unilatéral de Gaza, c’était le Hamas qui en récoltait les bénéfices et qui sortait vainqueur, en dépit des pertes. L’échec des négociations de paix, que ce soit les accords d’Oslo, la feuille de route ou la politique de désengagement de Sharon, semblait aux yeux de nombreux Palestiniens justifier l’approche du Hamas.


Fin du chapitre.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
19-04-10, 21:27
Hamas : Son histoire de l’intérieur (75)


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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Le Hamas au gouvernement (1)


Nous n’avons pas pris part aux élections législatives de 1996 car elles émanaient d’Oslo ; c’est-à-dire d’un programme politique que nous rejetons et auquel nous nous opposons. Pour ce qui est de notre position quant à toute élection future, elle sera décidée en temps voulu.

- Khaled Meshaal


Ayant quitté la scène politique palestinienne suite à sa démission en tant que premier ministre en septembre 2003, Mahmoud Abbas fut poussé à retourner à Ramallah par ses associés du Fatah en octobre 2004, juste avant que Yasser Arafat n’ait été transporté par avion le 29 octobre à Paris, où il rendit l’âme le 11 novembre. Les membres du cercle intérieur du Fatah étaient soucieux de garder sous contrôle la situation qui se développait rapidement. Il se peut que certains aient en secret été soulagés qu’Arafat, que beaucoup voyaient comme un obstacle, avait quitté la scène pour de bon. La plupart pensaient que seul Mahmoud Abbas pouvait persuader toutes les tendances à l’intérieur du Fatah de se rassembler derrière lui. Il était en tout cas l’un des quelques membres fondateurs encore restants du Fatah. Il succéda à Yasser Arafat en tant que président du comité exécutif de l’OLP le 11 novembre 2004, le jour du décès d’Arafat. Ses collègues voulaient qu’il soit le seul candidat du Fatah aux élections présidentielles qui, constitutionnellement, ne devaient avoir lieu pas plus tard que le soixante et unième jour suivant le décès d’Arafat. Evidemment, il était le candidat favori d’Israël, des Etats-Unis et de l’Europe.

Une plus jeune génération au sein du Fatah voulait nommer Marwan Barghouti, un héro de la seconde intifada qui avait été emprisonné à vie par Israël. Une grande pression fut mise pour écarter Barghouti, avec une combinaison de menaces et de discussions, pour le persuader de ne pas donner du fil à retordre au Fatah en se posant contre Abbas lors des élections. A la base, Barghouti aurait pu avoir plus de soutien au sein du Fatah que Abbas. Mais Israël insista que Barghouti ne serait jamais libéré de prison, même s’il était élu aux présidentielles. En outre, de nombreux membres du Fatah commencèrent à exprimer leur inquiétude sur la menace potentielle d’une rupture dans le Fatah qui ne servirait qu’à renforcer la position de son rival, le Hamas. Ces inquiétudes persuadèrent les groupes en conflit du Fatah à suspendre leur querelle factionnelle et à se rassembler derrière un homme. Marwan Barghouti accepta de retirer son nom après que des visiteurs du Fatah se succédèrent pour lui rendre visite dans sa cellule de prison pour le convaincre que le Fatah pouvait perdre le soutien politique et financier américain et européenne si quelqu’un d’autre que Abbas remportait les élections.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
03-05-10, 07:36
Hamas : Son histoire de l’intérieur (76)


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Le Hamas au gouvernement (2)


Une démocratie hésitante


Le 9 janvier 2005, environ deux mois après le décès de Yasser Arafat à l’hôpital de Paris, les Palestiniens furent appelés aux urnes pour élire un nouveau président. Le seul candidat avec une chance réel de gagner était Mahmoud Abbas, et sa victoire vint donc sans surprise. Le Hamas eut pour avis que les élections étaient l’affaire du Fatah et décida de rester à l’écart. Un certain nombre d’autres factions, qui avaient conclu que l’exercice était futile, se joignirent aussi au boycott.

A partir du jour où Mahmoud Abbas prit ses fonctions le 15 janvier 2005, il s’engagea dans la cause de la réforme politique et promit de combattre la corruption. Il y avait beaucoup à faire pour mettre de l’ordre dans la maison du Fatah même. Il y avait aussi un besoin pressant pour le Fatah d’ouvrir un dialogue avec d’autres factions palestiniens, et notamment avec le Hamas, qui réfléchissait dans ses rangs à l’intérieur comme à l’extérieur de la Palestine sur sa stratégie de l’ère post-Arafat. Une priorité était de décider s’il fallait participer aux élections législatives que Mahmoud Abbas avait promis de conduire le 17 juillet 2005. Le Hamas avait déjà pris part à d’autres formes d’élections comme des syndicats étudiants, des syndicats professionnels, et les premières élections municipales à être tenues dans les territoires depuis 1967.

L’autorité palestinienne avait décidé de tenir des élections municipales en trois étapes qui prendraient une année à s’achever. Le premier tout de la première étape eut lieu le 23 décembre 2004 à Jéricho et dans vingt-cinq villages à travers la Cisjordanie. Le Fatah remporta la majorité des sièges dans dix-sept conseils municipaux (avec cent trente-cinq sièges au total) alors que le Hamas remporta la majorité des sièges dans neuf conseils (avec soixante-quinze sièges au total). Le FPLP arriva en troisième place. Ce qui stimula le Hamas et alarme le Fatah était le résultat du second tour de ces élections municipales, tenues à Gaza le 27 janvier 2005. Là, le Hamas remporta le contrôle de sept sur dix conseils municipaux (soixante-dix-huit sièges sur cent dix-huit). Le Fatah remporta trente sièges et le FPLP un seul, alors que neuf sièges revinrent à des candidats indépendants.

Clairement, ces résultats encouragèrent les membres du Hamas dans la bande de Gaza, qui devinrent très enthousiastes quant à la participant dans les élections législatives à venir. Ils se sentirent confiants, pendant pouvoir remporter une confortable majorité. A l’opposé, les membres du Hamas en Cisjordanie étaient moins favorables à l’idée, et la branche du Hamas à Hébron n’était pas enthousiaste du tout. Les membres du Hamas à l’intérieur des prisons exprimèrent des sentiments mitigés, alors que les membres du Hamas à l’étranger soutenaient prudemment la participation. Le résultat de toutes les consultations fut soumis à la plus haute autorité, le conseil Istishari, qui rendit la décision finale que le Hamas devait se saisir de l’opportunité offerte par les élections et y participer totalement.

Izzat Al-Rishiq, un membre du bureau politique du Hamas et le chef de son comité d’élections, donna cette explication à la décision du Hamas à participer aux élections :
« La décision du mouvement de la résistance islamique [Hamas] de participer aux élections législatives fut atteinte après de longues réflexions et suite à des consultations. Tous les organes et institutions directeurs du mouvement à l’intérieur et à l’extérieur de la Palestine furent consultés, dont les captifs du mouvement à l’intérieur des prisons de l’occupation sioniste. Il a été accepté que notre participation ne devait en aucun cas faire de tort à notre engagement à défendre les droits légitimes du peuple et à protéger le programme de résistance comme une option stratégique jusqu’à ce que l’occupation prenne fin. La décision était à certains égards une réponse au sentiment populaire et au désir de notre peuple de voir toutes les factions palestiniennes participer dans le processus politique. Elle a aussi pris en compte le résultat de l’évaluation du mouvement des changements radicaux qui ont eu lieu à l’intérieur de la Palestine grâce à la résistance, à l’intifada et aux sacrifices que notre peuple a faits durant les années passées. Le processus de consultation a conclu que l’ère d’Oslo était à sa fin, et que les élections législatives, qui devaient avoir lieu en juillet 2005 mais qui sont ajournées en janvier 2006, allaient vraisemblablement être affranchies de manipulation ou de contraintes. C’étaient ces contraintes et le monopole au-dessus du processus politique qui nous ont découragé de prendre part aux élections de 1996. Notre boycott à ce moment n’était pas idéologique. Cela ne reposait pas sur le fait que la participation soit halal (permise) ou haram (interdite) : cela se basait seulement sur notre propre évaluation de ce qui était dans l’intérêt de notre cause et de notre peuple et de ce qui ne l’était pas. Nous savions que les accords d’Oslo étaient condamnés et que ce n’était qu’une question de temps avant que le processus de paix entre l’autorité palestinienne et Israël ne rentre dans une impasse et ne s’effondre. Nous avons décidé de rester à l’écart car nous ne voulions en aucun cas soutenir l’accord injuste. Notre participation à ce moment aurait donné une légitimité à ce qui était, à notre avis, illégitime ».


