ABOUHAMZA
06-03-08, 08:53
Asalam'3Alaykum:
Enquête sur l’implantation d’Al-Qaida au Liban
Entre mai et septembre 2007, l’armée libanaise a fait le siège du camp palestinien de Nahr Al-Bared, dans le nord du pays ; une organisation jusque-là inconnue, le Fatah Al-Islam, s’y était retranchée. Ces événements, comme les attentats contre la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), déployée dans le Sud, témoignent d’un fait nouveau : l’implantation de réseaux islamistes sunnites radicaux, parfois liés à Al-Qaida, qui considèrent désormais le pays du Cèdre comme un important champ d’action.
Par Fidaa Itani
« Nous avons été jetés de force dans un combat qui n’est pas le nôtre ; j’aurais préféré ne pas affronter l’armée libanaise. » C’est en ces termes que M. Chahine Chahine, un cadre du Fatah Al-Islam, s’adresse à un négociateur, durant le siège du camp palestinien de Nahr Al-Bared par l’armée libanaise en 2007. On ne sait pas encore qu’il est le propre fils de M. Oussama Ben Laden et un dirigeant de haut rang d’Al-Qaida. La réticence dont il fait preuve par rapport aux combats reflète l’ambivalence des positions de cette organisation à l’égard du Liban : le pays est-il un terrain d’affrontement avec les Etats-Unis et leurs alliés, ou doit-il être considéré comme une simple base arrière pour l’entraînement et le transit des combattants d’Al-Qaida ?
Dès le 4 septembre 2007, deux jours après la chute du camp, le général Georges Khoury, directeur des renseignements de l’armée, reconnaît que les combattants du Fatah Al-Islam sont bien des membres d’Al-Qaida. Mais les racines de cette organisation au Liban plongent dans une histoire plus ancienne. Dans les années 1990 déjà, les tribunaux libanais avaient jugé des salafistes (lire « Qu’est-ce que le salafisme ? ») pour « crime de constitution de cellules terroristes liées à Al-Qaida ». Les militants condamnés étaient des Libanais qui avaient suivi la voie ouverte par M. Salem Al-Chahal, créateur à Tripoli (Liban), dès 1974, des groupes Mouslimoun (« Musulmans ») et Shabab Mohammad (« Jeunes de Mohammad »). M. Al-Chahal avait tenté d’imposer les règles « du licite et de l’illicite » dans la ville, commençant par s’attaquer aux salles de cinéma et empêchant les jeunes de les fréquenter. Son influence s’étendra même à certaines villes syriennes. Mais, à cette époque, la pensée salafiste ne disposait pas encore d’assises solides.
Aux origines du Fatah Al-Islam
Partagés entre la bourgeoisie commerçante ou administrative et le petit peuple des campagnes souvent analphabète, les sunnites exprimaient leur nationalisme arabe et leur soutien à la lutte palestinienne par leur adhésion aux courants nassérien ou de gauche. Cependant, plusieurs groupes sunnites penchèrent vers l’islamisme radical après l’entrée des troupes syriennes au Liban en 1976 et les grandes campagnes de répression menées par celles-ci. D’autant que, au même moment, les Frères musulmans syriens renforçaient leur influence et menaçaient le régime de Damas à travers les actions armées de leur « avant-garde » combattante.
A l’issue de la guerre civile libanaise – qui prit fin avec les accords de Taëf, signés en 1989 –, les salafistes, à l’influence encore réduite, s’attaquent surtout à d’autres organisations islamiques, notamment à l’Association des projets de bienfaisance islamique, plus connue sous le nom d’Al-Ahbache (1). Ces affrontements vont permettre aux groupes salafistes d’affûter leurs arguments intellectuels et missionnaires, et d’enrôler des adeptes dans nombre de villes et de villages. Leur influence s’étend surtout parmi les diplômés et les salariés des couches moyennes, ainsi que parmi les étudiants en religion qui ont obtenu leurs diplômes en Arabie saoudite et conservé des liens avec les oulémas les plus radicaux de ce pays. Mais ces groupes restent divisés, le plus connu étant Al-Hidaya wal-Ihsan (« Prédication et aumône »), réorganisé par le propre fils de l’initiateur du courant, M. Dai Al-Islam Al-Chahal.
Le 31 août 1995, un de ces groupes assassine le cheikh Nizar Al-Halabi, chef de l’Association des projets de bienfaisance islamique. Cet attentat provoque une onde de choc : c’est la première fois qu’un mouvement salafiste procède à l’élimination physique d’un adversaire. Des membres de l’organisation avouent le meurtre, assurant, jusqu’au pied de l’échafaud, qu’ils en sont les seuls responsables. Pourtant, les autorités libanaises et les services de renseignement syriens (qui contrôlent alors le pays) préfèrent lier le crime à M. Abdoul Karim Saadi (Abou Mahjan), de nationalité palestinienne et chef du groupe Ousbat Al-Ansar, installé dans le camp palestinien d’Aïn Héloué, près de la ville de Saïda, dans le sud du pays. Ce groupe, créé par d’anciens combattants d’Afghanistan, se verra aussi attribuer, en 1999, l’assassinat de quatre juges en plein palais de justice de Saïda.