La position du Hamas sur la démocratie et le partage du pouvoir dans un régime non-islamique n’est pas différente de celle des principaux groupes islamiques. Le Hamas souscrit au principe généralement épousé par les Ikhwan, qui accepte que la démocratie est compatible avec l’islam. Comme expliqué par Izzat Al-Rishiq, la décision du mouvement de boycotter les élections présidentielles de janvier 1996 et les élections législatives ainsi que les élections présidentielles de janvier 2005 n’était pas idéologique, mais provenait de la conviction que les élections étaient conduites dans des circonstances qui ne garantissaient pas la justice. Plusieurs factures contribuèrent à augmenter la confiance du Hamas que les circonstances politiques étaient maintenant plus favorables. Parmi elles se trouvait l’échec total du processus de paix, la disparition de Yasser Arafat de la scène politique et la décision unilatérale d’Israël de mettre un terme à son occupation de la bande de Gaza. Dans les autres facteurs, il y avait que les Palestiniens croyaient que la résistance du Hamas et d’autres factions avait forcé les Israéliens à sortir de Gaza, et il y avait aussi le désordre à l’intérieur du mouvement du Fatah. Enfin, il y avait la désillusion du public envers l’autorité palestinienne, qui s’était produite en raison de la prévalence de la corruption et de l’échec de l’autorité palestinienne à conduire le processus de paix jusqu’à une conclusion. Le 12 mars 2005, un porte-parole du Hamas annonça que le mouvement avait pris la décision de participer aux élections.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
13-05-10, 21:33
Hamas : Son histoire de l’intérieur (77)




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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Le Hamas au gouvernement (3)


Les discussions du Caire

Le plan qui était de tenir des discussions au Caire fut annoncé alors que l’autorité palestinienne poursuivait ses efforts à conduire un dialogue avec les principales factions palestiniennes. Le gouvernement égyptien avait servi d’intermédiaire entre le Fatah et le Hamas dans le passé et avait déjà supervisé plusieurs meetings au Caire. Entre le 15 et le 17 mars 2005, l’Egypte invita des représentants des différentes factions palestiniennes à un meeting qui serait coprésidé par Omar Suleiman, le chef des services de renseignements égyptiens, et le président palestinien Mahmoud Abbas. Assistèrent au meeting des représentants de douze factions palestiniennes, et il en résulta la “Déclaration du Caire” en six points. Celui-ci réaffirmait les principes de base auxquels les Palestiniens adhéraient, dont le droit du peuple palestinien à résister à l’occupation israélienne et le droit des réfugiés à retourner à leurs demeures et à leur terre. La déclaration acceptait d’étendre la période de non-belligérance (tahdi’ah), à condition qu’Israël acceptait d’arrêter toutes formes d’agression contre la terre et le peuple palestiniens. Il demandait aussi une réforme politique fondamentale à l’intérieur de l’OLP pour préparer la voie au Hamas et au Jihad Islamique pour qu’ils la rejoignent.

Le meeting du Caire donna un grand élan au Hamas et au Jihad Islamique. En approuvant sa déclaration de conclusion, l’Egypte comme l’autorité palestinienne reconnurent la légitimité de la résistance. Ils acceptèrent aussi la nécessité de réformer l’OLP afin de toucher par la suite plus de membres, pour qu’elle devienne vraiment représentative du peuple palestinien. L’Egypte et l’autorité palestinienne voulaient une extension de la trêve unilatérale qui avait été appliquée par intermittence du côté palestinien depuis 2002. Israël et les Etats-Unis avaient besoin de la continuation de la trêve afin de permettre à Sharon de poursuivre le retrait des troupes et des soldats de la bande de Gaza, en tant que première phase de son plan de désengagement. Le Hamas était bien conscient de ce fait, mais estima qu’il allait beaucoup profiter de cela. La direction du Hamas était consciente que la majorité des Palestiniens dans la bande de Gaza et en Cisjordanie préféraient une extension de la période de calme. Indéniablement, les Palestiniens dans les territoires occupés étaient fatigués des mesures punitives collectives de la part d’Israël.

Le plus important, cependant, comme souligné par Khaled Meshaal, qui dirigeait la délégation du Hamas lors des discussions du Caire, c’était la réforme politique et administrative de l’autorité palestinienne et de l’OLP sur laquelle il y avait eu un accord. Comme Khaled Meshaal l’expliqua lors d’une discussion à la table ronde organisée par les bureaux du journal égyptien Al-Ahram, l’OLP avait pris trois formes. La première était celle établie à l’origine en 164. La seconde prit forme en 168, lorsque la puissante faction du Fatah vint dominer l’organisation. Le temps était maintenant venu pour une troisième OLP, dans laquelle le long monopole du Fatah de l’organisation prendrait fin. Si une troisième OLP était prêt à être restructurée pour refléter les rapports et les affiliations du peuple palestinien à l’intérieur tout comme à l’extérieur de le Hamas, le Hamas en aurait très probablement été le plus grand bénéficiaire. Meshaal vit dans l’accord du Caire le commencement d’un processus qui pouvait permettre au Hamas de prendre une part active dans la mise à terme du monopole du Fatah sur les prises de décisions au sein de l’OLP et de la corruption répandue à l’intérieur de l’autorité palestinienne. L’extension de la période de calme jusqu’à la fin de 2005 était aussi vue comme une opportunité pour consolider autant gains du Hamas que possible au niveau local comme au niveau international.

La tension entre le Hamas et le Fatah refit surface avec la deuxième phase des élections municipales. Le 5 mai 2005, les Palestiniens étaient appelés à voter lors des élections locales dans soixante-seize village de la Cisjordanie et huit villages de la bande de Gaza. Les neuf cent six sièges furent disputés par deux mille cinq cents candidats. Le Fatah arriva premier, remportant cinquante conseils municipaux. Le Hamas arriva second avec vingt-huit sièges, le FPLP remporta un conseil, et quatre conseils allèrent à une coalition de groupes laïcs. Alors que le Fatah eut un très bon score dans les régions rurales, le Hamas remporta les centres urbains majeurs. Le Hamas remporta la plus des sièges de Rafah, de Beit Lahia et d’Al-Buraij, poussant le Fatah à remettre en doute les résultats et à appeler à de nouvelles élections dans ces trois municipalités-clés. Le 21 mai 2005, une cour palestinienne lança une décision en faveur de nouvelles élections dans les trois régions. Le Hamas accepta, à condition qu’un accord soit d’abord atteint sur les règles gouvernant le processus, et qu’une garantie soit donnée que les résultats seront cette fois respectée, quel que soit le vainqueur. Les deux parties ne réussirent pas à parvenir à un accord sur les règles de base, mais le Fatah annonça qu’il avait l’intention de procéder à la tenue de nouvelles élections quoi qu’il en soit. En réponse, le Hamas annonça le 30 mai qu’il allait boycotter le renouvellement des élections si elles n’étaient pas tenues avec un accord préalable sur les paramètres. Le Hamas insista sur un ajournement, alors que le Fatah insista pour que l’action soit poursuivie. Des officiels influents du Fatah à l’intérieur de l’autorité palestinienne avaient vraiment peur que les élections mettent un terme au monopole dont le Fatah avait joui pendant plusieurs années, s’ils suivaient le modèle des élections locales déjà tenues. Le plan visant à conduite un renouvellement des élections s’effondra lorsque le Hamas menaça de demander à l’électorat de réaliser un boycott. Le Fatah accepta alors un ajournement.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
18-05-10, 12:46
Hamas : Son histoire de l’intérieur (78)


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Dr. Azzam Tamimi


L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.

Le Hamas au gouvernement (4)


Le 4 juin 2005, le président Abbas publia un décret ajournant jusqu’à nouvel ordre les élections législatives qui devaient être tenues en juillet. Le Hamas et plusieurs autres factions palestiniennes présentèrent leur objection à la décision, déclarant qu’elle montrait un manque d’engagement de la part de l’autorité palestinienne envers ce qui avait été accepté lors des discussions du Caire. L’ajournement n’était pas inattendu ; des rumeurs à ce sujet avaient déjà circulé. Selon le journal londonien Al-Hayat, plusieurs leaders du Fatah dans la bande de Gaza défendirent l’ajournement des élections législatives, de peur que le Fatah ne fasse pas un bon score. Certains d’entre eux furent d’avis que la tenue des élections au moment prévu avant le retrait israélien planifié de Gaza allait probablement renforcer la position du Hamas. La direction du Hamas pouvait utiliser la campagne d’élections pour revendiquer le crédit d’avoir forcé les Israéliens à sortir de la bande de Gaza. Une des raisons données pour la décision d’ajournement des élections était un désaccord sur la réforme de la loi des élections. En fait, on pense qu’un désaccord au sein du Fatah sur la liste de candidats à présenter au nom du Fatah pouvait être une des raisons principal de cet ajournement. Le président Abbas tenta de résoudre le problème en ordonnant un sondage interne pour déterminer quels candidats étaient préférés par les membres ordinaires du Fatah, mais ceci ne fit qu’intensifier la querelle et renforça les divisions à l’intérieur du Fatah.

Alarmé par le succès du Hamas lors des élections municipales, le gouvernement israélien était aussi appréhensif. Le premier ministre Ariel Sharon et d’autres membres de son cabinet avaient publié des avertissements disant qu’une victoire du Hamas lors des élections législatives ne les laisserait sans autre choix d’annuler leur retrait planifié de la bande de Gaza. Ils étaient fortement opposés à l’idée que le Hamas puisse hériter du pouvoir après leur départ. Peu après sa rencontre avec Mahmoud Abbas à Washington le 26 mai 2005, le président américain George W. Bush déclara que le Hamas était une organisation terroriste qui ne devait être autorisée à prendre part aux élections. S’il gagnait, ajoutait-il, sa victoire ne serait pas reconnue. Les Israéliens comme les Américains avaient peur que le Hamas puisse finalement gagner, ce qui signifiait qu’il se pouvait qu’ils aient à traiter directement avec ses officiels. Les Etats membres de l’Union Européenne, qui avait mis le Hamas sur sa liste d’organisations terroristes en 2003 à la demande des Etats-Unis et d’Israël, avaient des inquiétudes similaires.

Les acteurs internationaux majeurs se retrouvèrent devant un réel dilemme. Tout en souhaitant garder un rôle actif dans la poursuite d’un accord au Moyen-Orient, ils ne voulaient pas être vus comme étant en train de renoncer à leur engagement qui était de ne pas traiter avec ce qui était considéré comme des organisations terroristes, ou leurs membres. Le 8 juin 2005, le secrétaire des affaires étrangères Jack Straw fournit une illustration de la situation fâcheuse lorsque juste avant son départ de Londres pour une visite à Jérusalem, il admit à la presse que des diplomates britanniques avaient déjà tenu des discussions avec des officiels du Hamas. En mars 2005, des officiels britanniques avaient rencontré Ahmad Al-Kurd, le maire de Dir Al-Balah, dans la bande de Gaza, et en mai 2005, ils rencontrèrent Hashem Al-Masri, le maire par intérim de la ville cisjordanienne de Qalqilya. Ces deux hommes étaient de hauts membres du Hamas. Alors que le Hamas ne reconnaissait pas le droit d’Israël à exister, le maire par intérim de Qalqilya n’avait d’autre choix que de traiter avec des officiels israéliens dans des affaires relatives aux besoins quotidiens de la municipalité, qui partageait des ressources et des services avec ses voisins juifs. Néanmoins, les Britanniques semblèrent profondément embarrassés par l’aveu de ces contacts avec le Hamas. Au ministère des affaires étrangères israélien à Jérusalem, Straw chercha à calmer l’anxiété de son homologue israélien Silvan Shalom, qui pouvait penser que ces rencontres entre des officiels britanniques et le Hamas signalaient un écart entre la position britannique et celle de l’Union Européenne pour qui le groupe était une organisation terroriste. Straw alla même jusqu’à prétendre qu’il avait été personnellement responsable de l’introduction de la législation plaçant le Hamas et le Djihad Islamique palestinien sur la liste des organisations illégales. Il dit que la Grande-Bretagne se trouvait sur le premier plan de la recherche de sanctions de la part de l’Union Européenne à l’encontre de ces groupes. Shalom répondit en soulignant qu’Israël souhaitait que le Hamas reste sur la liste des organisations terroristes de l’Union Européenne.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
18-05-10, 12:47
Hamas : Son histoire de l’intérieur (79)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Le Hamas au gouvernement (5)


Des officiels du Hamas admettent en privé qu’un des motifs de sa décision de jouer un rôle dans le processus démocratique était d’obliger la communauté internationale à abandonner son boycott du Hamas. Ils estimaient qu’une fois leurs officiels élus, ils devraient être reconnus au niveau international en tant que représentants légitimes d’au moins quelques parties de la communauté palestinienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. En fin de compte, pensaient-ils, il était concevable que le Hamas puise obtenir son retrait des listes internationales d’organisations terroristes, simplement parce que les nations n’auraient d’autre option que de traiter avec lui directement.

Le 18 juin 2005, sans aucune date encore fixée pour les élections législatives, le conseil législatif palestinien se réunit pour approuver plusieurs modifications à la loi électorale. Ces amendements comportaient une augmentation du nombre de sièges du conseil de quatre-vingt-huit à cent trente-deux et l’introduction d’un degré de représentation proportionnelle à travers un système de vote parallèle. Selon le nouveau système, chaque électeur avait deux types de vote à sa disposition. L’un d’entre eux était de choisir des représentants d’une des listes d’un parti national. Chaque électeur avait un tel vote, et la moitié du nombre de sièges du conseil législatif palestinien, soixante-six au total, seraient distribués proportionnellement au nombre de votes donnés pour les listes des partis. Il était stipulé qu’aucune liste recevant moins de deux pour cent du nombre total de votes ne pouvait recevoir de siège. La nouvelle loi déclarait que chaque liste devait inclure au moins une femme dans les trois premiers noms, au moins une femme dans les quatre noms suivants, et au moins une femme dans les cinq noms qui suivaient. Le second type de vote était pour les représentants de la circonscription électorale locale à plusieurs membres de l’électeur. Chaque électeur aurait autant de votes à donner pour des candidats individuels qu’il y avait de siège pour sa circonscription. Ceux qui remportaient le plus de votes dans la circonscription, jusqu’au nombre de sièges fixé pour cette circonscription-là, se verrait allouer des sièges au conseil législatif palestinien. En tout, ces sièges seraient aussi au nombre de soixante-six. Pour fixer un quota minimum pour la représentation chrétienne au conseil législatif palestinien, un total de six sièges était alloué aux candidats chrétiens dans diverses circonscriptions électorales à travers la Palestine. Le président Abbas et le comité exécutif de l’OLP avaient voulu allouer tous les cent trente-deux sièges sur la base d’une représentation proportionnelle, mais ce n’était pas la solution soutenue par le conseil législatif palestinien dominé par le Fatah. Le Hamas ne montra aucune préférence. Il était confiant que quelle que soit la méthode du système électoral ou la combinaison de systèmes adoptée, il réussirait.