C’est à cette période que se tissent des liens entre les salafistes et l’organisation de M. Ben Laden. Ainsi, une organisation probablement tchétchène, liée à Al-Qaida, demande à M. Bassam Kanj (Abou Aïcha), qui a abandonné ses études aux Etats-Unis en 1988 et s’est formé au djihad mondial en Afghanistan, de faciliter le passage de combattants musulmans vers Israël. M. Kanj crée le groupe dit « de Danniyé », mais demande un délai de deux ans pour s’imposer aux côtés du Hezbollah comme force de résistance anti-israélienne.
A l’époque, les négociateurs russes, qui supervisent avec les Syriens la mise en œuvre du retrait israélien du Liban sud (25 mai 2000), fournissent aux autorités libanaises et syriennes l’enregistrement d’une conversation entre M. Kanj et des moudjahidins tchétchènes. Cette information précipite une intervention militaire libanaise pour éradiquer le groupe de Danniyé durant la nuit du Nouvel an 2001. Parallèlement, les autorités syriennes procèdent, de l’autre côté de la frontière, à une vague d’arrestations dans les rangs des islamistes radicaux, ce qui confirme le caractère « transnational » de ce réseau.
Al-Qaida attend l’invasion américaine de l’Irak en mars 2003 pour appeler ouvertement à la création de groupes au Liban – rappelons, cependant, que cette organisation est aussi un « label » et que sa structure est loin d’être centralisée, ce qui laisse une marge de manœuvre importante aux cellules locales. A la fin 2005, elle est bien présente, et les autorités libanaises parviennent à mettre la main sur les premiers éléments de ce qui va être appelé le « réseau des 13 », dirigé par le Libanais Hassan Nabaa. Composé aussi de Saoudiens, de Syriens et de Palestiniens, il soutient Al-Qaida et la résistance irakienne. Il opère au Liban et en Syrie, où il a affronté à plusieurs reprises les services de renseignement, surtout dans les zones frontalières – on a même dit qu’il avait abattu un hélicoptère syrien.
Ces arrestations suscitent de fortes polémiques, car les aveux des inculpés contiennent des détails les impliquant dans l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005. Pourtant, de nombreuses interrogations persistent sur la manière dont ceux-ci ont été obtenus, ainsi que sur le lien supposé du groupe avec le jeune Palestinien Ahmad Abou Adas, qui a revendiqué dans un enregistrement vidéo l’attentat-suicide contre Hariri (2).
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Enquête sur l’implantation d’Al-Qaida au Liban
Entre mai et septembre 2007, l’armée libanaise a fait le siège du camp palestinien de Nahr Al-Bared, dans le nord du pays ; une organisation jusque-là inconnue, le Fatah Al-Islam, s’y était retranchée. Ces événements, comme les attentats contre la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), déployée dans le Sud, témoignent d’un fait nouveau : l’implantation de réseaux islamistes sunnites radicaux, parfois liés à Al-Qaida, qui considèrent désormais le pays du Cèdre comme un important champ d’action.
Par Fidaa Itani
« Nous avons été jetés de force dans un combat qui n’est pas le nôtre ; j’aurais préféré ne pas affronter l’armée libanaise. » C’est en ces termes que M. Chahine Chahine, un cadre du Fatah Al-Islam, s’adresse à un négociateur, durant le siège du camp palestinien de Nahr Al-Bared par l’armée libanaise en 2007. On ne sait pas encore qu’il est le propre fils de M. Oussama Ben Laden et un dirigeant de haut rang d’Al-Qaida. La réticence dont il fait preuve par rapport aux combats reflète l’ambivalence des positions de cette organisation à l’égard du Liban : le pays est-il un terrain d’affrontement avec les Etats-Unis et leurs alliés, ou doit-il être considéré comme une simple base arrière pour l’entraînement et le transit des combattants d’Al-Qaida ?
Dès le 4 septembre 2007, deux jours après la chute du camp, le général Georges Khoury, directeur des renseignements de l’armée, reconnaît que les combattants du Fatah Al-Islam sont bien des membres d’Al-Qaida. Mais les racines de cette organisation au Liban plongent dans une histoire plus ancienne. Dans les années 1990 déjà, les tribunaux libanais avaient jugé des salafistes (lire « Qu’est-ce que le salafisme ? ») pour « crime de constitution de cellules terroristes liées à Al-Qaida ». Les militants condamnés étaient des Libanais qui avaient suivi la voie ouverte par M. Salem Al-Chahal, créateur à Tripoli (Liban), dès 1974, des groupes Mouslimoun (« Musulmans ») et Shabab Mohammad (« Jeunes de Mohammad »). M. Al-Chahal avait tenté d’imposer les règles « du licite et de l’illicite » dans la ville, commençant par s’attaquer aux salles de cinéma et empêchant les jeunes de les fréquenter. Son influence s’étendra même à certaines villes syriennes. Mais, à cette époque, la pensée salafiste ne disposait pas encore d’assises solides.