Le 20 août 2005, suite à une série de discussions entre les directions u Fatah et du Hamas dans la bande de Gaza sur une nouvelle date pour les élections législatives, le président Mahmoud Abbas annonça que les élections allaient être tenues le 25 janvier 2006. Cependant, alors que la date des élections approchait, des officiels du Fatah étaient de plus en plus nerveux. Les querelles au sein du Fatah n’avaient pas diminué, et entre-temps, le Hamas semblait être le parti le mieux préparé. Le 21 décembre 2005, les Israéliens annoncèrent qu’ils ne permettraient pas le vote à Jérusalem-est. Des rumeurs circulèrent disant que c’était un complot concocté par le Fatah et Israël afin de remettre les élections à plus tard ou pour les faire annuler. Israël ne cacha pas sa réelle motivation. Cela n’avait en fait rien à voir avec le contrôle de Jérusalem-est, d’où les Palestiniens avaient été autorisés à voter lors de précédentes élections palestiniennes en dépit de la déclaration de souveraineté israélienne. Le gouvernement israélien était simplement inquiet car il devenait de plus en plus clair que si les élections se poursuivaient avec la participation du Hamas, le mouvement ferait un bon score et il en sortirait peut-être vainqueur. La rumeur d’une conspiration s’intensifia lorsque la réponse de l’autorité palestinienne à la décision israélienne était que les élections ne seraient pas tenues si les électeurs de Jérusalem-est n’étaient pas autorisés à y participer. Quelques personnes ne considérèrent pas cela comme étant plus un prétexte pour ajourner des élections que le Hamas pouvait remporter qu’un débat sur un principe. Le Hamas insista à ce que les élections soient tenues comme prévu en négligeant la décision d’Israël sur la participation des habitants de Jérusalem. Les Israéliens se rétractèrent vite, annonçant le 10 janvier 2006 qu’un nombre limité de Palestiniens à Jérusalem-est pourraient voter à des bureaux de poste, comme cela avait été fait en 1996, alors que les autres Jérusalémites seraient obligés d’aller dans des régions contrôlées par l’autorité palestinienne pour voter. Bien qu’il ait été dit que les candidats palestiniens seraient aussi autorisés à faire leur campagne à Jérusalem-est s’ils s’inscrivaient auprès de la police israélienne, un porte-parole de la police avertit qu’aucun supporter du Hamas ne recevrait de permission. Durant la campagne, la police israélienne ferma au moins trois bureaux d’élections du Hamas à Jérusalem-est.

Les élections furent finalement tenues dans un climat très lourd. Les observateurs internationaux étaient anxieux. Les leaders du Fatah redoutaient le pire : jusqu’à la dernière minute, ils firent de leur mieux pour assurer le public qu’ils méritaient de rester en charge. Le 24 janvier 2006, Donald Macintyre évalua la situation dans le journal britannique The Independent. Sous le titre “Le Fatah évoque la mémoire d’Arafat alors que la campagne se termine”, il écrivit : « Les leaders du Fatah évoquèrent la mémoire de Yasser Arafat, s’excusèrent pour des erreurs et rappelèrent aux électeurs que le mouvement palestinien principal avait résisté à Israël bien avant le Hamas ». Dans sa communication, de Khan Younis à la bande de Gaza, Macintyre décrivit ce qu’il disait être le « dernier jour agité de la campagne électorale » du Fatah.


Traduit par le Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
31-05-10, 13:19
Hamas : Son histoire de l’intérieur (80)




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Le Hamas au gouvernement (6)


Le séisme


Partout dans le monde, des observateurs savaient que le Hamas pouvaient bien faire dans les élections. Peu, toutefois, s’attendaient à ce qu’il fasse aussi bien. Des sondages d’opinion avant les élections insistèrent à la fin que le Fatah allait sûrement arrivé premier, suivi par le Hamas, qui pouvait constituer le plus grand bloc d’opposition à l’intérieur du Conseil Législatif. Dans un de ces sondages, conduit au début du mois de décembre 2005 par le Centre palestinien pour la recherche sur la politique et les statistiques fondé par les Etats-Unis, il était dit que le Fatah jouissait de 50 pour cent du soutien public, et que le Hamas le secondait avec 32 pour cent. Un second sondage conduit par le même centre dans la période du 29 au 31 décembre 2005 déclarait que le Fatah allait probablement remporter 43 pour cent des votes, alors que la liste “Changement et réforme” du Hamas atteindrait 25 pour cent. Un sondage conduit par les Sondages de l’opinion publique palestinienne les 5 et 6 janvier 2006 semblait rétrécir le fossé entre les deux rivaux ; on s’attendait à ce que le Fatah remporte 39,3 pour cent des voix, avec la liste “Changement et réforme” du Hamas remportant 31,3 pour cent des voix. La liste indépendante palestinienne était estimée à 10,4 pour cent, la liste du Martyr Abu Ali Mustafa à 6,8 pour cent, et la liste de la Troisième Voie à 5,5 pour cent. Le jour des élections, il était rapporté que des études indiquaient que le Fatah gagnaient plus de sièges que le Hamas. Un sondage conduit par le Centre palestinien pour la recherche sur la politique et les statistiques estima que le Fatah remporta 42 pour cent du vote national et le Hamas 35 pour cent. Un sondage de l’université de Birzeit déclara que le Fatah remporta 46,4 pour cent des votes et le Hamas 39,5 pour cent. La tentative de prédiction de distribution des sièges de Birzeit anticipait une victoire du Fatah avec soixante-trois sièges, et cinquante-huit pour le Hamas. Les observateurs étrangers étaient aussi prudents sur les prédictions de la possible performance du Hamas. La veille des élections, Hussein Agha et Robert Malley firent leur évaluation dans le journal britannique The Guardian : « Il y a plus d’incertitudes que de certitudes entourant les élections palestiniennes de demain, bien que ceci en tout cas soit bien clair : le Hamas, le mouvement islamiste qualifié d’organisation terroriste par les Etats-Unis et l’Europe et considéré comme un ennemi mortel par Israël, rejoindra le pouvoir législatif. Conduisant une vague de popularité sans précédent et ayant dépassé les attentes dans les récentes élections municipales, il est en voie de saisir une part considérable des voix et, qui sait, un siège à la table du cabinet ».

Les résultats officiels prouvèrent que les sondeurs se trompaient complètement : le Hamas remporta soixante-quatorze sièges et le Fatah quarante-cinq. Même avant la fin du décompte, dans les premières heures du jour après l’élection, des officiels du Hamas et du Fatah firent une déclaration commune disant qu’il était attendu que le Hamas remporte une majorité. Ismaïl Haniyeh, chef de la liste Changement et réforme, déclara que le « Hamas a remporte plus de soixante-dix sièges à Gaza et dans la bande de Gaza ». Le porte-parole du Hamas et candidat Mushir Al-Masri dit qu’il s’attendait à voir le Hamas remporter soixante-dix-sept sièges. Admettant la défaite plus tard dans la matinée, le premier ministre membre du Fatah Ahmad Quri’ démissionna, avec son cabinet, disant : « Il appartient maintenant au Hamas de former un gouvernement ». Pour les quelques premiers jours, les médias citèrent des experts qui dirent que la victoire du Hamas était une surprise pour le Hamas lui-même. De nombreux observateurs s’attendaient à ce que le Hamas remporte assez de sièges pour devenir la principale opposition au Fatah dans le nouveau Conseil Législatif, peut-être même un partenaire dans le gouvernement. Cependant, le résultat ne surprit pas certains qui avaient suivi avec attention les développements en Palestine. Dans un message de Khan Younis à la bande de Gaza, Chris McGreal écrivit dans The Guardian que « la corruption et l’incompétence de la faction de Yasser Arafat aident le Hamas à remporter rapidement un soutien pour l’élection palestinienne ».


Traduit du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
07-06-10, 22:19
Hamas : Son histoire de l’intérieur (81)


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L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Le Hamas au gouvernement (7)


Le jour de l’élection, les médias internationaux semblaient très certains de leur prédiction. Chris McGreal rapporta que « le groupe islamiste armé Hamas devrait briser la domination de quarante ans du mouvement du Fatah de la cause palestinienne dans des élections parlementaires durement disputées ». Entre-temps, Donald Macintyre rapporta dans The Independent, de la ville de Gaza : « Plus d’un million de résidents de la Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem est devraient voter aujourd’hui dans des élections qui verront le Hamas mettre un terme au monopole du Fatah du contrôle de l’autorité palestinienne ».

La déclaration disant que le résultat surprit le Hamas autant qu’il surprit les autres furent démenti à plusieurs reprises par des officiels du Hamas. Ils soutinrent que le mouvement s’attendait à gagner, mais qu’il n’y avait pas d’accord sur la marge. Il y avait deux écoles de pensée au sein du mouvement. Ceux qui avaient étroitement collaboré avec les comités de campagnes des élections avaient prédit que le Hamas allait remporter entre soixante-dix et soixante-quinze sièges. Ils basaient leurs prédictions sur les retours de ce qui travaillaient pour eux pour les élections, qui avaient jauger les opinions sur le terrain. Les responsables de campagne du Hamas rendirent visite à des familles et des associations et parlèrent régulièrement aux aînées des familles, aux chefs de tribus et aux leaders d’associations professionnelles durant la campagne et le jour des élections. D’autres officiels du Hamas, cependant, étaient plus prudents, pensant que le Hamas s’en allait remporter environ cinquante pour cent des sièges, mais pas plus.

L’explication du résultat le plus souvent mise en avant était l’hypothèse que l’électorat vota pour le Hamas pour punir le Fatah. En réalité, seule une fraction des votes était composée de votes de protestation. Dans les élections palestiniennes conduites durant les décennies passées, que ce soit parmi les étudiants au campus, dans des votes au sein de syndicats, ou plus récemment au niveau municipal, le Hamas remportait invariablement au moins quarante pour cent des voix totales. Les chiffres pour les élections législatives du 25 janvier 2006 indiquent que seule une petite proportion de ceux qui votèrent pour le Hamas semblaient l’avoir fait pour punir le Fatah. La liste proportionnelle votante montra que 44,5 pour cent votèrent pour le Hamas, ce qui n’est guère bien plus que les 40 pour cent qui semblaient être le score habituel du Hamas, tandis que 41,43 pour cent votèrent pour le Fatah. La popularité du Hamas s’était construite sur une bien plus longue période que ce que plusieurs experts électoraux reconnaissaient.

Après une rétrospection, la victoire massive du Hamas fut attribuée à un certain nombre de factures. Certains électeurs du Hamas étaient déjà des supporters convaincus du Hamas, alors que d’autres se décidèrent dans les jours avoisinant le jour du vote. Certains qui choisirent de voter pour le Hamas donnèrent plus d’une raison pour avoir décidé de voter pour le mouvement. La raison principale du vote en faveur du Hamas était la fidélité du Hamas au rêve palestinienne. La plupart des Palestiniens, dont ceux qui exprimèrent à plusieurs reprises être prêts à se contenter de moins, ne peuvent s’empêcher de rêver de voir la Palestine, dans sa totalité, complètement libre. Ils imaginent le jour où des millions de réfugiés palestiniens retourneront à leurs villes et villages d’où ils furent chassés lorsqu’Israël fut créée en 1948. Le Hamas, qui croit que l’Etat d’Israël est une entité politique illégitime qui disparaîtra un jour, tout comme les royaumes des Croisés du XIème siècle en Palestine et en Syrie disparurent, garde le rêve en vie. La décision de 1988 de l’OLP dominée par le Fatah de reconnaître le droit à exister d’Israël, en échange de quoi elle serait reconnue comme étant le seul représentant légitime du peuple palestinien, fut le tournent pour nombre de Palestiniens. De là, le Hamas, qui existait depuis plus d’un an, commença à être perçu par un nombre croissant de Palestiniens comme l’alternative au Fatah, qui avait perdu son chemin selon eux.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
10-06-10, 20:14
Hamas : Son histoire de l’intérieur (82)


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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Le Hamas au gouvernement (8)


La seconde raison expliquant la préférence donnée au Hamas se rapporte à ce qu’apportèrent les Frères Musulmans, et donc le Hamas en tant que successeur, en tant que fournisseur de services à la population. De nombreux Palestiniens pourraient difficilement s’en sortir sans les services sociaux, éducationnels et médicaux fournis par les Nations Unies et une armée d’ONGs, dont les plus efficaces étaient ceux mis en place et dirigés par le Hamas. Alors qu’Israël punissait collectivement les Palestiniens, détruisant l’infrastructure de leur société et son organisation, il fournissait involontairement au Hamas la plus grande des opportunités. De nombreux Palestiniens comparaient la corruption rampante qui s’était répandue à travers l’autorité palestinienne et parmi les membres ordinaires du Fatah avec les mains propres des officiels du Hamas. Le peuple palestinien ne pouvait s’empêcher d’admirer la décence, l’honnêteté et la transparence avec lesquelles le Hamas conduisait ses affaires et fournissait ses services au public. Les officiels du Hamas faisaient parvenir chaque année des aides valant des millions de dollars à ceux qui se trouvaient dans le besoin, mais ils continuaient de vivre comme ils l’avaient toujours fait. Ils vivaient comme les Palestiniens ordinaires et nombre d’entre eux avaient leurs maisons à l’intérieur des camps de réfugiés. Ils faisaient partie du peuple, ils étaient proches de leurs esprits et de leurs cœurs. Sheikh Yassine passa sa vie entière dans un camp de réfugiés, avec un mode de vie guère différence de celui de ses voisins. Son mode de vie offrait un fort contraste comparé aux leaders du Fatah, qui étaient nombreux à avoir fait fortune et construit des empires en marge du processus de paix avec les Israéliens.

La troisième raison du succès électoral du Hamas était son idéologie islamique, qui non pas comme le nationalisme laïc du Fatah, correspondait à la forte tendance à l’islam dans la société palestinienne. Depuis le début des années 1970, la Palestine vit un renouveau islamique massif qui venait en partie en réaction à l’échec du nationalisme arabe laïc, que les Palestiniens blâmaient pour la perte du reste de la Palestine au profit des Israéliens en 1967. En tant que communauté de plus en plus religieuse, les Palestiniens se mirent à davantage s’identifier avec le code moral épousé par le Hamas qu’avec l’agenda libéral des leaders du Fatah. Et même certains membres conservateurs du Fatah, qui étaient devenus plus religieux dans les dernières années, commencèrent à se trouver plus proches du Hamas que du Fatah.

La quatrième raison correspondait à l’échec du processus de paix. Plutôt que de délivrer les Palestiniens de leur misère, le processus de paix apparemment sans fin semblait n’avoir fait qu’aggraver leur souffrance. Le Hamas avait prédit depuis le début qu’Israël n’allait pas satisfaire son engagement et qu’elle utilisait les négociations de paix pour exproprier plus de terres. L’avis du Hamas était que seul le djihad forcerait l’occupation à prendre fin. Israël prouva que le Hamas était dans le vrai lorsqu’elle se retourna contre ses propres partenaires dans le processus de paix, détruisant les institutions de l’autorité palestinienne et assiégeant littéralement Yasser Arafat, qui, croient de nombreux Palestiniens, rencontra la mort à travers un empoisonnement. Le retrait unilatéral d’Israël de Gaza ne vint que soutenir le Hamas, qui déclara que ce fut ses efforts qui poussèrent Sharon à retirer sans conditions les colons et les soldats.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
23-06-10, 20:29
Hamas : Son histoire de l’intérieur (83)




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Dr. Azzam Tamimi

L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.