Aux origines du Fatah Al-Islam
Partagés entre la bourgeoisie commerçante ou administrative et le petit peuple des campagnes souvent analphabète, les sunnites exprimaient leur nationalisme arabe et leur soutien à la lutte palestinienne par leur adhésion aux courants nassérien ou de gauche. Cependant, plusieurs groupes sunnites penchèrent vers l’islamisme radical après l’entrée des troupes syriennes au Liban en 1976 et les grandes campagnes de répression menées par celles-ci. D’autant que, au même moment, les Frères musulmans syriens renforçaient leur influence et menaçaient le régime de Damas à travers les actions armées de leur « avant-garde » combattante.
A l’issue de la guerre civile libanaise – qui prit fin avec les accords de Taëf, signés en 1989 –, les salafistes, à l’influence encore réduite, s’attaquent surtout à d’autres organisations islamiques, notamment à l’Association des projets de bienfaisance islamique, plus connue sous le nom d’Al-Ahbache (1). Ces affrontements vont permettre aux groupes salafistes d’affûter leurs arguments intellectuels et missionnaires, et d’enrôler des adeptes dans nombre de villes et de villages. Leur influence s’étend surtout parmi les diplômés et les salariés des couches moyennes, ainsi que parmi les étudiants en religion qui ont obtenu leurs diplômes en Arabie saoudite et conservé des liens avec les oulémas les plus radicaux de ce pays. Mais ces groupes restent divisés, le plus connu étant Al-Hidaya wal-Ihsan (« Prédication et aumône »), réorganisé par le propre fils de l’initiateur du courant, M. Dai Al-Islam Al-Chahal.
Le 31 août 1995, un de ces groupes assassine le cheikh Nizar Al-Halabi, chef de l’Association des projets de bienfaisance islamique. Cet attentat provoque une onde de choc : c’est la première fois qu’un mouvement salafiste procède à l’élimination physique d’un adversaire. Des membres de l’organisation avouent le meurtre, assurant, jusqu’au pied de l’échafaud, qu’ils en sont les seuls responsables. Pourtant, les autorités libanaises et les services de renseignement syriens (qui contrôlent alors le pays) préfèrent lier le crime à M. Abdoul Karim Saadi (Abou Mahjan), de nationalité palestinienne et chef du groupe Ousbat Al-Ansar, installé dans le camp palestinien d’Aïn Héloué, près de la ville de Saïda, dans le sud du pays. Ce groupe, créé par d’anciens combattants d’Afghanistan, se verra aussi attribuer, en 1999, l’assassinat de quatre juges en plein palais de justice de Saïda.
C’est à cette période que se tissent des liens entre les salafistes et l’organisation de M. Ben Laden. Ainsi, une organisation probablement tchétchène, liée à Al-Qaida, demande à M. Bassam Kanj (Abou Aïcha), qui a abandonné ses études aux Etats-Unis en 1988 et s’est formé au djihad mondial en Afghanistan, de faciliter le passage de combattants musulmans vers Israël. M. Kanj crée le groupe dit « de Danniyé », mais demande un délai de deux ans pour s’imposer aux côtés du Hezbollah comme force de résistance anti-israélienne.
A l’époque, les négociateurs russes, qui supervisent avec les Syriens la mise en œuvre du retrait israélien du Liban sud (25 mai 2000), fournissent aux autorités libanaises et syriennes l’enregistrement d’une conversation entre M. Kanj et des moudjahidins tchétchènes. Cette information précipite une intervention militaire libanaise pour éradiquer le groupe de Danniyé durant la nuit du Nouvel an 2001. Parallèlement, les autorités syriennes procèdent, de l’autre côté de la frontière, à une vague d’arrestations dans les rangs des islamistes radicaux, ce qui confirme le caractère « transnational » de ce réseau.
Al-Qaida attend l’invasion américaine de l’Irak en mars 2003 pour appeler ouvertement à la création de groupes au Liban – rappelons, cependant, que cette organisation est aussi un « label » et que sa structure est loin d’être centralisée, ce qui laisse une marge de manœuvre importante aux cellules locales. A la fin 2005, elle est bien présente, et les autorités libanaises parviennent à mettre la main sur les premiers éléments de ce qui va être appelé le « réseau des 13 », dirigé par le Libanais Hassan Nabaa. Composé aussi de Saoudiens, de Syriens et de Palestiniens, il soutient Al-Qaida et la résistance irakienne. Il opère au Liban et en Syrie, où il a affronté à plusieurs reprises les services de renseignement, surtout dans les zones frontalières – on a même dit qu’il avait abattu un hélicoptère syrien.
Ces arrestations suscitent de fortes polémiques, car les aveux des inculpés contiennent des détails les impliquant dans l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005. Pourtant, de nombreuses interrogations persistent sur la manière dont ceux-ci ont été obtenus, ainsi que sur le lien supposé du groupe avec le jeune Palestinien Ahmad Abou Adas, qui a revendiqué dans un enregistrement vidéo l’attentat-suicide contre Hariri (2).
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