Le Hamas au gouvernement (9)


Israël se met dans une situation fâcheuse


La victoire du Hamas peut aussi être vue comme la réponse des Palestiniens à l’unilatéralisme d’Israël. La politique d’Israël est d’avancer vers l’établissement d’un certain statut permanent sans aucune négociation ou arrangement avec les Palestiniens. De nombreux observateurs avertissent les Israéliens que cette politique ne peut que finir par exacerber leur situation fâcheuse plutôt que de la résoudre. Néanmoins, le retrait israélien de la bande de Gaza ne fut pas le résultat d’un accord de paix, ni n’en faisait partie d’un accord. C’était une décision prise sur l’hypothèse que le retrait permettrait à Israël de se débarrasser d’un problème chronique. Par conséquent, ni l’autorité palestinienne ni les factions palestiniennes actives à l’intérieur de la bande de Gaza ne pouvaient être tenues pour responsables pour garder la paix sur les frontières avec Israël à la suite du retrait de Gaza des soldats et colons israéliens.

Pour les Palestiniens, le retrait ne mit pas fin au conflit. Après tout, la majorité des habitants de la bande de Gaza étaient des réfugiés, dont le combat cherchait depuis le début des années 1950 à assurer leur droit au retour chez eux sur les terres desquelles ils furent forcés de sortir en 1948. Une autre raison expliquant pourquoi le conflit ne prit pas fin était que bien qu’Israël ait retiré ses soldats et les colons, elle continua néanmoins à garder une main d’acier sur les frontières de la bande de Gaza, contrôlant le mouvement des personnes et des biens y entrant ou en sortant. Les fermiers palestiniens en particulier étaient à la merci d’Israël, comme ils ne pouvaient exporter leurs produits ou importer des biens ou des équipements sans une permission israélienne. Les restrictions touchaient aussi les équipements médicaux, le matériel éducationnel, l’essence et toutes sortes d’autres marchandises essentielles. Toute la population palestinienne de la bande de Gaza, environ 1,2 million de personnes, se retrouva prisonnière.

En outre, Israël n’arrêta pas ses efforts visant à éliminer ceux à l’intérieur de Gaza qu’elle considérait comme des ennemis, chez eux et dans leur bureau et alors qu’ils se déplaçaient à travers Gaza à pied ou dans un véhicule. Ces attaques furent facilitées par les avions de reconnaissances israéliens et exécutées par l’aviation d’assaut israélienne et des hélicoptères Apache qui contrôlent les ciels au-dessus de la bande de Gaza, instillant la terreur dans le cœur des résidents. Israël continua aussi à agir à l’intérieur de la bande de Gaza via des intermédiaires. Des centaines de collaborateurs étaient à son service, ils l’assistaient en donnant des informations sur des camarades palestiniens et en poursuivant des activistes qui étaient considérés comme des menaces potentielles. Certains des collaborateurs travaillant pour Israël étaient des membres seniors des agences de sécurité palestiniennes mises en place dans les années 1990 dans le cadre du processus de paix entre Israël et l’OLP. Dans les mois précédant les élections législatives remportées par le Hamas, certains de ces individus furent encouragés à utiliser leurs forces et à utiliser les ressources à leur disposition pour créer des conflits parmi les Palestiniens. La tactique finit par faire du tort au Fatah, car ceux qui étaient perçus par la population comme ayant préparé des disputes étaient ou avaient été des membres du Fatah, et ils étaient souvent connus comme corrompus ainsi que traîtres.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)

NOURA125
28-06-10, 09:32
Hamas : Son histoire de l’intérieur (84)


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Le Hamas au gouvernement (10)


Une autre question cruciale était que l’unilatéralisme israélien était jusque-là limité à la bande de Gaza. L’occupation d’Israël de la bande de la Cisjordanie se poursuivit, tout comme la provocation et la persécution de sa population palestinienne. Les assassinats ciblés et la détention d’activistes palestiniens en Cisjordanie ne diminuèrent pas. Cependant, les Israéliens aimaient croire que la bande de Gaza et la Cisjordanie étaient deux entités séparées et que les gens vivant dans un de ces deux endroits n’avaient rien à faire avec ceux vivant dans l’autre, ou n’avaient que peu de sympathie pour eux. En réalité, les Palestiniens dans la bande de Gaza soi-disant libérée ne pouvait ignorer la situation empirante des villes et villages de la Cisjordanie. Les factions palestiniennes dont les membres en Cisjordanie étaient poursuivis par Israël n’avaient d’option que de répondre aux appels à la vengeance, qui était parfois plus facile de prendre à Gaza qu’en Cisjordanie. De toutes les factions, seul le Hamas observait une trêve unilatérale à l’époque et continuait en dépit des provocations israéliennes.

Enfin, il y avait aussi une autre plaie ouverte que les Israéliens insistaient à garder ainsi en dépit de leur retrait de la bande de Gaza. Israël continua à retenir plus de dix mille prisonniers palestiniens, dont des centaines de femmes et d’enfants, dans un certain nombre de camps de détention à travers le pays. Certains de ces prisonniers venaient de Cisjordanie, mais la plupart étaient en fait de la bande de Gaza. Il était extrêmement naïf de la part de la direction israélienne de supposer qu’un retrait unilatéral de Gaza sans le retour de ces centaines de détenus auprès de leurs proches aurait inspirer de la gratitude chez les Palestiniens. La continuation de la détention d’un aussi grand nombre de Palestiniens signifiait simplement que le conflit était loin d’être fini. Ceci est exactement l’erreur que les Israéliens firent dans le cas du Liban : non seulement les soldats israéliens avaient pris le contrôle de terres, mais des détenus libanais se trouvaient aussi dans les prisons israéliennes.

Il peut y avoir plus d’une explication pour l’attitude d’Israël envers les détenus. Une suggestion est que les Israéliens considèrent les détenus comme un bien important, car ils constituent une source essentielle d’information concernant les situations présentes et futures. L’information n’est pas difficile à obtenir d’eux : Israël est le seul Etat membre des Nations Unies dont le système légal pardonne la soumission des détenus à la pression physique, ou la torture, afin d’arracher des confessions et d’obtenir des informations. La dissuasion peut être un autre objectif. S’il en est ainsi, cependant, c’est un échec total. Garder des gens en détention pendant de longues périodes produisit finalement l’effet opposé. Leurs familles et les organisations auxquelles ils appartiennent tirent de leur endurance l’inspiration qui leur permet de continuer le combat et d’augmenter la résistance à Israël.


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NOURA125
28-06-10, 09:34
Hamas : Son histoire de l’intérieur (85)



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Dr. Azzam Tamimi

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Le Hamas au gouvernement (11)


Après le Fatah, le déluge


La secousse causée par la victoire du Hamas lors des élections eut un effet dévastateur sur les perdants. Les leaders du Fatah ne pouvaient cacher leur amertume. Alors que le porte-parole du Fatah et député élu Mushir Al-Masri appela à ce qu’il qualifia de partenariat politique avec le Fatah, une figure éminente du Fatah, Jibril Al-Rajub, rejeta l’idée d’une coalition et appela le Fatah à former ce qu’il décrivit comme une « opposition responsable ».

Peu après la confirmation des résultats des élections, Khaled Meshaal chercha à rassurer les Palestiniens et les autres Arabes qu’ils n’avaient rien à craindre de la victoire du Hamas aux élections. Il promit qu’un gouvernement du Hamas, une fois formé, se dévouerait à servir de son mieux le peuple palestinien. Le 28 janvier 2006, dans une conférence de presse à Damas, sa première dans cette ville, il déclara l’engagement de son mouvement dans un partenariat avec le Fatah et toutes les autres factions palestiniennes pour former le nouveau gouvernement. Il mit l’accent sur la nécessité d’un accord avec toutes les organisations palestiniennes autour d’un agenda politique unifié, face aux menaces des Etats-Unis et de l’Union Européenne de mettre un terme aux aides destinées à l’autorité palestinienne dirigée par le Hamas. Dans son communiqué, dans l’intention de rassurer tous ceux qui étaient inquiets en Palestine et dans la région, il souligna que le Hamas n’allait pas adopter une approche autoritaire dans son gouvernement. Il dit que le Hamas n’allait pas renvoyer les gens de leurs postes, et qu’il allait s’occuper de la situation politique actuelle en Palestine, dont ce qui était la conséquence du processus d’Oslo, dans un esprit d’« extrême réalisme », comme il le nota. Il dit aussi que le Hamas allait respecter les engagements de son prédécesseur tant que cela n’entrait pas en conflit avec les hauts intérêts du peuple palestinien. Il exprima de l’enthousiasme à l’égard de l’idée d’intégrer toutes les organisations militaires, dont les brigades d’Ezzeddine Al-Qassam du Hamas, dans une armée unifiée comme en ont les autres pays. Cependant, rien de ce que Meshaal pouvait dire n’aurait calmé les craintes de ses rivaux au sein du Fatah, qui n’avaient jamais imaginé qu’un jour viendrait où ils ne seraient plus en charge des affaires du peuple palestinien.

Les remarques de Meshaal n’étaient pas suffisantes pour pacifier l’alerte mondiale qui suivit la victoire du Hamas, qui vint comme une surprise particulièrement désagréable pour les Etats-Unis, les alliés d’Israël. Il y eut des rapports contradictoires quant aux réactions du cercle fermé de conseillers du président Bush à la Maison Blanche. Il fut dit que certains avaient émis des doutes sur la raison de la « nécessité d’un cours intensif en démocratie pour le Moyen-Orient ». On dit que la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice examinait ce sur quoi ses officiels s’étaient trompés dans leurs évaluations et analyses avant les élections. Certains officiels américains dirent qu’ils ne s’attendaient pas à ce que le Hamas gagne, alors que d’autres déclaraient qu’ils s’y étaient attendus. L’administration Bush dit qu’il n’y aurait pas de reconnaissance, pas de dialogue et pas d’aide financière pour l’autorité palestinienne dirigée par le Hamas jusqu’à ce que le Hamas se soumette à trois conditions. Premièrement, le Hamas devait reconnaître Israël ; ensuite, il devait renoncer à la violence et se désarmer ; enfin, il devait accepter tous les accords israélo-palestiniens. Que le Hamas ait été élu démocratiquement et que la majorité des Palestiniens se soient identifiés à son agenda politique, tout cela sembla peu important.


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NOURA125
13-07-10, 09:54
Hamas : Son histoire de l’intérieur (86)


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Le Hamas au gouvernement (12)


Immédiatement après sa victoire aux élections, le Hamas annonça l’extension de sa trêve unilatérale. Les leaders du Hamas espéraient que la nouvelle direction israélienne allait choisir d’en faire de même et de peut-être négocier un arrangement à long terme. En outre, ayant démontré au peuple palestinien sa solide loyauté à la cause de la résistance à l’occupation israélienne, le Hamas espérait se voir donné la chance de fournir un modèle de bonne gouvernance. Certains des leaders du Hamas en Cisjordanie et à Gaza, ainsi que certains membres du bureau politique basé à Damas, étaient optimistes. Leur avis était que comme le mouvement avait été élu démocratiquement pour diriger l’autorité palestinienne, il pouvait peut-être recevoir une chance de prouver ses capacités et de mettre à exécution la promesse de son manifeste de « Changement et réforme ».

Pour le Hamas, les trois conditions posées par les Etats-Unis semblaient n’être rien qu’une manœuvre pour se sauver la face, pour justifier son intention déjà formulée de refuser toute relation avec le Hamas. Les Etats-Unis étaient bien conscients que le Hamas n’allait accepter aucune des conditions pendant que le territoire palestinien était toujours occupé. Le Hamas pensait que le problème se trouvait avec Israël, et non pas avec les Palestiniens. Les leaders du Hamas disaient que si les Américains voulaient vraiment voir la paix prévaloir dans la région, ils devaient mettre la pression sur Israël pour mettre un terme à son occupation, plutôt que sur les Palestiniens, qui sont les victimes et non pas les oppresseurs. Il se peut que les Américains, pour leur part, aient regretté d’avoir été parmi ceux qui insistèrent le plus fort sur la tenue d’élections comme moyen de mettre à effet une réforme politique dans les territoires. Ils auraient dû être conscients que le Fatah, leur préféré, était en mauvaise forme et n’avait qu’une chance très faible de remporter les élections.

Comme le Hamas ne montra aucun signe d’abandon, les Etats-Unis, Israël et l’Union Européenne joignirent leur force pour l’obliger à changer, ou, dans le cas contraire, à se retrouver face à une exclusion totale de l’arène politique. Diverses tactiques furent employées pour apporter l’un ou l’autre de ces deux résultats. Les pays du monde étaient exhortés à éviter de reconnaître le Hamas et à refuser de traiter avec lui. Cette tactique rencontra un succès limité. Il faillit certainement avec la plupart des pays arabes et islamiques, qui invitèrent les officiels du Hamas à effectuer des visites et exprimèrent leur volonté de donner un soutien politique et financier. La Turquie, qui est un membre de l’OTAN, ennuya Israël ainsi que les Etats-Unis en invitant une délégation de haut niveau du Hamas à Ankara. La Turquie fut cependant mise sous pression pour déprécier la visite en n’invitant pas la délégation à rencontrer le premier ministre. Néanmoins, les Turcs promirent de donner l’aide qu’ils pouvaient et proposèrent de jouer les médiateurs entre Israël et le Hamas.


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NOURA125
13-07-10, 09:55
Hamas : Son histoire de l’intérieur (87)


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Le Hamas au gouvernement (13)


La campagne dirigée par les Etats-Unis contre le Hamas reçut un coup majeur lorsque le mouvement fut invité par la direction russe pour effectuer une visite à Moscou pour des discussions. Bien qu’ils aient insisté que leur intention était de persuader le Hamas de changer sa position, dans les rencontres privées que les Russes tinrent avec la délégation du Hamas, ils ne parlèrent que très peu de cela, voire par du tout. Les Russes voyaient dans la victoire du Hamas une opportunité pour eux pour regagner un accès au Moyen-Orient, après avoir perdu quasiment toute leur influence suite à l’effondrement de l’Union Soviétique. La visite officielle au début du mois de mars fut précédée par un certain nombre de contacts entre les deux parties, ainsi que d’une visite informelle à Moscou par une équipe du Hamas immédiatement après les élections.

Encouragé par les gestes turcs et russes, le gouvernement sud-africain exprima aussi un désir d’inviter le Hamas à effectuer une visite à Pretoria pour y engager des discussions. Pendant plus d’un an, les Sud-africains avaient indiqué qu’ils étaient enthousiastes à l’idée de présenter une invitation à la haute direction du Hamas. Ils ne cessèrent de différer la date, cependant, pour des raisons politiques, ce qui avait pu être le résultat de pressions de la part des Etats-Unis et d’Israël. Après les élections, la visite fut sur le point d’avoir lieu, mais Mahmoud Abbas intervint pour persuader ses “anciens camarades” de la direction d’Afrique du Sud que le temps n’était pas propice. En plus de la Turquie et de la Russie, toutefois, des membres du bureau politique du Hamas rendirent visite aux leaders de l’Iran, de la Syrie, de l’Arabie Saoudite, du Qatar, du Koweït, de Bahreïn, des Emirats Arabes Unis, du Yémen, du Soudan, d’Oman, de l’Algérie et de la Libye, avec qui ils tinrent des discussions. La Malaisie présenta une invitation, mais la visite fut mise en attente lorsque Mahmoud Abbas plaça le gouvernement malaisien dans un dilemme diplomatique en exprimant un désir d’effectuer d’abord une visite en Malaisie.

Le Conseil Législatif Palestinien sortant, dominé par le Fatah, était déterminé à frapper le mouvement victorieux du Hamas. Nombre de membres du Fatah n’avaient pas été réélus et n’exercèrent pas de mandat juste après les élections. Néanmoins, lundi 13 février, quelques jours avant que le Hamas n’ait pris contrôle du pouvoir législatif, les membres sortants du Fatah du Conseil Législatif Palestinien organisèrent ce qu’ils appelèrent une session d’adieu, où ils accordèrent à Mahmoud Abbas de nouveaux pouvoirs généraux. En tant que président, il avait été donné à Abbas l’autorité de désigner une nouvelle cour constitutionnelle pour servir d’arbitre final dans des disputes entre lui et le gouvernement qui, comme tous le savaient, allait être formé par le Hamas. La cour constitutionnelle, qui consisterait en neuf juges, serait autorisée à résoudre tout différend entre Abbas et le gouvernement entrant du Hamas ou le parlement dominé par le Hamas. La cour aurait aussi le pouvoir de refuser une législation considérée comme allant à l’encontre de la loi fondamentale palestinienne, le précurseur de la constitution palestinienne. Des experts légaux avertirent à l’époque que la nouvelle législation allait permettre à Abbas d’annuler toute loi approuvée par le nouveau parlement sous prétexte qu’elle serait inconstitutionnelle. Les législateurs sortants désignèrent aussi quatre personnes loyales au Fatah pour quatre postes-clés, dont le chef de la commission anti-corruption du gouvernement, avec l’objectif clair de gêner la réalisation de l’engagement électoral du Hamas de mettre fin aux années de népotisme, de corruption et de mauvaise gestion du Fatah. Les trois autres positions étaient le chef du personnel de l’autorité palestinienne, l’administrateur en chef du parlement et le directeur des salaires et du fond de pension du gouvernement. Le Hamas décrivit ces actions d’“illégitimes” et la procédure de “pâle coup”, jurant de les renverser. Lors de sa première session, lundi 6 mars, le nouveau Conseil Législatif Palestinien, avec sa confortable majorité de membres du Hamas avec deux tiers des membres, abrogea la législation de dernière minute du Fatah, poussant les membres du Fatah à sortir et à boycotter le reste de la session.


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NOURA125
25-07-10, 21:08
Hamas : Son histoire de l’intérieur (88)


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L’ouvrage Hamas : Son histoire de l’intérieur de Dr. Azzam Tamimi s’inscrit dans une volonté de montrer au monde la vision du mouvement du Hamas et d’expliquer ainsi son développement. Le département français du Centre Palestinien d’Information (CPI) a donc jugé intéressant d’en présenter ici la traduction complète, diffusée régulièrement en de nombreuses parties.



Le Hamas au gouvernement (14)


Dans une autre tentative d’affaiblir le Hamas, Mahmoud Abbas mit la pression sur les membres de la direction du Fatah pour qu’ils ne rejoignent pas le gouvernement, que le Hamas espérait être un gouvernement d’unité nationale. Certains membres-clés du Fatah avaient soutenu la formation d’un gouvernement d’unité nationale dirigé par le Hamas. Cependant, il fut largement rapporté que des députés du Fatah furent influencés et menacés par leur direction pour qu’ils ne rejoignent pas une telle administration. On leur promit qu’ils continueraient à recevoir des salaires à travers le bureau du président afin qu’ils ne soient pas affectés par des sanctions. Entre-temps, ils furent aussi avertis que s’ils rejoignaient le gouvernement d’unité nationale du Hamas sans un changement préalable dans l’attitude du Hamas à l’égard d’Israël, ils seraient punis et pouvaient risquer d’être placés sur des listes de suspects terroristes. Il s’avéra plus tard que le temps que le Fatah comme à discuter de la formation du gouvernement avec le Hamas, le conseil révolutionnaire du Fatah, un élément décisionnel clé au sein de l’organisation du Fatah, avait déjà décidé de boycotter le gouvernement. Le Fatah était déterminé à s’opposer au Hamas où cela lui était possible et de causer l’échec du gouvernement du Hamas.

En même temps, ironiquement, les négociateurs du Fatah continuaient à insister sur le Hamas pour qu’il accepte les trois conditions fixées par les Etats-Unis s’ils souhaitaient que les membres du Fatah considèrent de rejoindre son cabinet. Cependant, des porte-parole du Fatah tels que Sa’ib Urayqat, Jibril Al-Rajub et Muhammad Dahlan avaient déjà indiqué que le Fatah préférerait faire partie de l’opposition. Le Fatah voulait de cette façon se donner un répit et une chance de reconstruire sa structure et de nettoyer ses différentes actions de corruption, laissant le Hamas à lui-même pour voir s’il allait réussir à diriger l’autorité palestinienne. Le temps que le Hamas approche les autres factions pour discuter de la possibilité de former un gouvernement d’unité nationale, la position officielle du Fatah avait changé. Il posait maintenant deux conditions que le Hamas devait satisfaire. Premièrement, il devait reconnaître le droit à exister d’Israël, et deuxièmement, il devait reconnaître la revendication de l’OLP à être le “seul représentant légitime du peuple palestinien”. Aucune de ces conditions n’était acceptable pour le Hamas, qui continua à former un gouvernement de lui-même. Celui-ci prit ses fonctions le 29 mars 2006.

Ayant échoué à persuader le Hamas d’accepter la formation d’un gouvernement d’unité nationale, comme désiré par la communauté internationale, le président Abbas publié un certain nombre de décrets présidentiels retirant au cabinet du Hamas récemment formé le contrôle d’une grande partie de la base institutionnelle du gouvernement. En réalité, il veilla à mettre en place le principe de la délégation de l’autorité qu’il s’était lui-même efforcé à appliquer lorsqu’il était premier ministre à l’époque de Yasser Arafat. Il revendiqua une autorité présidentielle exclusive sur les forces de police, sur les divers supports médiatiques comme la télévision, la radio et l’agence de presse WAFA, sur le département de vente et d’enregistrement de biens, et un contrôle sur les points de passage entre Israël et les territoires palestiniens. Même le département en charge du hadj et de la ‘umra (le pèlerinage à la Mecque) au sein du ministère des affaires islamiques était attaché à son propre bureau. Dans un coup direct porté aux plans de réforme du nouveau gouvernement, il nomma Rashid Abu Shbak en charge de la sécurité interne, une position supposée être sous le contrôle du ministère de l’intérieur. En même temps, pour renforcer son contrôle sur les ministères déjà grandement affaiblis, il désigna neuf sous-secrétaires, dont aucun n’était technocrate et qui étaient tous des membres du Fatah qui lui étaient fidèles et qui ne rendait compte qu’à lui. Ainsi, le gouvernement dirigé par le Hamas n’avait pas de force de police à sa disposition, pas de média contrôle par le gouvernement, peu de contrôle sur les ventes et enregistrements de terrains, et aucune autorité quelle qu’elle soit sur les passages frontaliers. On rapporta que l’assistant du secrétaire d’Etat américain pour les affaires du Proche-Orient suggéra à Mahmoud Abbas qu’il désigne Salam Fayyad, un ancien ministre des finances, en tant que directeur financier dans son propre bureau avec la responsabilité de gérer les fond entrants.


Traduction du Centre Palestinien d’Information (CPI)